16/05/2013

KR'TNT ! ¤ 144. / TAV FALCO / ROCKXERRE GOMINA/

 

KR'TNT ! ¤ 144

 

KEEP ROCKIN' TIL NEXT TIME

 

A ROCK LIT PRODUCTION

 

LITTERA.INCITATUS@GMAIL.COM

 

16 / 05 / 2013

 

 

 

ERRATA

La livraison de la semaine dernière était bien la 143 bien qu'elle soit créditée du numéro 142

Emmet Miller est décédé en 1962 et non en 1970. Nous, nous sommes encore vivants. Cherchez l'erreur.

 

 

TAV FALCO / ROCKXERRE GOMINA

 

I

 

Tav Falco & Panther Burns

 

( au Petit Bain (Paris XIII), le 4 mai 2013 )

 

 

BANCO POUR TAV FALCO

 

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Le concert de Tav Falco au Petit Bain venait de prendre fin. Comme le Batofar, le Petit Bain est une espèce d’esquif amarré au pied de la Grande Bibliothèque, dans le XIIIe arrondissement de Paris. J’étais encore sous le choc du set lorsque Philippe me présenta à Tav Falco. Celui-ci me tendit la main et un immense sourire illumina son visage, qu’on aurait dit fardé. Je crus voir ses yeux étinceler. Il semblait être à la fois un personnage chargé de mystère, issu de la commedia dell’arte, et une version modernisée du Chevalier de Balibari, ce joueur de cartes du XVIIIe siècle qui hante les salons du «Barry Lyndon» de Stanley Kubrick. Tav Falco semblait vraiment surgir d’une autre époque. Tout en lui inspirait le plus grand raffinement, la plus extrême élégance et le charme le plus décadent, mais quelque chose de simple dans son allure le rendait aussi profondément humain. Et attachant.

 

Comme ceux d’Elvis, les traits de son visage sont parfaits. Il se dégage de Tav Falco une véritable aura. On se retrouve face à un personnage du même niveau et, pourrait-on dire, des mêmes origines.

 

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Grosso-modo, Tav Falco vient de Memphis. Il baptise son groupe Panther Burns et enregistre son premier album en 1981. Entouré d’Alex Chilton et de Jim Dickinson, il redonne vie au Memphis Sound. Pendant trois décennies, son parcours va rester parallèle à celui des Cramps et s’inscrire dans la légende. Tav Falco bâtit un univers qui ne souffre pas la moindre compromission. Il se forge un style à base de rockabilly, de tango argentin, de mambo et de blues, et pas n’importe quel blues, le blues hypnotique de RL Burnside qu’on appelle aussi le North Mississipi Hill Country blues, un blues hypnotique monté sur deux accords qu’on peut jouer pendant une heure et qui provoque la transe. Tav Falco est l’ami de RL mais aussi de Charlie Feathers auquel il prête une Harley pour des photos qu’on retrouvera sur certaines pochettes de disques. Pendant plus de trente ans, Tav Falco va enregistrer des albums infestés d’hommages aux géants du rockab, du blues et du r’n’b, comme Johnny Burnette, Cordell Jackson, Leadbelly, Muddy Waters, Roy Orbison, Benny Joy, Allen Page, Wanda Jackson, Sir Mac Rice et des tas d’autres. Par chance, un petit label allemand (Stag-O-Lee) vient d’entamer la réédition complète du catalogue de Tav Falco et pour les amateurs de vinyle, c’est une bénédiction : les rééditions sont abordables et bien foutues. C’est une façon d’échapper aux requins du web qui vendent les albums originaux à prix d’or. Pour l’heure, deux rééditions : «Behind the Magnolia Curtain» (premier album couplé au fabuleux «Blow Your Top EP») et «The Sugar Ditch Revisited EP» couplé avec «The Snake Rag EP». Et en prime, Stag-O-Lee publie un double 25 cm, «Live au 100 Club», enregistré à Londres en 2011, et sur lequel on entend la formation actuelle des Panther Burns : Grégoire Guarrigues (guitare), Laurent Lanouzière (basse) et la reine des Mille et Une Nuits, Giovanna Pizzorno (drums).

 

Mais il serait parfaitement injuste de réduire la trajectoire des Panther Burns à celle d’un groupe de reprises. La vision de Tav Falco est d’une toute autre portée. Dès qu’il est entré en contact avec le photographe Bill Eggleston et qu’il l’a accompagné en reportage dans le Sud profond, Tav Falco a senti vibrer les racines de la modernité au contact des vieux bluesmen oubliés. Littéralement fasciné, Tav Falco apprit à jouer de la guitare et à chanter, mais il n’allait pas rester un simple imitateur. Il sentit qu’il fallait pousser le bouchon. D’instinct, il se projeta à l’avant-garde. Plutôt que devenir lanterne rouge, Tav Falco préférait jouer les locomotives. Voilà son coup de génie. Ceux qui le suivent depuis le début le respectent infiniment pour ça. Et avoir des coups de génie à Memphis, c’est gonflé, car on sent que la messe est dite depuis longtemps. Mais non. Quelqu’un s’est dévoué pour perpétuer la tradition, et c’est le fabuleux Tav Falco

 

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Pour l’anecdote, on peut évoquer son premier passage sur scène. Tav Falco reprit le «Bourgeois Blues» de Leadbelly et, pour finir, découpa sa guitare électrique à la tronçonneuse. Après quoi, il s’évanouit.

 

Le groupe prit son envol et chaque fois qu’il le pouvait, Tav Falco partageait la scène avec ses héros, Charlie Feathers, Cordell Jackson ou Sonny Burgess. Pour tous ces artistes tombés dans l’oubli, ce fut une aubaine. Au fil du temps, Tav Falco va monter un répertoire parfois exotique. Il va explorer des contrées inconnues, saupoudrer son set de morceaux baroques et étranges, et rester fidèle à sa vision, celle d’un art vivant, «un lien entre le blues du bayou (swamp blues) et l’agressivité du troisième millénaire», comme il le déclarait.

 

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En 2000, son album «Panther Phobia» remit les pendules à l’heure. Il y reprenait «Cockroach», l’instru dévastateur de Charlie Feathers, et «Streamline Train» de Jessie Mae Hemphill qu’il transformait en pétaudière.

 

Compositeur, guitariste, chanteur, photographe, réalisateur (ses films sont aujourd’hui référencés à la Cinémathèque), motard, danseur de tango, Tav Falco est aussi (et surtout) écrivain. Ghosts Behind the Sun : Splendor, Egnima & Death, paru en 2001, est un roman fascinant consacré à Memphis. Tav Falco s’y dédouble (comme le fait Michel Houellebecq dans Les Particules Elémentaires) et envoie son double Eugene Baffle se battre dans les rangs des troupes confédérées du Général Nathan Bedford Forrest, monté sur un cheval emprunté à un cousin fermier et armé d’une lame de faux transformée en sabre et attachée autour de sa poitrine avec une corde. Attention, Tav Falco, ne plaisante pas. Il plante le décor, en jetant sur Memphis le seul éclairage qui vaille, celui de l’histoire. Il propose une galerie de portraits hallucinants, des gibiers de potence, des Hell’s Angels, des poètes puis on finit par tomber sur des figures plus familières (et donc plus rassurantes), comme Sam the Sham, Jerry Lee, Sam Phillips et Charlie Feathers. Il donne carrément la parole à Paul Burlinson, qui au long de plusieurs pages, va retracer le parcours fulgurant du Johnny Burnette Rock’n’Roll Trio. Furry Lewis, Howlin’ Wolf et Albert King sont là, salués jusqu’à terre. Et puis et surtout Jim Dickinson, guitariste, pianiste et producteur légendaire, auquel Tav Falco dédie son livre («D’origine divine, protecteur, inspirateur et camarade. Sa passion pour la musique de Memphis et tout ce qui s’y rattache est indiscutable. Il est toujours présent, c’est sûr, comme l’indique l’épitaphe qu’il a fait graver sur sa tombe : Je ne suis que mort. Je ne suis pas parti.»). Jim Dickinson évoque Elvis, le rockab et le souvenir de Dan Penn au long de pages qu’il faut bien qualifier de magiques. Tav Falco remonte dans le temps jusqu’à nous et tous ceux qui adorent Big Star, Alex Chilton et les Cramps seront gâtés. C’est l’ouvrage qu’il faut lire si on veut essayer de saisir l’importance du rôle qu’ont joué les musiciens de Memphis dans l’histoire du monde moderne. L’écrivain Falco a du souffle. A l’image de la photo de couverture, sa prose est véritablement hantée. On sort de ce chef-d’œuvre excentrique un peu sonné, comme on l’est au terme d’un set au Petit Bain.

 

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Le dernier album studio de Tav Falco n’est pas d’un abord facile. «Conjurations: Seance For the Deranged Lovers», enregistré à Paris et dédié lui aussi à la mémoire de Jim Dickinson, fourmille de rengaines sombres et d’hommages à Orson Welles, Jorge Luis Borges, Lee Hazlewood ou encore Maldoror. Victor Hugo et Alfred Jarry sont cités en exergue. Tav Falco commente lui-même chacun des morceaux, dans un style superbe qui rappelle celui d’Edgar Poe. «Tango Fatale», dit-il, «est un tango mortel dansé avec un couteau. Falco l’a enfoncé dans les côtes de sa partenaire... qui sent le bouc et qui est deux fois plus méchante qu’un bouc.» L’un des titres phares (dans la nuit) s’intitule «Gentleman in Black». Tav Falco y brosse le portrait d’un personnage mystérieux évoquant à la fois Arsène Lupin, Melmoth, Zigomar et Maldoror. Un homme sans racines qui voyage seul. «Un éclat de lumière sur ses cheveux noirs à reflets bleus, c’est juste un éclair dans une vie de désespoir.» C’est riffé sur deux accords. Sur scène, alors que la section rythmique tient le beat sur les deux accords, Tav Faco joue longuement en solo et observe le public qui l’observe. On dresse l’oreille. Mais qui est ce mystérieux personnage vêtu de noir ? Alors Tav reprend le chant, «et si vous n’avez pas encore deviné, cet amuseur vêtu de noir, c’est moi !»

 

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L’autre point fort du set, c’est la reprise de «Brazil», un classique composé par Ary Barroso en 1944 et qu’on entend dans le fameux «Brazil» de Terry Gilliam. Tav Falco nous entraîne dans un univers de fête universelle. Il fait l’unanimité, avec cet air gai et romantique. Il met la chose à sa sauce. Et soudain, une ligne de basse hautement énergétique injecte dans cette féérie un shoot dynamique qui donne le frisson. Moment poignant. Un drive de basse musclé et Tav Falco embarque tout le monde avec lui dans les étoiles. Imparable. Il n’a pas de voix, mais il arrache la beauté du ciel. Ce genre de phénomène porte un nom : sortilège.

 

Bien sûr, Tav Falco ne sera pas au goût de tout le monde. Il s’adresse principalement à ceux qui recherchent un peu d’authenticité. On va le voir jouer sur scène comme on va voir Jerry Lee, Andre Williams ou Ron Asheton (quand il était encore en vie), histoire de toucher du doigt la réalité d’une légende, celle qu’on appelle depuis cinquante ans la légende du rock.

 

Signé : l’obséquieux Cazengler

 

 

 

Tav Falco & Panther Burns au Petit Bain (Paris XIII), le 4 mai 2013.

