Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

13/12/2016

KR'TNT ! ¤ 307 : PIXIES / EL CRAMPED / CULTURE LUTTE / NO HIT MAKERS / RUST / ROCK'N'BONES / LES CHAMPIONS / PRESIDENT ROSKO / POGO CAR CRASH CONTOL / SIDNEY BECHET /

 

KR'TNT !

KEEP ROCKIN' TILL NEXT TIME

, Pixies, El Cramped, Culture Lutte, No Hit Makers, Rock'n'Bones, Surimi Party - La Comedia, Les Champions, President Rosko, Pogo Car Crash Control, Sidney Bechet - Daniel Sidney Bechet,

LIVRAISON 307

A ROCKLIT PRODUCTION

LITTERA.INCITATUS@GMAIL.COM

15 / 12 / 2016

PIXIES / EL CRAMPED /

CULTURE LUTTE / NO HIT MAKERS / RUST

ROCK'N'BONES / LES CHAMPIONS / PRESIDENT ROSKO

POGO CAR CASH CONTROL

SYDNEY BECHET

Have you seen the little
Pixies crawling in the dirt ?

, Pixies, El Cramped, Culture Lutte, No Hit Makers, Rock'n'Bones, Surimi Party - La Comedia, Les Champions, President Rosko, Pogo Car Crash Control, Sidney Bechet - Daniel Sidney Bechet,

En apparence, les Pixies n’ont pas vraiment de lien direct avec les Beatles qui, rappelez-vous, nous chantaient «Piggies» sur l’Album Blanc. Il s’agissait d’un subtil hommage aux petits cochons qui se vautrent dans la bouillasse. Mais si on y regarde de plus près, le parallèle devient vite évident. Prenons justement l’Album Blanc comme point de repère. Les Pixies sont à l’image des Beatles de l’Album Blanc : divers, c’est-à-dire pop, rock et surtout novateurs, parfois exotiques, toujours fascinants, parfois diablement raunchy, mélodiques et surtout capables de miracles. Pour ceux qui ont grandi en écoutant l’Album Blanc, le souvenir des moments d’écoute quasi-religieuse reste très présent. Avec les Pixies, c’est exactement la même chose. Leur reprise de «Head On» vaut bien le carnage d’«Helter Skelter». La magie de «Letter To Memphis» vaut bien celle de «Why My Guitar Gently Weeps». On se pelotonnait à l’époque dans le confort de ce double album magique, de la même façon qu’on se pelotonnait dans les années 90 dans le confort de Trompe Le Monde. Car c’est l’un des chefs-d’œuvre absolus de l’histoire du rock.

, Pixies, El Cramped, Culture Lutte, No Hit Makers, Rock'n'Bones, Surimi Party - La Comedia, Les Champions, President Rosko, Pogo Car Crash Control, Sidney Bechet - Daniel Sidney Bechet,


On ne compte pas moins de quatre coup de génie sur cet album, notamment cette version vertigineuse du «Head On» des Mary Chain. Le gros donne libre cours à sa folie - I’ll take myself to the dirty part of town/ Where all my troubles can’t be found - et s’en va valser dans les orties. Tous ceux qui ont joué «Head On» dans un groupe ont vite laissé tomber la version originale des Mary Chain - trop balloche - pour revenir à celle-ci, à condition bien sûr de disposer du chanteur qui allait avec. S’ensuit un «U-Mass» aussi fatal - Oh kiss the sky/ Oh kiss my ass - joué au stomp pixique, qui est l’une des spécialités du gros - It’s educational ! - On ne se rendait pas compte à l’époque comme le gros nous gâtait. C’est souvent comme ça, quand on traverse une tranche de vie heureuse, on ne sait pas mesurer la chance qu’on a. Et puis bien sûr, on finit par tomber sur «Letter To Memphis» qui reste certainement l’un des sommets de l’art pixique. On y vit en direct une descente dans l’enfer du paradis des guitares de rêve. C’est une aubaine inégalable. Frank Black devient ici une sorte de visionnaire du rock comme le fut Dylan en 1965, et le trying to get to you se fond dans l’épiderme du cortex qu’aiguillonnent encore les tortillettes de Joey Santiago. On a là du pur génie sonique. Le gros nous embarque au-delà des modes, au-delà du temps et des choses. Comme savait si bien le faire John Lennon. On a encore des merveilles à savourer sur ce disque, comme «Palace Of The Brine», hit admirable d’I saw the crawling of the famous family et les infra-sons gorgent la peau de frissons. Le gros nous saccage «Planet Of Sound» à coups de riffs vengeurs et nous chante ça à la niaque des cavernes. En B, on tombe dans les bras de «Bird Dreams Of The Olympus Mons», une belle pop de caractère, comme tendue vers l’horizon. Mais avec le gros, ça se déploie et ça tourne au vertige. Et puis on a ce «Space» amené aussi comme un hit avec son Jeffrey with one f, et ça vire au classique dans l’instant. Le gros n’en finit plus d’emmener sa horde à l’assaut des hit-parades. Quand on écoute «Distance Equals Rate Times Time», on sent bien l’absolutiste, le tenace qui ne cédera jamais à la médiocrité. Il reste encore un cut magique sur cet album, «Motorway To Roswell» qui sonne d’emblée comme un hit planétaire - Last night he coundn’t make it/ he tried hard but he couldn’t make it - Le gros fait un hit d’un aveu d’impuissance et bascule dans le grandiose. On entend tout simplement chanter un géant radieux.

, Pixies, El Cramped, Culture Lutte, No Hit Makers, Rock'n'Bones, Surimi Party - La Comedia, Les Champions, President Rosko, Pogo Car Crash Control, Sidney Bechet - Daniel Sidney Bechet,


Trompe Le Monde fut leur dernier album, et Come On Pilgrim le premier. Mis à part «Caribou», on s’y ennuie comme un rat mort. Le gros chante son Caribou à la dégueulade angélique. Jon Dolan : «Le chant de Francis dans ‘Caribou’ est la meilleure punk rock physical comedy depuis Johnny Rotten.». Toutes les caractéristiques de son génie s’y bousculent déjà au portillon. En réalité, Come On Pilgrim fut un mini-album tiré d’une démo intitulée The Purple Tape enregistrée à Fort Apache. Paul Kolderie affirme que tous les grands hits des Pixies existaient déjà à cette époque : «Subbacultcha», «Dig For Fire» et «Here Comes Your Man» que Frank et les autres appelaient le Tom Petty song, car trop poppy. C’est en écoutant The Purple Tape qu’Ivo Watts-Russell, le boss de 4AD à Londres, craqua pour les Pixies et qu’il les signa sur son label. C’est donc un Anglais qui mesura aussitôt le potentiel du gros. Les labels américains n’avaient rien compris, à l’époque.

, Pixies, El Cramped, Culture Lutte, No Hit Makers, Rock'n'Bones, Surimi Party - La Comedia, Les Champions, President Rosko, Pogo Car Crash Control, Sidney Bechet - Daniel Sidney Bechet,

Dans leur recueil de témoignages intitulé Fool The World - The Oral History Of A Band Called Pixies, Josh Frank & Caryn Ganz vont même très loin en affirmant que les Pixies sont le groupe quintessentiel de l’époque et que leur son à base de hurlements, de textes surréalistes, d’alternances de calme et de tempête, de guitare surf, de délicates basslines et de pilonnage de caisse claire est tout simplement resté inégalé. Sans les Pixies, pas de Nirvana. James Iha, le guitariste des Smashing Pumkins, ajoute que Nirvana et les Pixies avaient en commun ce goût de la demented pop, mais Nirvana était beaucoup plus commercial que les Pixies. Il faut savoir que le gros avait une sainte horreur des vidéos commerciales et qu’il refusait de mimer le chant devant une caméra. No way !
Tout le monde sait que Buñuel le fascinait. Mais David Lynch aussi. L’art libre de Frank Black ne sort pas de nulle part, et surtout pas de la cuisse de Jupiter. Il cite David Lynch comme l’une de ses principales influences : «Il te montre quelque chose, sans avoir à l’expliquer.». Tanya Donelly raconte qu’une nuit à Berlin, le gros n’avait pas envie de dormir. Alors, il lui fit une proposition : «Roulons dans Berlin toute la nuit en écoutant ‘The Passenger’ d’Iggy.». Ce qu’ils firent. «The Passenger» over and over and over again. Tanya fut enchantée : «It was just a really nice night !»

, Pixies, El Cramped, Culture Lutte, No Hit Makers, Rock'n'Bones, Surimi Party - La Comedia, Les Champions, President Rosko, Pogo Car Crash Control, Sidney Bechet - Daniel Sidney Bechet,


C’est avec «Where Is My Mind» qu’il attaque son set au Zénith de la porte de Pantin, par ce beau soir de novembre. Revoir les Pixies sur scène, c’est un peu comme aller au cirque quand on est gosse : on sait d’avance qu’on va bien s’amuser et qu’on va bien se régaler.

, Pixies, El Cramped, Culture Lutte, No Hit Makers, Rock'n'Bones, Surimi Party - La Comedia, Les Champions, President Rosko, Pogo Car Crash Control, Sidney Bechet - Daniel Sidney Bechet,

Adulte, on sait qu’on va voir un génie à l’œuvre, un gentil géant descendu de sa montagne pour nous faire passer une bonne soirée. Les concerts des Pixies ont toujours été des concerts exceptionnels, au moins autant que ceux des Stooges et du Velvet. Les Pixies font partie des groupes qui atteignent le sommet de ce qu’on pourrait appeler l’art rock, ce singulier mélange d’invention, de puissance, de son et de mélodie.

, Pixies, El Cramped, Culture Lutte, No Hit Makers, Rock'n'Bones, Surimi Party - La Comedia, Les Champions, President Rosko, Pogo Car Crash Control, Sidney Bechet - Daniel Sidney Bechet,

Frank Black a toujours su diversifier ses chansons et créer de l’émotion. L’amie qui m’accompagnait ce soir-là ne connaissait pas très bien les Pixies, et pourtant, elle a dansé pendant presque deux heures, comme ballottée par une marée de son. Frank Black remue les esprits et les corps, et lorsqu’il hurle, il crée une sorte d’osmose cathartique à laquelle personne ne peut se soustraire. Avec le temps, son art atteint de nouveaux sommets. On pense à un capharnaüm grandiose imaginé par Piranese, on pense à une tour de Babel dressée dans le monde moderne par ce Breughel du rock qu’est Frank Black On le sait depuis longtemps, cet homme ne se connaît pas de limites, et il nous offre ce sentiment d’infinitude en partage. Il a créé son monde pour le partager avec nous, comme s’il cuisinait un gâteau extraordinaire et qu’il nous conviait à venir le déguster. Chez lui, on se sent en sécurité. On va même chez lui les yeux fermés.

, Pixies, El Cramped, Culture Lutte, No Hit Makers, Rock'n'Bones, Surimi Party - La Comedia, Les Champions, President Rosko, Pogo Car Crash Control, Sidney Bechet - Daniel Sidney Bechet,

Dans l’univers de Frank Black, il n’existe pas la moindre petite trace de médiocrité. Il veille à ce que tout reste bien baudelairien, au sens du calme, du luxe, de la volupté, et du scream. Sur scène, il enfile tous ses hits comme des perles, les «Break My Body», les «Gouge Away», les «Monkey Gone To Heaven» et là, juste à côté de nous pauvres pêcheurs, deux filles dansent mollement et entrent en transe, avec les yeux blancs, et puis «Caribou» justement, un véritable enchantement, la magie de gros se répand sur Paris qui redevient l’espace de deux minutes la ville lumière, et «Wave of Mutilation» que tout le monde semble connaître par cœur, et «Tame», hurlé à la vie à la mort, et bien sûr l’immensément immense «Debaser» et tout autour jaillissent des chiens/ andalou/sia, et puis voilà l’it’s educational de «U-Mass» qui nous tombe sur la tête comme le ciel au temps des Gaulois. Ah ça ne finira donc jamais, comme disait Moloudji au temps de l’album communard ? Ils reviennent pour deux titres, le «Vamos» des débuts, et nous envoient rôtir en enfer avec «Into The White».

, Pixies, El Cramped, Culture Lutte, No Hit Makers, Rock'n'Bones, Surimi Party - La Comedia, Les Champions, President Rosko, Pogo Car Crash Control, Sidney Bechet - Daniel Sidney Bechet,

Le deuxième album des Pixies parut en 1988. Bientôt trente ans ! Il s’appelait Surfer Rosa. Ivo Watts-Russell recommanda Steve Albini pour produire l’album. Mais il se trouve qu’Albini n’aimait pas la musique des Pixies. Il était à l’époque une sorte de radicaliste au crâne rasé, amateur de hardcore, de Pistols et de Ramones. Mais il trouvait Kim Deal très douée et le gros assez unique. Dès «Bone Machine», les Pixies donnaient libre cours à leur groove têtu. On avait même l’impression que l’affreux Frank Black tordait le bras de son groove pour le faire grimacer. Il poussait des petits cris de hyène andalouse. C’est dingue ce qu’à l’époque il pouvait adorer Buñuel. Et ça virait à l’excellence, avec ce chant à deux voix. Bienvenue au twisted world des Pixies ! Les compos du gros ont une sacrée particularité : elles sonnent souvent dès les premières mesures comme des hits. Exemple : «Break My Body», monté sur un riff impérieux. Le gros a l’art et la manière d’allumer un hit comme on allume un spliff. L’autre bombe de l’A, c’est bien sûr le «Gigantic» que chante Kim Deal, «Gigantic» d’autant plus énorme qu’elle chante ça à l’ingénue édulcorée et que Joey Santiago y place un spectaculaire solo ambiancier. En B, on tombe tout de suite sur l’un des grands hits pixiques, «Where Is My Mind», une traînarderie insidieuse. Le gros s’amuse à torturer la fille des muses, il lui fait subir les pires outrages sur fond de beat bass-drum très ralenti. Au travers de ces morceaux, les Pixies bâtissent un nouveau monde.

, Pixies, El Cramped, Culture Lutte, No Hit Makers, Rock'n'Bones, Surimi Party - La Comedia, Les Champions, President Rosko, Pogo Car Crash Control, Sidney Bechet - Daniel Sidney Bechet,


Les hits pullulent sur Doolilttle qui parut l’année suivante. Coup de génie d’entrée de jeu avec «Debaser», hit universel. Ce qui fait sa grandeur, c’est le décalage entre la folie du gros - chien andalousia - et la pureté du thème mélodique. Le gros fut le seul à l’époque à réussir un coup pareil. Le festival se poursuit avec «Tame», un savant mélange de démence dans la partance et de beat poppy. La force du gros, c’est de savoir ouvrir un abîme et de s’y jeter avec tout son orchestre. S’ensuit «Wave Of Mutilation», un autre hit universel monté sur un thème glorieux et pulsé comme il se doit. Kim Deal joue une bassline de rêve et le gros chante à l’éclat du temps. Fucking genius ! À l’époque, on appelait ça de la pop indé, mais c’est probablement ce qui s’est fait de mieux depuis l’âge d’or des Beatles. Il reste encore un hit puissant et bien martelé sur cette face : «Monkey Gone To Heaven». On y assiste à une magnifique progression vers le firmament. Rien ne pouvait alors résister aux Pixies. On trouve d’autres hits, de l’autre côté, comme «Crackety Jones», ou un «Gouge Away» chanté une nouvelle fois au bord de l’abîme, mais la démesure de l’A fait défaut.

