17.05.2012

KR'TNT ! ¤ 98. IMELDA MAY / HOWLIN JAWS

 

KR'TNT ! ¤ 98

 

KEEP ROCKIN' TIL NEXT TIME

 

A ROCK LIT PRODUCTION

 

17 / 05 / 2012

 

 

 

EN MAI, FAIS CE QU'IL TE PLAÎT

 

 

CONCERT OLYMPIA / 11 / 05 / 2012

 

 

HOWLIN JAWS / IMELDA MAY

 

 

 

Plus d'un mois que la teuf-teuf mobile n'était pas sortie du garage pour assister à un concert, alors ce coup-ci l'on a frappé un grand coup, finies les banlieues pourraves et perdues au fin-fond de la brousse seine-et-marnaise, l'on a astiqué le cuir des dimanches et l'on a foncé droit vers the great Paris comme si l'on n'attendait que nous dans la Maison du Soleil Levant de la Nouvelle Orléans pour commencer les amusements. Faut dire que l'on avait un rendez-vous. Et pas avec n'importe qui.

 

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Avec la Reine du Rockabilly. Ni plus, ni moins. On est comme ça, nous ! On ne se déplace pas pour rien. N'y a que sur le boulevard des Capucines que l'on s'est un peu plantés, on l'a remonté à l'envers, mais une charitable jeune fille de cinquante balais nous a fait remarquer le grand panneau rouge, juste derrière nous, marqué du nom du célèbre music-hall : Olympia. Pas très glorieux, un petit air les Charlots en vadrouille dans la capitale, nous le reconnaissons, mais vérité historique oblige.

 

 

L'a tout de suite fallu déchanter. L'on n'était pas les seuls à désirer l'Imelda, des connaisseurs en plus, des prévoyants qui s'étaient tous munis du sésame nécessaire à tel point qu'il nous a été impossible de refiler ( nous ne disons pas revendre ) un billet que l'on avait en trop, tout le monde possédait le sien, cela nous apprendra à vouloir faire le bien de l'Humanité sans son accord.

 

 

L'on s'est faufilé jusque devant. Pas facile de traverser l'aggloméré. Des fois que l'on bousculerait un confrère rocker ! C'est que nous sommes une race susceptible, qui n'aimons pas que l'on nous marche sur nos petits petons chaussés de daim bleu, mais c'est comme cela que nous avons survécu à six décennies d'horreur musicales. De toutes les manières les rockers n'avaient pas l'avantage du nombre, pressés, entourés, assiégés de toute une jeunesse venue d'on ne sait où. Nouvelle donnée de base : de plus en plus de monde aux concerts rockabilly, cette musique est en train d'être rattrapée par le public. C'est un constat général, depuis quelques mois, que ce soit la prestation d'un obscur combo de débutants ou une star internationale, de toute évidence, il y a de plus en plus de peuple...

 

 

HOWLIN JAWS

 

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Maintenant comme nous ne pouvons rien vous cacher, nous reste à avouer que nous n'étions pas là seulement pour la belle branche du mois de May, nous étions en service commandé. D'observation. Pour les Howlin Jaws, aussi. Mais n'en disons pas plus pour le moment. Vous ne les connaissez peut-être pas encore, mais dépêchez vous, c'est le groupe qui monte. Le french young band 2012 qui se détache du lot. Des petits nouveaux. Sortent pas de la cuisse de Jupiter, mais ils ont suscité l'attention du milieu, et plus que tout son aide. Tony Marlow et tout le staff de Rokers Kulture, un appui irremplaçable. Et puis Mister Jull de Ghost Highway qui les a assistés de toute sa science musicale et qui est passé derrière les consoles pour leur premier CD.

 

 

Pour Mister Jull si vous avez oublié, reportez-vous à notre première livraison du 01 / 05 / 09, déjà trois ans, l'on parlait déjà de lui, après vous n'avez qu'à remonter les numéros pour suivre les épisodes... Mais pour le moment, les Howlin Jaws déboulent sur scène, doivent avoir les foies, si jeunes sur la scène de L'Olympia, et en première partie d'Imelda May, vaut mieux ne pas rater le tournant. Plus dure serait la chute !

 

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Attaquent billes en tête, n'ont même pas dix morceaux pour se montrer dignes de la confiance ! Djivan commande l'assaut, n'a pas effleuré sa slap bass qu'il entonne les paroles du premier titre. Derrière à la batterie Crash Boom Bang donne la gomme. Reste plus que Lucky pour assurer les arrières. Et l'avant-garde. C'est la règle du trio rock, la formation minimale. Faites ce que vous pouvez, mais personne ne viendra à votre rescousse. Facile de se planter. Mais Lucky le chanceux a préparé les plans de survie. A chaque morceau, son riff, ciselé au nickel chrome. S'applique salement pour ses ciselures. Pas le temps de s'ennuyer, ne repasse pas les mêmes plats.

 

 

Au début ils sont portés par l'enthousiasme et les encouragements du milieu rockab, pourront jamais dire qu'ils auront été accueillis par un silence glacé, mais après ce sont eux qui ont fait le boulot. Très vite ils ont dégelé les trois mille personnes restantes. Jusqu'aux balcons truffés de bobos smart. Z'ont du charisme et dégagent de la sympathie. Sans parler de leur musique, un peu à l'arrache, un peu volontariste, mais qui emporte l'assentiment. Ne s'adonnent pas aux seules joies de l'anthologie des reprises obligatoires. Jouent avant tout leur propres compos. Ont su être ce qu'ils sont, cette fraîcheur et cette prétention les a délivrés de toute inhibition.

 

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Ne sont pas non plus des ingrats. Pour les deux derniers morceaux, ils ont invité Mister Jull, in person, sur scène. Manière de tricoter et de fricoter les cordes à plus grande échelle. Ca c'est fini sur une reprise d'anthologie de Johnny Burnette. Ovation de la foule qui aurait bien ingurgité deux ou trois cacahuètes de plus, mais non la lumière se rallume et c'est déjà l'entracte. Sortent de scène le sourire aux lèvres. Se sont montrés à la hauteur de l'enjeu. Le french rockab vient de marquer un point. Un de plus. Plus tard – information KR'TNT exclusive mais de bonne source - dans les coulisses, ce sera la fête avec bière et champagne offert par Imelda.

 

 

On est content pour eux. Pour nous aussi. Il est temps de vous révéler la raison secrète de notre présence. C'est Alain, notre technicien Kr'tnt, qui a stratégé l'ampli à lampes sur lequel se sont branchés Lucky et Mister Jull. Question son, ça bourdonnait comme une escouade de Spitfires en plein vol. Puissance et beauté. Rondeur et volupté. Même qu'au début alors que l'on attendait les Howlin, une oreille exercée pouvait discernée dans le brouhaha de la salle, le bruit de fond des lampes sous pression qui se chargeaient d'énergie... Inutile, messieurs, de nous proposer des valises remplies de dollars pour nous acheter la recette. Toutefois nous restons ouverts à toute proposition féminine qui se révèlerait particulièrement suggestive.

 

 

IMELDA MAY

 

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Chanterait-elle déjà depuis les coulisses ? Mais non ce n'est qu'un disque, alors que les musicos prennent place derrière leurs instruments, elle arrive la dernière. Elle survient moulée dans une robe dont l'orange sera accentuée par les projecteurs. Tout de suite la voix. Identiquement la même que sur les vidéos et les enregistrements. Surprise d'Alain, pas pour moi, j'étais personnellement au courant. Dès la fin du premier morceau elle dissipera les malentendus. Oui elle attend un bébé. Pouvait difficilement le cacher avec sa bosse pastèque sur le devant. Elle désigne même le coupable, de la voix et du doigt. Darrell Higham son mari. Accessoirement guitariste.