 

Tav Falco : Ghosts Behind the Sun : Splendor, Egnima & Death. Creation Books 2011

 

Tav Falco & the Unapproachable Panther Burns : Conjurations: Seance For the Deranged Lovers. Stag-O-Lee 2010

 

L’illustration existait, mais elle comportait une grave erreur. On s’était trompé de moto. Tav Falco roulait en Norton et non en Triumph. Nous profitons donc de l’occasion pour réparer cette erreur.

 

 

II

 

ROCKXERRE GOMINA ( III )

 

 

Centre Culturel d'APPOIGNY

 

 

JALLIES / BLACK PRINTS / ATOMICS

 

CHRIS ALMOADA AND THE BROKEN HEARTS

 

GHOST HIGHWAY & FRIENDS

 

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pour Mathias,

 

sans qui rien n'aurait eu lieu

 

 

La teuf-teuf mobile avale les kilomètres aussi facilement que Johnny Cash ses pills bien-aimées, telle un guépard bondissant sur sa proie elle vole au-dessus du recouvrement bitumeux des autoroutes en route pour Appoigny. Troisième Rockxerre Gomina, un rendez-vous rockabilly qui défrise, pas question de le rater. Pour arriver à l'ouverture des portes Mister B et Damie Chad ont sacrifié leur traditionnel déjeuner de douze heures tapantes, mais c'est ainsi, les rockers sont prêts à briser les rituels ancestraux pour assouvir leur vénéneuse passion. Sur la banquette arrière la chienne sommeille les quatre pattes en l'air, le ventre rempli d'un demi-poulet qu'elle n'a pas manqué de croquer avant de nous accompagner pour cette nouvelle aventure.

 

 

Alors que nous sommes en train de rêver à des sandwichs longs comme des jours sans pain, la teuf-teuf mobile vire sec sur sa gauche et aborde l'ère de stationnement du Centre Culturel ( qui ose encore prétendre que le rock'n'roll est une sous-culture ? ) d'Appoigny. Voitures de collection – notamment une Pontiac jaune panari, pardon canari - sur notre droite, mais notre arrivée soulève des cris d'enthousiasme, bingo ce sont les deux-tiers de l'escadron féminin des Jallies qui se précipitent sur nous. L'on se dépêche de baisser les vitres pour recevoir une chaleureuse bise d'accueil, mais n'ont rien à faire de nous, elles hurlent de joie, toute excitées «  La teuf-teuf ! La fameuse teuf-teuf ! on ne l'avait encore jamais vue ! » Et elles vous y font une de ces teufs à la teuf-teuf, presque indécente, la Vaness vautrée sur les ailes et la Céline qui ne rougit pas de lui tapoter les portières d'une manière équivoque.

 

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Puisque l'on ne veut pas de nous, un peu mortifiés mais l'air de rien, nous descendons apporter notre soutien moral à Julien le contrebassiste attitré de ces demoiselles. Tiens voici Phil des Ghost qui déboule dans sa voiture. Je ne le jurerais pas mais je suis sûr qu'en passant il a tenté d'écraser Salsa qui ne bougeait pas d'une oreille, sagement plantée qu'elle était au milieu de la route.

 

 

Quatorze heures tapantes lorsque nous pénétrons dans le hall d'accueil. Nous ressentons un certain flottement au niveau de l'accueil, courent partout pour amener la caisse ( non, pas la teuf-teuf mobile mais la boîte à sous ). Nous mettent au courant du décalage horaire, oui le premier groupe devait passer à quinze heures, mais ce sera après dix-huit heures... Pas grave, des têtes connues de tous les côtés, l'on n'aura pas le temps de s'ennuyer.

 

 

INTERLUDE

 

 

Du coup l'on aura droit à la balance. Mister Jull s'active aux manettes, manitou du sound check ( avec provision ). Les Atomics nous envoient deux instrumentaux entre les dents, à vous décoller les implants mammaires. Ca promet pour la suite. Plus tard ce sera une entrée en masse dans la salle – car beaucoup jactent au soleil sur la pelouse - pour voir quel est l'ostrogoth qui propulse un rockab de série A, genre crime et châtiment, sans préavis réglementaire de tempête force 10. Je n'aime guère les délateurs mais je vous livre le nom du coupable, c'est Chris Almoada qui nous a brisé le muscle cardiaque en trois coups de riffs bien appuyés.

 

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Un bonheur n'arrive jamais seul. C'est quoi ce truc verdâtre qui s'écoule sur une table au fond de la salle ? Malédiction de la tache noire, ce sont les Black Prints qui nous offrent la primeur de leur nouveau CD. N'en dis rien maintenant because la chronique de cette merveille est à la suite de cet article. En plus les Ghost les ont invités à passer sur scène dans la soirée. L'on pressent que l'on ne va pas s'ennuyer.

 

 

Question disque je dégote un 33 de Wyonnie Harris, Mr Blues is Coming to Town, j'en parle dans une prochaine kronique au frigo pour les temps de disette scriptique, un 45 de Ron Haydock – vous raconterai une prochaine fois – un pressage anglais de Gene Vincent, sur le stand de Micheline et Jacques Bodin ( prix abordables, michelineetjacques@orange.fr pour les collectionneurs ) et complète mon service de fumigatiphores indiens à l'association Regagner Les Plaines, allez jeter une lance sur leur facebook. N'oubliez jamais que les véritables rednecks d'Amérique vivaient libres et heureux avant la venue des visages pâles. Le nom de l'assos provient du titre d'un album de Pow Wow dans lequel officiait Alain Chennevière qui réalisa la pochette du précédent 25 cm de Ghost Highway. Suffit de suivre les flèches pour voir que tout se tient. En plus, on a raté l'expo de peinture de Chennevière chez Rock Paradise.

 

 

THE JALLIES

 

 

Mettre les Jallies en début de concert c'est comme si vous commenciez le repas par les gâteries sucrées du dessert. Vous dis pas le monde qui se précipite dès qu'elles montent sur le plateau. Sont là toutes les trois, sourires mutins aux lèvres, Julien comme d'habitude privé de micro et relégué au second plan avec sa grosse dondon de contrebasse. Pauvre mémère, peut pas rivaliser avec la taille de guêpe de nos amazones du rock-gal-billy swing. Pour ceux qui ne maîtrisent pas l'argot américain je précise que gal signifie fille, pas très loin de notre garce national quand on se penche sur l'étymologie du vocable.

 

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N'ont même pas entonné leur hymne revendicatif, we are the Jallies, que l'on sent le peps de ces pestes qui pulsent. Profitent de la sono, à fond. En deux morceaux, elles ont la salle dans la poche. Faudrait dire ils, premièrement parce quoi qu'en médisent nos amazones le masculin l'emporte toujours sur le féminin, deuxièmement parce que Julien se la donne à mort. Peut pas en placer une par devant, alors il leur sort sur canapé à ressort un nappé de gymnastique swingante du meilleur effet. Entre ses mains la big mama ronronne de plaisir. Le Jullios lui tire sur les cordes vocales une à une et elle en miaule de désir. Elle doit aimer l'amour vache et le pauvre doit opérer un transfert. Comme il ne peut pas frapper ses trois tourmenteuses en public il se venge sur sa mandoline géante qui a plutôt l'air d'apprécier ces mauvais traitements.

 

 

Tout le monde y gagne car, sûres de ce magma incandescent qui les accompagne sans faillir d'une seconde, nos trois princesses improvisent les gracieuses et multiples figures d'un ballet de roses – corolle bleu roi d'Ady, pétales rouge safran de Vaness et Céline - épanouies. Je te passe la guitare et tu t'empares de la caisse claire, tu te débrouilles avec la rythmique et je me branche sur l'électrique, coucou le micro, j'y suis, je n'y suis plus. En tout cas nous on suit avec attention. Des yeux et des oreilles.

 

 

Des petites merveilles. Mais non pas nos esgourdes, bandes de gourdes ! Tiens, plutôt cette reprise de Peggy Lee – tout de suite la fièvre monte – quand la chanson vous ordonne de donner tout ce qu'un homme peut ( yes, we can ! ) sûr que vous lui offririez votre chemise ( et tout le reste ) sur l'heure, mais vous rêvez avant tout de vous envoler sur le trampoline de cette voix parfumée d'un zeste de piment infiniment évocateur, qui monte et rebondit en des tourbillons vibratoires de grande dame sophistiquée... Longs applaudissements d'un public conquis par la fraîcheur trépidante de cette version. Le problème quand on s'attaque à de tels monuments ce n'est pas d'oser, mais de réussir.

 

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Ady s'arrache la voix sur Janis Martin. Reine du swing shouter, secoue salement son gosier et vous emmêle les tripes à ne plus pouvoir les dénouer, que ce soit sur Johnny Gots A Boom-Boom d'Imelda ( ça tombe bien nous sommes au joli mois de ) May ou sur la Lula de Gene Vincent dont elle accentue la désarticulation rythmique tout en dynamisant l'expressivité jouissive des paroles déjantées. Elle a le swing Ady, mais aussi le blues, les deux mamelles du rockabilly originel américain, qui n'en finit pas de passer de l'une à l'autre, car tout ce qui entre fait ventre. Comprenez sexe, au sens de feu sous la cendre. De flamme dans le sang.

 

 

Céline l'autre racine, provient du rameau d'or du jazz. Plus posée, en le sens métaphysique de ce qui ne repose pas sur du sable d'opinion. En totale oscillation entre d'où elle vient et où elle va, ce qui lui permet de percevoir l'écart à ne pas dépasser. Il y a chez Céline une maîtrise de la juste mesure du tempo. Elle intervient toujours à temps, créant le pont et le point de jonction entre les deux autres voix. Ady et Vaness sont deux cavales folles prêtes à courir à hue et à dia, Céline est le timon qui les retient et qui trace le chemin de la sagesse. A toutes les trois, elles sont vraiment trio belles ces petites pépites palpitantes.

 

 

Thierry Credaro me tape sur l'épaule pour me signaler qu'il apprécie leur reprise De Jumps, Giggles and Shouts de Gene Vincent. Rien à voir avec une copie conforme. Comme ce sont des filles elles ont défait les coutures du morceau pour en redessiner un patron qui leur convienne mieux. Un peu plus à la mode Jallies. Le swing, le bop, le jump, la danse, la frénésie, sont en pièces détachées, chacune s'empare du fragment qui lui convient, et le morceau a l'air de revenir à ses multiples origines. La formule miracle des Blue Caps qui avaient réussi à fondre en une pièce unique les éléments dispersés de ce qui était en train de s'amalgamer en rockabilly les Jallies nous en refont à l'envers l'inventaire de vive voix. Chacun y retrouve son chaton préféré et c'est peut-être en cela que réside le secret de l'attrait du groupe.

 

 

Jal pour Janis Joplin – le choix d'Ady – lie pour Billie Hollidays – le choix de Céline, le s pour les serpents qui sifflent sur la tête de la Méduse, car elles sont médusantes nos trois fillettes. De sacrées langues de vipères, l'on ne compte plus les morsures venimeuses à l'encontre de ce pauvre Julien, mais ça fait partie du jeu. Et tout le monde s'amuse de ces trois chipies, toupies virevoltantes, et de Julien enfermé dans son rôle de clown triste. La guerre des sexes revue et corrigée façon comedia dell arte, mais à la sauce rockab. Un rappel du vaudeville américain si l'on farfouille au fin-fond de sa mémoire. L'on imagine le titre du numéro : Dr Jekill et ses trois Misses Hyde. Ce qui est sûr c'est que le public – ici composé en sa quasi majorité de connaisseurs et d'amateurs – apprécie et accroche. Trois rappels. Pour le quatrième, il reste encore quatre groupes à passer.