, Pixies, El Cramped, Culture Lutte, No Hit Makers, Rock'n'Bones, Surimi Party - La Comedia, Les Champions, President Rosko, Pogo Car Crash Control, Sidney Bechet - Daniel Sidney Bechet,


Avec les Pixies, on s’habitue vite aux coups de génie. Bossanova qui parut un an plus tard en proposait au moins trois, à commencer par «Rock Music» qui bat tous les records d’insanité. Il faut entendre le gros hurler comme un porc - My brain ! - C’est un pur chef-d’œuvre d’insanité pulsative. En B, se niche l’effarant «Down To The Well», écarlate de puissance, oh qui dira l’immensité du don ? Qui dira la démesure du scream par delà les frontières du réel, qui dira la puissance du gros et la portée de sa vision ? Il achève son hit à coups de screamadelica. Tout aussi énorme, voilà «The Happening», joué au heavy beat sur une progression bien lourde. Voilà un joli poids jeté dans la balance du rock sempiternel. «Hang Wire» sonne aussi comme un hit profond et généreux qui s’adresse à la terre entière. Ces albums révèlent une profonde humanité, une épaisseur de la chair, à l’image du gros. «Velouria» sonne comme un hit pop. Comme ceux des Beatles, ce hit entre dans l’inconscient collectif. Le monde entier connaît l’air de «Velouria». Le gros amène aussi «Is She Weird» au beat de la menace. Grâce à la basse de Kim Deal, on a une profondeur de son extraordinaire. Le gros met ses dynamiques en route pour mieux broyer le cortex du contexte. Voilà la grande force des popsters de haut vol : il savent imposer un thème pour qu’il sonne comme un hit. Même chose avec «All Over The World», doté de la même puissance mélodique. Si ce n’est pas un hit, alors qu’est-ce que c’est ? Le gros finit l’album avec «Havalina» qui est le chant du paradis. Celui qu’on entend lorsqu’on meurt enfin.
Dans la presse anglaise, un nommé Mat Snow qualifia les Pixies de maîtres de l’incongruité calculée. Et Ian Gittins dans feu le Melody Maker affirmait bien haut que les Pixies étaient le meilleur groupe de la planète. Here we go !
Oh et puis vint le split. Le gros vira Kim Deal qui, pétée, avait raconté des conneries dans une interview. Le gros annonça la fin du groupe par fax : «Je ne voulais pas de confrontation avec les autres. Je ne voulais pas qu’on discute de ça dans une réunion. Je n’étais pas heureux dans ce groupe et je l’ai quitté.». En fait, il fit bien d’arrêter le groupe à temps. Comme dirait J. Mascis : «J’imagine qu’on peut rester dans une groupe jusqu’au bout et, comme les Ramones, tous mourir d’un petit cancer.»

, Pixies, El Cramped, Culture Lutte, No Hit Makers, Rock'n'Bones, Surimi Party - La Comedia, Les Champions, President Rosko, Pogo Car Crash Control, Sidney Bechet - Daniel Sidney Bechet,


On n’y croyait plus, et pourtant le miracle a fini par s’accomplir : les Pixies sont retournés ensemble en studio pour y enregistrer un nouvel album, l’excellentissime Indie Cindy. Deux cuts sortent du lot, «Blue Eyed Hexe» et «Andro Queen». Hexe parce que ça sonne tout de suite comme une extravagance riffale à la «U-Mass», avec en prime des paroles aventureuses. Le gros nous fait même un couplet entier à la hurlette, comme au temps béni du concert à l’Olympia, quand il passait la tête sous le micro pour hurler comme un goret qu’on tire par les oreilles pour le hisser jusqu’au croc. Andro parce que joué à la reverb magique - Have you ever seen Andro Queen/ Wandering all for her ruby - Voilà ce dont est capable cet immense poète surréaliste qu’est Frank Black. Il perpétue une essence perdue depuis l’éviction d’Artaud du Groupe Surréaliste. Ce cut est joué aux infra-basses dans une extraordinaire tension poétique. Vous ne trouverez pas ça ailleurs. Les bons cuts pullulent sur ce double album qui se joue en 45 tours. Le gros retape dans sa belle veine mélodique avec «What Goes Boom» et provoque quelques belles montées de fièvre - Grace in her face - C’est l’un des songwriters les plus doués d’Amérique. On reste dans l’excellence mélodique pour «Greens And Blues» qu’il chante d’une voix apaisée, presque duveteuse. Mais cette fois, il laisse la démesure au vestiaire. Retour aux vieux accents colériques pour le morceau titre - Indie Cindy be in love with me/ I beg for you to carry me - On retrouve la belle colère de «Subbacultcha». Puis on l’entend enflammer la fin de «Bagboy», un cut joué au bass-drum de hip hop et on tombe en bout de B sur une autre merveille, un «Silver Snail» en trois dimensions : poétique, dramatique et mélodique - I could sleep with a loaded gun/ In a room with a lightbulb sun - Pure magie qui vaut bien le «Happiness Is A Warm Gun» de John Lennon, n’est-il pas vrai ? Il faut hélas bien se rendre à l’évidence : tous les cuts sont bons sur ce disque. On est une fois encore confronté à un problème d’une extrême densité. Trop d’oxygène, comme dans les textes de Picabia. Écoutez la belle pop lumineuse de «Ring The Bell» ou encore celle de «Snakes». Tout ce qu’il compose passionne profondément. Il finit cet album éprouvant pour les sens avec «Jaime Bravo», une mélodie fusionnelle qui flirte dangereusement avec le firmament. Mais chez le gros, c’est une spécialité.

, Pixies, El Cramped, Culture Lutte, No Hit Makers, Rock'n'Bones, Surimi Party - La Comedia, Les Champions, President Rosko, Pogo Car Crash Control, Sidney Bechet - Daniel Sidney Bechet,


Et pouf, voilà que tombe du ciel Head Carrier, un nouvel album des Pixies. C’est inespéré. Pourquoi inespéré ? Parce qu’on y trouve deux nouvelles preuves de l’existence de Dieu : «Bel Esprit» et «All I Think About Now» chanté par Paz Lenchantin, la petite brune qui a remplacé Kim Deal. Les Pixies ont joué ces deux merveilles au Zénith, et je vous prie de croire que les frissons nombreux étaient au rendez-vous. Sur «Bel Esprit», le gros partage le chant avec Paz. Ils renouent avec l’ambiance magique de «Letter To Memphis». Joey crée l’ambiance avec son titillement mélodique et le gros suinte le chant qui en réalité est un chef d’œuvre d’auto-dérision - He’s not much of a bel esprit/ She can’t seem to understand him/ A bit more like a chimpanzeee - Et il ajoute, stoïque - That’s the way of this man - Oui, il faut le prendre comme il est, pas très bien dégrossi. On reste dans la magie pure avec «All I Think About Now». Paz chante au filet de voix comme Kim - If I could go to the begin/ ing/ I would be another way - Devant un tel chef d’œuvre de délicatesse mélodique, on pense bien sûr à John Lennon qui après avoir composé des merveilles comme «Dear Prudence» ou «Sexie Sadie» était capable de revenir quelques années plus tard avec «Jealous Guy». C’est la raison pour laquelle il faut suivre le gros à la trace. C’est l’un des derniers artistes capable de faire des miracles, en Occident. Et quand on entend un truc comme «All I Think About Now» dans la fosse du Zénith, on pense bien sûr à un miracle. Le reste de l’album se tient à un très bon niveau pixique, ne serait-ce que par le morceau titre qui fait l’ouverture, monté sur un heavy beat finement teinté d’harmonies à la Roswell. Quel magnifique chanteur que ce gros lard. Encore typique de l’attaque pixique, voici «Classic Masher». On y voit le gros affronter la mélodie comme il sait si bien le faire. Il envoie sa chanson papillonner par dessus les toits, avec la grâce d’un Paul Verlaine du rock moderne, suprêmement dopé à la fantastica. Puis il revient à sa chère folie dévastatrice dans «Ball’s Back». On retrouve cette hurlette vacharde qu’on aime tant. Wow, quel merveilleux mécontent, quelle belle boule de pus colérique ! Le gros fait ce qu’il veut du rock, depuis toujours, et sans produire le moindre effort, comme le souligne Bowie dans Gouge. «Talent» glisse tout seul, comme huilé, c’est un rock oblong qui file à travers les étoiles. Ils terminent cet album fascinant avec «All The Saints» monté sur une merveilleuse bassline dodue et bien douce. Paz sait jouer, c’est une bath du bassmatic.

, Pixies, El Cramped, Culture Lutte, No Hit Makers, Rock'n'Bones, Surimi Party - La Comedia, Les Champions, President Rosko, Pogo Car Crash Control, Sidney Bechet - Daniel Sidney Bechet,


Les fans des Pixies sont gâtés : il existe un DVD paru en 2004 qui propose un concert des early Pixies à Londres et Gouge, un documentaire racontant leur histoire. Le concert vaut bien sûr le détour, car Frank Black est encore très jeune, il a tous ses cheveux et porte un T-shirt trempé de sueur. Kim chante en rigolant et Joey joue sur une Les Paul en or. Ils sont tout simplement fascinants, car ils ont déjà les chansons. Dès «Levitate Me», les cuts se mettent à sonner comme des hymnes et «Caribou» vire à la magie pure. Le moment le plus intense de ce vieux concert est certainement celui du cut de Kim, «Gigantic». Elle est poignante, et ça marche à tous les coups. Chaque fois qu’elle attaquait «Gigantic» en concert, le public chantait avec elle. Puis le gros revient faire des siennes avec «In Heaven». L’ancienne définition de la puissance était la suivante : se tenir au coin d’une rue et n’attendre personne. La nouvelle : Frank Black chantant «In Heaven». Et ils terminent avec un hommage mythique aux Beatles, avec «Wild Honey Pie», comme par hasard. Frank Black : «‘Wild Honey Pie’ n’est pas ‘Hey Jude’ ni ‘Revolution’, c’est juste un truc bizarre qu’ils ont enregistré un jour sur une cassette.». C’est une façon de dire qu’il aime bien travailler ainsi. Sur ce DVD on voit aussi un docu intitulé On The Road, mais il ne s’y passe rien de très intéressant. C’est Gouge qui emporte la palme, car les Pixies et des gens comme Bowie, Tim Wheeler, les mecs de Blur et de Radiohead, Bono et PJ Harvey racontent l’histoire de ce groupe hors du temps - A band incredibly clever - Oui incroyablement intelligent, tout est dit ! PJ avoue que Surfer Rosa est son album préféré, elle se dit fascinée par Charles, c’est-à-dire le gros, à travers les paroles qu’il écrit. Et Bowie n’en finit plus de rendre hommage au génie des Pixies - It’s done so effortlessly - Il a tout compris, les Pixies ne font aucun effort, c’est dans leur nature d’être géniaux, et il ajoute : One of the strongest songs I’ve heard is «Debaser» - et il conclut avec un dernier hommage au gros : On stage, he’s a mass of screaming flesh - Nouvelle définition de la puissance.
Bowie ne croit pas si bien dire, car le gros écrit ses paroles sur une nappe en papier cinq minutes avant de les enregistrer : «Des fois c’est bon, des fois c’est pas bon. That’s just the nature of that songwriting.»

 

Signé : Cazengler, pixé de la ruche


Pixies. Zénith. Paris XIXe. 23 novembre 2016
Pixies. Come On Pilgrim. 4AD 1987
Pixies. Surfer Rosa. 4AD 1988
Pixies. Doolilttle. 4AD 1989
Pixies. Bossanova. 4AD 1990
Pixies. Trompe Le Monde. 4AD 1991
Pixies. Indie City. Pixiesmusic 2014
Pixies. Head Carrier. Pixiesmusic 2016

Josh Frank & Caryn Ganz. Fool The World - The Oral History Of A Band Called Pixies. Virgin Books 2008
Pixies. DVD 2004


Viva El Cramped

, Pixies, El Cramped, Culture Lutte, No Hit Makers, Rock'n'Bones, Surimi Party - La Comedia, Les Champions, President Rosko, Pogo Car Crash Control, Sidney Bechet - Daniel Sidney Bechet,

La scène se déroule en 2037, dans l’une des loges du Budokan, à Tokyo. Au terme de vingt ans de tournées dans le monde entier, El Cramped, célèbre cover-band des Cramps, y donnait son concert d’adieu. Ah c’est sûr, le Professor et le Loser ont pris un sacré coup de vieux, mais ils n’ont rien perdu de leur manie de vouloir s’amuser coûte que coûte. Ils sifflent une dernière bouteille au goulot avant d’aller coucher au panier.

— À la vôtre, Professor !
— C’est dommage qu’on arrête le groupe, Loser, on s’amusait drôlement bien...
— Oui, c’est vrai, mais regardez-vous, Professor, vous ressemblez au Père Noël, maintenant, et moi aussi d’ailleurs. On a vraiment l’air cons tous les deux avec nos grandes barbes blanches ! Même si on aime bien Lux et jouer les vieux cuts des Cramps, je crois qu’il faut se faire une raison et lâcher l’affaire... Mais n’ayons aucun regret, car si vous y réfléchissez bien, vous constaterez que nous n’avons que des bons souvenirs !
— Ça paraît logique, Loser, puisque nous n’avons joué que dans des Lux Lives. Ça nous a comme qui dirait immunisé contre la médiocrité. No sell out ! Ahhh quand j’y repense, qu’est-ce que j’ai pu adorer notre premier Lux Lives à Glasgow ! Putain, les boîtes de bière qui volaient partout, les mecs nous balançaient des chaises, vous vous souvenez comment j’ai failli prendre une brique en pleine gueule ? Yurk !
— C’était chaud mais quelle rigolade ! Ah les Écossais y savent faire la fête !
— Et la hache qui s’est plantée dans l’ampli basse, comme au concert de Suicide ! On se serait cru dans un western, quand les Indiens attaquent Fort Navajo !
— Vous avez raison Professor, c’est l’un de nos meilleurs souvenirs !
— Sean m’avait prévenu : s’ils sont contents, ils vont lancer des haches ! C’est comme ça à Glasgow. Et il avait ajouté : essaye de ne pas te trouver dans la trajectoire ! ha ha ha !
— Franchement, Professor, je préfère voir arriver une hache plutôt que d’entendre hurler toutes ces dingues de Japonaises ! Elle m’ont pété les oreilles, enfin ce qu’il en reste !
— J’aime bien ces gamines japonaises en uniformes, elles me font penser à la collégienne-killer de choc de Kill Bill. Puisqu’on parle de chair fraîche, vous souvenez-vous de ces belles gonzesses à poil qui dansaient au premier rang, au Lux Lives de Miami, sur la plage ? J’avais même pas besoin de leur faire l’article en leur chantant Naked Girl, ha ha ha ! Dommage que le vieux Marcel n’ait pas pu voir ça !
— Vous saviez que Duchamp avait du mal à pisser ?
— C’est pour ça qu’il a exposé un urinoir ?
— Oui, il adorait uriner sur le rat nu d’Uranus !
— Revenons aux choses sérieuses, Loser ! Vous souvenez-vous du Lux Lives qu’on a fait à Munich, et de ce mec qui nous a balancé des tas de têtes de chat ?
— Ah votre copain Michael ! Lui au moins, il avait tout compris ! Crampologue averti, teenage tiger éternel, aussi goo-goo que vous, Professor. Quelle rigolade ! Si seulement la SPA avait pu voir ça, oh la tronche qu’ils auraient tiré, les béni-oui-oui !
— Et le Lux Lives de Boston, Loser ! Quand on a tout cassé sur scène, la basse, la Gretsch, tout y est passé, un concert fabuleux ! Franchement digne des Who en 1966 !
— Et vous savez qui a ramassé les morceaux ?
— Yep ! Kogar ! Il a même fait plusieurs voyages pour tout récupérer, y compris le pied de micro que j’ai réussi à tordre en huit, ce que Lux n’avait jamais réussi à faire. Oh et puis le Lux Lives de Bangui ! Vous vous souvenez, ce dingue de blackos qui l’organisait m’avait offert un boa constricteur et me l’avait installé autour du cou, là comme ça, splouch ! Il m’a confondu avec Alice Cooper, cet abruti ! Pendant tout le début du set, ce putain de boa n’a pas bougé, et en plein New Kind Of Kick il a commencé à me serrer le kiki ! Yurk ! Méchante saloperie ! Il a bien failli m’étrangler ! Ahhh la vache ! Je ne pouvais plus m’en débarrasser ! Et personne n’est venu à mon secours ! Personne n’a bougé le petit doigt ! Ah elle est belle la solidarité dans les groupes ! On peut crever et tout le monde s’en bat les couilles, hein ?
— Mais il fallait bien continuer à jouer, Professor ! Mais vous étiez fantastique, car c’est la seule fois où vous avez vraiment hurlé kiiiiiiiiiiiiick et que vous vous êtes roulé par terre ! Vous sembliez vraiment possédé par le voodoo des Cramps ! C’était absolument fa-bu-leux ! C’est un guide de brousse présent au concert qui vous a sauvé la vie. Il a sorti sa machette de l’étui et tranché la tête du boa d’un seul coup. Tchak ! Le concert devait l’intéresser et il voulait sans doute voir la fin.
— C’est vrai qu’un tribute aux Cramps doit sortir de l’ordinaire, Loser, au fond, vous avez raison. Ce n’est pas la même chose qu’un tribute à Stong, hein ? Oh et le Lux Lives de Madrid que mon vieux pote Lindsay avait organisé ! Vous vous en souvenez Loser ? On était tous déguisés en minotaures, encore une de vos idées à la con, on a failli crever sous ces grosses têtes de carnaval !
— C’était un double hommage à Picasso et à Fellini. Vous verrez un minotaure en chair et en os dans le Satyricon. J’ai toujours pensé que Lux naviguait au même niveau que Picasso et Fellini. Au commencement, ces gens-là ont une vision, Professor, et sans vision, on ne va pas très loin.
— Bon, vous n’allez pas me refaire votre Raymond la Science à l’heure qu’il est, après un concert au Budokan ! Vous me fatiguez. Oh mince ! La bouteille est vide, Loser !
— Attendez, je crois qu’il en reste une dans mon sac... Vous vous souvenez du premier Lux Lives qu’on a fait, Professor ?
— Attendez voir... Où c’était déjà... J’ai la mémoire qui flanche, j’me souviens plus très bien...
— Faut manger du poisson, Professor ! Notre premier Lux Lives, figurez-vous que c’était à Évreux, dans la ville où vous viviez, en ce temps-là... Vous vous rappelez la petite maison, avec le portail de traviole...