 

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Mettons les choses au point. Tout le monde dit : Imelda May, Imelda May. Mais que serait-elle sans ses musiciens ? Commençons par Darrell. Apparemment elle n'a pas choisi le plus manchot. Même Brian Setzer le reconnaît comme un maître. Déjà qu'Alice Cochran, la mère d'Eddie lui a permis de jouer sur la guitare de son fils et qu'il a enregistré avec les Kelly Four, le groupe d'accompagnement de l'immortel créateur de Summertimes Blues ! Ce mec, il ne joue pas sur sa Gibson, il crée. Chaque note est une merveille. Une sculpture vivante. De la magie pure.

 

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Steve Rushton : c'est le batteur. Se contente pas d'une caisse claire. Tout un attirail devant lui. L'en a besoin, car il frappe fort et roule dur. De la puissance et de la violence. L'élément moteur du groupe. Les débuts des morceaux sont proprement hallucinants. Quant au raffut des fûts se mêlent les étincelles de Darrell Higham, l'on croirait à un départ de Led Zeppelin, mais tout de suite l'on repart vers quelque chose de beaucoup rythmique, beaucoup moins décomposé que les orchestrations du Dirigeable, mais tout aussi efficace.

 

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Al Gore : bassiste. Peut aussi bien travailler à l'huile de coude qu'à l'électricité. Camion tout terrain. Creuse la route et les écarts. Métronomie et swing. Peut tout faire. Inutile de le lui demander. Adopte et propose tout de suite la meilleure des solutions. Toujours plus surprenante et imaginative que celle que vous auriez envisagée. Minimum d'efforts et maximum de rendements.

 

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Avec ces trois-là, il y en déjà bien assez. Mais non, ils ont encore un joker. Totalement inutile mais sacrément indispensable. Dave Priseman : multi-instrumentiste. Cordes, percussions et vents. Apporte la couleur et la surprise. Le trublion jazz de service, la note bleue dans le rouge brûlant du rock'n'roll.

 

 

Mettons les choses au point : mais que serait ce groupe sans sa chanteuse ? Simplement des musiciens, bons, très bons, excellents. Mais des musiciens tout court. Ce n'est pas un hasard si à peine le premier morceau terminé Imelda May tape de son escarpin léopard le plancher de la scène en déclarant «  This is the side of Gene Vincent ! ». Rappel des fabuleux concerts de 59 ET 63, mais surtout en voici une qui a tout compris, que le chanteur transcende le groupe, que les Blue Caps sans Vincent n'ont jamais rien fait, que Darell Higham sans Imelda May ne serait qu'un guitariste pour une poignée de puristes en voie de disparition.

 

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Imelda chante. Et tout est dit. Inutile de rajouter. Ne chante pas que du rock. Ce qu'elle veut. Donne de l'âme à tout ce qu'elle touche. Donnez-lui une chansonnette d'amour et elle vous la transforme en drame shakespearien. Vous n'avez pas le temps de reprendre qu'elle se lance dans un rockab d'enfer à faire péter tous les potards de la création. Se fout à hurler comme une louve qui a perdu son petit, mais non Imelda, arrête de nous arracher le choeur et de nous dévider les tripes une par une, on te jure que le baby, il est encore dans ton ventre arrondi comme la coupole du Panthéon, et qu'il ne s'est pas échappé.

 

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Je ne sais pas ce qu'il va donner cet enfant mais avec toutes les vibrations qui l'assaillent – les instruments qui turbinent, la foule qui s'époumone, la voix de feu et de soie de sa mère qui doit l'envelopper comme un velours extatique – plus tard, une fois dehors il risque de trouver la vie un peu triste et monotone. C'est peut-être pour se rassurer qu'elle finira sur le That's allright Mama de Presley !

 

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Imelda n'est pas qu'une chanteuse. Elle est un être humain qui partage et qui donne. L'on ne sent en elle aucune de ces minauderies d'artiste cabotinard qui aime à se faire prier, elle est une diva sans caprice. Elle sème et elle prend. Du plaisir et de l'énergie. Griserie et jouissance. Et tout le monde en redemande. Elle comme nous.

 

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Et puis ce moment inoubliable. Avant les rappels. Sont tous sortis de scène, revient d'abord Al Gore qui couche sa contrebasse sur le côté, s'empare d'un ukulélé et s'assoit en attendant qu'elle revienne. Applaudissements et puis silence. Elle a pris le micro et tout le monde veut entendre. C'est fou comme les Irlandais ont un accent aussi incompréhensibles que les Anglais quand ils s'expriment. Mais là ce ne sera que quelques mots tout simples : «  This song is for Gene Vincent. » Ce sera tout. Pratiquement a capella car le moutonnement cristallin et quasi robotique du crincrin hawaïen ne peut être qualifié d'accompagnement, elle entonne Important Words. Le morceau préféré de Gene. Elle chante de l'intérieur d'elle-même, du plus profond de son coeur en communion totale avec l'angoisse qui a souvent ravagé la vie de Vincent. Parfois elle descend si bas qu'elle retrouve la tonalité même, si pure et si fluide, du Screamin' Kid. J'avoue que mes yeux se sont mouillés. L'atmosphère est si tendue qu'une spectatrice ne peut s'empêcher de rassurer son idole qu'elle sent si loin d'elle en criant : «  Imelda, we love you too ! » Un imperceptible sourire effleure le visage d'Imelda. Le problème est ailleurs.

 

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L'a fait tous ses classiques plus un vieux titre de Darrel, peut-être pour rappeler d'une manière un peu plus discrète, par l'entremise de son compagnon qui en fut aussi le biographe, le fantôme d'Eddie Cochran, comme une convocation des fondateurs tutélaires et en même temps l'affirmation péremptoire que la relève est assurée et que le rockabilly doit aller de l'avant, moderne, psycho ( ah ! la version du titre éponyme ! ), électrique, revitalisé aux racines du jazz, du blues, du country, dynamitant la variété et le middle of the road, renversant les barrières, bravant tous les interdits afin de retrouver son originelle rébellion iconoclaste.

 

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Grande est Imelda. N'est pas une artiste sans mémoire. Elle est le passé du rock'n'roll mais aussi son futur. Une remarquable passeuse. N'y avait qu'à regarder les visages illuminés des spectateurs dont le flot s'écoulait lentement dans le goulot d'étranglement de la sortie pour comprendre que nous sommes en présence d'une chanteuse qui ne tardera pas à parvenir de son vivant, à une stature et à une dimension mythique, que seuls les plus grands pionniers ont pu acquérir.

 

 

Imelda, le renouveau du rock'n'roll.

 

 

Damie Chad.

 

 

PS : pour ceux qui voudraient avoir une autre vision de ce concert, se reporter à rollcallblog.blogspot.com vous aurez le plaisir de lire un compte-rendu de Didier Delcour agrémenté de photos.

 

 

KROCKROCKDISCK

 

 

HOWLIN JAWS.

 

RPR CD17. 2012.

 

Get the thrill. Electric Mind. Dirty Joe. ( Ol' man blues ). Babylon baby. Dollar Bill. Shake your hips. What's that thing. No more bullshit. Danger. Why are you being so cruel . Walk by my side. Sixtee tons. Lovin' Man.

 

 

Jull Records / Rockers Kulture / Jull Records.

 

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Que des morceaux à eux. Seulement deux reprises. L'est toujours bon de marquer son Appellation d'Origine Contrôlée, mais pas question d'être un clone sous le chapiteau protecteur des reprises. Ne doutent de rien, ont les dents longues et les mâchoires hurlantes. C'est bourré de références, de Vince Taylor au son des Chaussettes en passant par Joe Moretti, mais ils ont tout concassé et tout assimilé. Sont pas rentrés dans le salon du rockab sur la pointe des pieds. Sont arrivés avec leurs anciennes mauvaises manières punk, dégueulent tout ce qu'ils ont ingurgité sur le tapis et ont secoué les peaux de léopard parfois poussiéreuses sur le sofa. Ils ont foutu un joyeux bordel. L'incroyable c'est que ce mélange de juvénile intransigeance et de vieilles recettes a fait bon ménage.