 

 

Les Jallies ont encore frappé. Mais on en redemande.

 

 

INTERLUDE

 

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Les Black Prints s'installent sur scène. Comme un détail qui cloche. Quel est donc ce grand blond aux boots noires qui s'en vient taper l'incruste ? Une tête connue. Mais oui c'est Phil de Ghost Highway qui vient remplacer Yann qui s'est fait porter pâle ( un comble pour un Black Prints ). A moins qu'à l'arrivée Phil n'ait réussi à l'aplatir comme une vulgaire crêpe sur la chaussée, Yann n'a pas dû avoir les réflexes salvateurs de Salsa. Prennent leur temps, avec Mister B l'on a le temps d'engloutir un américain – c'est comme un sandwich français mais totalement recouvert d'une couche de dix centimètres de frites – qui maintenant gît au fond de notre estomac telle l'épave du Titanic dans les eaux glacées de l'Atlantique nord.

 

 

THE BLACK PRINTS

 

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Donc Phil derrière la batterie, Olivier derrière le micro et à la Gretsch, Thierry aux percus sous son chapeau de cow-boy, Jean-François à la basse, solitaire dans son coin, et tiens ! encore un intrus, un deuxième Thierry, Credaro, qui a déjà dégainé en renfort amical sa Fender blanche. N'ont pas achevé quatre mesures que je me sens victime d'une hallucination auditive. Encore Phil qui fait des siennes. Expression des plus mal venues, car justement il s'amuse à ne pas être lui et l'on reconnaît la frappe de Yann, si caractéristique, à s'y méprendre. C'est frappant si j'ose dire. A croire que Yann est revenu au dernier instant reprendre sa place derrière les futs.

 

 

Au bout de trois morceaux Phil regagnera sa cadence personnelle et habituelle, cette rythmique pratiquement métronomique qui vous géométrise une partoche et offre aux restants de l'orchestre une assise inexpugnable, un socle d'aimantation et d'orientation insubmersible sur lequel il est possible de se reposer à tout moment. Difficile de saisir en quoi ce changement de voilure affecte le jeu de guitare d'Olivier. Semble continuer sur sa lancée, imperturbable.

 

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C'est peut-être Jean-François qui devra modifier son approche bassique. Phil lui laisse moins d'espace que Yann pour dialoguer, et cette fois il n'aura pas l'occasion de se lancer dans quelques sombres solos ravageurs de haute acrobatie dont il est coutumier, et que pour ma part j'adore. N'ont pas eu droit en tant qu'invités à un set aussi long que les autres – le monde est rempli d'injustices – et malgré les trois rappels demandés à corps et à cris par le public, l'espace mental du set trop exigu nous aura laissés sur notre faim.

 

 

Est-ce parce qu'il a vécu au Canada qu'Olivier prononce l'anglais tout autrement que le commun des petits franchouillards jamais sortis de leur trou aux mille fromages ? N'écrase pas les mots, n'allonge pas les voyelles plus de raison et n'engraisse pas les diphtongues. Une diction parfaite, une plasticité étonnante, une vélocité qui n'est pas s'en rappeler celle d'un Vince Taylor ou d'un Gene Vincent. Il ne crache pas les mots, il en restitue le profilé phonique. Les glisse et les retire avec une virtuosité sans faille

 

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Derrière Thierry Credaro épaissit le son. Pas de soupe qui noie le poisson, le contraire de la bouillabaisse, le cristal des riffs perlés sur les fils de la rythmique imposée par Olivier. Thierry n'en rajoute jamais, mais il double et ourle les effets. Il brode autour, avec finesse et délicatesse, et c'est dans cette trame des guitares que viennent s'insérer les maracas ou la washboard de Thierry Clément. Davantage élément de profusion rythmique que de percussion.

 

 

Ne font pas leur répertoire habituel. Nous aurons droit toutefois à notre lot de classiques sans lesquels nous sommes incapables de survivre et un titre de leur album, le Two Tones Shoes écrits et composé par leur frère au début des années 80, au bon vieux temps des Dixie Stompers. Ont laissé à Phil le choix des morceaux et comme ce dernier répugne à imposer ses préférences c'est le public qui demandera ses titres fétiches. L'on aura ainsi la chance d'admirer la grâce naturelle d'un « miaou » de gouttière des plus dévergondés. Un délicieux Stray Cat aux pattes de velours noir.

 

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Trois misérables quarts d'heure de bonheur et les Black Prints quittent la scène sous les vivats du public qui triplerait la dose sans tergiverser. Plus je les écoute, plus les Black Prints montent dans le hit-parade personnel de mes groupes préférés. Réussissent le difficile amalgame du battement ted avec l'impact foudroyant du rock cat. Une synthèse que presque aucun combo ne réussit à réaliser avec une telle efficacité.

 

 

CHRIS ALMOADA

 

AND THE BROKEN HEARTS

 

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Chris Almoada est en grande forme. L'on ne peut pas faire trois pas sans tomber sur lui, gesticulant à tout crin, le visage barré d'un immense sourire, courant de tous les côtés, une pile atomique en pleine éruption. L'est manifestement heureux d'être là. Lui que nous avons connu d'habitude si réservé nous confiera tout à l'heure sur scène les raisons de son ravissement. L'a retrouvé deux bons vieux copains de Blois, des années quatre-vingt et du temps de son premier groupe de rockabilly.

 

 

Le voici sur scène en sa chemise rouge, sa guitare marquée à son nom en grosses lettres noires, prêt à en découdre avec les fantômes de son passé et les fantoches du présent. Restera bien deux heures sur le plateau. En a toujours un petit avant-avant-avant-avant l'après-dernier sous le coude. Ca démarre au quart de tour et ça se termine aussi brusquement qu'un morceau des Ramones. De l'énergie, et pas de temps mort. On brûle les ponts et l'on galope après le riff que l'on vient de dépasser.

 

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Chris mène le train. Les Broken Hearts n'ont pas le temps de respirer un grand coup après leur précédente palpitation que Chris lance le riff d'intro de la suivante. Jean-Pierre Cardot est tellement aspiré par le rythme qu'il a du mal à boucler la sangle de sa guitare lorsqu'il quitte son piano Roland. Mais il reste placide et souriant.

 

 

C'est un peu le secret des Coeurs Brisés. Me suis régalé de voir Pascal Freyche jouer de sa basse. Serai incapable de parler de son style, je n'ai même pas jeté un regard sur ses mains en action. Qu'il se débrouille comme il peut, tout compte fait c'est son travail de musicos. Non je me suis intéressé à l'acteur. Bouge pas, ni d'un centimètre, ni d'un poil de sa barbichette. Tout se passe à l'intérieur. Inutile d'imposer des mouvements hâtifs à sa longue silhouette. Debout dans son costume de cow-boy, il se contente de visionner les images qui passent dans son cerveau. Faciles à décrypter car il retrace tout sur son visage, pourtant immobile.

 

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Faut savoir observer. En fait, il mime tout ce que fait et dit Chris Almoada. Imperceptible mouvement des lèvres il chante en sourdine, déhanché d'un millimètre sur le côté et il imite les attitudes et la pose du maître. Il vit la chanson et le chanteur, il est l'ombre de la lumière. Dans son rêve et sacrément là, au bon moment, un tempo de régulateur SNCF. Car Gaël le batteur ne donne pas le rythme, il intervient dramatiquement à chaque ponctuation de l'action. Des gestes saccadés qui se traduisent par une avalanche de coups émotionnants. Frappe lyrico-wagnérienne. Les Broken Hearts sont bien les romantiques de leur appellation contrôlée.

 

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Chris est au milieu de cette dramaturgie comme un requin dans la piscine. Occupe tout l'espace que ne lui dispute aucun de ses acolytes. Même Jean-Pierre Cardot qui se démène sur les rares parties de piano qui passent à sa portée reste étrangement statique dès qu'il passe la sangle de sa rythmique par-dessus son cou. Z'ont un son reconnaissable entre tous, qui flirte davantage avec la Nouvelle-Orléans qu'avec la réverbération Sun. Instrumental avant tout. L'on a l'impression que la voix est juste là comme un accompagnement, un peu pour enjoliver les lignes mélodiques, au demeurant hyper-speedées.

 

 

Il y a un peu de cérémonial vaudou dans cette façon de faire. Très agréable en surface, peuplée d'alligators affamés par en-dessous. A vous de savoir où vous mettez les pieds. Pays sans assurance pour vous faire rembourser votre prothèse de jambe. Chris et ses Broken Hearts se moquent bien de la fragilité de votre corazon. Vous emportent dans une farandole de zombies. Ont su exprimer l'âme mouillée de l'extrême-sud. Rock endiablé et poisseux. Sortilèges garantis.

 

 

THE ATOMICS

 

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A peine rentré à la maison j'ai ouvert l'ordinateur pour relire la chronique 122 du 13 / 12 / 12. Cherchai confirmation. Etait-ce le même groupe que je venais de voir ? Il y a plus d'un chat qui s'appelle minou. Mais non, je ne m'étais pas trompé, les mêmes et les pareils. Même que ce que j'ai écrit il y a cinq mois correspond à peu près à ce que j'ai regardé à Appoigny. Mais pas du tout à ce que j'ai entendu.

 

 

Je rappelle que dans le minuscule café de nous étions serrés comme dans une boîte à sardines. Mais je n'avais pas réalisé que c'était aussi une boite à sourdine. Aurais pu y penser en début d'après-midi lorsque durant la balance ils nous avaient balancés deux instrumentaux brut de décoffrage. Mais là, en direct live, sur la grande scène de la vaste salle c'est totalement transformé. J'ai toujours plaint les tordus qui visionnent un western tourné en kinopanorama sur l'écran de leur portable. A Thorigny-sur-Marne les Atomics m'étaient apparus comme un groupe sympathique. En Appoigny ils se sont transformés en un gang de tueurs électriques.

 

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Dans la salle sont loin de jouer à la rock'n'roll star. Se mêlent au monde, incognito. Thierry – vous laisse deviner lequel – dira même qu'ils sont presque timides, oui mais une fois derrière leur instrument, ce sont des maestros du manche. Combo de base : contrebasse, batterie, guitare. C'est Raphaël le soliste qui assure le chant. Envoie aussi de superbe roquettes avec sa Gretsch Penguin au lettrage lamé d'or. Me suis éloigné de tout devant pour me mettre à la même distance que dans le café. Ca claque de tous les horizons. Tornade rock se pointe sur vous. Inutile de courir vers les abricotiers, ils bazardent des pruneaux, gros comme la mort.

 

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Ne sont que trois, mais ça forme un tout indissociable. Ca sonne comme un groupe anglais de la belle époque. Commence à comprendre pourquoi leur nom revient toujours avec respect dans les conversations. De tous les groupes de la soirée ils sont celui qui tire le plus vers le psychobilly même s'ils n'en possèdent pas l'apparence anarchisante – et peut-être même n'en partagent-ils pas la philosophie - qui va de pair. Et en même temps très respectueux des racines.

 

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Pour moi c'est la découverte de la soirée. A regarder de près. Nous y reviendrons. Un set trop court car il se fait tard et il reste encore un groupe à passer. Le public décrochera un dernier morceau, mais rien de plus.