, Pixies, El Cramped, Culture Lutte, No Hit Makers, Rock'n'Bones, Surimi Party - La Comedia, Les Champions, President Rosko, Pogo Car Crash Control, Sidney Bechet - Daniel Sidney Bechet,


— Ahhhh oui ! On avait joué dans une salle toute neuve ! Ouiiii, vous avez raison, ça me revient tout à coup, une petite salle encaissée, bien dimensionnée, sans doute dessinée par un architecte... Ah oui, quelle rigolade ! Avec toute une ribambelle de groupes qui passaient avant nous ! Ahhh oui...
— Les groupes étaient contents de jouer, rappelez-vous, c’était plutôt bon esprit. Et comme nous montions sur scène pour la première fois, on avait joué la sécurité avec une set-list ultra-courte...
— On démarrait avec «I’m Cramped», puis «Goo Goo Muck», si mes souvenirs sont bons...
— Exact, on avait aussi des trucs comme «Human Fly», «Naked Girl» et des choix à vous, Professor, «Walked All Nite», «Lonesome Town» et «Get In Your Pants». On finissait avec «New Kind Of Kick» et «Can’t Find My Mind».
— Ah on peut dire que depuis, la set-list a bien évolué ! On a dû jouer tout ce que les Cramps ont joué en leur temps !
— Et dans tout ce tas de hits, lequel est votre préféré, Professor ?
— «Ain’t Nothing But A Gorehound !»
— Vous vous foutez encore de ma gueule ? Parfois, vous avez parfois un humour dévastateur, Professor. Comme le jour où vous m’annonciez que vous aviez transmis une photo de répète à un torchon local.
— Et vous, Loser... What’s the loser’s fave ?
— Depuis la première fois où je l’ai entendu, c’est «Garbage Man» avec son petit bruit de moteur à l’intro et cette manière infiniment subtile de rendre hommage à cet art suprême qu’est le rockabilly. Et puis «Human Fly» bien sûr, car c’est du Wolf schtroumphé à la fuzz. On vendrait son père et sa mère pour un son comme celui-là. En ce temps-là, les Cramps créaient un monde.
— Pour revenir au premier Lux Lives, vous ne paraissiez pas bien concentré, ce soir-là, Loser...
— Outta my mind on a saturday night !
— Sauf que là, c’était un vendredi, mon pauvre Loser !
— Ah vous adorez couper les cheveux en quatre ! Mais au fond, vous avez raison, il faut savoir rester précis en toute chose...
— Vous ne l’étiez pas sur «I’m Cramped», en tous les cas !
— Comme dit Will Carruthers dans son livre, j’avais l’impression de jouer avec trois mains gauches. Fantastique ! Ça permet de faire plein de choses qu’on ne fait pas habituellement, mais à un moment donné, on ne sait plus quelle est la vraie main.
— Quelqu’un m’avait dit à l’époque qu’il vous avait vu repartir d’un pas hésitant et qu’en cherchant votre bagnole, vous étiez tombé dans l’Iton.
— Aucun souvenir. Ah si, attendez voir, une scène me revient : trois ou quatre mecs absolument extraordinaires qui sont restés pour discuter et boire un dernier coup sur le trottoir, devant la salle. Ils avaient bien aimé le trash d’El Cramped. Celui qui portait du cuir noir et des chaînes était encore plus défoncé que moi. Tellement défoncé qu’il nous proposait d’aller boire un coup chez lui et de faire tourner sa copine.

Signé : Cazengler le loser


El Cramped. Lux Lives In Evreux #1 (27). 9 décembre 20

 

MONTREUIL / LA COMEDIA
SURIMI PARTY / 09 – 12 – 16
CULTURE LUTTE / NO HIT MAKERS
RUST / ROCK 'N' BONES

, Pixies, El Cramped, Culture Lutte, No Hit Makers, Rock'n'Bones, Surimi Party - La Comedia, Les Champions, President Rosko, Pogo Car Crash Control, Sidney Bechet - Daniel Sidney Bechet,

Ne vois-tu rien venir, petite teuf-teuf d'amour ? Que nenni, my dear Damie, ni route, ni bas-côté, ne serait-il pas plus prudent de retourner ? Teuf-teuf, tu le sais, un rocker n'a pas le droit de reculer quand il part en concert, tel un spartiate au combat de l'antique Hellade ! Entre parenthèses, je ne suis pas fier de moi, la brume Seins-et-Marnaise est un fléau plus redoutable qu'un album de Genesis, mais en contrepartie le blues végétatif de la terre plate et infinie ne peut vous atteindre. Z'ont eu beau de ne plus être à côté de la plaque paire ou impaire, et lever cette gesticulation écologique pour le weekend, les autorités nationales ont raté leur coup, peu de monde devant le centre commercial où je gare sans difficulté la voiture, les consommateurs désargentés sont restés terrés chez eux. J'aie une pensée émue pour toutes les multinationales qui n'auront pas fait les bénéfices escomptés des achats de Noël. Pour un peu j'en pleurerai. Des larmes de crocodile.
Retour à Montreuil. A la Comédia, pas divine, mais presque. Le paradis des rockers. Surimi Party sur deux jours, Vendredi et samedi. En mon âme et conscience, après avoir longuement pesé le pour et le contre des deux programmation, j'ai opté lors d'une interminable traversée intérieure des douloureuses et cruelles affres de l'incertitude, pour le samedi. Pas du tout, le choix s'est imposé de lui-même, en moins d'une seconde, aucune hésitation, les No Hit Makers sont en ville !

CULTURE LUTTE

, Pixies, El Cramped, Culture Lutte, No Hit Makers, Rock'n'Bones, Surimi Party - La Comedia, Les Champions, President Rosko, Pogo Car Crash Control, Sidney Bechet - Daniel Sidney Bechet,


L'est des semi-minutes qui résument tout un projet. N'ont pas encore commencé, l'on vient de tester en un tour de main les instrus un par un, quand la sono, demande une vue d'ensemble. Se regardent comme embarrassés, mais J-hell dissipe cet instant de doute après avoir jeté un coup d'oeil à la set-list – une espèce de rouleau d'un bon mètre de long qui gît à terre comme le serpent tentateur de la Genèse, au pied du fameux pommier de la connaissance du Bien et du Mal. Ce sera Police, juste l'intro. Assez pour nous faire comprendre que nous ne sommes pas en présence d'un groupe de folkleux acoustiques, une giclée de sève qui tombe sur vous comme les pavés sur les rangs des CRS au joli mois de mai. Eux la pomme pourrie du Mal, ils l'ont identifiée, l'est suspendue du mauvais côté des barricades policières et mentales qui triquent et étriquent nos existences de paisibles citoyens. Devenus enragés. Bref, le Police de Culture Lutte ce n'est pas le J'ai Embrassé un Flic des imbéciles.

, Pixies, El Cramped, Culture Lutte, No Hit Makers, Rock'n'Bones, Surimi Party - La Comedia, Les Champions, President Rosko, Pogo Car Crash Control, Sidney Bechet - Daniel Sidney Bechet,


Nous le font savoir très fort. Charge de batterie de pOOp, molotovs de guitare de Loïc, et enfonçage des lignes de la basse de Heil Nönö. Bien en place, cohésif et superbement bien envoyé, le tout magnifié par J-hell au micro. Encore un qui déchire les slogans de la révolte. L'a adopté, par rapport à nous sur le devant de la scène, la position de profil, peut-être pour être face à la majorité du public massé, vu l'implantation des lieux, sur la largeur de l'estrade. Se définissent en tant que Trash de pneu, un peu à l'image de ces traces noir-anar de pneumatiques qui empiètent sur toutes les parties interdites des chaussées. Pas une fusion, sont à l'endroit le plus dangereux du carrefour où se croisent les sentiers perdus du rock'n'roll, du trash, du hardcore, du punk, tous ces courants jusqu'au-boutistes du rock qui refusent de respecter les panneaux de limitation de vitesse. Superbe prestation de J-hell, s'appuie sur les braises qu'alimentent ses compagnons derrière lui, leur souffle dessus de sa voix puissante, se courbe et recule au début de chaque morceau, comme s'il rentrait en lui-même avant de faire cracher le lance-flamme, des mouvements de bras étonnants qu'il allonge comme s'il cherchait un appui sur l'air afin de propulser avec encore une plus grande violence ses lyrics de feu.
Un set impeccable qui paraît bien court, dommage que le public ne sera pas encore au complet lors de leur passage, s'est privé d'une des deux meilleures parts du gâteau amphétaminé de la soirée.

NO HIT MAKERS

, Pixies, El Cramped, Culture Lutte, No Hit Makers, Rock'n'Bones, Surimi Party - La Comedia, Les Champions, President Rosko, Pogo Car Crash Control, Sidney Bechet - Daniel Sidney Bechet,


No Hit Makers, un de mes groupes préférés de la mouvance rockabilly actuelle. Les puristes leur reprocheront leurs accointances psychobilly. Querelles d'initiés qui refusent de mettre un seul pied hors de leur chapelle. Mais c'est vraisemblablement cette ouverture qui leur permet de faire un tabac au milieu de cette programmation hardcore. Une leçon de savoir-faire. La différence entre le rockabilly et le rock de toute énergétique brutalité professée par les autres groupes de la soirée, est facile à définir pour ceux qui auraient envie d'y participer. Ce n'est pas une superficielle question d'instrument, comme la contrebasse de Lardi imposant sa masse volumineuse à l'entrée de la réponse. L'énergie est commune. La même hargne, la même urgence à la faire mousser dès les premières secondes. Mais le rockabilly ne vous bourre pas le mou par la soudaine et irréversible implantation d'un unique instrument chargé de vectoriser tout le reste de l'instrumentation sur la véhémence de son implantation souveraine dans une coulée de lave sonore. L'essence rockabilly réside en une intrication empreinte d'une plus grande subtilité, le jeu se joue au minimum à deux et l'idéal est que chacun y assume son rôle à part égale. Dans le hardcore, c'est un peu toujours la même passe qui revient, la trapéziste s'est élancé dans les airs et vous êtes sûr que là-haut son partenaire la réceptionne d'une prise solide. Accrochage sans défaut. Parfaitement bien huilé. En rockab, vous vivez, pour ceux qui savent entendre, des moments d'angoisse. La trapéziste vole au-devant de son partenaire qui tend des bras accueillants et salvateurs... qui refuseront la prise salvatrice. La loi de la gravité entraîne notre ballerine céleste vers la terre, l'est quasi certain qu'il ne lui reste plus qu'à s'écraser sur le sol. Tout est foutu. On l'a dans le Q de l'angoisse. Mais voici qu'au moment que l'on n'attend plus, un doigt se glisse sous la bretelle du soutien-gorge de la miss et lui influe le retour d'équilibre énergisant dont elle avait besoin pour rejoindre son perchoir. Sauvetage non dépourvu d'un discret et envahissant parfum d'érotisme qui crayonne exactement cette ligne de démarcation qui sépare l'essence du rock de l'appuyé pornographique du blues. Distinction affirmée qui explique que les No Hit Makers se définissent aussi comme un groupe de rockin'blues.
Et cela les No Hit Makers le mettent en pratique dans la majorité de leurs morceaux. Une rythmique d'ensemble qui filoche à cinq mille noeuds et soudain la brisure. Tout s'arrête, accident funéraire d'infinie perdition. Mais c'est Vincent qui relance la machine, deux notes de Gretsch, dans la seule fraction de seconde qui précède le naufrage inéluctable déjà programmé dans la tête du spectateur, et hop la truite arc-en-ciel du rockab rebondit de ses mille luisances diaprées par le soleil et le combo repart dans le vif du courant. Ou alors c'est Jerôme qui bat de deux coups de caisse claire le rappel décisif qui vous rejette sur la crête de la vague. Faut entendre le murmure de plaisir qui monte de la foule massée devant la scène. Le soulagement de l'extase comblée. Non pas la catharsis finale du dégonflement cessatif du désir mais l'acmé de sa complétude jouissive.

, Pixies, El Cramped, Culture Lutte, No Hit Makers, Rock'n'Bones, Surimi Party - La Comedia, Les Champions, President Rosko, Pogo Car Crash Control, Sidney Bechet - Daniel Sidney Bechet,


Lardi descend ses deux mains jointes le long de son manche. Masturbe sa basse me théorisera un spectateur enthousiasmé par ce lien éminemment érotique qui traduit gestuellement l'osmose parfaite qui devrait exister entre l'instrumentiste et son instrument. Je lui laisse la responsabilité de sa vision. Le désir est trop souvent une projection individuelle qui rend difficile toute analyse objectale. L'est une autre marque de fabrique des No Hit Makers. Rajoutent un plus à leur rythmique effrénée. Pas le swing, mais quelque chose qu'il est plus difficile d'entremêler aux rythmes des balancements binaires ou ternaires. Le serpent d'une mélodie qui glisse entre les branches épineuses sans jamais s'écorcher la peau. La mélodie, un fin collier de perles prêt à se briser au moindre heurt, c'est Eric au chant qui se charge de ce reptile de verre. Faut un timbre d'or pour cette délicate tâche, pas question d'amoindrir ou d'adoucir, voire d'affadir la sauce, au contraire cette note sucrée est destinée avant tout à faire ressortir les aigreurs du rock and roll. Une voix tour à tour pleine ou nasale qui rampe et qui crampse, flexible, qui se coule autant dans la moindre des anfractuosités qu'elle épouse la forme des protubérances les plus aiguisées.
Un set impeccable qui emporta l'adhésion de la salle mais surtout des quatre prestations de cette soirée, la plus accomplie. Ne font peut-être pas des hits, mais quoi qu'ils touchent lui font subir des transmutations alchimiques de rêve. Un Frenzy à faire sortir Screamin' James Hawkins de sa tombe, un Long Black Shiny Car rutilant qui vous permet de comprendre pourquoi la petite amie de Mike Page l'a laissé tomber comme une vieille chaussette au profit de l'heureux propriétaire de cette bagnole que les Makers pilotent comme un hot Rod on the evil Road et une vingtaine d'autres merveilles du même tonneau.

RUST

, Pixies, El Cramped, Culture Lutte, No Hit Makers, Rock'n'Bones, Surimi Party - La Comedia, Les Champions, President Rosko, Pogo Car Crash Control, Sidney Bechet - Daniel Sidney Bechet,


L'on dirait une vitrine de Noël pour enfants turbulents qui cassent tout ce qu'on leur offre et qui chourrent dans les rayons interdits tout ce qui leur plaît sans rien demander à personne car dans la vie, on n'est jamais mieux servi que par soi-même. Deux guitaristes, un très grand au visage tout embroussaillé de poils à droite, à la guitare un peu noisy, l'autre chétif au caillou largement déserté à gauche, aussi à la guitare davantage riffeur, au milieu Marine placide et discrète, genre rousse incendiaire à la basse, à ses côtés Rachel, un bisped à l'indéniable présence scénique, micro en main, langue bien sortie de la poche du silence, charismatique, et au fond, au centre le batteur. C'est lui qui tient le groupe. Avec ses épaules carrées et sa frappe solide il est à la fois la base et le moteur du groupe. En retrait mais essentiel. Irremplaçable. L'est la proue de la frégate qui trace le sillon et emmène l'assaut. D'une efficacité sans bornes.