 

 

Ne respectent pas les règles. Rallongent les morceaux de ponts aussi longs que celui de Tancarville, baragouinent des lyrics de faux anglais avec un aplomb si extraordinaire que vous pensez qu'ils ont l'accent américain, vous pètent un disque en studio aussi fougueux qu'une fin de concert, ne prennent jamais le temps de réfléchir et d'intuiter mais y vont d'instinct, sans se tromper.

 

 

Ne jouent pas, ils expérimentent, chacun essaie de bouffer l'autre, en toute sympathie. Une autre manière de soigner le collectif. Ne pas se faire de cadeaux mais laisser ouvertes toutes les opportunités. La voix en avant qui couvre tout, la batterie en arrière qui écrase tout, et la guitare qui dégage la chienlit et colorie le tout à coups d'éclairs électriques. Laissent tous des brèches pour que les copains s'embarquent dedans, un CD dynamite.

 

 

 

Une belle pochette qui n'est pas s'en rappeler le L.A.M.F. des Heartbreakers, peut-être un coup du hasard objectif, mais en tout cas du tonnerre. Passe mon temps depuis deux jours à la maison à me faire engueuler sous prétexte que je fais trop de bruit avec ma musique de sauvage. Croyez-m'en, c'est un très bon signe. Tiens, je vais me le remettre une dix-septième fois de suite, manière d'apprendre à l'épouse ( in)soumise, aux amis en visite, aux voisins atterrés et à la terre entière ce que c'est que le rock'n'roll.

 

 

Howlin Jaws, le disque qui mord. Et ne lâche pas les morceaux !

 

 

Damie Chad

 

 

 

REVUE DES REVUES

 

 

JUKEBOX MAGAZINE. N° 305.

 

Mai 2012.

 

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La couverture laisse rêveur... Imelda May et Françoise Hardy sur le même plan ! Le filet de voix de la seconde – si judicieusement l'employa-t-elle – ne saurait en rien se comparer avec la sonore cascade diluvienne qui s'écoule de la bouche de la première. Mais il est vrai que Jukebox draine aussi un fort lectorat nostalgique de l'époque Yé-yé même si les amateurs de rock lui restent tributaires de nombreux articles, dévolus à leurs idoles, d'une très grande fiabilité quant aux renseignements, dates et précisions diverses apportés.

 

 

Un numéro d'anthologie pour les amateurs de rock : le reprint de Disco-Revue avec photos couleur et blanc et noir pour illustrer l'article La revanche de Vince Taylor, la suite de Rock'n'Roll à Cleveland featuring Eddie Cochran, Gene Vincent et Charlie Gracie, et enfin deux énormes parts de gâteaux Imelda May et Bobby Cochran.

 

 

French galanterie, commençons par les Dames. Un article de fond pour comprendre que la reine du rockabilly n'a pas surgi de nulle part, d'un coup de baguette magique. Est née en Irlande, en 1974, mais la famille importe peut-être beaucoup plus que le pays, toute gamine elle commence par faucher les disques de ses grands frères qui ont du goût – Presley, Vincent, Burnette, Cochran – découvre le blues toute seule comme une grande, grandit et enregistre près de trente titres avec le groupe Blue Harlem, rencontre Darrel Higgham, enregistre sous son véritable nom d'Imelda Clabby l'album No Turning Back.

 

 

C'est en 2007 qu'elle enregistre Love Tatoo, un album qui démarre sa véritable carrière. Il y a de tout sur Love Tatoo, du jazz, de la ballade, du blues, du rock, mais quoiqu'elle touche, elle atteint la perfection. Dès lors les choses vont s'accélérer, le coup de pouce qui la propulse sur le devant de la scène internationale sera apporté par Jeff Beck – un amoureux fou des Blue Caps de Gene Vincent – qui lui demande de l'accompagner avec Darrel Higham, à la cérémonie des Grammy Howards. En 2010 sort Mayhem son deuxième album sous le nom d'Imelda May, mais vous connaissez déjà.

 

 

Pour ceux qui auraient des doutes, suffit d'aller sur You Tube, prévoyez toutefois quelques sandwiches et un thermos de café, car vous trouverez des dizaines et des dizaines de titres. Notamment le concert de l'Olympia chroniqué ci-dessus.

 

 

Mais les fans d'Eddie Cochran se précipiteront d'abord sur l'interview de Bobby Cochran, le neveu d'Eddie qui parle longuement de son oncle disparu alors qu'il avait à peine dix ans. Un demi-siècle plus tard, Bobby Cochran se souvient et raconte. Nos kr'tntreaders se reporteront à notre quarante et unième livraison du 23 / 02 / 2011 consacrée à la lecture de la biographie que Bobby a consacrée à la figure mythique d'Eddie. Un livre envoûtant, empli de synchronicités et de concordances si étranges qu'il vous fait froid dans le dos.

 

 

L'article est à lire, ne serait-ce que pour les dures paroles de Bobby sur sa grand-mère Alice, mère d'Eddie et de son père Bob, qu'il accuse d'avoir un peu trop aimé l'argent... Remet aussi les pendules à l'heure côté Sharon Sheeley qui n'aurait proposé que l'idée de Somethin'Else, le morceau aurait été composé par Eddie et son frère Bob et... Jerry Capehart dont oui Eddie était décidé à se séparer... mais vous ne m'écoutez plus et vous partez déjà vous procurer ce Jukebox 305 pour votre collection... Intelligente résolution !

 

 

Damie Chad.

FLYERS

 

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10.05.2012

KR'TNT ! ¤ 97. RHYTHM & BLUES AVANT ELVIS

 

KR'TNT ! ¤ 97

 

KEEP ROCKIN' TIL NEXT TIME

 

A ROCK LIT PRODUCTION

 

10 / 05 / 2012

 

 

 

RYHTHM & BLUES / COUNTRY / ROCK & ROLL

 

 

LA MUSIQUE QUI VIT GRANDIR ELVIS

 

 

JEAN-CHRISTOPHE BERTIN

 

 

( Editions Didier Carpentier / Mars 2012 )

 

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Grand format, la taille idéale de vos vingt-cinq centimètres, superbes photos à toutes les pages, plus un disque ( ne rêvez pas : un CD, pas un vinyl ) de vingt titres ! Que voulez-vous de plus ! Elvisnolâtres je vous vois déjà saliver, prêts à acheter les yeux fermés puisque le nom de votre idole figure dans le titre. L'arrive à la fin, page 122, certes il y a eu quelques petites apparitions de ci, de là, au détour d'un commentaire, vient d'avoir trois ans, passe le cap de ses treize printemps, sa baraque à Tupelo, son sweet home à Memphis, rien que vous ne connaissiez déjà... mais l'on s'en fout, Presley n'est que la dernière perle du collier, celle qui brille le plus je vous l'accorde, mais que serait-elle sans toutes les autres qui la mettent en valeur ?

 

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Le rock'n'roll est un mot magique. Il suffit de le prononcer entre amis pour que chacun se sente obligé de réciter la discographie de ses idoles préférées avec les numéros de série et les dates de sortie. C'est le coup de l'iceberg. Tout blanc, celui qui coule le Titanic et que l'on applaudit. Ce qui est au-dessous de la mer, l'on oublie d'y penser, ça descend si profond que l'on n'y voit plus rien, que du noir.

 

 

UNE HISTOIRE QUI NOUS RESSEMBLE

 

 

Jean-Christophe Bertin n'est pas homme à se laisser subjuguer par les feux de la rampe, passe son temps dans les coulisses. Nous raconte donc la préhistoire du rock'n'roll. Côté musique, ne craignez rien, vous en aurez pour votre argent, mais la face B d'un disque n'est pas obligatoirement de l'autre côté de la galette. L'est tout autour. Le serpent est comme la poule, il sort de l'oeuf. Parfois de son plein gré, souvent de force. Le malheur c'est que si l'omelette du capitalisme épouse la même recette que celle de la révolution, celui qui sert d'ingrédient ogival ne participe que très rarement au festin de la mixture qui procède de lui.

