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04/01/2017

KR'TNT ! ¤ 310 : BLUES PILLS / JUSTIN LAVASH / POGO CAR CRASH CONTROL / MICHEL LANCELOT / NEGUS

KR'TNT !

KEEP ROCKIN' TILL NEXT TIME

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LIVRAISON 310

A ROCKLIT PRODUCTION

LITTERA.INCITATUS@GMAIL.COM

05 / 01 / 2017

BLUES PILLS / JUSTIN LAVASH /

POGO CAR CRASH CONTROL /

MICHEL LANCELOT / NEGUS

 Les Blues Pills tombent-ils pile ?

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Oui, on peut dire ça comme ça : les Blues Pills tombent bien pile. Voilà un groupe sorti de nulle part qui non seulement se retrouve en tête d’affiche d’un concert subventionné, mais qui en plus joue dans la grande salle, un privilège qui est d’ordinaire réservé aux artistes téléramés bon chic bon genre. On a remarqué depuis un certain temps que plus le ventre du rock est mou, plus ça plait. On a le choix entre deux solutions : soit l’accepter, soit dire non et continuer de courir les petites salles trash où on ne mesure pas les décibels avec le fucking appareil.
C’est donc par simple curiosité qu’on se retrouve au concert des Blues Pills. Le hasard fait parfois très bien les choses, puisqu’une fille arrive avec une pinte à la main et trébuche. Elle renverse sa mousse. Ouf ! On renoue avec ce bon vieux trash qu’on aime tant : la flaque de bière et les semelles qui collent. Mais personne dans les parages n’ose allumer un spliff. Les gens maintenant sont bien dressés. On ne doit plus être très nombreux à rouler avec un gros nez rouge. Quelle époque !
Le vrai souci, c’est qu’on a déjà les oreilles chauffées par Kadavar, le trio poilu qui jouait en première partie. Nos amis les Pills vont-ils pouvoir monter d’un cran ? Ça paraît plus qu’hypothétique, car mine de rien, il vaut mieux éviter de jouer après un power-trio comme Kadavar. On pourrait disserter à l’infini sur la sauvagerie des programmations. La meilleure illustration de cette tare, c’est probablement un concert des Demolition Doll Rods à l’Abordage. Ce soir-là, on les fit jouer AVANT les Black Keys. Incroyable ! Aucun groupe à l’époque ne pouvait rivaliser de classe, de son et tout ce qu’on veut avec les Demolition Doll Rods, et surtout pas les Black Keys qui jouaient encore une sorte de punk-blues professoral, du genre regardez-les gars comme je joue bien de la guitare vintage, alors que Margaret et Dan rallumaient le brasier du Detroit Sound. On ne rigole pas avec ces choses-là. Et paf, les pauvres Blues Pills se retrouvent dans le même type de configuration. Ils montent sur scène APRÈS un power-trio qui vient en droite ligne de Blue Cheer et de Sabbath. Les Blues Pills eux viennent en droite ligne de rien. Ils jouent un rock très seventies et bien foutu, c’est vrai, mais qui sonne comme tous les albums des seventies qu’on achetait et qu’on ne réécoutait jamais, parce qu’ils n’avaient qu’un intérêt anecdotique. La survie de tous ces mauvais albums qu’on payait deux livres dans les second-hand shops de Golborne Road ne tient plus aujourd’hui qu’à un fil : la spéculation. On bâtit aujourd’hui des fortunes en trafiquant tous ces mauvais disques. Mais comme dirait l’autre, ceux qui les veulent et qui mettent un billet, on ne va pas les en empêcher, hein ?

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Alors les voilà. Ils arrivent sur scène, avec leurs cheveux longs et leur look seventies. Le guitariste Dorian Sorriaux a sur scène la même tête à claques que sur les pochettes. Il joue sur une SG avec un style très doux et en même temps très présent, et pas mal de coups de wha-wha, comme le veut la loi du genre. Ce mec a des petites manies qui agacent un peu au début, comme de lever le bras droit chaque fois qu’il joue un bout de phrasé, mais il finit par s’imposer. On comprend qu’il n’est pas là par hasard. Sa physionomie bizarre ajoute un brin de mystère. Avec son visage fermé de petite gouape pasolinienne, il semble venir d’une autre époque, celle du Decameron de Boccace, par exemple. Ou encore d’une cave du Palais du Saint-Office, au temps où on y questionnait l’hérétique.

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La bête du groupe, c’est le bassman Zack Anderson, un ex-Radio Moscow, et lui, il fait pas mal de ravages sur sa Thunderbird. Extraordinaire bourlingueur de drives ! Il faut quand même se souvenir que dans les années soixante-dix, les bassmen étaient souvent exceptionnels. Pour jouer de la basse dans un groupe, il fallait être aussi bon que le guitariste. Zack Anderson vient de cette école, celle des Jack Bruce et des James Dewar, des Phil Lynott et des John Entwsitle.