 

 

GHOST HIGHWAY & FRIENDS

 

 

Un trou dans le gruyère passe inaperçu, mais un absent chez les Ghost ça se remarque aussitôt. Un + un + un, on a beau raconter ce que l'on veut, ça ne fait que trois. L'en manque un. Avons déjà croisé Jull et Phil et même papoté avec Zio autour d'un sandwich. C'est donc Arno, en vacances nous explique Jull au début du set. Pas de panique Lucas - celui que je surnomme parfois Eddie - des Howlin' Jaws est déjà sur scène guitare sèche sur la poitrine.

 

 

Vont se débrouiller comme des chefs. Un set de toute beauté. Sautent les morceaux habituellement chantés par Arno et puiseront dans les classiques pour combler les trous. Très vite Jull passe sa guitare à Lucas et la reprendra un peu plus tard sous les rires de l'assistance qui les traite de Jallies. Si vous voulez mon avis personnel Lucas aurait pu prendre une seconde gratte électrique ce qui n'aurait pu qu'enrichir le son. Se lancent dans Country Heroes leur morceau de bravoure. Country Heroes sans l'harmo d'Arno faut oser. Jull est au chant et Lucas à la manoeuvre sur la Gretsch, c'est à lui que revient la difficile tâche de réorchestrer le morceau, improvise avec doigté et émotion, de l'autre côté de la scène à peine Zio frissonne-t-il les cordes de la contrebasse, silence dans la salle jusqu'à ce que s'élève le sifflement de Phil qui libère la tension contenue. Applaudissements à tout rompre.

 

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Ensuite c'est un festival de bonheurs. J'admire le jeu de Jull, davantage aux premières loges que dans un concert des Ghost traditionnel. Cette façon bien à lui d'amener le riff au moment opportun, et peut-être plus difficile, de le ranger, de le mettre au placard alors qu'il serait si facile de jeter de la poudre aux yeux de l'assistance en le faisant miroiter et flamboyer sous toutes ses faces encore et encore. Jeu d'équipe, le plus ardu est de dégager aux compagnons l'espace où s'exprimer pour ensuite mieux relancer la machine, mais selon une autre structure rythmique. Jull utilise le riff en contrepoint. Ne tisse pas avec, tire comme l'archer, une flèche après l'autre selon la nécessité mais sans les gaspiller à la va-vite. Science économique du riff chez Jull, ne l'employer qu'à bon escient. Un cheval de guerre ne tire pas la charrue. Faut une sacrée maîtrise d'égo et un sens exceptionnel de l'architecture du morceau. Savoir comment mais surtout connaître d'instinct quand.

 

 

Les friends arrivent en masse pour le boeuf. Trois électriques sur le plateau et Jull à la rythmique. Chaque soliste y va de son solo, et nous n'avons pas affaire à des manchots. Ni à des tricoteurs de l'infinie impuissance. Un Lucas des Hawlin, un Raphaël des Atomics, un Thierry Credaro ont compris depuis longtemps que la créativité ne se complaît pas dans les méandres de la langueur, faut être incisif et ne pas s'attarder pour éviter de se répéter. Seront tour à tour chaudement applaudis mais voici que Jull lève sa sèche vers le micro, et entame son petit solo pratiquement à stacato, n'a pas la puissance de la Gretsch ni le feuilletté tonifiant des micros adaptés au jeu personnel du musicos, mais il n'y a pas que la technique industrielle, existe aussi – car acquise après une infinie patience de répétitions similaires et d'expérimentations aventureuses – la résolution instinctive de questions que l'on a appris à se formuler à soi-même afin d'être capable d'y répondre.

 

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Dans les années soixante certains se trémoussaient sur Leçon de twist, ce soir beaucoup sont restés béats d'admiration devant la démonstration de guitare rockabilly proposée par Jull, les Ghost et les friends. Je rajoute in extremis la trop rapide apparition de Djivan des Howlin' ( décidément à l'honneur ce soir ) qui feule dans le micro avec une feinte nonchalance toute vincetaylorienne avant de nous laisser tomber comme de vieilles chaussettes ( noires ).

 

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THE END

 

 

Quatre heures du matin la teuf-teuf mobile s'arrête devant la maison. Salsa frétille de la queue. S'est amusée comme une folle sur la pelouse et s'est faite carresser par des dizaines de mains câlineuses. Me regarde en coin. Pas besoin d'aboyer j'ai compris la question : «  Rockxerre Gomina IV, c'est pour quand ? » Puis elle a ajouté, vaguement condescendante : «  Je dois avouer que les Jallies ont du chien. »

 

Damie Chad

 

 

CROCKROCKDISC !

 

 

 

THE BLACK PRINTS

 

 

How Much / There's Rock'n'Roll On The Radio / My Chick's Is Punky Doll / That's Life Baby / Two Tones Shoes / Go Back / Blue Jean Girl / Rockin' Truck / Rock'n'Roll Blues / 100 % Rockabilly.

 

Olivier Clement : gt, v / Thierry Clement : p / Jean-François Marinello : b / Yann Leignel : d

 

 

Magnifique objet. De quoi en être vert de jalousie. Me suis demandé à quel artiste les Black Prints avaient confié la pochette, mais c'est Yann qui s'y est mis tout seul. N'est pas tombé dans le piège nostalgie fifty vintage, a pondu un ovni graphique du vingt et unième siècle, simplicité des formes et impactage foudroyant. A l'intérieur, c'est encore plus beau. Unité conceptuelle de l'ensemble, toute la différence entre le dessin qui tend à reproduire le monde et le dessein qui tente d'en infléchir le sens.

 

 

Genre de truc que les groupes rockab qui ont l'intention de sortir un CD dans les mois qui viennent ont intérêt à étudier, risque d'agir comme la datation au carbone, coup de vieux sur les images pieuses de la répétition sempiternelles des clichés des temps passés.

 

 

Veux bien croire que vous soyez davantage intéressés par la musique que par l'art pictural. Sous le sapin de Noël il arrive souvent que le papier d'emballage soit plus beau que la cravate qu'il contient...

 

 

Enregistrer un disque est un instant de vérité pour n'importe quel groupe, mais encore plus pour les combos de rockab qui sont écrasés par l'héritage encombrant parce que quelque part indépassable qu'ils s'acharnent à transmettre pour raisons autant hommagiales que organiques, sous forme de sacro-saintes reprises que parfois l'on exhume comme de précieuses reliques.

 

 

Les Black Prints ont sauté le pas. CD de dix morceaux originaux. La moindre des exigences si l'on veut laisser une trace dans l'histoire du rock'n'roll déjà bien encombrée. Ne reste plus qu'à appuyer sur la touche play...

 

 

Ca commence par du rock'n'roll et ça finit par du rock'n'roll, et entre les deux, faites la grimace si vous n'aimez pas cela, il n'y a que du rock'n'roll. Désolé pour les répétitions, mais c'est l'exacte réalité de ce CD. Premier conseil, c'est écrit au dos de la couve et il faut le suivre, play it loud ! N'hésitez pas à réveiller le bébé de la voisine, de toutes les façons vous ne l'entendrez pas pleurer. Deuxième conseil : écoutez et laisser venir à vous les anges noirs du rock'n'roll. Vont vous entraîner dans une méchante sarabande.

 

 

Du début à la fin, ça file à la vitesse d'une locomotive, droit devant et sans jamais s'arrêter. Et quand ça stoppe vous remettez à la case départ. Dix titres et pas le temps de s'ennuyer. Non pas parce que la vitesse vous emporte mais parce toutes les trente secondes il se passe quelque chose. C'est construit comme une espèce d'oratorio de soli qui se suivent sans se ressembler. Toujours surprenants, montés comme des plans de cinéma d'action que l'on raccourcit au maximum pour vous propulser au coeur du combat et vous surprendre à tout moment.

 

 

Foisonnant de partout, entre la basse reptitlienne qui rampe et ondule sur le sol, la batterie amphionéenne qui édifie des tours de guet, les percus qui assurent les giboulées de neige et les guitares folles qui cavalent dans tous les sens, vous êtes sans arrêt sur le qui-vive, énervé à l'idée que vous pourriez laisser passer un épisode devant tant de profusion. Marche triomphale et héroïque, pas de temps mort, pas de pont que l'on franchit pépère sans se mouiller les pieds, mais des escarmouches à tous les gués qui se présentent. Pas pour rien que l'on a appelé Thierry Credaro et Tonny Marlow en renfort. Et la voix d'Olivier qui mène l'assaut.

 

 

La totale. La carrosserie et le moteur. A explosions. Les Black Prints ont frappé très fort. Un disque qui envoie un grand coup de fouet dans la fourmilière du frenck rockab. Une empreinte noire que l'on n'est pas prêt d'oublier.

 

 

Attention : pour les collectionneurs le disque sera bientôt disponible en vinyl 25 cm.

 

 

Damie Chad.

 

 

 

 

10/05/2013

KR'TNT ! ¤ 143. / CONGO SQUARE / BLACKFACE /

 

KR'TNT ! ¤ 142

 

KEEP ROCKIN' TIL NEXT TIME

 

A ROCK LIT PRODUCTION

 

LITTERA.INCITATUS@GMAIL.COM

 

09 / 05 / 2013

 

CONGO SQUARE / BLACKFACE

 

 

LES ORIGINES NOIRES DU ROCK'N'ROLL

 

 

FREDDI WILLIAMS EVAN

 

CONGO SQUARE

 

RACINES AFRICAINES DE LA nOUVELLE-ORLEANS

 

 

( Collection Histoire & Patrimoine / Editions de La Tour Verte )

 

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Sera difficile de remonter plus haut. Le livre commence en 1699 sur les bords du Mississipi en un lieu sacré pour les Indiens et qui deviendra la Nouvelle-Orléans. Les esclaves n'arriveront que vingt ans plus tard, un peu moins de cinq cents directement importés de l'Afrique. L'en viendra d'autres. Beaucoup, notamment plus de 3000 en 1809 en provenance d'Haïti emmenés par leurs maîtres blancs qui fuient le soulèvement de la population noire, l'Indépendance de l'île et la proclamation de la République Dominicaine. Comme par hasard éclate en 1811 la plus grande révolte d'esclaves que connaîtra la Nouvelle-Orléans. Vite matée.

 

 

Une population difficile à gérer : les autorités naviguent à vue, tantôt coup on interdit tout regroupement, tantôt on permet des activités festives. Deux coups de bâtons pour un coup de carotte. Parfois on permet les amusements hors des fortifications, puis on les enferme à l'intérieur de la ville, parfois on les scinde en plusieurs emplacements, souvent on les réunit en un seul lieu. Ce sera Congo Square. La municipalité s'acharnera à en varier la dénomination, mais l'appellation a traversé les siècles et a fini par s'imposer officiellement dans les années 1970.

 

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Congo, parce qu'une fraction importante des masses d'esclaves sont originaires de ce royaume d'Afrique, même si énormément d'ethnies y furent représentées et finirent par s'entremêler. Square c'est un peu poétique, un espace libre, de l'herbe, quelques arbres selon les décennies. Les noirs – esclaves et colorés ( esclaves affranchis qui sont devenus par ce fait des hommes libres ) – peuvent s'y retrouver le dimanche après-midi, après la messe matinale et pas plus tard que dix-huit heures.

 

 

TEMOIGNAGES

 

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L'on ne sait pas grand chose. Quelques notes rapides et elliptiques dans des journaux de voyageurs de passage qui rapportent qu'ils ont vu : de loin quelques attroupements de nègres qui s'adonnaient en un sauvage tintamarre à leurs danses de sous-civilisés et à leurs rituels habituels. Freddi William Evans s'en empare et les décortique afin d'en tirer quelques renseignements fiables.