 

 

Certains se disputent à n'en plus finir : le rock'n'roll vient du blues, que nenni il sort de la country, pas du tout il provient du jazz, vous êtes fous il tire son origine du rhythm'n'blues, Bertin met tout le monde d'accord : autant des Appalaches que de la New Orleans, et de partout d'où vous voulez, mais avant tout il est né de la misère des hommes. Des esclaves noirs et des pauvres blancs. Ce qui ne veut pas dire que des plus riches n'y ont pas investi quelques dollars lucratifs et quelques idéalistes généreux englouti leurs économies.

 

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1920 – 1929, dix ans d'histoire d'Amérique, de la prohibition à la grande crise. Le baromètre n'est pas au beau fixe. Surtout que les années suivantes qui se profilèrent n'apportèrent guère de lots de consolation, de la Dépression à la fin de la Guerre, les basses classes ne sont pas à la fête. Certes le New Deal de Roosevelt et sa politique de grands travaux ajoutés à la mise en marche de l'industrie de l'armement aidèrent à remonter la pente, à donner un peu de travail à des millions de chômeurs qui crevaient littéralement de faim, mais la machine économique ne se remit en route que lentement et les temps furent d'une dureté extrême.

 

 

Jean-Christophe Bertin pose les cadres nécessaire à la compréhension de l'émergence de la musique populaire américaine. A proprement parler c'est un peu flippant. Ce n'est pas un leader d'extrême-gauche qui essaie de vous enturlubiner, se contente de résumer à grands traits la situation économique du moment et ça nous fait froid dans le dos. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, l'on ne tremble pas pour les pauvres américains de la première moitié du siècle dernier mais pour nous. Très égoïstement. Les phénomènes qu'il décrit ressemblent un peu trop aux craquements actuels de notre vieille Europe pour que l'idée prémonitoire d'un destin identique ne vienne à notre esprit.

 

 

En plus, ce qu'il y a de terrible, nous avons beau nous enfoncer dans une récession interminable, nous avons beau ajouter chaque jour quelques milliers de chômeurs aux millions déjà existants, fermer les usines, voir la bourse dégringoler, ce n'est pas pour cela que la qualité de notre rock'n'roll hexagonal s'améliore ! C'est à n'y rien comprendre !

 

 

SEGREGATION

 

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C'est une réalité dont nous avons eu du mal à embrasser l'amplitude. Lorsque en 1968 Martin Luther King s'effondre sous les balles de ses assassins l'on a pensé à un combat d'arrière-garde, des nostalgiques du Klu Klux Klan qui faisaient leur baroud d'honneur. Leur dernier tour de piste. Nous partagions les colères des jeunes étudiants de Berkeley contre la guerre du Viet-Nam, mais l'engagement pour les droits et les libertés civiques nous semblaient des batailles obsolètes gagnées d'avance. Dylan, Joan Baez, ne nous déplaisaient point mais nous l'on révérait tellement les chanteurs et les musiciens noirs, d'Armstrong à Little Richard, d'Howlin'Woolf à Chuck Berry, que nous les imaginions en leur pays comme ici on les voyait : des stars qui n'avaient qu'à lever le petit doigt pour que le moindre de leurs caprice soit exaucé séance tenante. Stupidement l'on pensait que les Américains étaient racistes comme les Espagnols mangent de la paella. Une image d'Epinal, avec un fond de vérité, mais rien de bien méchant et de bien grave.

 

 

Bien sûr au fur et à mesure que les années se sont écoulées, que des livres ont été traduits et que des témoignages ont afflué, tous concordants et homogènes, il a fallu se rendre à l'évidence. Avec l'âge nos yeux ont perdu de leur naïveté. Cette histoire des racines du rock'n'roll de Jean-Christophe Bertin est décapante à souhait. Elle remet les les pendules à l'heure. Around the Clock ! Pour ceux qui ne connaissent de la musique afro-américaine que les frasques de Mickael Jackson ou la poignée de main, gantée et dédaigneuse, de Prince au président, la surprise risque d'être grande.

 

 

LA GRANDE DISSOLUTION MORALE

 

 

Entre 1945 et 1956 – les années que couvrent principalement le livre - les noirs vont livrer un combat de longue haleine. Jamais frontal. Mais finiront par contourner l'obstacle. L'on peut dire qu'ils vont gagner la guerre idéologique car leurs ennemis seront trahis par leurs propres enfants. C'est la jeunesse blanche du pays qui va emporter la mise. Au grand dam de leurs parents de nombreux adolescents de la petite-bourgeoisie blanche vont contracter de mauvaises habitudes, celle de se brancher sur les radios noires du pays et de ressentir au travers de ces flots rythmiques et joyeux qu'elles déversent qu'un autre mode de vie était possible.

 

 

Retournement ironique des choses, cette musique black qui est en grande partie née dans les Eglises chrétiennes des communautés noires va agir à l'encontre du christianisme puritain des blancs comme le plus puissant des dissolvants. L'expression musique du diable employée pour qualifier le rock'n'roll ne sera pas lancée au hasard. Elle s'inscrit dans une logique critique des plus pertinentes et repose sur une analyse des plus justes. En sapant les bases de la morale religieuse, la nouvelle musique remet en cause la cohésion sociale de toute une nation.

 

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Les jeunes blancs ne vont pas chercher si loin. Ils admirent cette façon si rutilante de s'habiller des artistes noirs, cette décontraction souveraine des corps, cette prégnance sexuelle de toutes leurs danses, et peut-être plus que tout – car c'est ce qui leur est le plus directement accessible - ces paroles à double-sens d'une naïveté si salace qu'il faut vraiment être stupide pour ne pas en saisir la véritable signification.

 

 

CRITIQUE SOCIALE

 

 

A chacun son combat. Que les noirs insinuent leurs délétères valeurs dans la société est difficilement supportable, toutefois l'on veut bien faire semblant de fermer les yeux à condition de ne pas se boucher le nez. C'est que l'argent n'a pas d'odeur et les droits générés par l'édition des titres et les ventes des disques ne sont pas à dédaigner. Les capitalistes blancs ne sont peut-être pas assez bête pour vendre la corde avec laquelle ils seront pendus mais ils vont vous inonder le marché de centaines de milliers de disques qui véhiculent une musique contraire à leur idéologie. Ce qui ne tue pas définitivement le système, le conforte.

 

 

Evidemment, même si Bo Diddley n'a pas encore inventé le jungle sound, l'on en applique pas moins les fameuses lois de la végétation tropicale : les gros mangent les petits. Petits labels seront avalés par les majors. Les uns défrichent, les autres s'engraissent. Mais dans le pays de la libre entreprise l'on ne se formalise pas de la problématique. Les nouvelles étiquettes poussent comme des champignons à la première occasion. L'industrie discographique américaine avait horreur du vide.

 

 

Les noirs américains n'avaient pas le monopole du malheur. Les petits blancs n'étaient guère mieux lotis. Le racisme n'est qu'un des camouflages habituels de la lutte de classe. Diviser pour mieux régner, l'adage est bien connu. Mais il ne correspond pas toujours à la réalité. Dans les grandes plantations du Sud, sur les chantiers d'endiguement du Mississipi et de terrassement des infrastructures de communications, ouvriers blancs et travailleurs noirs travaillent coude à coude. Si aujourd'hui la country music souffre de sa mauvaise réputation de musique populaire des milieux blancs et réactionnaires de l'Amérique profonde, il n'en a pas toujours été ainsi.

 

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En ses débuts la proximité transcapillaire des musiques blanches et noires est patente. Le va-et-vient organique entre les musiques folkloriques européennes véhiculées par les populations fermières des Appalaches et les formes primales du blues apportées par la main-d'oeuvre noire d'origine servile est encore audible de nos jours pour celui qui veut bien y prêter une oreille attentive.

 

 

L'existence des petits blancs n'est guère plus enviable que celle des noirs. Jean-Christophe Bertin s'attarde sur le sort de ces mineurs attachés pieds et poings liés à leur mine. Ce n'est qu'une métaphore, mais nos gueules noires sont dans l'impossibilité d'échapper à leurs employeurs : ils sont les débiteurs de la Compagnie qui les emploie, c'est elle qui leur loue leur maison et c'est elle qui possède l'unique magasin d'approvisionnement, le fameux Company Store de la chanson de Merle Travis si bellement interprétée par Tennessee Ernie Ford. A la fin du mois, le mineur doit plus qu'il ne touche à extraire ses seize tonnes de charbon quotidien. Sixteen Tons !