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Et puis on a la petite chanteuse, une Suédoise qui s’appelle Elin Larsson. Blonde, bien sûr. Elle arrive sur scène vêtue d’un monokini-short noir. On croit qu’elle est pieds nus, mais non, elle porte un collant sous son short. Et puis, elle se met à faire du sport sur scène et ça tourne vite à la farce. Elle saute comme si elle faisait des exercices de gym, on dirait qu’avant de chanter, elle songe à perdre du poids. Son jeu de scène est assez grotesque, mais elle s’impose par sa voix. À certains moments, elle shoute comme une black et ça redevient intéressant, car on pense à des shouteuses comme Maggie Bell ou Elkie Brooks qui elles aussi savaient pousser des pointes, dans les années soixante-dix.

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D’ailleurs c’est marrant de voir revenir ces chanteuses, car les albums de Vinegar Joe et de Stone The Crows font partie de ceux qu’on ne réécoutait jamais et qui finissaient par dégager.
Les Blues Pills parviennent à s’imposer, en dépit de quelques petits aspects caricaturaux, mais au fond, ce n’est pas méchant. On ne peut pas demander à tous les groupes de monter sur scène avec la prestance d’un Cyril Jordan. Ce groupe finit par forcer la sympathie en créant son monde, mais aucune chanson ne frappe l’imaginaire. Leur prestance se limite à un son, mais ils n’ont pas de hits, à la différence des Midnight Scavengers qui eux en ont, mais personne ne le sait.

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Le spectacle n’est pas que sur scène. Il est aussi dans le public. Nous voilà sur la barrière, coude à coude avec LA fan, la vraie, une jeune femme brune à lunettes, smartphone à la main, qui connaît tous les cuts par cœur, qui traduit à son copain les commentaires de transition que fait Elin Larsson, et qui applaudit à chaque fin de morceau en explosant de joie. La magie du rock reste bien réelle, puisqu’elle rend toujours des gens heureux, et c’est bien là sa raison d’être.
En deux ans, ce groupe américano-franco-suédois a enregistré deux albums, Blues Pills et Lady In Cold. Chaque album s’accompagne d’un DVD. Le premier propose un concert filmé en Allemagne et le deuxième sent l’arnaque, car il s’agit aussi d’un concert filmé en Allemagne à la même époque, avec quasiment les mêmes morceaux.

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Le hit du premier album s’appelle «Gypsy», une fantastique explosion de soul-rock - I’m a gyspsy/ That’s what I am - Elle gueule aussi pour de vrai dans «Astral Plane» et dans l’«High Class Woman» qui ouvre le bal. C’est le gratté de basse bien mixé qui fait le charme du cut. Elin Larsson reste très saute-au-paf des barricades dans sa façon de chanter, avec une voix verte à la Savage Rose. Et puis on note une belle facture guitaristique et aventurière. On sent un son et une vraie volonté d’en découdre. L’autre gros cut de l’album s’appelle «Jupiter», joué au stomp, bardé de son et whawhaté dans l’esprit de Seltz. Elin Larsson fait toujours sa Slick cosmopolite, elle lance un how this world should have been avant de plonger dans un abîme de son. C’est excellent car balayé aux quatre vents, intense et préempté dans les pires conditions événementielles. On aura aussi un faible pour «Black Smoke» attaqué au boogie blues dès le second couplet, et puis après une crise nerveuse, ils retombent dans l’apathie des hippies. Ils jouent avec les extrêmes, l’eau et le feu, le sucré et le salé, le pire et le meilleur, ils se paient de violentes crises de fièvre jaune et rallument au passage les vieux braseros de la toundra. Ce guitariste est un fin limier. Il fait aussi pas mal de ravages dans «No Hope Left For Me». Il en sort grandi, en guitariste puissant et valeureux. Dans le film qui accompagne ce premier album, il joue sur une Flying V. Elin Larsson fait sa Maggie/Janis/Grace en robe longue et le visage du bassman Zack disparaît sous une véritable cascade de cheveux ondulés. Ils sortent une version solide de «Devil Man», le cut qui se rapproche le plus de ce qu’on sait du blues-rock des seventies. Quand on voit ce groupe jouer sur scène, on comprend à quel point les années soixante-dix sont loin, c’est-à-dire sans lien avec notre époque. Sociologiquement, tout a changé, les comportements, les mentalités, les façons de se cultiver. Voir ce groupe jouer sur scène permet de voir à quel point le rock peut parfois devenir anecdotique.