 

 

S'intéresse d'abord à la vie de cette population servile. C'est elle qui par son travail édifiera la ville : défrichera les terrains, élèvera les levees, ces fameuses digues que rompit l'ouragan Kaltrina, bâtira les habitations et surtout grâce à sa science agraire importée d'Afrique permettra la culture du riz et donc le décollage économique de la cité... La plupart mal nourris et mal habillés se livrent sur leurs heures de repos ( repas et dimanche après-midi ) à de petits activités commerciales qui leur permettent d'améliorer l'ordinaire ou au bout de plusieurs années d'acheter leur liberté.

 

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C'est en ces difficiles conditions que le peuple noir s'ingéniera à perpétuer ses traditions originelles. Congo Square fut le lieu qui permit le sauvetage de leur identité africaine. Bien sûr en voulant préserver leurs racines ils en créèrent une nouvelle, métisse, – afro-américaine – qui les mènera beaucoup plus tard à leur émancipation. Mais ceci est une autre histoire que nous n'aborderons pas. Congo Square est le berceau du jazz et ce partant de ce qui nous intéresse le plus : le rock'n'roll.

 

 

MUSIQUE ET DANSES

 

 

A priori rien de bien effrayant. Les nègres se retrouvent entre eux, ils boivent de la bière, s'interpellent gaiement, jouent de la musique, rient, hurlent, dansent et font un boucan de tous les diables. A part que le diable n'est pas là. Robert Johnson n'est pas encore né et à part quelques serpents apprivoisés, il ne montre pas trop sa queue fourchue ; faudrait peut-être moduler, nous sommes en terre vaudou au bon temps de Marie Laveau la prêtresse du culte semi-clandestin qui possède son propre reptile, les blancs se méfient du vaudou dont la pratique n'a pas été étrangère au soulèvement d'Haïti, les noirs ne sont pas idiots, ne vont pas se mettre à égorger des poulets en public, pratiqueront leurs cérémonies dans les arrière-cours discrètes ou dans les bois esseulés. De toutes les manières le vaudou a enveloppé ses mystères de linges catholiques. Les noirs ont su s'adapter à leur nouvel environnement culturel.

 

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La danse reste l'activité la moins inaccessible aux regards profanes, peut-être justement parce qu'elle se déroule en public au vu et au su de tout le monde. Faut mater avec attention pour s'apercevoir que les chorégraphies sont ultra-codifiées même si les mouvements des protagonistes peuvent paraître le résultat de leur seule fantaisie. Cela n'a l'air de rien, mais la structure se révèlera excessivement germinative pour l'avenir de la musique populaire américaine : les danseurs forment un cercle. Peut compter jusqu'à une centaine de participants. Selon l'importance de la foule le nombre de cercles varient. Beaucoup se contentent d'être spectateurs.

 

 

Ont très vite pris le nom de ring shouts. Tout le monde pense au blues shouters. Congo Square n'est peut-être pas à l'origine du blues – faudra attendre pour cela que l'individu ait pris pleinement conscience de sa volonté de se détacher du groupe social indistinct – mais les origines africaines du blues sont indéniables quand on sait que lui aussi repose sur cette structure d'appel et de réponse que l'on retrouve dans la dramaturgie de ces anneaux de cris.

 

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Les danseuses sont au centre, elles roulent des jambes, des fesses et du sexe, sans jamais lever le pied du sol ni bouger la partie supérieure de leurs corps, les danseurs viennent tour à tour faire leur parade nuptiale, puis rentrent dans le rang une fois leur numéro de séduction terminé. Parfois hommes et femmes placés sur deux cercles concentriques, se rapprochent , les cuisses mâles touchent les cuisses femelles et l'on repart en arrière pour revenir encore et encore.

 

 

L'orchestre est constitué en sa grande majorité de percussions rudimentaires, peaux de chèvres jetées sur un baril ou sur le tronc d'un arbre creux. Pas de stradivarius, des mâchoires d'âne – on passe passe un bâton en guise d'archet sur les dents – les remplacent avantageusement.

 

 

ROCK'N'ROLL CIRCUS

 

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Dans les années 1810 c'est exactement comme aujourd'hui, les cirques ont besoin de vastes espaces plats pour s'installer. Congo Square sera un endroit de stationnement idéal. Les directeurs et les artistes ont toujours besoin de nouveaux numéros. Ne tarderont pas à s'inspirer des ring shouts. Pour les besoins des spectateurs, ils couperont la poire en deux, se contenteront d'un demi-cercle, une dizaine de garçons de pistes viendront faire les drôles, à celui qui chante le plus faux, à celui qui se trémousse le plus, à celui qui réussit un double-salto arrière, très vite pour faire couleur locale les artistes se noirciront le visage, les Black Faces sont nés.

 

 

C'est une tradition qui remonte à loin, sans doute importée d'Europe, mais qui resurgit en quelque sorte à la Nouvelle-Orléans, en 1842 un certain Christy crée une troupe de Minstrels qui remportera un énorme succès à Broadway. Avec l'aide du musiciens J. S. Foster il remet en forme la musique, les pas de danse, la manières de chanter de Congo Square. L'influence des Black Faces et des Minstrels sera déterminante pour la naissance du rock'n'roll. Ce n'est pas un hasard si Parker s'est occupé d'Elvis Presley. Le Colonel venait du cirque, Elvis ne pouvait que bien s'entendre avec lui, tous deux avaient des racines communes.

 

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Sur son avant-dernier trente-trois tours l'on peut entendre Gene Vincent chanter en français ( avec son merveilleux accent étranger ) le refrain du vieux traditionnel Colinda, charmante demoiselle qui doit son nom à la Calinda autre nom, avec la Bamboula, de la Congo Dance dans les années 1840 ! Et puisque l'on est dans les pionniers rappelons que les premiers disques de Fats Domino et de Little Richard furent enregistrés à quelques dizaines de mètres de Congo Square. La flamboyance vestimentaire de Little Richard correspond exactement à ces noirs ( souvent libres ) qui s'en venaient danser à Congo Square dans leur costume de dandy hyper hype...

 

 

MUSIC MAESTRO !

 

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Nos sauvages n'étaient pas aussi frustes qu'ils en avaient l'air, surtout ceux qui provenaient d'Haïti. Avaient côtoyé leurs maîtres blancs d'origine européenne. Avaient entendu toutes sortes de musique occidentales, quadrilles, menuets, polkas... bref l'on peut se poser des questions sur l'africaine pureté des rythmiques de Congo Square. Les musicologues ont étudié la question : ils parlent simplement de cellules rythmiques authentiquement venues d'Afrique que les musiciens noirs se sont transmis de génération à génération à un tel point que l'en retrouve la prégnance dans le blues comme dans le jazz, dans le rhythm'n'blues et le rock'n'roll. Sont au nombre de trois : la habanera, le tresillo et le cinquillo. Ne soyez pas étonné par la langue espagnole : au sortir d'Haïti blancs et noirs avaient fait escale à Cuba où ils restèrent jusqu'à ce qu'éclate un conflit entre la France et l'Espagne.

 

 

Serais moins affirmatif que nos universitaires. Les influences furent multiples, par exemple le rythme ternaire de la valse a autant marqué son emprise sur le blues que le tresillo congolais.

 

 

CONGO SQUARE

 

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Aux alentours de 1880 les tambours ont cessé de battre sur Congo Square, la guerre de Sécession est la véritable ligne de démarcation. Aujourd'hui Congo Square, après bien des vicissitudes déclaré site historique, est une portion du vaste complexe ( parc -auditorium – théâtre ) qui porte le nom de Louis Armstrong. L'a fallu un grand homme pour que l'on daigne se souvenir de milliers d'anonymes...

 

 

Le livre de Freddi Williams Evans – par trop universitaire par certains aspects répétitifs – vient fort à propos nous rappeler ces milliers de mains noires qui donnèrent le jour à nos musiques préférées... Freddi Williams Evans est d'origine afro-américaine, l'on est jamais mieux servi que par ses frères.

 

 

Damie Chad.

 

 

 

BLACKFACE

 

AU CONFLUENT DES VOIX MORTES

 

 

NICK TOSCHES

 

 

Traduction d’HELOÏSE ESQUIE

 

 

( Editions ALLIA / 2003 )

 

 

Toujours plus haut dans les racines du rock’roll. Véritable quête du graal. Ou plutôt comme la remontée du Nil. Le graal l’on part du principe qu’il n’a jamais existé ce qui rend sa recherche éminemment passionnante. Quand on le trouve l’on est sûr de ne pas se tromper de mensonge. Le rock and roll c’est comme le Nil, personne ne doute de son existence mais quand on amonte le courant l’on se perd dans les marécages. L’on pourrait s’en tirer en exhibant la pancarte origines multiples, mais ce n’est pas si simple. Nick Tosches nous en offre une démonstration éclatante.

 

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Peut-être ne vous êtes-vous jamais couché le soir en vous demandant qui était au juste Emmett Miller, ou alors cette question ne vous a jamais empêché de dormir. Nick Tosches lui le problème l’a tarabusté. Y a consacré des heures et des heures de recherche durant des années. Vingt-trois ans. Et encore il suffit de lire les trois dernières pages de son livre pour comprendre qu’il doit encore s’atteler à la tache, en cachette, sans le dire à personne.

 

 

CROSSROAD

 

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C’est qu’Emmett selon Nick Tosches on le retrouve au four et au moulin. Noire suie et blanche farine. Au croisement du country, du blues, du jazz et de la variétoche. Tosches dit pop. L’a déjà barjoté sur sa figure durant deux chapitres entiers dans son premier livre sobrement intitulé Country alors qu’il ne savait pratiquement rien de lui. Et voici qu’avec Blackface il entreprend la chose du côté obscur de la force.

 

 

Si vous êtes le genre de gars expéditif, bim-bam-boum, vite fait bien fait, je vous déconseille fortement la lecture du bouquin. Vous ne supporterez pas, au mieux vous tomberez en dépression, au pire vous vous éclaterez la tête sur le coin de votre lavabo pour en finir au plus vite. C’est qu’il ne faut pas confondre la croisée des chemins avec le labyrinthe sans retour. Nick vous nique tout en jouant à la sainte n’y Tosches. Le coup du reporter sérieux qui vous déroule le fil d’Ariane avec lequel il vous ligote. Pour le restant de vos jours. Remarquez il a l’art et la manière, ne recule devant rien, le genre de mec qui a recourt aux présocratiques pour vous expliquer le jeu de piano de Jerry Lou. Difficile de faire plus approfondi. En plus il a l’art d’enfoncer les portes du politiquement correct fermées à double tour, ce qui nous le rend des plus sympathiques.

 

 

A TÂTONS DANS LE NOIR

 

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La première fois qu’il a entendu un disque d’Emmett Miller, Nick Tosches n’en a pas cru ses oreilles, était-ce un noir avec la voix d’un blanc ou un blanc qui chantait comme un noir ? Se sont mis à plusieurs pour décoder l’énigme : journalistes rock, professeurs d’université, passionnés de musique populaire, collectionneurs de disques, amateurs de curiosités... Pour la petite histoire je rappelle la déclaration de Sam Phillips qui cherchait désespérément un petit blanc capable des mêmes performances vocales qu’un blackos de derrière les fagots d'ébenne. Comme quoi nous sommes bien au cœur du problème, mais avec quelques longueurs d’avance. Plus d’un quart de siècle car Emmett roucoulait déjà en 1927 alors qu’Elvis poussa la porte des disques Sun en 1954.