 

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Toute une page de l'histoire de l'Amérique que l'on a oubliée. Celle d'une Amérique anarchiste, dotée d'un mouvement ouvrier fort et vindicatif dont on a réussi à effacer la mémoire. Là, encore toute ressemblance avec notre pays qui ne se souvient plus de son passé de luttes prolétariennes et de tradition révolutionnaire est des plus instructives. Sixteen Tons fut interdite d'antenne, ce cris de révolte et de haine rappelait par trop les grèves violentes qui dès la fin du dix-neuvième siècle accompagnèrent l'exploitation des mines ( et des travailleurs ) durant plus de soixante ans.

 

 

Composée en 1945, Sixteen Tons ne connut le succès qu'en 1955. Nous sommes à un an du rachat d'Elvis par RCA Victor, en dix ans la situation a changé.

 

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RHYTHM'N'BLUES

 

 

De fait ce que le système politique américain a parfaitement réussi à opérer c'est que les colères sociales noires et blanches ne parviennent jamais à s'associer sur un plan politique. Un exemple parmi tant d'autres : au milieu des années soixante Les Black Panthers ne recueillirent que l'appui de groupes blancs des plus marginaux. Quand les sonorités cuivrées du rhythm'n'blues des disques Stax envahit les antennes l'on assiste une fois de plus à ce que l'on pourrait appeler une jonction musicale qui n'atteindra jamais une pleine dimension politique.

 

 

Entre 1945 et 1956, le rhythm'n'blues noir est une véritable révolution culturelle qui prépare les grands bouleversements sociétaux des années soixante. L'explosion rock a occulté toute cette phrase préparatoire. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si la redécouverte de ce continent englouti de la musique noire a été souvent initiée par les amateurs de rock'n'roll à la recherche des origines de leur musique.

 

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Le livre de Jean-Christophe Bertin – qui vient après un premier volume intitulé Les Racines De La Musique Noire Américaine : Gospel, Blues, Jazz dont nous parlerons bientôt – fourmille de renseignements. Ah ! Ce merveilleux premier chapitre sur Miss Caldonia

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au bal des Indépendants : A good rockin' Tonight, ce n'est pas un roman, mais un poème à la gloire de la créativité des artistes noirs. A lire, non résumable, chaque page fourmille de renseignements essentiels. Et puis vous avez le disque qui suit le parcours du bouquin et qui sera pour les néophytes un précieux aide-mémoire qui permettra de clarifier les idées.

 

 

BORDERLINE ET CROSSOVER

 

 

Pour les patrons des maisons de disques le rêve était d'enregistrer des titres capables d'effectuer le crossover, autrement dit de s'installer dans le peloton de tête des classements blancs et noirs. Double jackpot en perspective. Mais le rock'n'roll est davantage borderline que cross over. Très symboliquement lorsque les parents d'Elvis viennent s'installer à Memphis ils logent à la limite des quartiers noirs. Il suffit de traverser la rue pour changer de monde et de musique.

 

 

Elvis n'est pas le seul à se risquer à de telles virées. Sam Philips qui ouvre son studio d'enregistrement et qui n'enregistre que des artistes noirs rêve de tomber un jour sur l'oiseau rare : un blanc qui chante comme un noir. Le dénichera un peu par hasard. En fin de session, car Elvis n'a pas encore compris qu'il doit opérer le saut qualitatif qui sépare la ballade européenne de cow-boy de la rythmique primaire du rockabilly. Rufus Thomas et Ike Turner ont déjà dans le même studio réussi la métamorphose mais du côté obscur de la force.

 

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Un Philips peut en cacher un autre. Dewey, moins créatif mais encore plus courageux. Le disc-jojey qui passe des disques de nègres sur les ondes d'une radio blanche de Memphis. Un scandale ! C'est lui qui emportera les deux acétates de Presley sur ses consoles et qui mettra le feu aux poudres. Le rock'n'roll est né ! La musique noire vient de trouver son pasteur blanc. Ne mourra pas sous les balles du Klu Klux Klan, mais sous les pilules du star-system. Le système du crossover a tout de même fini par le dévoyer.

 

 

QUELQUES FIGURES

 

 

Le livre se clôt hâtivement ( hélas ) sur les grands noms du rock'n'roll : Jerry Lee Lewis, une merveilleuse photo de Myra au passage – celle par qui le scandale arriva – délicieuse vraiment, Gene Vincent, Little Richard, Johnny Cash... Notons que plus tard Cash ajoutera une couleur primaire de plus au mélange explosif – rouge sang - en déclarant qu'il est l'Indien dans le camp des Blancs et peut-être même le Blanc dans le camp des Indiens... enfin Carl Perkins dont le titre Boppin' the Blues - qui clôt la sélection du CD - résume parfaitement la métamorphose de la musique du diable...

 

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Un livre qui s'écoute avec les yeux de l'intelligence.

 

 

Damie Chad.

 

 

 

 

 

REVUE DES REVUES

 

 

LONGUEUR D'ONDES. N° 63.BERT15.jpg

 

Printemps 2012.

 

 

Une belle couverture. Lève le poing. Sont fiers. N'ont pas tort, fêtent leur trentième anniversaire. Du coup ils ont tiré à 100 000 exemplaires. Pas de souci à se faire pour la vente. C'est un gratuit, je le trouve toujours sur les présentoirs des Centres Culturels Leclerc. Entre parenthèse la culture et Leclerc c'est un peu comme l'alliance du tigre avec la coccinelle. La dernière fois que j'y ai mis les pieds, j'y ai pas trouvé un seul malheureux CD d'Imelda May. Par contre si vous êtes gaga de la Lady ( sans marmelade ) ils vous en débitent au mètre cube.

 

 

Des pleines pages de pub pour tous les festivals de l'Hexagone. Ca limite un peu la crédibilité de l'indépendance éditoriale mais chez Longueur d'Ondes ça ne se voit pas trop car ils sont dans le mainstream variété rock de qualité française un super arc-en-ciel qui s'étend de Noir Désir aux derniers gadgets de l'électro-zique. S'ils étaient anglais seraient les affidés de l'insupportable britt-pop. Juste – soyons gentil - à côté du rock, mais pas dedans. Sont du genre à défendre Thiéfaine et Dominique A ( AH ! Ah ! ). Intello-bobo.

 

Bien foutu tout de même. Bien écrit. Des tas de chroniques de disques – mais rien sur la réédition des années Barclay de Vince Taylor, quel hasard ! Le morceau de roi est une présentation de tous les anciens numéros, un particulièrement mis en exergue pour chaque année. J'ai cherché dans les sommaires, rien de bien excitant. Comme dit ma concierge, il en faut pour tous les goûts. Même pour ceux qui en manquent tant.

 

 

Alors comme toujours chaque fois que je feuillette Longueur d'Ondes je me suis rabattu sur la dernière page. Celle de Jean Luc Eluard qui trempe sa plume dans le vitriol étoilé. Bilan oblige il a dressé le hit-parade de ses haines passées. Très éloquent. Déteste tout ce que je n'aime pas. Mitterand, BHL, Kouchner, Sarkozy dans l'ordre à l'arrivée. N'a pas l'habitude d'épiler les poils qui dépassent au rasoir électrique, préfère les arracher à coups de fourche. C'est plus marrant, et ça saigne davantage. Pas de doute, ce gars-là c'est un méchant, un teigneux, qui ne respecte rien ni la droite choucroute, ni la gôche caviar, re-situe les gens à l'endroit qui leur convient le mieux. Le trou des chiottes. De toutes les manières un homme qui déteste ses contemporains ne peut pas être tout à fait mauvais !

 

 

Damie Chad.

 

 

 

KROCKROCKDISK

 

 

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IL Y A LONGTEMPS.