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Il n’empêche que Lady In Gold est un excellent album. Le morceau titre qui ouvre le bal sonne comme un hit. Elin Larsson va droit au but, avec une niaque impressionnante. Rien de plus admirable que la puissance d’une femme. Les Pills rallument les brasiers et lors du final éblouissant, Elin Larsson monte au créneau. Coup de génie avec «Bad Talkers», une pop r’n’b bien popotinée et jouée à l’étuve, presque stompée. On croirait entendre Merry Clayton ! Notre petite Suédoise est très forte. Elle ramène toute l’énergie de «Gimme Shelter» et relance aux hey hey ! Admirable. Rien que pour ce cut, l’album vaut largement l’emplette. On trouve aussi du climat chauffé à blanc dans «Little Boy Preacher». Ils sont sûrs de vaincre, alors ils jouent fièrement. Quelle fabuleuse shouteuse ! Comme on le disait à une autre époque, rock’n’roll is here to stay ! Encore de l’éruption en pagaille dans «Burned Out», littéralement chauffé à blanc. Ils sont tellement bons qu’il intensifient aussi à l’extrême un balladif comme «I Felt A Change». S’ensuit un «Gone So Long» amené au pinacle de la débâcle, charrié dans une dégelée de son qui grimpe dans les Andes jusqu’au temple du soleil. C’est radieux, puissant, bien intentionné, au service du peuple qui en a bien besoin. Il semble que ce groupe soit bienvenu, on les sent sincères et doués. Encore du fabuleusement hot avec un «You Gotta Try» tellement explosif qu’il finit par exploser, coïtal en diable et drivé vers l’enfer. Franchement, on se goinfre des gueulantes d’Elin Larsson. S’ensuit un «Won’t Go Back» tout aussi fiévreux, mené par cette harpie pleine de jus. Les deux derniers cuts de l’album vous enverront au tapis, si ce n’est pas déjà fait. «Rejection» sonne comme un stomp de r’n’b, mais le plus décidé qui soit. Ils nous pulsent ça à l’admirabilité des choses, dans la puissance de la démence et pour corser l’affaire, le batteur double. On retrouve enfin l’énergie de «Gimme Sheter» dans «Elements & Things». Tout vient du ventre du rock et ça gicle en direction du firmament. Si les Blues Pills deviennent énormes, ce ne sera pas uniquement à cause de cette ridicule mode d’un retour aux seventies.

Signé : Cazengler, Bouse Pill


Blues Pills. Le 106. Rouen (76). 29 octobre 2016
Blues Pills. Blues Pills. Nuclear Blast 2014
Blues Pills. Lady In Cold. Nuclear Blast 2016

 

*


Au secours ! Je suis englué dans un ramassis de jeunes bonnes femmes en extase devant les légumes d'un producteur bio. Sur le marché de Mirepoix. Moi la contemplation des potimarrons, c'est avec modération. Mais où que je me tourne d'énormes cabas ventrus me barrent le chemin. Je suis perdu, condamné à poireauter sans fin. C'est alors que Dieu a entendu ma détresse. Enfin plutôt le Diable qui se faufile dans le conduit auditif de mes oreilles. De rocker. Non, ce glapissement, ce n'est pas un orgasme féminin suscité sur l'étalage par la raideur écologique d'un radis noir, mais bien le glissement d'un tube métallique sur les cordes d'une acoustique. N'ai plus qu'à suivre ce fil sonore et providentiel pour m'extraire de cette gluance légumière pour me retrouver devant mon sauveteur.

JUSTIN LAVASH


Ah, la vache ! L'est beau comme un dieu grec. Qui a beaucoup vécu. Une gueule de baroudeur taillée à la serpe et un sourire désarmant. L'on sent le gars à qui on ne la fait pas. Un rouleur de bosse. Un boss. Et une belle voix en plus. Toutes les expériences de la vie accumulée, mais pas du tout usée, au contraire, prête à mordre dans tous les fruits de la passion qui passeraient à sa portée. Chante le blues. Le vrai celui qui perle comme les gouttes de sang des colères non rentrées et des fureurs jaillissantes. Et les doigts affairés qui courent comme des mains de marins sur les élingues les jours de déglingue et de naufrage. Miaule en slide. Sans fin. Picke en as. Six cordes, une cassée, et une orchestration ébouriffante. Un vocal qui monte et descend le toboggan des émotions. Ne fait pas chaud sur cette place centrale, mais elle vous brûle la peau et l'âme.
L'on ne s'attarde guère autour de lui, because aglagla, mais les oboles de deux euros pleuvent dans son étui de guitare. Je lui prends un CD – voir ci-dessous – et échangeons quelques mots, anglais qui vit à Prague mais qui passe selon d'affectives raisons régulièrement à Mirepoix – deux concerts prévus dans les environs, pas de chance, je serai à ces dates proximales retourné dans ma Brie ni côtière ni natale – une espèce de hobo des temps modernes qui a choisi la marge et les pistes ombreuses de la libre existence.