 

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C’était un blanc ! Toutefois pas pour autant un visage pâle, non un blackface comme déjà à l’époque on n’en faisait presque plus. Emmett Miller naquit en 1900 en Georgie, à Macon, bénissez cette ville qui fut aussi le lieu natal de Little Richard. L’aurait pu faire comme tous les petits garçons, rêver de devenir pompier ou aviateur. Son père eut le tort de le laisser assister tout petit à un spectacle de minstrels, n’avait pas dix ans qu’il avait décidé de son avenir : serait minstrel ou rien. Aurait dû devenir diseur de bonne aventure car durant la première prtie de son existence il fut minstrel, et plus rien du tout dans la seconde.

 

 

MINSTREL

 

 

Minstrel, ce n’est pas rien. Un ministère artistique vieux de plusieurs siècles qui provient du Moyen-Âge européen. Et encore sans doute faudrait-il fouiller du côté d’une filiation beaucoup plus antique, celle qui remonte des ménestrels médiévaux jusqu’aux mime romains des célèbres atellanes.

 

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De par chez nous les minstrels ont mauvaise presse. Condamnation de principe : la démarche de ces comédiens blancs qui se noircissaient le visage pour imiter les attitudes des nègres nous paraît pour le moins sujette à caution. Nous les accusons de s’être moqués allègrement des esclaves et des affranchis tout en pillant leur patrimoine musical.

 

 

Nick Tosches remet les pendules à l’heure. Cite Shakespeare et Othello pour rappeler que les acteurs n’ont pas attendu la colonisation des Amériques pour se grimer en noir, et inverse la tendance du copier-coller. Les minstrels se sont bien inspirés des chants de rue et de travail des pauvres noirs exploités mais ceux-ci ne se sont guère gênés pour faire main basse sur toute les productions musicales blanches. On ne s’embarrassait guère à l’époque pour les droits et les copyright. L’on pourrait parler d’une création collective, l’on empruntait sans permission, l’on transposait sans respect, l’on réécrivait les rimes et les arrangements sans se poser de problèmes moraux. Ce qui était à toi m’appartient maintenant jusqu’à ce qu’un plus malin se l’approprie sans autre forme de procès. Et ce n’était pas que les blancs contre les noirs. L’on ne se faisait pas plus de cadeaux entre noirs qu’entre blancs.

 

 

Paroles et musiques certes mais pas uniquement, les genres et le style aussi. Ainsi les noirs ne tardèrent pas à créer leur propres troupes de minstrels noirs qui n’hésitaient pas à se noircir le visage pour se moquer d’eux-mêmes. Parodie et auto-dérision. Appât du gain ? Succès d’une mode ?

 

 

Ce qui est sûr c’est que le blues, le jazz, la comédie musicale, la country et tout le reste ne sont pas nés de ventres différents. La bête qui les a engendrés étaient assez féconde pour mélanger les semences des divers mâles qui l’engrossèrent. La pureté raciale des grands genres musicaux de l’Amérique est un mythe dont vous devez faire votre deuil.

 

 

Si le minstrel a duré si longtemps c’est parce qu’il était aussi un mélange de genres : chants, danses, récitations, dialogues comiques, exhibitions musicales, théâtres, acrobaties, projection de films, chacun des artistes d’une troupe avait la possibilité de donner le meilleur de lui-même lorsque arrivait son tour de gloire… Un véritable foutoir hyper-organisé avec ses deux entractes, entre opérette déjantée et cirque ambulant.

 

 

MINSTRELS PARTOUT

 

 

Vous ne pouvez tomber sur une histoire du blues ou du jazz sans qu’en une quinzaine de lignes l’on ne vous évoque le souvenir des minstrels et des medecine-shows. Ces derniers sont à considérer comme les minstrels du pauvre, quelques gus désargentés qui essaient de jouer dans la rue un spectacle qui n’est qu’une pâle copie de ceux donnés par les grandes troupes iinérantes de minstrels professionnels. L’on évacue très vite la problématique pour descendre dans les chaleurs moites du Delta et des des bouges de la New-Orleans.

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Pas d’affolement s’écrie Nick Tosches. Les premières évocations des minstrels remontent à 1832. Dans les décennies qui suivent c’est le genre musical dominant. La ségrégation oblige à des troupes de minstrels noirs pour la population noire et à des compagnies blanches pour les blancs. Mais il serait difficile à un artiste de percer sans être passer par cette école. L’hégémonie des minstrels durera un siècle, grosso-modo de 1830 à 1930. Gardons à l’esprit que Presley est né en 1935 et Emmett Miller en 1900. Pour ne citer que des artistes que nous avons plus ou moins longuement évoqué dans KRTNT, rappelons que W. C Andy le créateur de St Louis Blues, la première partition écrite de blues était un artiste minstrel tout comme Bob Wills et Jimmie Rodgers les fondateurs émérites de la country music qui ont eux aussi débuté en tant que minstrels…

 

 

EMMETT MILLER

 

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Et Miller là-dedans ? Toshes s’intéresse à lui car il aurait enregistré une dizaine de faces splendides. Des chef d’œuvres oubliés. Que seuls les spécialistes et de très rares fans portent au pinacle. Et c’est tout. Pour sa carrière, pas de chance. Entre 1927 et 1929 il tutoie la gloire. Les journaux locaux louent sa manière de chanter. Il est le meilleur de la troupe. Il suffit que résonne sa voix pour que les spectateurs manifestent leur satisfaction. Doit bisser toutes ses chansons.

 

 

Mais le monde change. L’on commence à se fatiguer des spectacles minstrels, on les trouve d’un autre temps, vieux jeux, l’on s’entiche d’un Bing Crosby, issu du minstrel lui aussi mais qui préfère exorciser l’angoisse du chanteur face à la solitude de son micro que se reposer sur la chaleur sécurisante de toute une troupe professionnelle. Miller a souvent travaillé avec Tommy Dorsey qui donnera bientôt sa chance à un certain Franck Sinatra, à trente-cinq ans Emmett Miller est devenu un has-been. Survit comme il peut, s’épuise en tournées qui ont de moins en moins de succès, s’adonne au whisky, et finit par mourir dans le plus complet aonymat en 1970.

 

 

Nick Tosches a beau remonter la piste, plus personne ne se souvient de lui. Ses meilleurs amis comme les musiciens qui l’ont côtoyé au temps de sa maigre splendeur - les disques d’Emmett ne se vendirent jamais - l’ont oublié. N’est plus qu’un nom parmi des centaines d’autres de la musique populaire américaine…

 

 

ROCK’N’ROLL

 

 

L’on ne voudrait pas avoir le rôle du traître mais Miller lui-même a mal évalué sa propre spécificité. C’était avant tout un chanteur mais tout un pan de sa discographie est consacré à des dialogues minstrels blackface : imitation de noirs stupides à l’humour lourdingue qui ne fait plus rire personne aujourd’hui. Un peu comme quand vous racontez avec l’accent approprié une blague belge vaseuse et graveleuse dont tout le monde connaît la fin ...

 

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Oui mais. Car il y a un gros mais. La rencontre hypothétique d’Emmett Miller avec Jimmie Rodgers. Rien ne l’accrédite, mais ils ont fréquenté les mêmes villes aux mêmes dates… et ce que j’ai tu jusqu’à lors. Miller n’était pas un crooner à la voix grave et onctueuse. Les contemporains comparent son organe à une clarinette, mais il avait une technique bien à lui, une spécialité qui fit sa renommée. Il yodelait à plaisir. Et ce bien avant Jimmie Rodgers. Voyez venir la locomotive, Rodgers aurait emprunté à Miller sa particularité yodelante. L’on retrouve sur leurs enregistrements une technique similaire qui tend à prouver que Rodgers s’est fortement inspiré de Miller. L’a eu raison puisque cela le rendit riche et célèbre.

 

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Mais il y a encore mieux. Emmett Miller créera une version de Lovesick Blues qui influencera Hank Williams à tel point qu’il la reprit en en gardant tous les traits spécifiquement milleriens… Ce fut le premier grand succès du père fondateur de la country music moderne, le précurseur d’un mode de vie typiquement rock and roll… L’on comprend mieux l’acharnement de Nick Tosches à enquêter sur la vie d’Emmett Miller…

 

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UN PEU DE BLUES

 

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C’est la grande loi du rock and roll d’après Nick Tosches. Rien ne se perd. Tout se vole et se transforme. Inutile de crier au scandale. Que ne ferait-on pas pour amasser quelques dollars de plus ! Ne maudissez pas le méchant Jimmie Rodgers. Il y a très peu de chance pour que Miller n’ait pas fauché sa manière de yodeler à un troisième larron qui lui-même… Ne reste plus de traces tangibles, les preuves ont disparu dans le gouffre sans fond du passé, mais ne vous faites pas trop d’illusion.

 

 

Prenez le cas de Robert Johnson l’a piqué son jeu de guitare à Lonnie Johnson et les paroles de ses blues les plus authentiquement Robertiens sont pompés pratiquement mot à mot sur de vieux morceaux country… N’allez pas non plus pleurer misère sur les vieux bluesmen à la Son House et à la Charlie Patton. Sont les prototypes des zip coons - tirés à quatre épingles avec costars à rayures et chemises blanches - ces dandies noirs caricaturés par les minstrels newyorkais… N’étaient pas des misérables, seulement des gars un peu plus malins, un peu plus doués que les autres qui avaient compris la combine de la hype et du boulot pas très fatigant. Surtout quand on le compare à une journée dans les champs de coton. Un livre terriblement rock and roll puisque iconoclaste.

 

 

VOIX MORTES

 

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Beaucoup d’appelés et peu d’élus. Dans sa traque infinie d’Emmett Miller, Nick Tosches nous révèle des pans entiers de la musique populaire des USA. Des bureaux de Tin Pan Alley au music-hall, de l’éclosion du ragtime au jump and jive, ce sont des centaines de noms, de dates et de lieux qui défilent sous nos yeux hagards et jaloux… Une véritable et indispensable préhistoire du rock and roll.

 

 

Damie Chad.

 

30/04/2013

KR'TNT ! ¤ 142. / VINCE TAYLOR / BILLY POORE /

 

KR'TNT ! ¤ 142

 

KEEP ROCKIN' TIL NEXT TIME

 

A ROCK LIT PRODUCTION

 

LITTERA.INCITATUS@GMAIL.COM

 

02 / 05 / 2013

 

 

ATTENTION !

Cette livraison 142 arrive avec deux jours d'avance, la 143 risque d'avoir un ou deux jours de retard ( n'en profitez pas pour oublier d'apprendre par coeur la 141 ) nous sommes en effet en mission ultra-secrète pour le compte du SRR.

Keep Rockin' Till Next Time !

 

 

 

VINCE TAYLOR / BILLY POORE

 

 

JET BLACK MACHINE ( ii )

 

 

LE DERNIER COME-BACK

 

DE

 

VINCE TAYLOR

 

 

JEAN-MICHEL ESPERET

 

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Apparemment, je dis apparemment car je ne l'ai pas eu entre les mains, il s'agit d'une réédition d'un livre paru en auto-édition chez Praelego ( sorti le 28 / 08 / 2012 ) intitulé Come-back, Roman Biographique sur Vince Taylor et repris sous le titre monozigotique Le Dernier Come-back de Vince Taylor, tout de suite suivi de la mention roman. Ce qui a son importance. Et publié en avril 2013 chez L'Ecarlate.