 

Auto-production. Avril 2012.

 

 

JE NE VOUS DIS QUE CA. MESSIEURS LES PREMIERS. IL Y A LONGTEMPS. TAMBOUR DU ROI. TROIS MILLE ANS. J'AI VU MA DOULEUR. LA DIABLESSE. CHANTE LA VIE. CA SERAIT BIEN. PARLE-MOI ENCORE. RITOURNELLE DE LA TERRE. LA CELINE. EUROPA BLUES. ATHEE GRÂCE A DIEU. BABY PLEASE, UN BAISER. TE QUIERO MI AMOR. FILLES. BOOGIE LOUP.

 

 

 

J'avais pas chroniqué le premier disque de Lito – voir KR'TNT 94 du 19 avril 2012 – qu'il en mettait un second sur le marché. Ne vous méprenez pas, ce n'est pas le produit d'une multinationale, c'est Lito qui a soixante balais nous refait le coup des sixties. De l'auto-production avec l'appui de la famille des copains et des copines. Se fout pas de votre gueule, pour dix euros livret couleur, dix-huit morceaux, une heure de musique.

 

 

A passé la barrière qui sépare le rêve de la réalité, dans la série mieux vaut tard que jamais, Lito commet les disques qui n'ont fait que tourner dans sa tête. En plus il s'améliore. Son premier opus – nous l'avions noté - était un peu monotone du côté de l'instrumentation, pour ce deuxième l'a intégré deux guitaristes qui ne sont pas spécialement manchots du manche.

 

 

A aussi joué la carte de la diversification des rôles. Avec le défaut qui marche avec : quelques relents variétés à la Schmoll sur quelques titres. Mais l'ensemble se tient et ne manque pas de cohérence. Les paroles ne sont pas sur les feuillets intérieurs, dommage car certaines valent le détour comme cet Europa Blues sur les roms et les sans-papiers pourchassés sans relâche dans notre si bel espace de Shengen si démocratique.

 

 

Evidemment les morceaux sont connotés, blues, boogie, rockabilly, slows, ballades, chanson, pop hispanique, de Ray Charles aux Chats Sauvages les réminiscences et les clin d'oeil se bousculent dans cette joie de vivre qui furent la marque des années frenchy soixante. L'ensemble sonne country rock avec un petit côté outlaw qui n'y croit plus, dans le genre j'ai beaucoup vécu et on ne me la fait plus. Lucide mais pas extrémiste.

 

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Lito ne cherche pas à révolutionner la musique. Rien à voir avec le renouveau rockabilly actuel, ni psycho, ni racine, se contente d'être ce qu'il est, un fan transi des années de la grande époque du rock, qui n'achète pas les compilations de sa jeunesse, préfère mettre en boîte son petit jukebox personnel. Ne cherche à rivaliser avec personne, se contente de coller à sa propre authenticité, et c'est cette démarche, cette course après le temps perdu, dont il est entendu, qu'il ne reviendra plus, qui rend ce disque émouvant.

 

 

Rétro-devant. Lito-graphies d'une vie projetée dans le futur de son propre passé.

 

 

Damie Chad.

 

 

 

 

 

 

02.05.2012

KR'TNT ! ¤ 96. ICI LONDRES ! 1945...

 

KR'TNT ! ¤ 96

 

KEEP ROCKIN' TIL NEXT TIME

 

A ROCK LIT PRODUCTION

 

03 / 05 / 2012

 

 

 

ICI LONDRES !

 

 

UNE HISTOIRE DE

 

L'UNDERGROUND LONDONIEN

 

DEPUIS 1945

 

 

BARRY MILES

 

 

Rivage Rouge / Mars 2012

 

 

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Une bible de plus de cinq cents pages. Due à l'infatigable plume de Barry Miles. Dans les milieux rock l'on associe son nom à Paul McCartney dont il devint l'ami et le biographe et aux Beatles qui furent assez fous pour l'introniser dans une filiale de leur société Aple. Né en 1943 Barry Miles ne fut pas un rocker dans l'âme ( nul n'est parfait ) plutôt un agitateur artistique et poétique. Il fut l'un des grands introducteurs de la poésie Beat américaine en Europe. Libraire, éditeur et propriétaire d'une galerie d'art Indica, il reste l'une des figures incontournables de toute cette mouvance arty et intellectuelle qui favorisa l'émergence du Swinging London.

 

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Les cent premières pages risquent de décourager les amateurs de rock'n'roll. Nous sommes juste à la fin de la guerre dans une Londres détruite et ravagée par les V1 allemands. Les artistes se regroupent dans Soho, ils errent de pub en café. Défilé de figures extraordinaires qui ne nous rappellent aucun souvenir, un peu comme si l'on se mettait à évoquer, pour montrer que nous aussi petits froggies nous possédons notre underground culturel, GLM, les Phrères simplistes et La Main à Plumes devant un public british...

 

 

Bref des personnages hauts en couleur, ravagés par l'alcool et la misère, ou alors blindé de thunes mais, honni soit qui mal y pense dans la perfide Albion, très souvent homosexuels plus ou moins affirmés en butte aux tracasseries des convenances puritaines. Artistes ratés ou en gestation comme Francis Bacon, libraires ruinés mais d'avant-garde, de toute cette cohorte nous ne retiendrons que le nom de Dylan Thomas dont les lectures publiques à la BBC nous semblent être le véritable trait d'union qui relie cette bohème artiste à celle qui naîtra sur ses cendres, le mouvement rock anglais.

 

 

NAISSANCE DES TEDDY BOYS

 

 

 

L'ennemi vient toujours de là où on l'attend le moins. Voici qu'un nouveau venu entre en scène : le prolétariat. L'on attendait du nouveau de ces groupes informels issus de la petite-bourgeoisie, hé ! bien non ! Le scandale ne viendra pas des Situationnistes ou des Architectes en rébellion contre la reconstruction de Londres, mais des fils d'ouvriers qui vont commettre l'irréparable : vont oser s'habiller à la manière des enfants de la haute aristocratie les Debs Delights qui usent et abusent de la mode surannée du bon vieux temps d'Edouard... Enorme scandale, transgression inadmissible d'autant plus qu'ils ne se privent pas pour les dépasser sur leur droite – étrange lutte de classe vestimentaire – leurs vestes seront encore plus longues, leurs pantalons plus étroits, leurs cravates encore plus étroites, et comble du comble ils remplaceront le vieux chapeau melon qui commençait à dater par des bananes encore plus extravagantes. Il n'est pas non plus interdit de voir en cette réappropriation de la vêture de l'upper-gentry une tentative de mystification mûrement réfléchie.

 

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Un costume de Teddy mange deux années de paye d'un ouvrier, pas de mystère l'on ne peut se procurer la panoplie complète en peu de temps qu'en s'adonnant à quelques activités lucratives subsidiaires mais peu légales, les Teddy Boys sont très vite assimilés à des voyous s'adonnant à de douteux trafics. Comme ils aiment se balader en groupes ils inquiètent et la population et les autorités. Lorsque paraît le film Black Board Jungle en 1956, c'est la folie, ils dansent dans les travées pendant la projection et ravagent les sièges à coups de crans d'arrêt... La presse les traite de fous et préconise un séjour prolongé en lunatic asylum pour les calmer. Hélas, le mal va s'étendre, la petite bourgeoisie blanche qui fréquente les art Schools vont se laisser contaminer par cette fièvre montante...

 

 

NAISSANCE DU ROCK'N'ROLL ANGLAIS

 

 

Le monstre entre en gestation doucement et sûrement. Simple question d'économie. En 1955, Mary Quant ouvre une boutique de mode sur King's Road – la même rue où plus tard Malcom McLaren ouvrira Seditionaries berceau du mouvement punk – jupes courtes et couleurs vives, l'on aménage la cave en café dans laquelle on accepte les musiciens de Trad Jazz. Notre New Orleans, auquel en Angleterre l'on va préférer une variante le Skiffle, le jazz que jouèrent les noirs durant la grande dépression, basse bidon fabriquée maison, planche à laver et guitare, le minimum instrumental. La rythmique sans les cuivres. Se passer de trompette, de trombone et de clarinette dans l'exiguïté d'une cave est une délivrance, surtout quand le son de la guitare sera amplifié électriquement... Tout aspirant musicien, même pas très doué, peut jouer du skiffle, trois accords et c'est parti... Lonnie Donegan reste jusqu'à nos jours l'incarnation de ce britisch skiffle qui fut le creuset du rock britanique.