, Pixies, El Cramped, Culture Lutte, No Hit Makers, Rock'n'Bones, Surimi Party - La Comedia, Les Champions, President Rosko, Pogo Car Crash Control, Sidney Bechet - Daniel Sidney Bechet,


Des punks mais pas des nihilisto-destroys à mort avec des chiens enragés prêts à vous mordre à la moindre caresse. Défendent des causes nobles et sans appel. Rachel les énumère sans discours, sont un groupe tendance dit-elle non sans humour. Vaudrait mieux dire tendancieux. Conjugue véganisme, incestophobie et féminisme. Deux compositions personnelles qui ne jurent pas avec leurs reprises des Hives, des Pixies, de 999, de Billy Idol... une manne pour le public qui reprend en cheour. Rust est manifestement bien aimé, connu et apprécié de tous, contraindront Rachel et ses sbires à un rappel alors que l'heure fatidique approche et qu'il reste encore un groupe à passer.
Devant la scène, beaucoup de garçons gondolent leurs corps à la manière des tôles ondulées des abris de jardin. Sûr que Rachel a un ascendant. Dont elle ne joue nullement d'ailleurs. Un set bien enlevé, de mieux en mieux en place au fur et à mesure de son déroulement, qui déclenche la ferveur partisane de l'assistance. Rien de nouveau, mais le soleil qui réchauffe et vous fortifie l'âme.

ROCK 'N' BONES

, Pixies, El Cramped, Culture Lutte, No Hit Makers, Rock'n'Bones, Surimi Party - La Comedia, Les Champions, President Rosko, Pogo Car Crash Control, Sidney Bechet - Daniel Sidney Bechet,


Apparemment le clou de la soirée. L'on n'attend qu'eux. Attaquent dès que la scène est dégagée. Des costauds. Une fille parmi eux, Nath à la basse, deux guitares, Paddy à la batterie. Riko au micro. Arbore une crête à faire crever de jalousie une colonie de porc-épics. Les indianologues affirment que ces pics de cheveux dressés tout droit figuraient pour les indiens la représentation de silhouettes de bisons se profilant sur l'horizon de la verte prairie... Peut-être, mais les Rock'n'Bones pourchassent d'autres gibiers. Appartiennent à la mouvance des Antifas et le font savoir autrement. Leurs titres le proclament sans ambages, A Wind of Revolt, General Strike, Engagé, et pour ne pas se tromper de cible The Real Enemy. Une meute punk prête à toute émeute. Si je vous racontais que leur set s'assimilait à la cérémonie zen du thé, ce serait un mensonge. Là encore c'est la batterie de Paddy qui emporte le tout, les autres embrayant aussi sec, mais très ramassés et étroitement compactés autour de ce monstrueux galop initial. Riko ne screame guère, micro en main il assène les lyrics avec force vigueur et rude rigueur. Sont un peu atteints du complexe Ramones, des morceaux courts, très courts, expédiés les uns à la suite des autres, comme une vedette qui jette méthodiquement ses grenades sous-marines afin de torpiller les idées incapacitantes qui paralysent en catimini votre cerveau. Pas de temps à perdre. Les titres se suivent et se ressemblent, engendrent une certaine monotonie, notre esprit se prend à rêver de changement, mais non à chaque fois c'est le retour du duplicata à l'identique qui revient. Ont la pêche qu'ils vous écrasent sans ménagement sur la trogne, prenez-vous cela en pleine poire, idéal pour vous plonger en une rogne salutaire ! Comment le set aurait-il évolué, sont tout justes arrivés à la moitié de leur set-list lorsque Riko remercie tout le monde et nous annonce que c'est le dernier morceau. Et en effet à la surprise générale, ils entreprennent de quitter la scène non sans ranger les guitares dans leur étuis. Amplis débranchés, pogos terminés, rien ne va plus dans le monde du rock and roll. Nous avaient prévenus dès le début. Le fachisme est partout. Même dans les règlements qui interdisent de faire trop de bruit dans les parties surimiennes. Pas de regrets, la lutte continue.

, Pixies, El Cramped, Culture Lutte, No Hit Makers, Rock'n'Bones, Surimi Party - La Comedia, Les Champions, President Rosko, Pogo Car Crash Control, Sidney Bechet - Daniel Sidney Bechet,

( Photos : FB : Constance Ludès )


Damie Chad.

FRENCH SIXTIES

Apache, sans doute la plus grande victoire des tribus indiennes remportée sur notre territoire. Par procuration. Sous forme phantasmatique. Tout cela par la faute de quatre ombres menées par la diabolique et anglaise guitare d'Hank Marvin. En France, ce fut une véritable commotion. Un son nouveau venu d'ailleurs. L'électricité transformée en esthétique. Certes Johnny Hallyday, Dick Rivers qui exhibaient ses Chats Sauvages en liberté sans grille de protection, Eddy Mitchell qui enfilaient ses Chaussettes Noires encore plus puantes que nos camemberts, monopolisaient le devant de la scène, fascinaient les foules, mais c'était si neuf, si troublant, que les oreilles n'en croyaient pas leurs yeux, derrière eux y avaient des musicos qui proposaient quelque chose d'inhabituel. Le rock balbutiait de par chez nous et des milliers d'adolescents s'achetèrent illico une Eko – les plus chanceux s'en adjugeaient une dans les loteries des fêtes foraines - et s'escrimaient à reproduire l'inimitable. Ce fut la grande vogue des groupes instrumentaux. Les maisons de disques ne laissèrent pas passer la poule aux oeufs d'or. Lui arrachèrent jusqu'aux plumes du croupion. C'était aussi une manière de recycler les musiciens anonymes de studio en stars, et puis faut l'avouer aussi des gars capables de chanter rock en notre langue en 1962 y en avait moins que les doigts d'une main. Surtout qu'avec ce diable de Vince Taylor qui vous coulait les bielles en anglais, vous étiez hors-circuit avant d'ouvrir la bouche...
Histoire ancienne. Rien ne se démode plus vite que la mode. Y eut des dizaines de groupes qui accédèrent au studio. Trop, sans doute. Des guitaristes à la pelle mais peu d'expérimentateurs. On interprétait un morceau – plus ou moins bien – parfois l'on avait une idée originale, vite recopiée par les voisins, mais l'on pensait, que l'on sache ou pas lire la musique, encore sous forme de partition, l'on n'avait pas la démarche globale de construire un son. Cinquante ans après, l'est facile de compatir sur ces malheureux, ils enchantèrent en leur temps bien des adolescents et préparèrent les pistes d'atterrissage de la réception des premiers groupes de l'invasion british, furent des pionniers, au sens plein du terme.
Sur les brocantes vous exhumez sans trop de mal d'anciens EP au prix dérisoire d'un euro et le vendeur vous remercie de le débarrasser de ces rossignols qui encombrent depuis dix ans ses cageots...

 

LES CHAMPIONS
Bel Air : 221192
LA LONGUE MARCHE / 1647 METRES G. O.
1293 METRES G. O. / RENDEZ-VOUS AU GOLF DROUOT

, Pixies, El Cramped, Culture Lutte, No Hit Makers, Rock'n'Bones, Surimi Party - La Comedia, Les Champions, President Rosko, Pogo Car Crash Control, Sidney Bechet - Daniel Sidney Bechet,

Furent d'abord un groupe vocal formé autour de Willy Lewis transfuge des Chats Sauvages et de l'injustement oublié Jaky Chane ( échappé du château des Fantômes ) au chant, mais en 1963 une nouvelle mouture du groupe, devenu et resté célèbre en tant que combo instrumental regroupe Claude Ciari à la guitare solo, Alain Santamaria à la guitare d'accompagnement, Yvan Ouazana à la batterie, et Benoît Kaufman à la basse. Enregistreront pas moins de onze 45 tours et un vingt-cinq centimètres dix titres. Ont leur titre de gloire inscrit en lettres d'or sur le fronton du rock'n'roll puisqu'ils accompagnèrent Gene Vincent en 1962 au Théâtre de l'Etoile. Furent aussi aux côtés de Vince Taylor et de Danyel Gérard. Le groupe s'éteindra aux abords de l'année 1965. Une page de l'histoire du rock qui se tourne. Définitivement. La mer de l'oubli a englouti l'antique raffut de ces rafiots. L'est bon de plonger sur les lieux de ces surfin naufrage. D'en ramener pépites et pacotilles.

La longue marche : du tout doux du tout lent, pour ballade romantique au bord de la plage. Des gouttes d'eau qui ruissellent sur le dos de la donzelle. Pas de mélancolie vous l'oublierez aussitôt les vacances finies. Pseudo nostalgique. L' « original » français est d'Eddy Mitchell. Vous pouvez mourir tranquille si vous ne l'avez jamais entendu. Par contre le son de ce vieux sillon sonne étonnement bien. 1647 mètres G. O. : beaucoup mieux, un groove bien balancé à la batterie, magistralement repris par Claude Ciari, on regrettera les deux interventions des choeurs qui dénaturent un peu l'ensemble. Nous l'apparenterons à de la triche, ouïr les poissons rouges des guitares qui tournent en rond dans le bocal instrumental n'est pas obligatoirement ennuyant. Rappelons que 1647 go était la longueur d'onde d'Europe 1, la station de radio qui fut un des vecteurs d'introduction du rock and roll en France. 1293 mètres G. O. : L'on passe à la station concurrente : Radio-Luxembourg. Introduction à la batterie plus tribale cette fois-ci et la guitare qui filoche comme une Floride sur le macadam, l'on amuse par deux fois l'auditeur par des claquements de main Rendez-vous au Golf Drouot : ça commence bien mais ça se poursuit par un riff passepartout vaguement parfumé de relents jazzy. Ciari essaie de nous faire comprendre qu'il n'est pas une brelle, mais on l'avait déjà intuité. Un titre ô combien emblématiquement frenchy rock, mais qui diffuse une vieille musique.


Damie Chad.


PRESIDENT ROSKO
FRENCH CONNECTION / C. B. WRAPPER
Magnet 1981. Diffusé par Polydor

, Pixies, El Cramped, Culture Lutte, No Hit Makers, Rock'n'Bones, Surimi Party - La Comedia, Les Champions, President Rosko, Pogo Car Crash Control, Sidney Bechet - Daniel Sidney Bechet,

Me suis rappelé en écrivant la chro sur le 45 tour des Champions que j'avais récupéré ce single – à vue de nez une dizaine d'années – chez Emmaüs. L'avais pris d'office. Ne savais même pas qu'il L'avait enregistré. J'en avais remis l'audition jusqu'à aujourd'hui. M'y suis risqué pour vous. Ne me remerciez pas, c'est inutile. Il est temps de parfaire votre éducation politique. L'année électorale s'approche, s'il vous plaît ne me fendez pas le coeur en me faisant part de votre choix. Quel qu'il soit, il sera mauvais. La France n'a eu qu'un seul président digne de ce nom. S'est exfiltré de lui-même de notre pays en plein milieu des évènements de Mai 1968. L'aurait pris pris peur. Notre citoyen américain n'était pas habitué à ces grands soubresauts populaires et tumultueux des gentils froggies... Venait d'un milieu amerloque aisé et artistique. N'aurait pas supporté la remise en cause des privilèges. En 1790, de nombreux nobles français choisirent l'immigration en terre étrangère, lui il s'exila en son propre pays.
L'avait déjà déchu de statut lorsque Radio Luxembourg lui confia les rênes de sa nouvelle émission censée attirer les adolescents, tous les jours hors week end de seize heures trente à dix-huit heures. Sur Radio Caroline, la fameuse pirate, l'était Emperor Rosco, mais en notre pays de moeurs farouchement républicaines il consentit à s'octroyer le titre de Président Rosko. Le seul Président à qui j'ai jamais consenti à prêter allégeance, fallait lever la main droite devant le transistor et répéter tout fort après lui je jure de n'avoir pour président et pour seul Président que le Président Rosko. A ma connaissance l'unique seul chef d'état qui ne prélevait pas d'impôt et qui vous déversait le contenu de la corne d'abondance du rock and roll sans compter. Minimax c'était un maximum de titres anglais et américains, pour les français tapait beaucoup dans le plus électrique de nos rockers, Ronnie Bird. L'avait l'art et la manière de vous infuser le rock and roll et le rhythm and blues le Président Rosko, un accent à couper au sabre d'abordage, un débit à faire pâlir de honte les flots boueux de l'Amazone, des jingles criards à vous tailler les oreilles en pointe toutes les trois minutes, bref un grand moment quotidien de fébrilité rock and rollienne. N'est même pas resté deux ans en place, mais après lui, la radio française est devenue une morne plaine... L'existe une autre version de son départ plus glamour que nous préférons de loin, l'aurait été remercié quod corrumpet juventum, certains officiels mettant en relation les houleuses fièvres de son émission avec les turbulences effrénées des constructeurs de barricades dans les rues de notre capitale...

Donc ce disque sur Magnet. Une compagnie dont le catalogue comporte des artistes comme Alvin Stardust, Chris Rea, Silver Convention et Matchbox. Si vous ne l'avez pas, inutile de vous défenestrer, ce n'est pas du rock and roll. De la musique de boîte, un bon bon groove, des choeurs féminins à la voix prometteuses d'affriolantes cabrioles, et le flew du President sans défaut, suffirait qu'il ralentisse un peu et s'amuse à syncoper les syllabes pour être un des premiers rappers. Deux titres interchangeables que je n'écouterai plus jamais. Aujourd'hui l'Emperor président devrait écrire ses mémoires. Sous le nom de Mike Prescott l'a tourné dans le milieu discographique français notamment chez Barclay au milieu des années soixante... Je l'avais écouté voici quatre ans, sur sa radio internet, l'avait inversé sa formule – ou je suis mal tombé – c'était un minimum de music et un maximum de blabla à toute blinde totalement incompréhensible pour moi petit frenchie... L'avait encore encore la frite. Même si par chez nous ses carottes étaient cuites depuis longtemps...
Un personnage du rock français dont peu ( je suis très optimiste ) se souviennent lorsque je l'évoque au hasard de conversations informelles...


Damie Chad.


POGO CAR CRASH CONTROL

Quand on a un bon groupe en vue faut en parler. N'ai pas eu besoin de chercher bien loin – sur leur FB pour visionner leur dernier clip – et seulement quelques clics pour retrouver la trace de leur premier dérapage discographique. C'est un album CD collectif qui regroupe douze groupes. Sortie en septembre 2014.

LA PEPINIERE 2014 : DIAMOND FIZZ ( Release ) / POGO CAR CRASH CONTROL ( A quoi ça sert ) / CENTRAL STATION ( This morning ) / PSYCHEDELIC GROOVE ( Take off to the unknow ) / BALTO PARRANDA (Paper maze ) / OK ( Sharks ) / ITHAK ( Totem ) SOUL FAKERS ( Explore ) / STRICKAZ ( Devolution ) / JET BANANA ( Kelly ) / THE JONBORROWS ( Club 59 ) / THE EARL GREY ( The Faith ).

, Pixies, El Cramped, Culture Lutte, No Hit Makers, Rock'n'Bones, Surimi Party - La Comedia, Les Champions, President Rosko, Pogo Car Crash Control, Sidney Bechet - Daniel Sidney Bechet,

De qualité, bien enregistré. Propre, net sans bavure. Une aubaine pour des artistes qui cherchent à se faire remarquer, dans l'ensemble se sont rués dessus comme la gale sur la tonsure d'un moine syphilitique. En ont profité et mis les rallonges à la table de ce banquet des mendiants, Z'ont choisi les titres les plus longs de leur répertoire, Ithak est celui qui a tiré le plus sur l'élastique, dépasse les six minutes. Ne sont que deux à ne pas atteindre les trois minutes, Jet Banana avec la dénommée Kelly qui ne doit pas être bien grande, et nos Pogo avec leur 2' 35''. L'est sûr que si ça ne sert à rien, ce n'est pas la peine d'insister et de perdre son temps. Faut être en accord avec ses préceptes philosophiques. J'ai tout écouté du début à la fin. Scrupuleusement, vous connaissez l'honnêteté des rockers qui n'aiment que le rock. Comme par hasard les deux meilleurs titres sont les plus courts. Nous rajouterons les Jonborrows qui tirent leur épingle du jeu. Balancent bien et le chanteur a une belle voix. Au moment où j'écris ces lignes sont en concert à Meaux avec les Wahshington Dead Cats. Nous les croiserons un de ces jours. Me suis remis deux ou trois splits de Kelly Banana avant de me tourner vers les Pogo.

A QUOI ÇA SERT ?


Sont en deuxième piste. Font l'effet de l'aspic sur le sein de Cléopâtre. L'instant crucial. Un larsen pour commencer et un autre cinq secondes après pour vous trancher la gorge. Et tout de suite l'assaut des guitares. Plus tard elles s'emballent comme un gigantesque hachoir mécanique. C'est comme l'Enfer de Dante, laissez vos espérances devant la porte d'entrée. Dans le porte-parapluie. Puisqu'il paraît que l'humour est la politesse du désespoir. Dedans ça machette dur. Une demi-seconde de repos et c'est la chute finale. Bref mais intense. Tiens, vous êtes encore vivant ? C'est sûrement une erreur. Vous n'avez pas su répondre à la question subsidiaire que les paroles klaxonnent. Pourquoi y a-t-il quelque chose et pas rien ? Ah ! vous n'avez pas compris. Vous voulez rentrer chez vous vous mettre au chaud. Ce n'est pas grave. Tenez prenez ce bouquin, Oui-Oui et la Voiture Jaune, il vous aidera à vous endormir. A l'impossible nul n'est tenu. Le rock and roll, ça se mérite.