PROGRAMMED / JUSTIN LAVASH

, Negus N° 2, Pogo Car Crash Control, Michel Lancelot, Justin Lavash,

Fistfulla Snake / The Story so Far / Programmed / EZ in CZ / Just Before / Meditation Gong / This is Now / Gonna Raise A Racket / Alittle too Soon / Affluenza.

Justin Lavash : guitare, vocal / Ian Kelosky : programmation / David Landstof : drums / Beata Hlavenkova / Karl Kwashivie : guitar / Mike Kyselka : harmonica / Stepan Janousek : Trombone. Choeurs et vocal : Kristina Zakuciova / Kristine Bornholtz / James Motherdale / Joe Cook
Enregistrement : Juin - Juillet 2016 / Subs Studio / Prague.

Belle pochette cartonnée openfield avec livret des paroles.

 

Fistfulla Snakes : Peux faire n'importe quoi avait déclaré le Roi Lézard. O. K., mais quoi au juste ? Un demi-siècle après Justin Lavash nous apporte la réponse. On la connaissait déjà, mais tout l'art gît dans la manière de la signifier de façon crédible. Attention, c'est du condensé, une poignée de secondes et de serpents, mais des méchants genre de ceux qui se dressent sur la tête de la Méduse chez Caravage. Vous avez le lieu et la formule, l'essentiel et le superflu, le ciel et l'Enfer, le mojo, l'électricité et les canines du crocodile. Du pur Lavash mais la force souterraine d'un Howlin' Wolf. The Story so Far : instrumental, presque joyeux, une bourrée auvergnate martelée comme quand l'on tire la langue à son ennemi pour le narguer, la slide qui grimace comme une gargouille d'église. Programmed : changement de programme. Le vocal reste chargé d'ironie et l'orchestration résonne comme les cloches à la sortie des mariés, oui mais les paroles démentent cette bonne jovialité, notre monde court à l'abîme, nous nous déshumanisons, des idéologies meurtrières s'emparent des commandes de notre cerveau, sourions, nous sommes filmés, tous devant la caméra du fascisme qui ne rampe plus. La voix se change en message radio. Attention à l'infantilisation de nos âmes. EZ in CZ : Historic blues, le passé de la République tchèque défile sous nos yeux. Politic blues. L'on se trimballe des valises lourdes à porter, nazisme et communisme, mais le présent n'est guère brillant, pourtant Justin avoue l'inavouable, pour lui la Tchéquie est une terre où planter son tipi même si ce n'est pas facile d'y vivre. Just Before : slide paranoïaque, part dans tous les coins. Mais en fait c'est plutôt une attaque schizophrénique. Le rêve qui se barre d'un côté et la réalité qui s'enquille une mauvaise direction. La musique devient un gros trait noir interminable qui raye. All the good is goin'gone. Groove Total : En français dans le texte pour que la subtile bastonnade de la réalité n'échappe point à votre vigilance. L'humanité s'effrite, les banques ne vous laisseront que les os pour pleurer. Grève ou groove. Ne vous trompez pas dans vos choix. Meditation Gong : peu transcendantale. Ne s'agit pas de laisser passer. Plutôt médication que méditation. La pression augmente dans les artères. La batterie s'éclate et les choeurs coagulent votre sang. Marche funèbre endiablée. Rien ne tombe. This is Now : C'est maintenant et pas après, le rythme devient fou, faut arrêter de tourner en rond devant les millions de solutions qui se pressent dans votre tête, la musique est presque froissée, se transforme en comptine enfantine pour mieux être hachée sur les cymbales d'une espèce de cantique de noël qui confine à la folie. Gonna Raise A Racket : le dernier chant d'espoir, pratiquement à cappella. Plus de grain à moudre. A Little too Soon : electronic sound, tout fout le camp un peu trop tôt, une manière de dire que rien ne va plus, ni l'estime de soi-même ni l'amour. Rythme précipité, le robinet d'eau chaude a la tiédeur des larmes du passé qui s'enfuit. Douche froide des amers constats. La guitare larmoie. Pas de quoi pleurer non plus. Affluenza : Joie et airs de mirliton. Tout va bien. Les filles du backing vocal s'en donnent à plein choeur, les boys ont du fric plein les poches. Le monde danse sur un volcan. Ce n'est pas une plaisanterie. Le disque se termine ici. Attention aux fissures dans les murs.

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Ne m'attendais pas à un truc si novateur, si jouissif. Justin Lavash ne nous refait pas le coup du guitariste imparable. N'est pas le dernier puriste du blues. L'envoie aux orties le monstre sacré, l'intouchable. Le malmène salement. Pas de respect pour les vieilles lunes. Fussent-elles bleues. Se balade dans notre modernité. Pas belle à voir. S'agit plus de se contenter d'un fil de fer tendu entre deux clous. Etrangement ce bricolage m'évoque les distorsions que Led Zeppe faisait subir au folk sur son volume trois. Pas d'apparence, mais l'esprit. Le monde est devenu plus complexe. Les couleurs du serpent n'ont jamais été aussi rutilantes, aussi flashantes. Aussi fascinantes. Contre ses anneaux puissants, vous êtes désormais désarmés. Lavash possède son arme secrète, la dernière. L'ironie, qu'il inocule dans le timbre de sa voix. Brouille les pistes d'étranges sonorités. Rien n'est plus sublime que la catastrophe. Dernière valse sur le beau Danube blues.