 

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L'année suivante le Two 1's ( deux i pour les deux frères Irani, les anciens propriétaires du local ) voit le jour. C'est là que Tommy Hicks, ancien skiffler et marin qui a eu la chance d'assister à un concert de Presley aux States va devenir sous l'influence de son impresario Larry Parnes, Tommy Steele. Rock with a Caveman sera le premier rock single de l'Angleterre. Le mouvement s'accélère très vite, le guitariste Hank Marvin, futur Drifter, puis futur Shadows, accompagnateurs de Cliff Richard, entre en scène suivi de nombreux autres, Terry Dene, Vince Taylor, Marty Wilde, Johnny Gentle, Screamin'Lord Sutch, toutes des créatures de Parnes, qui bientôt découvre et s'entiche du meilleur de tous Billy Fury, qui au grand dam de son mentor passe son temps à tirer des joints... Un certain Charlie Watts assiste à tout cela, plus loin les Quarry Men de John Lennon se mettent au skiffle...

 

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FABULOUS SIXTIES

 

 

Mais l'on sent que Barry Miles ne possède pas la moelle rock, tourne vite la page du first english rock'n'roll, le mouvement mod qui suit ne sera guère mieux traité. A peine si les Who sont cités, s'intéresse davantage au livre de Colin McInnes, le fameux Absolute Beginners qui conte les amours de deux jeunes adolescents dans le Londres la fin des années cinquante – be-bop, jazz, rock, bandes, émeutes raciales – dont Julian Temple tirera en 1986 un film éponyme – ce même Julian Temple qui aura réalisé en 1981 La grande Escroquerie du Rock'n'roll avec les Sex Pistols, tiens-tiens les revoilà, quel hasard !

 

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Barry Miles est résolument un littéraire, n'a d'yeux que pour la beat generation : Lawrence Ferlinghetti, Brion Gysin, Burroughs, Allen Ginsberg, Gregory Corso... il ouvre bientôt Indica sa librairie qui est aussi une galerie d'art, c'est-là que John Lennon rencontrera pour la première fois Yoko Ono. Révolution culturelle – loin du puritanisme maoïste – plutôt une synesthésie généralisée de tous les arts : peinture, musique, couleurs, poésie, électricité, ligth show, tout se mélange. Barry Miles sera un des artisans de la naissance du mouvement hippie. Un mot qu'il utilise peu, préfère parler d'underground.

 

 

Nous avons déjà évoqué ce même mouvement en rendant compte du livre de Richard Neville, Hippie Hippie Shake, le fondateur de la revue OZ. Bary Miles sera un des activistes d'IT, International Times, la revue de combat du mouvement, toujours sur la brèche et à l'affût de toutes les nouveautés. Vaudrait mieux parler d'expériences, car toute idée qui n'est pas mise en pratique est une lettre morte. De 1966 à 1969, le mouvement ne fait que s'amplifier, des milliers de jeunes gens disent non à la vie de futur cadres dynamités que le système leur réserve. Le Système craque de partout, communautés, drogue, revendication d'une sexualité libérée, toutes les outrances et tous les délires sont permis. L'amour est d'ailleurs très permissif...

 

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Faudra plusieurs années aux partisans de l'ordre pour affaiblir la vague qui monte et qui menace de tout submerger. Police, Justice et Politiciens main dans la main s'emploieront à juguler l'effervescence, à coups de descentes confiscatoires, d'amendes et de procès. Ne les gagneront pas forcément mais ils usent les volontés les plus affirmées. En 1973, IT cesse de paraître... il n'est pas interdit aussi de parler de l'âge, d'une génération vieillissante qui commence à fatiguer...

 

 

Mais quels souvenirs ! Des soirées délire comme l'on n'en fera jamais plus, des milliers de personnes dans leurs plus beaux atours, la moitié sous acide et l'autre accrochée à des joints infinitésimaux... c'est le temps des premiers concerts expérimentaux du Pink Floyd, des extravagances hendrixiennes à la guitare, jamais la formule sexe, drogues et rock'n'roll n'a été aussi parfaite. Certes, ça plane un peu trop à notre goût et les éléphants qui batifolent entre les rideaux de fumée voient un peu trop la vie en rose, mais il faut reconnaître que ce fut une époque bien moins terne que la grisaille de ce début de siècle.

 

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S'étend longuement sur le Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band des Beatles. Un disque que nous n'aimons pas particulièrement mais qui exprime totalement l'esprit de l'époque. La révolution par l'amour. Lennon et McCarthney n'hésitent pas à filer de la thune au mouvement, Pete Twonsend des Who aussi, vous allez me dire qu'avec ce qu'ils amassent ce n'est pas quelques milliers de livres sterlings en moins qui vont les faire boiter. Entièrement d'accord, mais les Stones ne partageront pas la recette de leur concert. Toute la galette pour eux, ne nous étonnons pas si après cela Jagger s'est senti davantage à l'aise dans la jet-society. La petite-bourgeoisie, dès qu'elle a l'occasion de singer la grande, est vraiment sans pitié ! L'on essaie de se voiler la face en parlant de cynisme. Mais n'est pas Diogène qui veut. Trop souvent le mot cynisme n'est que l'autre face du mot trahison ou reniement.

 

 

THE PUNK

 

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Le punk n'est pas né de nulle part, il fut une oeuvre collective. Il naquit dans des clubs d'homosexuels et de lesbiennes, toute une faune qui s'est peu à peu constituée à El Sombrero, au Louise's, au Roxy, au Vortex, l'on y croise des figures destinées à devenir célèbres, Johnny Rotten, Sid Vicious, Vivienne Westwood, Malcom McLaren et toute cette troupe hétéroclite qui prendra le nom de Bromley Contingent qui se regroupera autour de Siouxie Sioux future meneuse des Banshee. Des drogués, des paumés, des ados en rupture d'école, des révoltés et des flippés mais aussi de jeunes bourgeois qui viennent virer leur cuti et s'encanailler. Pour le moment l'on ne s'intéresse point trop à la musique, l'on en écoute de toutes sortes mais ce qui ce qui compte c'est avant tout le look, l'apparence, l'on essaie de se démarquer, de ne pas être comme son voisin, mais l'on n'a pas encore d'idée préconçue.

 

 

La preuve c'est que lorsque McLaren et Vivienne Westwood ouvrent leur boutique ils visent un public très particulier celui des Teddy Boys. De bons clients qui ne regardent pas le prix si les blue suede shoes que vous leur proposez sont d'une teinte et d'une forme irréprochables. C'est Vivienne qui va pousser le mouvement : elle n'est pas une commerçante mais une créatrice, plein d'idées dans la tête, et l'envie de faire elle-même ses propres modèles. McLaren ne tarde pas à embrayer derrière sa compagne. Il cherche le gros coup qui rapporterait un max de fric en peu de temps. Il vire sa clientèle initiale et se lance dans le créneau sex-bondage, latex, pantalon de cuir, fermetures éclair un peu partout, puis Vivienne propose ses T-shirts déchirés et ses jeans troués.

 

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L'occasion pour McLaren de laisser libre cours à sa schizophrénie. Les productions de la boutique ne sont pas données, une bonne semaine de travail pour s'offrir un T-shirt gruyère, mais à ceux qui oseraient se plaindre la réponse est toujours la même : «  faites-le vous même, pas besoin d'être couturier pour déchirer un vieux pantalon ou martyriser un polo de votre père. » . C'est une véritable philosophie que McLaren va insuffler autour de lui : pas besoin d'être spécialiste en quelque chose pour s'improviser ouvrier qualifié. Ainsi par exemple il n'est nullement nécessaire de savoir jouer de la musique pour pratiquer un instrument. Ne s'est-il pas lui-même déguisé en imprésario pour cornaquer les New York Dolls aux States ? Bien sûr l'expérience a foiré, mais est-ce une raison pour rester ad vitam aeternam sur un échec alors qu'en y réfléchissant bien ce fut avant tout une expérience très enrichissante.