 

PAROLES M'ASSOMMENT

, Pixies, El Cramped, Culture Lutte, No Hit Makers, Rock'n'Bones, Surimi Party - La Comedia, Les Champions, President Rosko, Pogo Car Crash Control, Sidney Bechet - Daniel Sidney Bechet,


Vais pas vous raconter le clip. Une véritable histoire avec un début, un milieu et une fin. Vous êtes assez grand pour le regarder par vous même ( F.B. des artistes ou You Tube ). Ce n'est pas le sujet qui est intéressant, c'est la mise en scène. L'esprit. Les Pogo Car Crash Control sont intelligents. Ont pigé que le rock est un art total. Au miroir d'un opéra wagnérien. Les images, bien sûr. Les fixes et celles qui bougent. Le rock, c'est beaucoup plus subtil que trois guitares qui hurlent. Faut mettre en scène. Pas tout à fait la même chose qu'être sur scène. Ne rien laisser au hasard, les affiches, les pochettes, les clips. Les trailers. Il y a ceux qui n'y pensent pas. Tant pis pour eux. Sont comme les trous sans le gruyère. Ceux qui se trompent, donnent dans l'esthétisme, la futilité du beau. Enfin ceux plus rares qui sont motivés par une esthétique. Pas facile, ça se construit. Faut la penser, la mettre au point. Faut savoir s'entourer. Exemple Baptiste Groazil pour la pochette. Les références sont nécessaires, doivent être là mais en profondeur. Les Dieux qui dorment sont ceux qui portent les projets les plus dangereux. Ne s'agit pas de jacasser, mais de signifier. Un minimum de moyens, un peu de savoir faire, de l'idée, pas des idées à l'épate patate, à la mord-moi-le-noeud de ma cravate tous les dimanches matins. Un profilage. Surtout si vous avez choisi comme les Pogo la coïncidence des contraires, hard trash and bad laugh, z'avez intérêt à ce que l'humour prenne la teinte du masque de la mort rouge d'Edgar Poe, mais version grotesque néronien. Léger décalage. En dents de scie. Coupante. Et aussi un but. Toute action doit être téléologique. Sachez inverser les signes, deuxième exemple, le clip de Paroles m'assomment vous repasse les plats du cinoche muet. Vous êtes tout fier, vous avez trouvé cela tout seul, oui mais il se paie votre tête. Un joyau d'or pur. A bon entendeur salut.


Damie Chad.

SIDNEY BECHET MON PERE

DANIEL-SYDNEY BECHET

EDITIONS ALPHEE – JEAN-PAUL BERTRAND

, Pixies, El Cramped, Culture Lutte, No Hit Makers, Rock'n'Bones, Surimi Party - La Comedia, Les Champions, President Rosko, Pogo Car Crash Control, Sidney Bechet - Daniel Sidney Bechet,

Le fils qui rend hommage à son père. N'élude pas ses difficultés. A très peu connu son géniteur. Avait avait à peine cinq ans quand il est mort. L'a dû se fier et se défier des témoignages de ceux qui l'ont fréquenté, parfois admiratifs, parfois rongés par l'envie et la jalousie. L'a aussi interrogé les proches, sa mère qui n'avait point la fibre maternelle et s'en est tout de suite débarrassé ( gouvernante, pensions, famille ), et Jacqueline l'ancienne femme de Sydney qui l'a aimé... N'en est pas resté haineux pour autant. A su faire la part du respect et de l'affection. Créole, l'a reçu dans son sang la méfiance instinctive de ceux qui refusent de voir le monde, tout en blanc, ou tout en noir. Un détail qui ne trompe. Est devenu musicien de jazz. Batteur, remarquez que si Kenny Clarke était venu à la maison et m'avait refilé un coup de baguette magique, moi aussi je... Joue aussi du piano. S'est adonné à plusieurs styles de musique, l'a accompagné de grosses pointures, n'a pas dédaigné les musiques subalternes style, fusion, variétoche et même hard rock...

, Pixies, El Cramped, Culture Lutte, No Hit Makers, Rock'n'Bones, Surimi Party - La Comedia, Les Champions, President Rosko, Pogo Car Crash Control, Sidney Bechet - Daniel Sidney Bechet,

Sidney Bechet nous l'avons à peine encontré dans KR'TNT ! incidemment lorsqu'il est venu d'Amérique en 1925, avec Joséphine Baker ( Kr'tnt ! 123 du 20 / 12 / 12 ) pour la fameuse Revue Nègre. Aussi dans la biographie de Moustache ( Kr'tnt ! 262 du 30 / 12 / 15 ) qui raconte en de trop épisodiques pages les premières pérégrinations vers le succès de l'artiste. L'a aussi joué avec Mezz Mezzrow ( voir Kr'tnt ! 106 du 12 / 07 /12 ). Mais pour le plus passionnant, la première partie de sa vie, aux Etats-Unis, les documents font défaut. Daniel recopie de longs extraits de l'autobiographie de son père, Treat It Gentle, traduit en Français sous le titre de La Musique c'est ma Vie parue à La Table Ronde en 1977.

, Pixies, El Cramped, Culture Lutte, No Hit Makers, Rock'n'Bones, Surimi Party - La Comedia, Les Champions, President Rosko, Pogo Car Crash Control, Sidney Bechet - Daniel Sidney Bechet,


Sidney n'y raconte pas simplement sa vie. L'inscrit dans la saga de l'esclavage noir. Erige son grand-père en personnage mythique, esclave qui tous les dimanches battaient le tambour et menait la danse sur Congo Square ( Kr'tnt ! 143 du 09 / 05 / 13 ). Une histoire mélodramatique et romantique qui finira mal. Accusé par son maître d'avoir violé sa fille, il sera poignardé par un ami qui tenait à recevoir la prime promise. Qui ne lui fut pas remise.

, Pixies, El Cramped, Culture Lutte, No Hit Makers, Rock'n'Bones, Surimi Party - La Comedia, Les Champions, President Rosko, Pogo Car Crash Control, Sidney Bechet - Daniel Sidney Bechet,


Histoire peut-être inventée mais nécessaire à l'histoire de la naissance du jazz entreprise au travers de sa biographie par Sidney. Une invention qui ainsi ne sort pas de la famille. C'est des tambourinades d'Omar le grand-père qui renouait avec le legs rythmique africain que naîtra le ragtime, cet entrecroisement de rythmes de plus en plus sophistiqués, de plus en plus complexifiés. C'est ensuite que s'installe la grande dichotomie, le succès des musiciens blancs qui récupèrent cette musique rebaptisée Dixieland et qui en retirent beaucoup d'argent, l'insécurité matérielles des créateurs noirs qui voient à chaque nouvelle avancée leurs trouvailles leur échapper. Bechet se définit plutôt comme un musicien de blues, mais qu'il adapte à sa clarinette et plus tard à son saxophone ténor. A treize ans, l'est déjà reconnu comme un sujet des plus intéressants. En 1924, le voici en Angleterre dans l'Orchestre de Duke Ellington, sera expulsé pour participation à une bagarre. Dans son livre Bechet se présente comme enfant d'une famille pauvre, créole et responsable. Pas question de traîner avec les voyous du quartier dans la Nouvelle-Orléans. L'était peut-être sage comme une image, mais à la fin de son second séjour en Europe, sera mis en prison pour onze mois, par chez nous, pour avoir réglé un différent avec Mike McKendrick, qui s'était mis à marcher un eu trop sur ses plate-bandes musicales, à coups de revolver en pleine rue... Daniel est formel, son père ne sortait jamais sans son revolver... Ce trait de caractère n'est pas sans évoquer la violence qu'entretenaient entre eux les joueurs de blues dans le Delta.

, Pixies, El Cramped, Culture Lutte, No Hit Makers, Rock'n'Bones, Surimi Party - La Comedia, Les Champions, President Rosko, Pogo Car Crash Control, Sidney Bechet - Daniel Sidney Bechet,


Reviendra en France en 1949. Y résidera jusqu'à la fin. L'a trouvé toute une brochette de jeunes artistes plein d'enthousiasme à qui il délivrera bien des connaissances. Pas très patient, si vous ne comprenez pas ce qu'il vous explique, il vous montre en vous prenant l'instrument des mains. Une seule fois, ne supporte pas les esprits obtus. Les orchestres de Claude Luter et d'André Réwéliotty seront ses plus fidèles accompagnateurs. Petite Fleurs et Les Oignons lui permettent d'accéder à un succès mondial que les Etats-Unis lui auraient refusé d'acquérir. Z'étaient un de trop, son caractère tempétueux et les circonstances ont fait que ce fut à Louis Armstrong que fut dévolu le titre emblématique de représentant du jazz, aux States et puis dans le monde entier. En manifesta une sourde rancoeur. Le fils n'hésite pas à le classer parmi les quatre fondateurs du jazz avec King Oliver, Jelly Roll Morton et Louis Amrstrong. Insiste sur ses talents de découvreurs, a su s'entourer de musicien destinés à devenir célèbre notamment Kenny Clarke et Max Roach. Comme par hasard l'a toujours préféré les pianistes et les batteurs à tous les souffleurs... L'on n'est jamais mieux ensemble que lorsqu'on est le seul de son espèce.

, Pixies, El Cramped, Culture Lutte, No Hit Makers, Rock'n'Bones, Surimi Party - La Comedia, Les Champions, President Rosko, Pogo Car Crash Control, Sidney Bechet - Daniel Sidney Bechet,

L'est un peu passé de mode. Sa figure d'apparence joviale et bonhomme qu'on lui prêta en France, ses frasques et son mariage carnavalesque sous forme d'un défilé monstre, ont aujourd'hui par un étrange retournement d'image quelque peu désacralisé l'icône. Les souvenirs de Moustache n'ont pas aidé à le monter sur un piédestal... On lui reproche parfois son succès européen, trop populaire pour être honnête. L'on en a conclu à un coupable laisser-aller vers la facilité. Daniel explique que la prolifération des groupes de style New Orleans ont codifié les saveurs exubérantes de ce premier jazz par trop séminal. L'est devenu une musique corsetée, froide, morte qui ne donne surtout pas à l'auditeur l'envie d'explorer les fiévreuses éminences des enregistrements originels. Sidney Bechet est mort en 1959. Son oeuvre est à redécouvrir, notamment ses compostions pour ballet qui n'aboutirent pas.


Damie Chad.

Private P.S. : le tableau de Staël est pour Léa & Patrick.

 

06/03/2014

KR'TNT ! ¤ 179 : J.B LENOIR + SKIP JAMES / MEGATONS / BARFLY / NO HIT MAKERS / ANGRY BRIGADE / FRANCOIS GORIN

 

KR'TNT ! ¤ 179

 

KEEP ROCKIN' TIL NEXT TIME

 

A ROCK LIT PRODUCTION

 

LITTERA.INCITATUS@GMAIL.COM

 

05 / 03 / 2014

 

 

J.B LENOIR + SKIP JAMES / MEGATONS /

BARFLY / NO HIT MAKERS /

ANGRY BRIGADE / FRANCOIS GORIN /

 

 

L'ENORME LENOIR

 

LES BLAZES DU BLUES

- 1er EPISODE -

 

 

C’est à Wim Wenders qu’on doit l’un des plus beaux films jamais consacrés au blues. On n’aurait jamais parié un peso sur un mec comme lui, sans doute à cause de sa bouille d’éternel étudiant et de ses films à tendance surréaliste, comme «Les Ailes Du Désir» ou «Paris Texas».

 

a2132dvd.jpg

 

 

Et pourtant... «The Soul Of A Man» est un chef d’œuvre absolu. Wenders fabrique du mythe séquence après séquence. Il commence par nous embarquer dans l’espace pour un voyage sans retour, puis on retombe au Texas en 1930, on file ensuite à fond de train dans le Wisconsin et on finit par échouer à Chicago en 1960 chez J.B Lenoir. Tout cela sans avoir le temps de souffler. Car on va de plan magique en plan magique. Heureusement, le film est farci d’interludes dans lesquels on voit de pauvres petits blancs dégénérés comme Nick Cave ou Jon Spencer massacrer des classiques du blues, ce qui nous permet de retrouver notre respiration. (À noter que Wenders invite pas mal de gens dans son film. Parmi ceux et celles qui s’en tirent honorablement, il faut citer Lou Reed - brillant - et l’élégante Bonnie Rait qui salue un fantôme : «Hello Skip, whenever you are, that’s for you»).

 

Wenders, c’est tout simplement Rouletabille. Il fait de l’investigation. En 1977, il s’introduit nuitamment dans les locaux de la Nasa, en Floride. C’est l’été. Il va droit à la Chambre Jaune et oh stupeur, il tombe sur Voyager. Il découvre que ce malheureux rocket-ship est condamné à un voyage sans retour, au-delà des limites du système solaire. L’intrépide Rouletabille ouvre le couvercle de l’engin et plonge son visage dans une nappe de lumière blanche. Que voit-il au fond de l’habitacle ? Un disque d’or sur lequel sont gravés des messages en cinquante langues, des images et des échantillons musicaux ramassés dans le monde entier. Parmi ces échantillons se trouve «Dark Was The Night» de Blind Willie Johnson. Effaré, Rouletabille referme le couvercle. À qui est destiné ce disque d’or ? Mais aux Martiens, pardi ! Rouletabille est tellement bouleversé par sa découverte qu’il quitte aussitôt le laboratoire secret. Il retraverse la parc en évitant soigneusement les sentinelles et saute par dessus la palissade électrifiée. Il grimpe à bord de sa Delage et fonce à travers la nuit chaude de Cap Canaveral pour aller trouver refuge dans les bras de la Dame en Noir.

a2134jefferson.jpg

 

Wow Wim ! En quelques minutes, il rend au blues le plus spectaculaire des hommages. On aurait bien aimé qu’il fasse ce plan avec une chanson de Charlie Feathers, mais bon, c’est tombé sur Blind Willie Johnson. Wim n’a pas grand chose à raconter sur le pauvre Willie, à part qu’il est devenu aveugle à l’âge de sept ans. Encore une histoire à la con. Le père du petit Willie dit un mot de travers à la mère. La mère le prend très mal, elle se met carrément en pétard et balance de l’acide dans la gueule du gamin qui du coup devient Blind Willie Johnson. Comme «Dark Was The Night» figure sur le disque d’or, le pauvre Willie passe à la postérité inter-galactique.