Damie Chad.

CONSENSUEL
POGO CAR CASH CONTROL
( Clip Officiel / Romain Perno )

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Rien de plus Consensuel que les réveillons de fin d'année. Surtout quand le gentil papa Noël descend de la cheminée pour mettre des milliers de cadeaux dans vos petits souliers. Les Pogo Car Crash Control ont décidé de donner leur version de ces festivités. Sous la direction de Romain Perno qui pousse le groin de sa caméra jusqu'à les transformer en Pogo Car Trash Faustroll. L'histoire commence bien. Une famille unie comme les quatre doigts de la main qui boustifaille à en vomir. Sur la nappe. Ce n'est pas le plus grave. Tout se passe dans les yeux. Ces miroirs phantasmatiques qui trahissent haines et désirs rentrés. Cette douce cellule à la base de notre société est un noeud de vipères. Lubriques. Âmes sensibles s'abstenir. Cela commence comme une grosse farce. Rien ne vous sera épargné. Même pas le foie gras transformé en merde de chien. Ni le crime, ni le viol, ni l'inceste. Le carnaval tourne au burlesque. Grand guignol et stupre néronien. Mais ce n'est pas le plus grave. Romain Perno nous grise d'un grésil d'images tournoyantes. La réalité est une fiction loufrocke. Suffit de faire un tout petit peu attention pour s'apercevoir que derrière le vernis des apparences, tout n'est que tumulte et fragmentations, fracas de miroir brisé coupants et saignants. Tout est parfait si ce n'est ce cadavre de dinde qui fait signe que quelque chose s'est détraqué dans nos sociétés d'abondance. La rigolade au service de la méditation métaphysique. Question essentielle : au-delà de la mort pourquoi le sang du Père Noël est-il d'un rose aussi cru que le saumon fumé ? Champagne pour tout le monde. Cruauté pour les autres. Vous n'êtes pas obligés de regarder. Le monde dans lequel vous habitez n'est pas toujours beau à voir. A rocksommer sans modération.

Damie Chad.

 

MICHEL LANCELOT

LE JEUNE LION DORT AVEC SES DENTS

GENIES ET FAUSSAIRES
DE LA
CONTRECULTURE

( ALBIN MICHEL / 1974 )

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C’est chaque fois pareil. Tous les dimanches matin, sur la brocante. Je prends deux ou trois bouquins de poche à un euro, et lorsque je paie, la tenancière du stand me dit : attendez, je vais vous en rajouter un peu. Mais cette fois-ci elle en a rempli à ras bord une grosse poche plastifiée. Me suis traîné le sac lourd comme le barda d’un légionnaire romain toute la matinée. De retour à la maison, j’ai exploré le coffre aux merveilles. Une collection complète du Point ( heureusement que le Seigneur qui nous aime beaucoup a inventé les bennes à ordures pour nous débarrasser de ces horreurs ), une espèce d’in-folio géant, genre bible en exposition sur les offertoires dans les cathédrales qui s’avéra être un roman de quinze cent pages, quelques babioles de moindre envergure et oh! Tiens ! Surprise, un bouquin de Michel Lancelot. L’est mort, pas longtemps de cela Lancelot et je doute que son nom dise quelque chose aux jeunes générations. Officiait tous les soirs sur Europe 1, entre 1968 et 1974. De la bonne musique, de la pop music comme l’on disait à l’époque, mais ce n’était pas le plus important, le plus intéressant se passait entre les disques, Lancelot parlait de réalités inatteignables, San Francisco, les hippies, la beat generation, évoquait des personnages dont souvent on entendait causer pour la première fois, avait ses invités qu’il interviewait avec passion, Michel Lancelot fut ce que l’on appelle un passeur. Le Jeune Lion Dort avec ses Dents ( proverbe bantou ) est le troisième d’une trilogie qui débuta avec Je Veux Regarder Dieu en Face, un titre qui m’a toujours horripilé - comme s’il n’y avait pas des milliers de choses bien plus passionnantes que ce stupide fantoche - consacré au phénomène hippie et Campus qui pose le problème violence /non violence… faut dire qu’en la France de ces douces et folles années l’était temps d’arrêter l’incendie allumé par une jeunesse peu studieuse et en révolte… Un bel exemple à suivre en ce bas monde où la police est partout et la justice nulle part.