 

 

De bric et de broc, Laren forme son groupe. Plutôt une réunion quasi-aléatoire de musicos qui ne s'entendront jamais. Musicalement parlant. Car pour foutre le bordel, vont se révéler exceptionnels. Steve Jones et Paul Cook d'un côté, Glen Matlock de l'autre, le seul qui s'y connaisse un peu : une raison suffisante pour qu'il soit viré et remplacé par Vicious, un nullard de première, mais l'ami de Rotten, qui est le préféré du boss Laren.

 

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La suite de l'histoire est connue, le buzz savamment entretenu, la signature chez EMI qui rendra le contrat après une émission BBC durant laquelle nos joyeux drilles auront proposé au gentil interviewer de se faire enculer, le jubilé de la reine fêté au son de God Save the Queen, un hymne anarchisant qui restera en travers de la gorge des autorités, l'interdiction des spectacles, la tournée désastreuse aux States et le splitt final.

 

 

Mais les Pistols n'ont pas fièrement exhibé le bout de leur sexe qu'une cohorte d'autres groupes s'échappent de la braguette entrouverte... Notons que Barry Miles partagent nos opinions sur The Clash qu'il juge très opportuniste et peu convaincant quant à sa crédibilité rock'n'roll. Leur préfère de beaucoup les Stranglers, nous itou.

 

 

Salement sévère sur la valeur musicale du mouvement punk, ne se sont jamais hissés à la hauteur du pub-rock et s'ils ont joué si vite et si fort c'était avant tout pour cacher leur incompétence. Le réquisitoire peut sembler sans appel, mais il ne l'est pas. Le punk a bousculé les institutions politiques et marchandes. Ces milliers de jeunes gens en colère qui ont démontré que l'on pouvait créer des journaux, former des groupes – plus de 5000 nés en quelques mois - et vendre des disques sans passer par la radio, ont fait peur. C'est que l'idéologie du Do it yourself est mortifère pour les systèmes coercitifs, pas besoin de politiciens pour vous diriger, nulle envie de céder aux sirènes du merchandising pour consommer...

 

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Le mouvement punk va mourir de sa propre bêtise et de son ignorance crasse. Beaucoup de ses adeptes vont se laisser embobiner par des slogans d'extrême-droite malodorants et simplistes... La fin du punk correspond avec l'entrée en scène de miss Tatcher, reprise en main économique et idéologique des masses populaires cassées et brisées par l'imposition de la modernisation libérale. Toute ressemblance avec la situation française actuelle ne saurait être un hasard, les mêmes causes produisant les mêmes effets...

 

 

Côté musique des mouvements comme Rage against the Racism ou Rock contre le racisme, vont ouvrir le rock'n'roll à des rythmes beaucoup plus festifs comme le ska ou le reggae. Glissement progressif non plus vers le plaisir mais vers la world music et la transformation du rock britannique en pop anglaise...

 

 

EXTINCTION DES FEUX

 

 

A cette nouvelle donne sociale les punks s'adapteront, la musique s'édulcore, voici les nouveaux romantiques, une espèce de résurgence hippie qui ne veut plus changer l'individu de l'intérieur mais seulement embellir son apparence physique... bientôt apparaîtront les néo-naturistes, des artistes qui se livrent à des happenings en petite tenue...

 

 

C'est la fin d'une époque. Le livre se termine sur le Groucho Club qui ouvre ses portes en 1985, réservé aux gens fortunés, aux rock stars sur le retour et aux nouveaux riches de la nouvelle économie. Des parvenus à l'esprit aussi vide que l'Art Conceptuel que les désormais plasticiens avides de monnaie leur proposent. Arts et musiques ne sont plus que des produits calibrés et manufacturés pour les masses abêties et les élites décadentes...

 

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Londres ne répond plus. Grâce à Internet et à la culture de masse l'esprit l'underground est partout. Autant dire nulle part.

 

 

Tant de tumultes pour finir par ce calme plat ( de nouilles ) !

 

 

Damie Chad.

 

 

 

REVUE DES REVUES

 

 

 

 

 

SOUL BAG. N°206.IL15.jpg

 

Mai-Juin 2012.

 

 

 

Cent pour sang petits français, n'y a pas toujours à emprunter aux anglais pour avoir le mojo ! Une des meilleures revues sur la musique noire, hyper-documentée et super-complète. Vous l'achetez les yeux fermés et vous la lisez les yeux écarquillés comme des tasses à café. L'on ne va pas vous refiler le sommaire, l'on se contentera de s'apitoyer sur deux tristes nouvelles, autant dire que nous verserons nos larmes sur nous-mêmes.

 

 

Etta James en couverture. Connaissez tous l'atroce nouvelle. Est partie jammer avec Sam Cooke et Otis Redding... L'on dit ça, mais l'on n'est pas spécialement pressé d'assister au concert. Sur certains morceaux elle mérite le titre de reine de rock'n'roll. Sur d'autres elle est un peu proche de la variété clinquante, mais elle se débrouille toujours pour nous refiler le blues. Article de fond avec passage en revue de toute sa discocraphie. Envie de me suicider en voyant ceux qui me manquent.

 

 

Remettez-vous, j'ai survécu au paragraphe précédent même si je suis en sale Etta. Mais ce n'est rien par rapport à l'édito de Nicolas Tournier, apparemment il n'aurait pas de quoi se plaindre les abonnés sont de plus en nombreux. Ce sont donc eux qui vont morfler en premier. N'auront plus qu'un mois sur deux le CD d'accompagnement qui leur était réservé. Ce n'est pas pour les punir, mais les coûts augmentent et les recettes publicitaires baissent. Economies drastiques à l'ordre du jour.

 

 

Les revues de rock payent un lourd tribut à leur mode de fonctionnement. Equilibrer un budget par la pub est toujours dangereux, il suffit que l'annonceur change d'avis ou qu'il ait quelques difficultés ( les crocodiles sont priés de ne pas faire semblant de se lamenter ) et patatras, tout s'écroule. Les bouleversements actuels de la presse rock sont dus à cette nouvelle redistribution des cartes publicitaires, des agences intermédiaires captent le marché en amont des mensuels spécialisés et redistribuent à qui leur plaît selon des critères strictement financiers tout en ponctionnant un léger ( soyons stupidement optimiste ) pourcentage. Soyez sûrs que Mojo ne s'installe pas en terre étrangère sans avoir au préalable une régie publicitaire assurée.

 

 

Comme quoi, rien ne vaut les fanzines d'amateurs sans un flèche ! C'est d'ailleurs ainsi qu'a commencé Soul Bag.

 

 

Damie Chad.

 

 

JUKEBOX. N° 304.1L16.jpg

 

Avril 2012.

 

 

La référence absolue pour les fans de la première heure. Hallyday en couverture, occupe à lui tout seul la rubrique consacrée aux Années Rock & Twist 1960-1964. Presley et Hendrix au générique. Qui oserait ne pas se laisser tenter ? Surtout que mois d'avril obligeant, il y a bien sûr quatre pages de Barsamian nous racontant les Mémoires d'outre-tombe d'Eddie Cochran. Indispensables.

 

 

Ce qui n'empêche pas de penser que ces derniers mois Jukebox se cite souvent et vit un peu sur ses réserves d'articles et de documentation amassés depuis presque trente ans. Qui pourrait leur en vouloir, la matière commence tout de même à s'épuiser... Faudrait qu'ils s'ouvrent beaucoup plus sur la scène rockabilly actuelle, ce serait la meilleure porte de sortie. Embaucher quelques jeunes qui ne ne s'en laisseraient pas conter par l'Hitoire Officielle du Passé du Rock'n'roll !

 

 

Damie Chad.