 

Wenders utilise ce voyage dans l’espace comme une métaphore. C’est sa façon de rappeler la modernité du blues. Au Texas, en 1900, les nègres cueillaient le coton des blancs qui se goinfraient sur leur dos. Les pauvres nègres ne gagnaient pas un rond, mais ils jouaient la musique du futur.

a2126skipdelta.jpg

 

Encore plus spectaculaire : Rouletabille débarque à Bentonia, Mississipi, en 1931. Il est sur la trace d’un bootleger local, Nehemiah James, un grand nègre athlétique aussi beau que Denzel Washington. On le surnomme Skippy parce qu’il ne tient pas en place. Ses amis l’emmènent participer à un concours de blues in downtown Jackson, la grosse bourgade située au Sud de Bentonia. On présente Skip à H.C Speirs, un blanc syphilitique qui a déjà tout vu et tout entendu. Un nègre de plus ou de moins, bof. Quand Skip se met à chanter «I’d Rather Be The Devil» avec sa voix de castrat, le blanc sort brutalement de sa torpeur. Il flaire le jackpot. Il donne aussitôt un coup de fil à un collègue escroc et remet un billet de train à Skip. Il doit se rendre au studio Paramount de Grafton, dans le Wisconsin, pour enregistrer un disque. Rouletabille court après le train et parvient à choper le cul du dernier wagon et à se hisser sur le toit. À Grafton, on emmène Skip dans un studio aménagé au dessus d’une usine de fabrication de chaises. Skip sort sa guitare pourrie. Hop là ! Le blanc Laibley lui dit de la ranger et lui tend en échange une Stella 12 cordes. Wow ! Skip l’accorde en open D (ré) et tâte le son. Fine ! Une ampoule s’allume. Il attaque «Hard Times Killing Floor Blues», un truc de fou, chanté fantomatique, arpégé à la diable, riffé à la byzantine. Skip le héros, chapeauté et cravaté, miaule le blues des temps modernes. Planqué derrière un ballot de paille, Rouletabille écrase une larme. Skip attaque ensuite «Illinois Blues». Sa diction en impose au blanc Laibley - illi-onoye illi-onoye - puis c’est «I’m So Glad» avec un passage d’accords stupéfiant - dont va se régaler Jack Bruce, trente ans plus tard, avec Cream. Cette ordure de Laibley lui fait enregistrer dix-huit morceaux le premier jour et huit le lendemain, au piano. Skip a la classe, il s’accompagne aussi au piano et fait la batterie sur une planche avec le talon. Rouletabille voit le visage purulent du blanc Laibley se pencher vers Skip : «Cash ou pourcentage ?» Skip signe. Cash. Il quitte Grafton avec quarante dollars en poche. Pour lui, c’est une fortune. Mais c’est tout ce qu’il récupère pour vingt-six classiques. Il ne verra jamais ses disques, car la Grande Dépression va balayer Paramount. Rouletabille perd la trace de Skip. On dit qu’il chante dans l’église de son père qui est pasteur. Il devient une légende, mais il n’en sait foutre rien.

a2125pianoskip.jpg

 

Alan Wilson, chanteur de Canned Heat, descend en direct de Skip, qu’il considérait comme le plus grand de tous les bluesmen noirs. Henry Vestine, guitariste de Canned Heat, fera partie de ceux qui iront voir Skip allongé dans son lit d’hôpital, en 1964. Dans le tas d’artistes qui ont tapé dans Skip, on trouve Sam Coones, Jack Bruce et Jeffrey Lee Pierce. Sam Coones démarre son fabuleux album «Blues Goblins» avec «Drunken Spree» qu’il plonge dans l’art skippique avec une délectation perverse. Il restitue l’art de Skip à coups d’arpèges à la fois maladifs et cristallins. Ça tourne comme un manège dans la nuit des morts. Il rince son hallucinant tarabiscotage d’un solo trash. «And if I thought she didn’t love me/ I’d take morphine and die.» Cette reprise est probablement l’hommage le plus vibrant rendu à Skip.

a2129goblins.jpg

 

Sur son album «Paradise», Petit Vodo balance «Skip James At Paradise», un heavy doom des enfers - «I would have loved to meet Skip James/ When he was still on moonshine.»

a2128vodo.jpg

 

En 1992, Ramblin’ Jeffrey Lee & Cypress Grove enregistrent l’album du même nom, en l’honneur de Skip James (Cypress Grove Blues) et reprennent l’implacable «Hard Time Killin’ Floor Blues». Bluesman de haut niveau, Jeffrey Lee Pierce joue Skip à l’arpège clair et le chante perché et hanté. Il restitue à la perfection le balancement cadavérique de l’original.

a2127leepierce.jpg

 

Rouletabille ne baisse pas les bras. Il fouille tout le continent. Trente ans plus tard, il retrouve Skip à l’hôpital de Tunica, dans le Mississipi. Il l’emmène jouer au festival de Newport devant 17.000 personnes. Rien que des petits blancs attentionnés. Skip ramène ses accords étranges et ses plaintes fantomatiques. Comme il ramasse enfin un peu de blé grâce aux droits d’auteur, il peut payer les médecins qui le soignent de son cancer. Rouletabille serre les poings. Quelle injustice ! Mazette, c’est Skip qui devrait s’acheter des manoirs et des Lamborghinis, pas Jack Bruce ! Rouletabille est profondément convaincu d’une chose : Skip est l’un des plus grands artistes de l’histoire de l’Amérique.

 

Mais à côté de J.B Lenoir, Skip est un nain. Pardon de dire ça, Skip, mais J.B dépasse largement les bornes. Skip a du génie, c’est vrai, mais J.B est un dieu du blues.

a2133mayall.jpg

 

Étonnamment, sans John Mayall, personne n’aurait jamais entendu parler de J.B, par ici (même s’il a enregistré quatre singles sur Chess). Il faut remonter à l’album «Crusade» de John Mayall & the Bluesbreakers (avec Mick Taylor à la guitare). Mayall attaque «The Death Of J.B Lenoir» ainsi : «A car has killed a friend down in Chicago, thousand miles away/ When I read the news, night came early in my day» (Une voiture a tué un ami à Chicago, quand j’ai appris la nouvelle, le ciel s’est assombri). On ne dirait pas comme ça, mais Mayall est très sérieux quand il chante sa complainte. C’est le blues triste par excellence. Trois couplets, trois coups dans l’estomac : «J.B Lenoir is dead and it hit me like a hammer blow/ I cry inside my heart that the world can hear my man no more.» (J.B Lenoir est mort, j’ai reçu un coup de marteau sur la tête, et je pleure parce qu’on ne pourra plus entendre mon ami). Et ça, qui vaut tout l’or du monde : «J.B had a struggle playin’ unappreciated blues in vain/ Now the Blues has lost a king and I’ve lost a friend who died in vain.» (J.B s’est acharné à jouer le blues pour rien, maintenant un roi du blues a disparu, et j’ai perdu un ami qui est mort pour rien). J.B a bien de la chance de recevoir deux hommages aussi spectaculaires, celui de John Mayall et celui de Wim Wenders.

a2139classic.jpg

 

Rouletabille tombe par hasard sur le disque de Mayall. Qui est donc ce roi dont John parle ? L’investigation le conduit jusqu’au salon d’un couple de retraités. Ronnog ressemble à une grand-mère auvergnate et Steve, c’est un Zorba en marcel noir qui aurait pris un méchant tas dans l’œil droit. Rouletabille ravale sa salive car il a devant lui le couple le plus trash et le plus génial qu’il ait jamais croisé. Trente ans plus tôt, ces deux-là étaient étudiants et ils ont eu l’idée de faire un documentaire sur J.B Lenoir, alors quasiment inconnu en Europe. Premier documentaire en couleur : on voit J.B debout en queue de pie zèbre avec sa grosse guitare jaune et il attaque «I Feel So Good». À lui tout seul, c’est une pétaudière. Pas de batteur, pas de bassiste, pas de rien ! Un garage band à lui tout seul ! Il est monstrueux de classe et de puissance ! C’est le rock’n’roll des origines à l’état le plus pur. Il fixe la caméra avec un air incrédule. J.B et Martin Luther King se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Il a une technique de guitare époustouflante, un peu rustique, rêche, mal dégrossie, grandiose, fascinante. Tous les amateurs de blues doivent absolument voir J.B chanter et jouer «I Feel So Good». Ronnog et Steve ramènent leur docu en Suède. Ils sont sûrs que ça va intéresser la télé suédoise. Chou blanc ! Les connards de la télé veulent un docu en noir et blanc pour faire plus blues. Alors, Ronnog et Steve retournent voir J.B qui accepte de jouer quelques morceaux et de répondre à des questions. Il raconte qu’il est né à Tilton, Mississipi, et qu’il labourait. Il parle d’une voix rigolote, il bouge beaucoup la tête. J.B a quelque chose d’exubérant, d’incroyablement universel. En quelques mots, il crée une ambiance détendue. Il parle d’une voix chantante de ses quatre enfants et de l’aînée, Barbara Ann, pour laquelle il a composé une brand new danse song qui s’appelle «Round And Round». Et chaque fois qu’on voit J.B jouer, ça devient hallucinant. Il gratte ses accords et soudain il les quitte pour aller taper des trucs en bas du manche, tout en secouant la tête dans tous les sens. Aussi fascinant que Chuck Berry. Au chant, il peut grimper dans les aigus extrêmes. Il repasse un accord et glisse un triolet à la ramasse, comme si de rien n’était. C’est le mec le plus gentil et le plus drôle qu’on puisse imaginer. La rock star de nos rêves. On le voit attaquer «Slow Down», un swing dément - «Slow down/ Please let J.B step on board/ I wanna ride your train/ One time before you’re gone» - il est tout seul, magnifique d’aisance et de feeling, il claque des transitions miraculeuses - «I been a Hobo/ Mind you, all my life/ Don’t matter where I go/ I’m never satisfied». Bien entendu les connards de la télé suédoise refusent le second docu en noir et blanc. Miracle ! Rouletabille récupère la bobine du film et s’arrange pour qu’on puisse tous la voir, dans le monde entier. En guise de conclusion, Rouletabille soumet à notre réflexion un étrange paradoxe pré-socratique : comment peut-on être à la fois un artiste en avance sur son temps et faire la plonge dans un restau pour survivre ?

a2135vietnam.jpg

 

Dans ce docu, J.B ne raconte pas comment il a morflé quand il était gosse. Ugly. Il est allé s’installer à Chicago pour échapper aux pattes des blancs du Sud. Grâce au gentil Big Bill Broonzy, il a pu entrer dans le circuit des clubs de blues et vivoter en jouant ici et là. Il va surtout devenir l’ami de Willie Dixon qui le présentera à Phil et Leonard Chess. Parmi les connaisseurs, J.B est aussi réputé pour son engagement politique. En 1954, il enregistrait «Eisenhower Blues» pour se plaindre de la politique fiscale du Président - trop d’impôts - My money’s gone/ My fun’s gone - et il fut mis sous surveillance par le FBI. Il s’est engagé contre la guerre du Vietnam - son «Vietnam Blues» est l’une des chansons les plus engagées de l’histoire du militantisme aux États-Unis. En gros, il raconte que «pendant qu’on se bat au Vietnam, on nous tue dans le Mississipi, et tout le monde s’en bat les couilles» - nobody seems to give a damn. Il va encore plus loin en insinuant que son brother soldat tue un brother soldat vietcong - my brother may be killing their own brother they don’t know ! Puis il s’adresse à cette crapule de Nixon : «How can you tell the world we need peace/ And you still mistreat and killin’ poor me» et J.B balance là-dessus un solo dément. Mais comme beaucoup de ceux qui contestaient cette guerre, il n’avait pas compris que Nixon faisait tourner à plein régime son industrie d’armement et sa pétrochimie. Pour assurer le plein emploi chez lui, il exterminait la population d’un pays du tiers monde. Plus tard, l’Irak passera à la casserole, exactement pour les mêmes raisons.

a2136alabama.jpg

 

J.B est l’un des héros de la lutte pour les droits civiques. L’un de ses blues les plus magistraux s’appelle «Alabama Blues» : «I never will go back to Alabama, that is not the place for me/ You know they killed my sister and my brother/ and the whole world let them people go down there free» (Je ne retournerai jamais en Alabama, c’est pas un coin pour moi, ils ont tué ma sœur et mon frère et personne ne les traîne en justice). Dans le deuxième couplet, il raconte que son frère a voulu prendre la défense de sa mère et un flic l’a descendu («My brother was taken up for my mother/ and a police officer shot him down»). Et il met le turbo : «Alabama, Alabama, why you want to be so mean» (Alabama, pourquoi t’es un état si mauvais). Précision importante : l’Alabama a la réputation d’être l’état le plus raciste du Sud des États-Unis.

a2137eseinhover.jpg

 

J.B en remet une couche avec «Shot On Meredith» : «June the 6th 1966/ They shot James Meredith down just like a dog» (Le 6 juin 1966, ils sont abattu James Meredith comme un chien). J.B fonce dans le tas. Puis, il interpelle le locataire de la Maison Blanche : «Mr. President I wonder what are you gonna do know/ I don’t believe you’re gonna do nothing at all» (Monsieur le Président, j’espère que vous allez faire quelque chose/ Vous ne pouvez pas rester sans rien faire).

a2140dessin.gif

 

Dans sa chanson-hommage, John Mayall évoque un accident mortel. J.B s’est retrouvé à l’hosto après un accident automobile survenu à Champaign, Illinois - illi-onoye illi-onoye - le 29 avril 1967. Les médecins ont jugé que ses blessures n’étaient pas si graves, après tout. J.B est rentré chez lui et il est mort dans la nuit d’une hémorragie interne. Deux ans avant Skip. Et trente ans avant Stiv Bators, renversé par un chauffard parisien et mort lui aussi d’une hémorragie interne après être rentré au bercail.

a2131parot.jpg

 

On trouve quelques disques du grand J.B Lenoir dans le commerce. Notamment un LP qui s’appelle «The Parrot Sessions 1954-55». Sur la pochette, on le voit rigoler de bon cœur. Il porte sa queue de pie zèbre. Ronnog expliquait à Rouletabille que J.B faisait faire ses vestes queue-de-pie par une couturière. Il en avait quatre : une verte, une gold, une noire et donc la zèbre. Les morceaux qu’il enregistra pour le label Parrot en 1954 sont essentiellement des jump-blues, mais des jump-blues un peu particuliers, chantés très haut perché et riffés. J.B définissait son style ainsi : African hunch with a boogie beat (un morceau africain avec un beat boogie) (Bo Diddley tenait le même discours). C’est là-dessus qu’on entend le fameux «Eisenhower Blues» qui attira sur lui l’attention du FBI. Il sort des heavy blues d’anthologie, comme par exemple ce puissant «Man Watch Your Woman», bien dans l’esprit de ce que fait Muddy à la même époque. Comme tous les autres nègres venus des états du Sud - Wolf, Muddy, Big Bill, Jimmy Reed ou encore Elmore James - J.B tire le blues du Delta vers le blues électrique de Chicago qu’on joue avec des groupes. Avec ses costumes et son énergie, J.B se fait remarquer. Il est même en avance sur son époque. Le mélange de sa voix chantante et de sa flash guitar fait des ravages, mais seulement dans les petits clubs où il se produit. On trouve aussi sur ce Parrot Sesssion des morceaux terribles comme «Eisenhower I’m In Korea» ou «I’m Gonna Die Someday». Et du désespoir à l’état pur comme «What Have I Done». Il ne prend pas beaucoup de solos, car ce n’est pas encore l’époque des solos de blues mais dans «We’ve Both Got To Realize», il place un solo magique de notes merveilleusement douces et lentes. «Sittin’ And Thinkin’» est un heavy blues monstrueux de feeling, il va chercher ça très loin dans le limon des origines - baby do you ever think of me !

a2130pasiona.jpg

 

«The Passionate Blues» de J.B Lenoir devrait se trouver dans toutes les collections de disques. Sur 23 titres, une douzaine relève du pur génie. Ça démarre avec «Alabama Blues» puis il enchaîne avec le prodigieux «The Mojo Boogie». Il nous stompe à l’ancienne «The Whale Has Swallowed». Il joue «Move This Rope» en concassé. Un album de J.B est un véritable labyrinthe. Chaque morceau nous emmène dans un coin. On retombe ensuite sur le monstrueux «I Feel So Good», swingué par ce géant de l’Olympe. Qui joue comme ça aujourd’hui ? Certainement pas Pete Doherty. Fuck ! J.B sort d’un cloaque raciste pour dénoncer les ordures qui agissent en toute impunité. Dans «Alabama March», il accuse et joue des notes. Il ne parle pas de la femme infidèle qui s’est barrée avec un autre. J.B milite pour les droits élémentaires. Il dénonce les blancs qui tuent ses people comme des chiens. Avec «Talk To Your Daughter», il replonge dans le swing dément, il barre ses accords et égrène ses gimmicks à la revoyure. Il a le diable dans le corps, comme ce cher Raymond Radiguet. Retour au jump blues rond et délicieux avec «Good Advice». On danse avec lui. J.B n’a besoin de personne en Harley Davidson. Il est le Sartre du blues. Gentil comme tout. Sa guitare jaune s’appelle Castor. Alors on claque des doigts. Wow, J.B ! Il a cette incroyable virtuosité d’âme du copain qui vous donne tout ce qu’il possède. «I Want To Go» ? Le jump du matin, secoué aux percus. Fantastique ambiance fouettée. Avec «Down In Mississipi», il revient sur le thème qui l’obsède : la chasse aux nègres («They had a huntin’ season on a rabbit/ If you shoot him you went to jail/ The season was always open on me/ Nobody needed no bail») et on tombe à un moment sur «Voodoo Music» - the voodoo music gonna knock you crazy - pour lui c’est une partie de rigolade, J. B c’est Mandrake le magicien, il décide que le monde lui appartient, le temps d’une chanson fantaisiste - the voodooo, the Voodoooo ? et il remonte chercher ça au chant. Effarant.