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Que faire ? Comme ne disait pas Lénine. C’est que si l’on refuse la violence, la voie est étroite pour tous les insatisfaits du Système que Lancelot nomme la Machine. L’a sa sortie de secours toute prête. Son nom est écrit sur la porte. La Contre-Culture. Je vous admire, déjà vous êtes en train de tirer sur un joint, un vieil exemplaire d’Actuel sur les genoux tandis que derrière vous grésille un trente-trois tours du Grateful Dead. Rangez votre panoplie. Lancelot nous refait le coup de Greil Marcus devisant sur les Sex Pistols en 1986 ( voir KR’TNT ! 136 du 21 / 03 / 2013 ). Ne soyons pas chronologiquement stupide, c’est à croire que Greil Marcus aurait feuilleté Le Jeune Lion Dort avec Ses Dents avant de se mettre à rédiger son Lipstick Traces.

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L’arrive un moment dans la vie où les illusions vous tombent du cerveau comme les feuilles des arbres en automne. La Contre-Culture n’est pas née en Amérique, ni à Memphis, ni à New-York, ni à Los Angeles, entre 1956 et 1966. Même que ceux qui l’ont initiée ne savaient même pas qu’un jour viendrait au monde un truc tumultueux que l’on appellerait le rock and roll. Notre orgueil de rocker en prend un coup, mais cocoricou, la Contre-Culture vient de chez nous. L’a commencé juste à côté en Suisse, mais les principales batailles se sont déroulées à Paris.
Dada, Lettrisme, Surréalisme, sont les trois premières mamelles du ventre de la bête féconde. Rien à voir avec trois regroupement successifs d’artistes en mal de reconnaissance. De jeunes gens qui se cacheraient derrière un manifeste plus ou moins faussement séditieux pour gagner leur place au banquet de l’écuelle littéraire. Le propos est beaucoup plus sérieux. S’agit de bouter hors du champ de la rationalité affligeante les vieilles lunes de la Culture Académique, celle qui s’achève, comme La Montagne Magique de Thomas Mann sur les champs de bataille de la guerre de quatorze. Rejeter à la mer de l’oubli vingt-cinq siècles d’une civilisation qui a démontré l’inanité de ses principes moraux soi-disant supérieurs. Briser l’aiguille de la boussole, se laisser dériver dans les zones interdites du non-sens, du rêve, de la folie… L’analyse de Michel Lancelot est prémonitoire en le sens où il présente l’entreprise de ces pionniers comme un travail méthodique de destruction qui vise autant à dynamiter les assises sociales de l’être humain que la base idéologique de cette grotesque marionnette infatuée d’elle-même qu’est l’animal-homme qui s’est auto-institué le Sujet Pensant de l’Univers. Lancelot nous présente la tâche effectuée par ces avant-gardes poétiques de la première moitié du siècle précédent en des termes qui conviendraient pour décrire le travail de dé-construction opéré par la génération derridienne en fin de gestation dans le moment où il écrit son livre.
Reste que la littérature se doit de mettre ses théories à l’épreuve de la vie. S’étaler pompeusement sur des pages et des pages est facile, mais il est utile d’en sortir pour transformer le monde. Lancelot possède son as de pique soigneusement arboré sur sa manche. S’il privilégie tout au long de son livre le lettrisme c’est que celui-ci a engendré un bâtard qui sut faire parler de lui. Le Situationnisme en tant que déclic théorique qui déclencha Mai 68. C’est ainsi que l’on aime à présenter les évènements. Z’oui, mais n’empêche qu’il y eut un autre foyer d’infection.
En Amérique. Ce que l’on célèbre aujourd’hui sous le nom de Beat Generation. Sacrés amerloques, tirent toujours la couverture à eux. Ont recréé, tout seuls, dans leur coin lointain, ce que les pauvres européens avaient mis un demi-siècle à faire émerger. Un phénomène de génération spontanée ? Point du tout. De 1959 à 1963, y a du beau monde qui se presse à Paris pour écouter les lettriques lectures d’Isidore Isou.

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Parmi ces aficionados quelques noms connus, des peintres comme Liechenstein et Indiana, futurs rois du pop art, des écrivains reconnus de tous les rockers, Gregory Corso, Allen Ginsberg, William Burroughs, les chantres de la Beat Generation. Les Anglais qui n’en sont jamais à un coup de Trafalgar près adopteront une jeune japonaise qui fréquentait ces lieux de perdition mentale, destinée à devenir la compagne d’un célèbre prolétaire, Yoko Ono.
N’est pas question de se disputer pour savoir qui possède la plus grosse beat générative. Le mal vient de plus loin que le siècle précédent. Lancelot remonte les escaliers de l’Histoire, descend les marches jusqu’à la Rome Antique. Ce n’est pas qu’il soit un émule de Jules César. Nous entraîne dans le stupre de la décadence. Hélas, nous n’avons pas droit à quelques scènes de banquet orgiaques, nous ne sommes pas là pour nous amuser ou nous rincer l’œil à grandes eaux, mais pour apprendre à identifier nos ennemis. Le christianisme, son moralisme étroit, son puritanisme puant, son étroitesse idéologique qui brûla bien plus de livres que ne le firent les Nazis… Histoire ancienne diront les esprits conciliants. Pas tant que cela. Rappelez-vous les mouvements de protestation contre la guerre au Vietnam, dans les universités américaines. Comme par hasard, très vite fleurit sur les campus de la docte America les Jesus freaks qui s’employèrent à répandre les préceptes de non-engagement politique prêché par le dieu d’amour et de paix… Faisons vite une croix sur ce cauchemar de résignation pateline.