 

 

L'Ecarlate est une maison d'Editions liée aux Editions de L'Harmattan. Ce qui est un peu ironique puisque Guillaume Chassang fondateur de Praelego avait fondé son propre espace littéraire après avoir clashé avec L'Harmattan dont il réprouvait les méthodes éditoriales. Penserais plutôt que ce sont des dissensions d'ordre politique qui auront précipité cette incapacité de collaboration. Jacques Chassang s'inscrivant dans la mouvance très droitiste de Philippe de Villiers et L'Harmattan très engagé dans la défense d'une Afrique en proie aux tourments du néo-colonialisme...

 

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Roman donc. S'agit ni plus ni moins d'une biographie. Mais roman, car au fur et à mesure que l'on avance dans la lecture les personnages secondaires disparaissent peu à peu. Un lecteur peu au fait de l'histoire de notre rocker n'y prendra peut-être pas garde puisque le projecteur se resserre sur la figure centrale de Vince Taylor et il ne lui viendra peut-être pas à l'idée de se demander pourquoi les témoins les plus immédiats de sa vie ne sont plus que des ombres invisibles et anonymes.

 

 

C'est que Vince Taylor reste la mauvaise conscience du rock français, je ne parle pas du show-biz, dans ces milieux d'affaires et de gros sous tous les coups sont permis et si l'on étend le tapis rouge sous les pieds des gagnants, l'on n'éprouve aucune pitié pour les perdants. Mais des fans. Qui se sont comportés d'une manière exemplaires. Je ne dis pas qu'il n'y eut pas chez certains quelques arrières pensées de profit immédiat mais la majeure partie de la carrière et même de l'existence de Vince Taylor fut portée à bout de bras par de petits groupes de fans de la première heure qui tentèrent de le remettre en piste. Mais à l'impossible nul n'est tenu, ils ne possédèrent jamais la puissance financière et le carnet d'adresses nécessaires à leur rêve de come-back triomphant. Leurs échecs – car ils n'essayèrent pas qu'une seule fois – causa bien des colères. L'on s'accusa de tous les mots, les noms d'oiseaux volèrent à tire-d'ailes et aujourd'hui trente ans après la mort de Vince les plaies ne sont pas toujours refermées. Très précautionneusement Jean-Michel Esperet n'a pas voulu rouvrir les blessures et permettre aux querelles de rebondir. L'ombre de Vince n'a point besoin de ce genre de déballage. Les noms ont été effacés, délibérément omis. Dans quelques années peut-être sera-t-il possible de rendre à chacun la pleine et entière responsabilité de ses agissements en faveur de Vince.

 

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Mais le lecteur ne se plaindra pas de cet étrange parti-pris biographique. Imaginez tout de même que vous racontiez la vie d'un de nos présidents de la République en vous abstenant de mentionner le nom des ministres de son gouvernement ! Etrangement ce resserrement de l'écriture autour du héros a contribué à l'instiller d'une dose non négligeable de condensation poétique. Le personnage de Vince Taylor en devient encore plus exemplaire et héroïque.

 

 

IN THE BEGINING

 

 

Pourtant l'on ne peut pas dire que Jean-Michel Esperet soit en admiration béate devant Brian Maurice Holden. Ne lui passe rien. Je le taxerai même d'injustice, il s'en faudrait d'un chouïa qu'il ne l'accusât d'être venu au monde dans une famille prolétarienne ! Si en plus de leurs propres fautes les enfants doivent se charger des péchés de leur père, nous nageons en pleine théologie ultra-calviniste. Sont-ce les accointances de Jean-Michel Esperet avec la République Helvétique – il réside en Suisse depuis 1995 - qui l'auraient influencé ?

 

 

N'a pas eu une enfance heureuse le petit Brian. L'est né le quatorze juillet ( extraordinaire marque de prédestination française ! ) 1939, juste à temps pour connaître les joies du Blitz, sirènes, bombardements, fuites vers les abris... Mais cela n'est rien, lorsque la guerre s'arrêtera, il comprendra que l'amour familial n'est pas au rendez-vous. Il est le petit dernier d'une couvée de cinq, la bouche de plus à nourrir quand on considère le problème sous son aspect le plus pragmatique.

 

 

Emigration aux Etats-Unis, en 1946. Assez tôt pour entendre encore gamin Frankie Laine à la radio et être touché de plein fouet par le phénomène Elvis en pleine adolescence. Le père qui a trouvé du travail dans les mines préfèrera bientôt rester à la maison pour téter de la bouteille. Dans la famille alcoolo, passez-moi the father, mais n'anticipons pas. La mère se tue à faire les ménages. Le petit Brian se trouve très vite deux dérivatifs : l'école en laquelle il s'américanise à souhait, et la piscine, il y apprend si bien à nager qu'à dix-sept ans il devient maître-nageur. Beau garçon, chéri de ces demoiselles il perd aussi vite qu'il la leur hôte sa virginité.

 

 

LE DESTIN

 

 

L'est bien parti pour finir directeur de la piscine municipale. Mais l'ange du destin veille. Apparaît sous la forme du beauf bienveillant. L'a maqué sa blondinette de soeur en tout bien tout honneur. Pousse même la gentillesse jusqu'à verser une pension alimentaire au père et promet de s'occuper du l'ado monté en graine au devenir incertain. Le pire c'est qu'il tient ses promesses et emmène la famille à Hollywood.

 

 

Le futur roi des blousons noirs parisiens mènera une vie de blouson doré. Existence facile, n'a qu'à ouvrir la bouche pour avoir ce qu'il veut. Désire tout et n'importe quoi. Devient un assisté de luxe qui se fatigue très vite de ses foucades. Le goût méritoire de l'effort lui est inconnu. En bout de piste il décide de devenir aviateur comme son frère aîné, mais lors de son premier vol sans accompagnateur pour l'obtention de son premier brevet il n'arrive pas à arrêter son engin qui s'en vient percuter les coucous du club... Tombe de haut.

 

 

C'est alors qu'il se souvient de son succès au bal du lycée quand avec un groupe de copains il a repris quelques morceaux d'Elvis. Il sera donc chanteur de rock.

 

 

ENGLAND

 

 

Le beauf n'est pas idiot puisque Presley tient la première place aux States il serait illusoire de vouloir le détrôner en son pays, tandis que de l'autre côté de l'Atlantique, le jeune Brian atterrira avec une longueur d'avance. Retour au pays natal en 1958, avec le beau-frère qui tient le rôle du Colonel Parker.

 

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Le projet peut paraître aventureux mais avec de l'oseille en poche, de l'audace et un peu de chance, pourquoi pas ? Il est vrai que lorsqu'il arrive on ne l'attend pas, Johnny Kidd, Billy Furyy, Marty Wilde, Cliff Richard sont déjà au boulot. Mais Brian Holden devenu Vince Taylor va coup sur coup réussir deux coups d'éclats. Parvient à recruter un peu au hasard un fameux quatuor de musicos qui prendra le nom de The Playboys. Donnera de ce fait quelques shows particulièrement sauvages qui attireront l'attention sur lui. La firme de disques Parlophone le contacte pour enregistrer... produira deux disques dont le second comporte un des plus beaux classiques du rock'n'roll Brand New Cadillac.

 

 

Nous sommes en avril 1959, mais la soupe ne prend pas. La carrière de Vince patauge déjà dans la semoule. La cadillac reste au garage, seuls les amateurs la connaissent. Mais Vince est sûr de lui, il rompt avec le beau-frère et la manne financière qu'il représentait : désormais il se débrouillera seul comme un chef. A part que c'est Cliff Richard qui s'affirme de plus en plus comme le Presley anglais...

 

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L'a beau emballer les minettes, l'a beau tirer des plans sur la comète, l'a beau enregistrer Jet Black Machine chez Palette un deuxième classique immortel les engagements se font rare et la situation plaît de moins en moins aux Playboys, elle devint si tendue que sur un coup de tête Vince repart aux USA. L'on imagine les sourires sarcastiques du beauf... Vince le vaincu repart au début de l'année 1961 faire patte blanche aux Playboys qui le reprennent comme chanteur d'appoint puisqu'ils en ont embauché un autre, Duffy Power, moins performant. Les sept et huit juillet la tournée fera un crochet vers Paris. Vince est en marche vers son destin.

 

 

FRANCE : ACTE I

 

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La chance sourit-elle à ceux qui ne le méritent pas ? Eddie Barclay ne décolère pas. Les disques Philips viennent de décrocher le contrat de Johnny Hallyday qu'il voulait à tout prix. Ne sait pas comment il se vengera de cet affront mais il n'aura pas le temps de laisser refroidir le plat, le six juillet il est invité à la répétition des Playboys à l'Olympia. Il n'en croit ni ses oreilles, ni ses jeux. Voici des musiciens qui jouent mille fois mieux que tous les français réunis et cette espèce d'étalon fougueux, habillé de cuir noir, avec son gros médaillon autour de cou possède un jeu de jambe et de hanche au moins égal à celui d'Elvis. Petit Johnny a du souci à se faire. Dès la fin du set il les attend dans la loge, le stylo et le contrat à la main.

 

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Faut battre le fer quand il est chaud : en sept séances Vince et les Playboys enregistrent vingt-trois morceaux. Jean-Michel Esperet est bien sévère avec le résultat des premières sessions, ces titres dispatchés sur les premiers quarante-cinq tours français de Vince Taylor étaient de par leur qualité d'une valeur sans égale avec tout ce qui s'était enregistré en notre pays jusqu'à lors. L'on peut affirmer que les originaux de Chuck Berry, Buddy Holly, Little Richard, Eddie Cochran, sont inégalables mais ces versions furent pour toute une partie du french public le premier accès direct au rock'n'roll américain qui ne soit pas de seconde main. Il fut ressenti par tous les amateurs que Vince Taylor possédait une légitimité que nos rockers nationaux n'avait pas.

 

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Cette force naturelle de Vince Taylor fut aussi sa principale faiblesse. Pour une fois si Eddy Barclay ne manqua pas de flair il commit une erreur de stratégie notoire. Pour qui avait observé l'évolution du showbiz aux Etats-Unis et en Angleterre d'un oeil avisé, il était évident qu'en 1961, l'acte I du rock'n'roll sauvage s'achevait. L'industrie du disque s'acheminait vers une aseptisation pop. Déjà l'on avait limé les griffes de Presley et de Cliff Richard. Lâcher en liberté sur le territoire français la panthère noire du rock'n'roll n'était pas un bon calcul.

 

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Les premiers mois Vince Taylor fit illusion. Johnny eut du souci à se faire, même si c'était le profilage de sa carrière qui épousait le sens de l'histoire. Vince possédait un charme fou, toutes les jeunes femmes cédaient à ses sourires carnassiers et les blousons noirs en firent leur idole. Terrible caution qui attira le déchaînement de la presse et qui pesa très lourd ultérieurement pour ses futurs come-back car sa base de fans était prête à crier à la trahison au moindre relâchement rock...

 

 

PLUS DURE SERA LA CHUTE

 

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Vince ne vit rien venir. Tout lui souriait, les filles, le whisky, l'alcool, les cigarettes, les joints, les amphés... tout était bon et contribuait à sa légende dorée. Mais en face l'on s'activait avec efficacité, Salut Les Copains, le magazine et l'émission d'Europe 1 choisirent leur camp : celui de Johnny, plus consensuel, qui dès 1964 partirait sagement au service militaire... Ce fut une conspiration du silence ( radio ) savamment orchestrée et d'une redoutable efficacité. Rien n'y fit pas même la pétition des fans adressés aux disques Barclay pour que Vince puisse enregistrer un nouveau disque. Eddie Barclay retirait ses billes. Il est humain de se tromper mais miser sur un cheval condamné est une pure folie...