 

Signé : Cazengler, jobard de J.B

 

Wim Wenders. The Soul Of A Man. The Blues, A Musical Journey Vol 1. DVD 2004

 

J.B Lenoir. The Parrot Sessions 1954-5. Relic Records Productions 1988

 

J.B Lenoir. Passionate Blues. Bellaphon 2002

 

Blues Goblins. ST. Off Records 2002

 

Petit Vodo. Paradise. Lollipop Records 2006

 

Ramblin’ Jeffrey Lee & Cypress Grove With Willie Love. New Rose 1992

 

 

CROSS DINER / MONTREUIL

 

 

28 - 02 – 14 / MEGATONS

 

a2110affiche.jpg

 

Sont là, tous les cinq sur l'estrade du Cross Diner. Sont déjà en train de jouer lorsque Mister B and I ( Aïe ! Aïe ! Aïe ! en retard ) poussons la porte. Faisons tout de suite une croix sur Dom. On ne le verra pas de tout le set. Non, il n'est pas en grève. On le détecte facilement à l'oreille car il n'arrête pas de marteler sa batterie. Mais ses camardes forment devant lui un paravent impénétrable. Ajoutez-leur cinq rangées d'aficionados qui ne quittent le devant de la scène et vous comprenez pourquoi il joue à l' Dom Invisible.

 

A2105TOUS.jpg

 

Jerry et son inséparable, son sax. C'est lui qui donne la couleur. Les Megatons sans Jerry c'est une bombe sans détonateur. Dessine l'ambiance, d'un coup de sax – n'est pas en porcelaine vu la manière frénétique dont il l'agite – il nous transporte au début des années soixante. Aux heureux temps de l'insouciance adolescente. Les Megatons jouent le rock d'après les pionniers et d'avant les anglais. Le rock de la jeunesse américaine qui s'est mise à imiter les idoles mythiques du first rockabilly. Les jeunes gens ne possédaient pas toutes les connaissances requises. Jouaient dans les dépendances de la maison, souvent le garage familial. Vous voyez débouler l'appellation incontrôlée. Rock Garage. Le premier, qui n'a pas encore l'aura que les compilation Nuggets bien des années plus tard lui apporteront. En ces temps-là le sax était un instrument bénéfique, son bourdonnement couvrait tous les manques et tous les défauts des guitaristes. En France, les groupes de twist, ravis de l'aubaine, l'accapareront.

 

A2104TOUS.jpg

 

Mais Jerry n'a pas à se faire du souci pour ses camarades. Les trois guitares assurent au maximum. Steph à la basse qui devrait de temps en temps se mettre un peu plus en avant, car les rares fois où il est intervenu en pôle position il a récolté de nombreux applaudissements pour la nerveuse rondeur de son swing. Modeste il se contente du rôle de courroie rythmique de transition qui entraîne le moteur, sans que l'on y porte – l'on s'habitue vite au confort maximum d'écoute - une attention spéciale. A l'opposé Charlie attire les regards. L'est sans arrêt à l'allumage. Lead singer, penché sur son Electro, il lance les morceaux d'autorité. Encore un qui ne tire pas la couverture à lui, Didac abat un super boulot sur sa lead guitar. Faut prêter l'oreille car les Megatons servent une marmelade à l'orange sucrée épaisse comme un matelas. Pas le temps de respirer. Ni eux, ni vous. Vous débutent les morceaux à la chaîne. A vélo, sixties obligent. Vous bourrent le mou ( et le dur ) sans vous laisser le temps de respirer. Le rock and roll est une musique rapide. Alors ils filochent à toute blinde sur l'autoroute des souvenirs. Vous avez quinze ans au bord de la mer, au camping des flots bleus et les filles sont vanillées comme des sucres d'orge. Qui oserait en demander davantage à la vie ? Tout et tout de suite, ce n'est pas une revendication, simplement le constat de la réalité.

 

a2111bass.jpg

 

Rock and roll un peu frustre qui ne se prend pas la tête et qui refuse de se perdre en longues et patientes recherche de virtuosités inatteignables. Les Megatons nous parlent de l'urgence du plaisir et bonheur. Ce white rock – mis au point par les fils de la petite bourgeoisie blanche américaine qui pour la première fois atteint à un semblant de statut d'autonomie vis-à-vis de l'autorité parentale – est aussi appelé surfin' rock. L'on glisse sur les joies de l'indépendance acquise comme des surfers sur la vague lisse. Enivrement des sensations qui démultiplient la griserie de la liberté obtenue si facilement.

 

a2106à genoux.jpg

 

Rock léger sans préoccupation métaphysique ou révolte psychique. L'on est dans un entre-deux, suspendus entre l'explosion du rockabilly encore empreint de ruralité et le repiquage anglais amélioré. Ce white rock inscrit aussi le rock and roll originel dans une dimension et une coloration urbaines qui ne le quitteront plus. En trois années le rock garage entreprend une mutation essentielle, la même que celle que connut le blues du Delta en s'invitant à Chicago. Mais la note bleue mit deux générations pour réaliser cette métamorphose. Le rock va plus vite.

 

a2108deux.jpg

 

Les Megatons ont compris que l'élément principal de ce type de rock and roll réside en l'énergie que l'on impulse à la pâte sonore. Nous en déversent des tombereaux à pleines pelletées. Vitesse hot rod. Ce n'est pas un hasard si le rock garage sera une des racines du punk. La vélocité du saxo relégué aux oubliettes des jours anciens étant remplacée par l'impulsion électrique des guitares. Un jour le white rock se transformera en wild rock. Mais ceci est une autre histoire. Les Megatons en restent aux temps de l'innocence. Qui sont aussi les plus proches de la perversité.

 

a2107couchè.jpg

 

Le deuxième set sera encore plus fougueux. Jerry promènera son sax sur les tables des dîneurs enchantés de cet invité surprise rock and roll qui met si prestement les pieds dans les plats. Ensuite il y aura quelques agenouillements et roulades à même le sol des mieux venues. Nous apprécierons encore plus les trop rares morceaux instrumentaux dans lesquels le groupe développe une science consommée de la mise en place sonore. Si j'étais les Megatons, entre les deux longues parties de leur prestation j'intercalerai un mini-set purement instrumental. Suggestion purement personnelle. Les Megatons aiment jouer, vont nous donner une dizaine de fois le dernier morceau, mais il leur en reste toujours un à rajouter. Pour le plus grand assentiment du public qui en redemanderait jusqu'au petit matin. Hélas, tout a une fin. Même les concerts des Megatons. La seule note de tristesse de la soirée.

 

 

Damie Chad.

 

 

BO-WAY INK 1st TATOO CONVENTION

 

01 – 03 – 14 / BEAUVAIS

 

 

BARFLY & NO HIT MAKERS

 

a2112affichebeauvais.jpg

 

T'as été où, tout tâtillon tatou ? As-tu tout étonné tâtonné ton nez tatoué ? Jusqu'à la sortie de l'autoroute, comme sur des roulette. Ensuite en théorie c'était tout simple, première à droite et cinquième sortie du rond-point. Le problème c'est que l'architecte qui a dessiné le paysage devait être un fan des giratoires, l'en a mis partout, tous les cent mètres une rondelle, des grandes, des petites, des moyennes, pour les noms des rues l'a fait très attention qu'ils soient illisibles depuis votre voiture. De très rares bâtiments dans le lointain. Une étendue toute plate sans rien dessus. Dans le Sahara vous avez au moins la chance – minime je vous l'accorde – de tomber de temps à temps nez à nez avec un dromadaire sauvage. Alors quand on a vu les phares de l'auto qui arrivait en face, l'on a placé la teuf-teuf en travers du chemin, la situation l'exigeait, pour glaner un renseignement utile. Banco, l'épouse du chauffeur savait ! Radieux sourire de la jolie brunette, qui nous dirige droit vers l'Hélicène.

 

 

Je m'attendais à un immense hangar pour parquer les hélicoptères, ce n'est qu'un modeste gymnase, tapi dans le noir absolu. Un individu à la démarche hésitante longeait la façade. « Vous cherchez l'Hélicène ? » M'enquis-je d'un ton empreint de curiosité compatissante. « Non, c'est ici, je cherche la porte d'entrée. » répond-il, un tantinet désespéré. On a fini par mettre la main dessus, la poignée.

 

a2113convetiontatoo.jpg

 

On entre. Lumière. Sourire et chaleur humaine. Peu de monde à vrai dire. Les tatoueurs sont en leur grande majorité partis. N'est restée pour le concert qu'une centaine d'amateurs et les propriétaires des stands, habits, bijoux, peinture... Les sandwichs sont empilés dans le frigidaire, mais le café est au chaud dans son gobelet. Un coup d'oeil à l'immense mur d'escalade qui du sol au plafond occupe toute une longueur du bâtiment et je me dirige droit vers la scène où déjà officient les Barfly. Sont tous quatre vêtus d'une chemise de satin bleu sombre à paillettes miroitantes, dessinée et confectionnée par Billy qui m'accompagne dans cette lointaine virée. Ils ont la classe. Billy exulte.

 

 

BARFLY

 

a2117barfly.jpg

 

Si vous cherchez leur facebook, tapez Barfly Rock'n'Roll parce que des groupes ( pas uniquement musicaux ) qui revendiquent ce nom d'ivrogne, il y a en au minimum un dans chaque pays du globe terrestre. M'étonnerait fort d'ailleurs que nous soyons la seule civilisation intergalactique qui ait développé ce goût prononcé pour l'alcool. Mais ici, il s'agit bien de nos Barfly à nous, d'Ile de France. N'ont pas choisi leur nom à la légère : Eric Levet et Gilles Daumer faisaient autrefois partie des Booze Lovers, et Manolo Silvertone des Hot Rhythm And Booze ( voir livraison Kr'tnt 104 du 28 / 06 / 12 ). Déplorable exemple pour notre jeunesse, afin de monter les Barfly ils ont communiqué leur vice rédhibitoire à un jeune homme sans histoire à qui ils ont inoculé le virus du rock and roll. Mais tout nous porte croire que Charly Daumer était déjà contaminé depuis fort longtemps.

 

a2114bozelovers.jpg

 

Rien à voir avec la mouche tsé-tsé. Impossible de s'endormir avec eux. Un tintamarre à réveiller un régiment. Les Barfly ramonent dur. Pas un boucan de tous les diables, ni un charivari pèle-mêle dans lequel tout se perd et ne se retrouve jamais. Derrière ses futs Eric Levet empile les cubes avec ordre et méthode, pose la base bien d'aplomb, avec efficacité et discrétion. Partout présent mais sait se faire oublier. Au fond de la scène, en retrait mais fait marcher son monde à la baguette. Poigne de fer dans une frappe de velours. Barbiche en pointe, pointe de tatouage qui remonte sur son cou, Manolo abat son bras chamarré sur Big Mama, opulente et imposante en sa robe de bois clair, il disparaît presque sous son volume XXL, ne vous fiez pas aux apparences, ce n'est pas elle qui porte la culotte, la fait couiner à merveille et à ce petit jeu il est infatigable. Il apporte l'amplitude et la résonance nécessaire à l'habillage de la frappe sèche et ordonnatrice de son drummer. Gilles Daumer est à l'image de ses deux précédents acolytes. Peu démonstratif dans son attitude. Pas guitar hero pour deux sous. Mais un gratteux magnifique. L'a compris que pour intervenir à bon escient, il suffit d'être simplement toujours présent. En d'autres termes, il n'arrête pas d'alimenter le feu de la forge allumé par les deux autres. Perpétuellement sur le qui vive, mais en pleine action. Un oeil sur la guitare, et l'autre sur son neveu.

 

a2149chanteur.jpg

 

Le leste Charly, tient la rythmique mais il est avant tout un chanteur. D'ailleurs quand il la posera pour saisir le pied du micro à deux mains, personne ne s'en apercevra. L'est la figure de proue du groupe. Il apporte le souffle créateur. Une voix qui articule les syllabes et donne sens au flot musical généré par les trois compères. Avec Eric Levet qui découpe à la perfection et lui qui fignole le phrasé de chaque séquence le combo filoche sec. Rapide et moderne. Arrêt brutal, Charly s'assoit derrière le piano électrique Roland. On ne s'y attendait pas, mais aucune surprise quand il se met à marteler les touches à la Jerry Lee. Certes sa voix n'a pas la mâle onctuosité de notre vieux Jerry Lou, faudra qu'il ait éclusé dix mille milliards de verres de bourbon et fumé autant de millions de havanes avant d'avoir cette prétention, mais la jeunesse supplée à bien des manques. S'en tire très bien. L'a des inflexions juvéniles qui ne manquent ni d'audace ni de savoir faire.

 

a2150piano.jpg

 

Les Barfly décoincent la salle. S'en tirent brillamment avec les honneurs de la guerre. Unanimité parmi la foule assemblée. Ont réussi à satisfaire autant les partisans d'un retour aux roots que les amateurs d'une ligne beaucoup plus moderne.

 

a2116disbarfly.jpg

( Photos de scène prises sur le facebook des artistes. Ne correspondent pas au concert )

 

INTERMEDE

 

 

La boutique Morgane habille les jeunes filles. Comme elle vend des dessous chics et chocs, elle aurait plutôt tendance à les dévêtir. Sept jeunes naïades montent sur scène. Elles interprètent un semblant de mini-scénario – jeu de mines, jeu de coquines - qui n'a d'autre but que de leur permettre de prendre des poses suggestives. C'est la grande lascive qui lave plus blanc que blanc la noirceur de vos désirs reptiliens. Gardez ces seins proéminents que je saurais voir de mes mains. Quant à ces deux fesses potelées qui tanguent à ravir, elles ont de quoi laissé de cul tous les pères-la-morale de la planète. Borderline mais pas vulgaire. Lorsqu'elles descendent pour se faire photographier elles sont entourées par une nuée d'observateurs scrupuleux et attentifs. La chair fraîche attire toujours les ogres. Et les ogresses. Décadence de l'occident ou bas les masques de l'hypocrisie sociale ? En tous cas, les filles de l'Oise m'esgartoisent.

 

 

NO HIT MAKERS

 

a2141photoshit.jpg

 

Ce fut l'apothéose. Bien mal commencée puisque sur le premier morceau School of Rock'n'roll la voix d'Eric est inaudible. Mais le deuxième titre n'est pas lancé que la funeste désamplitude est renvoyée au tombeau et que pas une seule seconde elle ne reviendra hanter le plateau. Dès lors tout se passera comme dans un rêve. Le groupe ne fera peut-être pas de hit – quoiqu'un titre comme Soldier Of Peace en est déjà un en puissance – mais ce soir il fit un tabac. Monstrueux.

 

a2143hitguitar.jpg

 

Très vite la salle s'agite. Trépigne et danse sur place. Les filles s'en mêlent et volent de cavalier en cavalier. L'euphorie s'empare de l'assistance. Qui n'hésite pas à monter sur scène. N'y a plus un contrebassiste mais trois, Larbi qui slappe et deux autres qui font semblant, ne le gênent pas mais sont si resserrés autour de la contrebasse que l'on ne devine plus quel est l'original et quels sont les imitateurs. A la batterie Dan s'est fait des amis. Avant qu'ils ne déboulent sur le plateau, à leur demande il leur a passé la fiole de bourbon ( ou de tout autre liqueur roborative, le laboratoire ne nous ayant pas encore livré les résultats de l'analyse ) qu'entre deux breaks il porte à ses lèvres, elle a fait le tour d'un groupe de rockers qui l'ont pratiquement vidée, maintenant ils sont autour de lui, ils boivent sa bière et entreprennent de eux aussi de taper sur des fut imaginaires afin de le seconder dans ses efforts. Mais ils ne sont les seuls, d'autres plus solitaires zigzaguent entre les musicos, y aura même un couple lancé dans un rock and roll acrobatique qui s'arrêtera en plein élan, the young gal immobile, stoppée en son élan, les muscles raidis, portée à bout de bras par son partenaire, lorsque le morceau se finira subitement. Tout ce tohu-bohu dans un si grand respect que Eric n'hésitera pas à encourager de futurs volontaires à les rejoindre sur scène.

 

a2145basshit.jpg

 

Intense foisonnement. Moment de fête et de communion. Osmose totale entre le groupe et le public comme l'on n'en voit que très rarement. C'est que le combo déroule son set avec une vigueur inimaginable. La voix d'Eric est splendide, c'est elle qui emporte les instruments, elle les enveloppe et les infléchit de par sa seule souplesse à volonté. Les musicos donnent l'impression de courir derrière, de fait ils déroulent un tapis rouge de bombes incendiaires sur ses pas. No Hit Makers est une usine à tubes, lance-torpilles. Le groupe propulse ses morceaux comme les orgues de Staline sur le front russe. Ce n'est pas la brutalité tonitruante du psycho mais l'impétuosité du psyché, si vous parvenez à entendre la subtilité différentielle établie par la mise en perspective de ces deux concepts.