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La Contre-Culture n’est pas là où on l’attend. La fumette est un agréable passe-temps à ne pas confondre avec les expériences du LSD prônée par Timothy Leary. Ne s’agit pas de se faire sauter la tête en quête d’une jouissance sans entraves. L’acide est un moyen de Connaissance, une gnose qui permet de gravir les arcs-en-ciel qui donnent accès à l’auto-divinité. L’interdiction de la drogue repose sur d’autres inquiétudes que la préservation de la santé physique de ces adeptes. Celui qui parvient à un niveau de conscience sur-élevée ne croit plus en les préceptes de la comédie sociale. Devient un ingouvernable, un incontrôlable sur lequel la loi commune n’a plus aucune prise. Il serait extrêmement dangereux pour un Etat que se développe une trop large frange de tels individus. Big Brother veille sur vous. Ne vous quitte pas de l’œil.
C’est dans les ouvrages de science-fiction d’un Bradburry ou d'un Philip K. Dick que se développera la critique la plus radicale des institutions. Une simple distorsion temporelle permet d’évoquer des problèmes ou de soulever des problématiques les plus actuelles. Retour en France, Lancelot évoque longuement Le Matin des Magiciens - plus d’un million d’exemplaires vendus, et l’aventure de la revue Planète qui s’ensuivit. Un phénomène éditorial qui ouvrit en grand les portes de l’ésotérisme à une génération avide de nouveautés. Le livre devint la Bible du mouvement hippie français, déclencha des prises de conscience et des décisions existentielles innombrables. Elargit le champ des possibles. Prudence, nous avertit Lancelot, confiez les plus hauts secrets, donnez les meilleures potentialités à un imbécile, il n’en ressortira que des imbécillités. Papa Freud devenu la tarte à la crème de la psychologie du pauvre.
Nous donne l’impression que la Contre-Culture n’est pas un mouvement de masse. Notre époque ne manquera pas de l’accuser d’élitisme ! Porte l’accent sur les novateurs, les Kandinsky qui font exploser les schémas de la représentation, les anonymes qui se servent du faible coût et de la maniabilité du super-huit pour s’emparer du cinéma. Est à l’affût des arts nouveaux : la bande dessinée qui prend son essor au tout début des seventies par exemple…
Quarante ans après, le bouquin date un peu. La bombe atomique ne nous fait plus peur. L’extinction de l’espèce humaine nous l’avons congédiée pour parer au plus pressé, ces fous dangereux qui attaquent nos petites personnes à coups de hache dans le train, nous nous méfions davantage de l’islam que du christianisme... Les Etats l’ont compris, l’important ce n’est pas la cause, mais que la peur continue à habiter les esprits. Le vieux lion a longtemps dormi, en se réveillant s’est aperçu que ses griffes étaient émoussées.


Damie Chad.

M’en a voulu à mort. Cette vieille baudruche crevée de dieu. N’a pas dû goûter mes blasphèmes. N’avais pas fini cette chronique depuis deux jours, qu’en entrant chez le premier bouquiniste venu mon œil fut attiré par une chatoyante couverture, à ne pas y croire, quel hasard saint Balthazard, quelle providence, négligemment posé sur un tas informel de bouquins, qui me regardait droit dans les yeux, de Michel Lancelot :

JE VEUX REGARDER DIEU EN FACE
( LE PHENOMENE HIPPIE )

( Albin Michel / 1972 )

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La première édition date de 1968, en prise directe sur les évènements, n’y avait pas beaucoup de monde sur le coup à l’époque, à part Alain Dister de Rock & Folk que Lancelot cite avec respect à plusieurs reprises. Mais tout ce que je vous raconte ne vous intéresse pas, la question purulente vous brûle les lèvres, et Dieu dans tout ça, my dear Damie Chad ?