 

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La pente glissante de l'enfer toujours pavée de bonnes intentions commence dès 1963 avec déjà un come-back annoncé. Les Playboys ont été rachetés par Johnny et sa thunderbird noire par... Claude François. En 1965 avec Vince ! Taylor enregistre le plus beau trente-trois tours du rock'n'roll français... qui sortira dans l'indifférence générale. N'y a que les Rolling Stones qui s'aperçoivent lors de leurs trois shows à l'Olympia que passer après leur première partie est difficile. Entre chauffer le public et faire un tabac il existe une marge à ne pas franchir. Prendront soin de rayer le nom de Vince Taylor des étapes suivantes de la tournée. Play with fire, d'accord mais tant que le feu ne brûle pas.

 

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C'est la chute, Vince habite chez des copines, il boit de plus en plus, dépression, cachets, séjour en clinique, le LSD lui laissera des séquelles à vie, crise de mysticisme, tout se dérègle... n'est plus capable de tenir sur scène, même s'il trouvera épisodiquement jusqu'à sa fin des bars de dix-septième catégorie et des boites pourraves qui acceptent de prendre le risque de le faire passer car il déjà une légende...

 

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Vince n'est plus qu'un tourbillon dans sa tête, mais dans celle des autres il reste le grand, l'inimitable, the first Vince Taylor. L'on n'a pas su retenir Gene Vincent en France alors une chaîne de solidarité va se créer, fans et musiciens vont s'associer pour essayer de remettre la vieille locomotive essoufflée sur les rails. Sortiront quelques albums notamment chez Big Beat sous la houlette de Jackie Chalard qui contiennent quelques merveilles. Le seul à ne pas à croire à sa résurrection reste Vince lui-même. N'est pas christique, serait plutôt du côté de Sader Masoch. N'en rate pas une pour tout faire capoter. L'alcool aidant l'on dirait qu'il le fait exprès. Fatigue les plus dévoués.

 

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SUISSE

 

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Un silence complice s'était établi sur les quatre dernières années de Vince Taylor en Suisse. Lui-même n'avait-il pas déclaré à un journaliste que c'était là les plus belles années de sa vie ? La légende disait qu'il était devenu mécanicien d'avion. Qui aurait été fou pour monter dans un avion réparé par Vince Taylor ! Mais non, ce ne fut pas une ère de paix.

 

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Recueilli in-extremis par une ancienne fan il mena une double vie de poivrot et de coq en pâte. Chouchoutée par une jeune femme qui l'aima au point de lui sacrifier sa vie et sa fortune il continua à boire et à rouler dans sa tête brumeuse les phantasmes d'un impossible retour... Il s'éteignit le 27 août 1991, les os rongés par le cancer. Je vous laisse lire la superbe épitaphe que lui dresse Jean-Michel Esperet à la dernière ligne de son bouquin. Rien que pour elle il vous faut acheter le bouquin. Elle a la concision et la force des meilleures sentences relevées sur les tombeaux grecs antiques.

 

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FRANCE

 

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C'est notre plus grand rock'n'roller. Merci à Jean-Michel Esperet de lui avoir consacré ce livre. Sans concession. Soulève un à un les langes de la légende et elle n'en est que plus noire. Que davantage rock'n'roll.

 

Damie Chad

 

 

( PS : ce Jet Black Machine II n'est pas la chronique que je vous avais promis à la suite de du J.B.M. I - voir livraison 52 du 12 / 05 / 11 - elle paraîtra plus tard intitulée J.B. M. III. Simple logique aristoto-euclidienne )

 

 

ROCK-A-BILLY / BILLY POORE

 

A Forty-year Journey

 

( Hal Leonard Corporation / 1998 )

 

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Le Rock à Billy

 

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Pendant que la teuf-teuf mobile fonçait vers la capitale et qu'une mémé acariâtre remplissait un seau d'eau de javel pour arroser Damie Chad venu voir les No Hit Makers aux Combustible on se prélassait confortablement dans un canapé avec un bon livre. Comme dirait Bourdieu, jouer les grosses feignasses, oui, mais avec un objectif ! Et quel objectif ! Traverser les quarante ans de souvenirs de Billy Poore, rassemblés dans un gros ouvrage format 21 x 27, paru en 1998. L'ouvrage s'intitule Rockabilly, A forty-Year Journey. Trois cents pages d'une rare densité, qui tiennent bien le lecteur en haleine, un livre qu'on voudrait sans fin, tellement qu'il sent bon le fan. Billy Poore commence à rédiger ses mémoires en 1954, à l'âge de dix ans. Comme d'autres gosses de sa génération, il va prendre Elvis en pleine poire, d'où ce penchant fatal. Il fera comme Bob Luman voyant Elvis sur scène pour la première fois : il décidera de consacrer sa vie au rockabilly. Bob Luman deviendra le rockab légendaire que l'on sait et Billy, lui, organisera à partir de la fin des années soixante concerts avec tous les géants du genre en activité, de Charlie Feathers à Conway Twitty, en passant par Jack Scott, Narvel Felts et Janis Martin. Billy Poore est l'un des témoins clés de cette aventure. Il redit l'importance viscérale du rockabilly à maintes reprises, au fil des pages, et au moins aussi bien que le fait Max Décharné dans son Hipster's Guide To Rockabilly Music, A Rocket in My Pocket ( fraîchement traduit en français et chroniqué par Damie Chad – qui doit bien être le seul à s'être penché sur la chose ).

 

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Billy Poore vous fera sauter d'émotion en émotion, tel le cabri de rocher en rocher. Ses grandes pages bien remplies fourmillent d'images justes et rondes comme des notes de slap. Justement, il attaque avec Elvis et une double révérence : le fameux son de Sam jamais reproduit ailleurs et le jeu de jambes d'Elvis jamais égalé. C'est exactement là que toute la folie du rockab prend sa source. Pour Billy, le second disque d'Elvis, Good Rockin' Tonight, est le plus grand rockab de tous les temps. Le ton est donné. A partir de là, Billy tient son lecteur par les couilles. Et il ne le lâchera pas. Billy rend ensuite hommage à Carl Perkins qu'il hisse sur un piédestal : l'un des plus grands guitaristes de l'histoire de la musique, pas moins. Et il n'exagère pas tant que ça. Il suffit d'écouter le solo sublime que Carl joue en picking dans Movie Magg.

 

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Furtive évocation de Meteor Records, l'antre du rockab primitif : Narvel Felts nous fait baver en affirmant qu'on trouvait ses disques dans tous les juke-boxes du Sud des Etats-Unis. Meteor toujours, avec cette anecdote croustillante : Sam veut que Charlie Feathers devienne aussi célèbre que George Jones dans la Country et pour Charlie, c'est hors de question. Il ne vit que pour le rockabilly. Alors, il claque la porte de Sun Records et file enregistrer Long Tied Jill et Bottle To The Baby chez Meteor. Quand Sam l'apprend, il pique une crise de rage et va chez Charlie pour l'abreuver d'injures. Hélas, Billy refuse de nous dévoiler le détail de la harangue.

 

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Justement, Charlie Feathers s'octroie la part du lion dans ce livre. Le chapitre Charlie en est même le coeur palpitant. Billy Poore lui rend le plus grand des hommages. Magistrale évocation de carrière, mais aussi des souvenirs qui valent leur pesant d'or. Charlie et son fils Bubba se retrouvent enfermés dans la cave de Billy Hancock lors d'un déplacement à Washington DC. Ils parviennent à s'évader. Episode hilarant. Billy raconte aussi dans le détail l'enregistrement d'un album de Charlie pour Elektra, avec Ben Vaughn, en 1990. Par trois fois, Charlie menace de rentrer chez lui, à Memphis. Chaque fois, Billy réussit à le ramener au studio. Pour les fans de Charlie, ces pages sont un pur régal. Une véritable bénédiction. Là il faut faire une pause pour écouter One Hand Loose.

 

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Gros chapitre consacré à Gene Vincent. Votre petit coeur battra la chamade avec cette tournée au Japon, quand 10 000 fans àccueillent Gene à l'aéroport. Billy va loin, ici encore. Il compare Gene et Elvis. Pour lui, Elvis a la tête du mec qui va séduire votre fille aînée. Gene la tête du mec qui va la violer.

 

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Sam Phillips réapparaît sans cesse, comme l'Arlésienne : dans le gros chapitre consacré aux frères Burnette qu'il trouvait trop country, comme dans celui consacré à Warren Smith, qu'il considère comme le chanteur de country le plus pur, aussi capable de sortir le meilleur rockab.

 

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Les personnages de légende se succèdent à un rythme hallucinant : le petit Larry Collins, onze ans, boule de feu, capable de décocher les gimmicks de guitare les plus rapides de son époque, pendant que sa soeur, Lorrie Collins tissait en secret une relation sentimentale avec Ricky Nelson. Lequel Ricky piquait l'orchestre de Bob Luman ( James Burton et James Kirland ) pour enregistrer ses hits rockab de 1957 ( dont certains composés par les frères Burnette ). En 1985, pris d'une soudaine envie de revenir au rockab, il va récidiver en piquant l'orchestre de James Intveld. Mais cela ne lui portera pas chance parce que son avion s'écrase dans les montagnes. Il avait racheté cet avion à Jerry Lee Lewis qui n'en voulait plus. L'avion avait sacrément besoin de réparations et Jerry Lee en avait une peur bleue. Comme le dit si bien Billy Poore, c'est la seule chose dont Jerry Lee ait eu peur dans sa vie...

 

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On vous a prévenu, c'est un festival incessant. On voit rôder Matt Lucas, batteur et chanteur, voyou et amateur de drogues, et comme Chuck Berry, envoyé au placard à l'âge de treize ans. Hommage appuyé à Alan Freed, inventeur du rock'n'roll, personnage clé de l'histoire du rock et accusé de corruption en 1960. Un type de la commission d'enquête lui demande : « Si on vous propose une Cadillac, vous la refusez ? » Alan Freed rétorque : «  Ca dépend de sa couleur ». On s'en doute, l'humour d'Alan a tapé dans le mille. Il meurt quatre ans plus tard, sans un rond, malade et abandonné de tous ses amis. Billy en fait évidemment un héros. Bon, bref, ils sont des centaines dans ce gros pavé. Tout le monde aura sa dose. Les admirateurs de Buddy Holly, de Big O ou d'Eddie Cochran sont eux aussi très bien servis. Indigestion garantie.

 

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Billy raconte sa période biker et comment il a osé quitter son poste de secrétaire des Pagans, au péril de sa vie. Comme il est américain, il s'intéresse aussi à des choses qui nous échappent comme le Creedence Clearwater Revival et Linda Ronstadt. Il consacre un gros chapitre aux revivalists, comme Robert Gordon et les Stay Cats dont il aime bien la moitié du premier album. Et il rend un hommage appuyé à Dave Edmunds dont l'album Git It reste au rock ce que Stendhal est à la langue française : un symbole de la perfection.

 

 

Le pompeux Cazengler

 

 

( P.S. : a aussi signé deux dessins mais l'ordi n'a laissé passer que l''en-tête Rock-A-Billy Poore : information secrète du SRR – Services du Renseignement Rock )