 

a2146hit3.jpg

 

Faudrait citer toutes les interprétations, le Midnight Train, le groupe sait recréer la sourde angoisse qui minait la version de Johnny Burnette, Eric la dynamite tout en gardant cet arrière-fond country-type qui est une des clés souterraines de la beauté du titre, le Shake Your Money Maker dont la salle reprend le refrain en choeur, le All Ican Do is Cry, dont Larbi se voit déchargé des vocaux d'appui par ses deux fans enthousiastes qui s'en chargeront avec la plus sérieuse des applications. Pas de rappel, le groupe est allé jusqu'au bout de son énergie. Ils annoncent seulement que ce sera le dernier morceau. Et le moment magique d'empathie généralisée prend fin. Retour à la réalité mortifère de notre vécu humain. Trop humain. Nous qui pendant une heure avions partagé le rire des dieux. Merci les No Hit Makers.

 

a2146hitguitar.jpg

( Photos de scène prises sur le facebook des artistes )

 

Damie Chad.

 

 

ANGRY BRIGADE

 

CONTRE-CULTURE ET LUTTES EXPLOSIVES

 

EN ANGLETERRE ( 1968 – 1972 )

 

 

SERVANDO ROCHA

 

( 296 pp / l'Echappee )

 

a2152book.jpg

 

Les Brigades de la Colère. L'on en parle peu. Mieux vaut éviter les sujets qui fâchent. Qui de surcroît pourraient donner de mauvaises idées à une jeunesse dont un récent sondage mélodramatiquement susurré sur les ondes hertziennes nationales nous apprend que soixante et un pour cent de ses contingents seraient prêts à participer à des évènements de style Mai 68. Pour mieux comprendre ce dont il s'agit, pour situer le contexte historique, nous conseillons à nos lecteurs de se rapporter à quelques chroniques antérieures, celles consacrées au Hippie, Hippie Shake de Richard Neville ( KR'TNT 55 du 02 / 06 / 11 ), à L'Histoire de l'Underground Londonien de Barry Miles ( KR'TNT 96 du 03 / 05 / 12 ), et à l'hommage à Mick Farren prononcé par l'ami Cat Zengler dans la cent-cinquante troisième livraison du 28 / 08 / 2013 de votre rock'n'roll blog préféré. Mais aussi à la recension du monumental pavé de Carol Clerck, Hawkwind, La Saga, ( KR'TNT 170 du 03 / 01 / 14 ) ou encore Apathie For The Devil de Nick Kent ( KR'TNT 171 du 10 / 01 / 14 ). Vous n'oublierez pas non plus le Lipstick Traces de Greil Marcus in KR'TNT 136 du 21 / 03 / 13.

 

 

Mais arrêtons de tourner autour du pot à moutarde. 1967, l'été de l'amour ne tiendra pas ses promesses. Tout le monde n'est pas beau et tout le monde n'est pas gentil. Le rock'n'roll survivra aux grandes messes de Woodstock et de l'Isle of Wight, mais la preuve est faite que le rêve hippie est un horizon de carton pâteux qui recule sans cesse dès que l'on essaie de se mettre en marche pour le réaliser. Une fois l'étiage supérieur atteint, il ne reste plus qu'à redescendre.

 

a2153dessinlogo.jpg

 

1968, la France contribue à sa manière au débat, durant son joli mois de mai. En quelques semaines elle bouscule les idées reçues sur l'inéluctabilité de la toute puissance étatique. Certes tout rentrera dans l'ordre lorsque le général de la Gaule troublionne sifflera la fin de la récréation mais l'idée qu'il suffit de peu de chose pour faire vaciller l'emprise autoritaire de l'Etat – ce léviathan à coercition fachisante – a frappé les esprits. A Londres c'est la grande ébullition. Suivie d'une non moins grande désillusion. La quartier de Notting Hill a été investi par toute une faune interlope de hippies et de freaks, musique psychedelic à tous les étages des squats, l'on s'essaie à d'autres modes de vie, amour libre et communauté, l'on écrit beaucoup, les brochures se multiplient, les revues comme IT, OZ, Friends ( bientôt Frendz ) parviennent à une audience internationale. Le pouvoir politique s'inquiète... la police devient suspicieuse, les médias font leur boulot de chien de garde des valeurs sociétales, conservatrices et puritaines. Un individu qui parvient à générer sa propre existence et ses propres réseaux d'entregent, d'information et de survie existentielle en dehors des institutions habituelles est de facto un être potentiellement dangereux puisqu'il remet en cause l'ordre naturel du fonctionnement de la société démocratique au service du déploiement idéologique et culturel de la domination du Capital.

 

 

Capital, le gros mot est lâché. Ces dernières années on lui a substitué celui moins connoté et d'apparence plus sympathique de libéralisme. Mais ce vocable ne désigne qu'un moment historique particulier de ses formes d'investissement économique sans remettre en cause les principes de confiscation des richesses collectives au profit d'une minorité privée. En soixante-huit, un autre rêve aussi s'écroule, celui du socialisme autoritaire qui a dirigé les révolutions russes et chinoises. Le résultat ( de la lutte) final(e) n'est pas à la hauteur des attentes. L'autre voie, celle de l'anarchisme anti-autoritaire initiée au confluent du la fin du 19° et au début du 20° siècles, et liquidée par le stalinisme triomphant, retrouve légitimité et partisans...

 

a2154bookcarrr.jpg

 

C'est tout naturellement d'Espagne – encore sous la botte de la dictature fasciste de Franco et terre de tradition et de lutte anarchistes – qui aidera à Londres au lancement d'un mouvement de protestation militante d'action directe. Rien ne sert de se lamenter. Il faut agir à temps. Beaucoup de jeunes hippies n'ont guère envie de passer leur journée assis en rond à se passer un joint communautaire, préfèreraient des activités collectives davantage efficientes. Des membres du Grupo Primero De Mayo, repliés sur la capitale anglaise serviront de détonateur. Ce sont des militants de la jeunesse anarchiste espagnole qui se sont fatigués des vieillotes pratiques de la CNT ( syndicat anarchiste espagnol ) engluées en un discours critique peu opératif. Ces jeunes gens désirent de l'action. Ils manient l'explosif, et n'hésitent pas à enlever le représentant espagnol au Vatican...

 

 

Ainsi naîtra in the old England la Brigade de la Colère. Mouvance radicalisée informelle qui manie autant le cocktail molotov et la bombe artisanale que le symbole. Se sont mis des garde-fous. S'en prennent aux biens mais pas aux personnes. Ce ne sont pas des terroristes, ils refusent le meurtre ciblé ou anonyme. Sont avant tout des intellectuels, des littéraires, qui ont compris que les mots sont encore plus meurtriers que les armes. Leurs communiqués affolent les policiers peu habitués à des textes de revendication qui ne correspondent pas à la phraséologie habituelle des communiqués émanant de cellules révolutionnaires classiques.

 

 

 

Les milieux politiques s'affolent, la Angry Brigade frappe fort, elle s'en prend aux domiciles de responsables politiques et économiques, aux locaux d'ambassades, aux sièges des banques... toujours en relation avec l'actualité. La police piétine. Parviendra à arrêter et à faire passer une douzaine d'individus en procès. Les juges auront du mal à établir la preuve de leur participation à la série d'attentats qui leur sont reprochés. Mais les condamnations seront lourdes. C'est que le système a compris le danger de ces groupes affinitaires. Aucune organisation ne les chapeaute, aucune structure de commandement qui puisse être neutralisée. Des amis, des connaissances, se réunissent, projettent une action, la réalisent, et aussitôt la mini-structure opérative se dissout à tout jamais. Pas de responsables, pas de traces.

 

a2151posterangry.jpg

 

Les arrestations et les condamnations d'Anna Mendelsshon, de Chriss Bott, Hylary Creek, Angela Weib, Stuart Christie, John Baker, Jim Greenfield, Kate McLean et Jake Prescott, ne tariront pas la source des attentats. L'on a retrouvé chez eux des armes qui ont servi à quelques mitraillages, mais cela n'altèrera en rien la sympathie que leur porte la jeunesse de Notting Hill fatiguée des contrôles d'identité perpétuels, des perquisitions à répétitions et des garde-à-vues illégales exercées à leur encontre par les phalanges cochonneuses. Les grosses masses des majorités silencieuses ( qui n'en pensent pas moins ) ne témoignent d'aucune antipathie pour les colériques brigades.

 

 

En 1973, le Royaume-Uni retrouve son calme. La tempête est passée. Ouf ! L'Angry Brigade fut-elle un coup d'épée dans l'eau ? L'expérience acquise et les erreurs commises ne seront pas perdues, des militants anglais participent à la création des GARI ( Groupes d'Action révolutionnaire Internationalistes ) qui porteront de véritables coups de boutoirs au régime franquiste en Espagne. La condamnation à mort et l'exécution d'un militant du Gari, Puig Antich, sonnera le glas de la fin de la dictature...

 

a2155it.jpg

 

L'eau ne dort jamais longtemps. Entre la mise en veilleuse de la Brigade de la Colère et la la naissance de la mouvance punk, il ne s'écoule que quelques mois. La radicalité change de look, mais les revendications fondatrices restent les mêmes. Beaucoup s'étonnent que beaucoup de punks proviennent du mouvement hippie. Signe de méconnaissance de bien des éléments constitutifs de cette prétention des chevelus à vouloir changer la vie. La Angry Brigade a perdu une bataille, mais les punks ont annoncé avec leur No Future la perte de la guerre des rêves d'une vie meilleure, déclinée selon les canons d'une plus grande liberté individuelle, que soldera la défaite de la grève des mineurs britanniques en 1985. Margaret Thatcher ouvre l'ère du libéralisme triomphant.

 

 

Tout ce qui précède pour l'aspect historial. Nous avons volontairement omis dans notre compte-rendu toute analyse sur les rapports de la musique rock et la naissance de cette contre-culture dont accouchera l'époque. Nous vous renvoyons pour cela aux chroniques indiquées en tête de l'article. Mais le livre se révèle d'une brûlante actualité. Quarante années sont passées depuis, mais la situation n'a guère varié. S'est empirée, mais les analyses de la Angry Brigade semblent avoir été rédigées ce matin même. La critique situationniste de la transformation mortifère du travailleur esclavagisé en consommateur béat prêt à payer ce qu'il a produit apparaît d'une justesse prophétique. La nécessité d'une transformation radicale de notre système démocratique s'avère comme une nécessité inéluctable.

 

 

Reste à espérer que le rock and roll saura devenir la musique de ce grand chamboulement. Nous avons du souci à nous faire.

 

 

Damie Chad.

 

 

SUR LE ROCK

 

 

FRANCOIS GORIN

 

 

( Lieu Commun – 1990 )

 

 

Un livre c'est comme un palmier dattier, c'est la date qui est importante. 1990, ce n'est pas le meilleur millésime du rock and roll. Mais à chacun sa croix, François Gorin publie son livre à trente-trois ans. Nous raconte sa vie in rock. A ne pas confondre avec sa vie en rose. Commence par écrire dans Rock & Folk, se retrouve aux Inrock, passe au Matin et finit par pantoufler à Télérama en tant que critique de cinéma. Garde tout de même un pied dans la baignoire ( pas celle où est supposé être mort Jim Morrison ) par l'entremise de son blogue téléramien – surtout télérasien – Les Disques Rayés.

 

a2156surlerock.jpg

 

L'a fait comme comme tout le monde qui naquit dans les années cinquante, le petit François, l'a pris les sixties dans la tronche et quelque part – mais pas partout – il ne s'en est jamais remis. Alors au moment de rentrer dans l'âge adulte, il tire le bilan. Pas très glorieux. Pas celui du rock and roll. Le sien. C'est vrai que les Dieux ne l'ont pas aidé, l'ont laissé naître dans une famille unie, aimante – jusque là tout va à peu près bien – mais chrétienne. C'est un arrière-fond chez lui, doloroso. Le gars n'est pas joyeux. Contemplatif, se regarde un peu trop souvent le nombril sans céder au mortel péché d'orgueil. S'efface au maximum, parle de lui à la troisième personne, se réfugie souvent dans l'anonymat du pronom on, n'intervient dans le récit que lorsqu'il ne lui est pas possible d'en abstraire sa modeste personne. Ne devrait pas. Connaît beaucoup de choses. Comprend intuitivement ce qui se joue. Par-dessus le marché, il écrit bien. Très bien. Ses évocations, ses portraits sont de véritables poèmes en prose. Cherche le mot juste, comme beaucoup, mais lui il le trouve. Mais il n'aime que ce qui lui ressemble. L'on a les idoles que l'on mérite. L'on se regarde dans le miroir pour être Tartempion ou Trucmuche, mais l'on ne voit que soi. Ecce homo, comme disait Nietzsche.

 

 

Pourrait jeter un coup d'oeil sur le côté de la glace. Tout un peuple de hautes figures campent par là, mais Gorin ne les détaille pas. Ce sont les Elvis. Tresse sa couronne de laurier à Presley, puisqu'il est le premier des rockers. Difficile d'éviter le symbole. Mais les autres, cette pléthore de clones, il ne s'attarde guère. Expédiés en quelques phrases. Le blues, le rockabilly, les pionniers ce n'est ni sa tasse de thé, ni sa fiasque de whisky. En vérité mes très chers frères, Gorin n'aime pas le rock. Du moins pas le rock que j'aime. Je sais, je suis sectaire et je ne me soigne pas. Mais lui, il est carrément malade. Touché mortellement. L'est fou des beautiful losers. Nick Drake, Scott Walker, Brian Wilson, je n'ai rien contre. Surtout qu'il ne les ménage pas. Les plaint mais ne leur passe aucun travers. Néanmoins on le sent attiré par le gouffre de ces vies ratées. L'y retrouve inconsciemment la postulation pascalienne de l'homme malheureux parce que sans dieu. Au bout de la folie, du suicide et du renoncement, il n'y a rien. Le même vide que Gorin ressent lorsqu'il analyse le parcours de son existence. Il inverse la question fondamentale, pourquoi y a-t-il rien et non pas quelque chose, se demande-t-il. Dix-neuvième dépression nerveuse.

 

a2157ontherock.jpg

 

L'adore le tourment rédempteur, deux autres de ses phares – au sens baudelairien du mot – meurent assassinés, John Lennon et Marvin Gaye. Chez le second, c'est le père qui nous refait le coup du meurtre du fils – une histoire très connue au temps des pierres, pas celles qui roulent, mais celles qui poncent pilate. Quant au premier il est tué pour avoir chrié plus fort que Jésus, vingt ans auparavant.

 

 

Nous présente aussi Ray Davies et Van Morrison en grands seigneurs vaincus par l'usure du temps et la fuite de la gloire, fatigués et désabusés. François Gorin n'est pas tendre avec les survivants du rock. Il n'oublie pas de préciser – ce qui nous le rend très sympathique - que la survie commence dès que l'âge nous éloigne de notre enfance. Eux et nous. Se met dans le même sac. Parviendrait à nous refiler le blues sans en écrire trois mots.

 

a2159vanmorrison.jpg

 

Pour le rock and roll, c'est raté. Préfère les ersatz. En pince pour Elvis, non pas le real pelvis, mais le Costello, car d'après lui tout est bon chez lui. Y revient souvent. Nous le ressert à toutes les sauces, mais Costello ce n'est pas la viande savoureuse du coustelou, juste les frites mal cuites qui l'accompagnent, quel que soit l'animal que l'on a égorgé avant de se lancer dans la grande cuisine rock and roll.

 

 

L' a des excuses. Difficile de sentir le caca quand on a le nez dedans. Faut prendre de la hauteur. Et 1990 c'est la fin de la décennie la plus pourrie de l'histoire du rock. L'intuite, se méfie du disco, reste très circonspect avec la new wawe, ne cède pas aux métamorphoses de Bowie le pygmalion, n'est point dupe des atermoiements discographiques de Lou Reed, n'apprécie pas la suspecte blancheur de Mickael Jackson, ne sait pas trop quoi penser du rap qui balbutie. J'en passe des meilleurs et des pires. Quand le combat cesse faute de combattants car il les a tous décriés, il sort les derniers soldats de plomb, Jacques Brel et Barbara. L'est comme Poutine, il va les chercher jusque dans les chiottes. Et pourquoi pas Marcel Amont tant qu'il y est ! Désillusion rock !

 

a2158nickdrake.jpg

 

L'aurait mieux valu intituler le bouquin, Sur François Gorin, l'on aurait été contents : «  Tu as vu le mec, il dit qu'il raconte sa vie mais il parle de rock and roll à toutes les pages ! ». Limitons les dégâts, terminons sur une note joyeuse : Si ce livre était une chanson, quelle serait-elle ?

 

a2161sadsooul.jpg

 

Sans hésitation.

 

Sad Soul, de Ronnie Bird.

 

 

Damie Chad.