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Il arrive. Tout doucement. Peut-être pas comme vous l’imaginez. Mais il ne va pas tarder à vous éblouir. C’est comme dans la Bible, d’abord vous aurez droit aux prophètes. Le premier a déjà beaucoup vécu. L’est en fin de course. Mais l’est le précurseur. L’enfonceur des portes qui n’étaient pas encore ouvertes. Un oiseau de mauvais augure. Nous promettait un futur peu rigolo, aux alentours de 1984. Un fachisme d’état menaçant. George Orwell a foutu les chocottes à deux générations. Ce n’était pas l’annonce de la dictature totalitaire qui les faisait flipper. Mais la date symbolique choisie comme titre de son roman, celle de l’alignement des planètes et de la fin du monde qui s’en suivrait. Tenez un discours politique clair et les imbéciles s’adonneront aux croyances délétères des ésotérismes les plus fumeux. En ces temps-là, on entendait dire que le cerveau d’Einstein n’exploitait que dix pour cent de ses capacités, Aldous Huxley était encore plus catégorique, quand on aurait trouvé le désherbant qui nettoierait les mauvaises herbes du bien et du mal qui encombrent la cervelle de l’individu, nous entrerions de plain-pied avec les réalités sur-jacentes de l’Univers.

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Le problème avec les intellos - fussent-ils de génie - c’est qu’ils parlent beaucoup mais agissent peu. Dieu comprit la nécessité de la venue de son deuxième prophète. Un mec bien, sous tous rapports. Un professeur d’université avec une liste de diplômes aussi longue que celle des commissions. N’aimait pas les cours magistraux. L’était pour les méthodes d’enseignement actives. Un théoricien certes mais doublé d’un expérimentateur de génie. L’avait tout compris, si vous voulez que les élèves retiennent, c’est à eux d’emmagasiner dans leur boîte crânienne les savoirs indispensables à d’utiles compréhensions. Possédait son outil magique, le mystérieux LSD 25, un produit miracle qui surmultipliait votre perception du monde, un déluge de couleurs qui s'abat sur vous et vos représentations rétiniennes qui se tordent dans tous les sens avec la vivacité synesthétique d’un élastique fou. Mais Timothy Leary ne se contente pas de noter scrupuleusement vos réactions. N’est pas un simple observateur. Cet homme est aussi un poète. Au verbe aussi étincelant que vos visions lysergiques. Un séducteur. L’on sent que Michel Lancelot est fasciné par ce bateleur de l’invisible. C’est que Leary n’y va pas avec le dos de la cuillère à glace. Vous sert la soupe à la louche. Ne vous promet pas un bref instant de plaisir, une sensation forte, l’escalade de l’Everest en tongs trouées les yeux fermés. Non, l’est affirmatif, si vous devenez un adepte de la consommation du LSD, vous finirez par apercevoir la lumière blanche. J’entends le rire des sceptiques qui appuient sur le commutateur électrique. A la fosse, bande de mécréants ! La blancheur à laquelle vous avez accès n’est autre que celle qu’entrevirent les Mystiques. La splendeur divine qui se révèle à vous sous sa forme la plus lumineuse. Oui, vous regardez Dieu en face ! Vous atteignez à la sagesse supérieure, à la connaissance suprême ! Vous ne trouverez jamais mieux ailleurs. Leary invente une forme nouvelle de psychologie ébouriffée, philosophico-expérimentale, une espèce de do it yourself à la portée du plus grand nombre, le psychédélisme.

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Contrairement à ce que l’on pourrait accroire, les allégations de Timothy trouvèrent crédit auprès de nombreux étudiants. Les USA sont un pays pétri de religion. Les générations d’après-guerre avaient un peu de mal avec le dieu d’amour de leurs parents sous l’égide duquel deux conflits mondiaux avaient défiguré la première moitié du vingtième siècle. De plus on en avait rajouté, une bombe atomique apocalyptique et une intervention au Vietnam qui se profilait à l’horizon des fins d’études. Les injonctions de Leary étaient davantage réconfortantes, laissez tomber votre existence de merde programmée dans les états-majors du Pentagone et des multinationales, quittez tout, transformez votre vie en une quête d’absolu, retirez-vous de la confusion et des tracas du monde, devenez les adeptes de la nouvelle religion de l’acide et vous mènerez une paisible vie de sérénité accomplie. Un message qui n’est pas sans rappeler les injonctions des premiers chrétiens qui tombait à pic dans le substrat christianophile de l’inconscient national…

SAN FRANCISCO 1966


La mayonnaise - ou plutôt la béchamel pour respecter le code de la couleur dominante - prit au-delà de toute espérance. Sur les campus la bonne nouvelle se répandit à la vitesse d’un éclair au chocolat blanc. Pour une fois que l’on était investi d’une mission supérieure, l’on n’allait pas laisser passer l’occasion. D’autant plus qu’il y avait des à-côtés sympathiques : refus de la violence, ouverture aux autres, amour tous azimuts. L’on possédait non seulement the miraculous drug, l’on s’adonnait à la pratique philosophique du sex, et dans leurs coins des groupes de rock and roll commençaient à mettre au point la bande son du mouvement. La sainte trinité était retrouvée.
L’année 1966 débuta sous les meilleurs auspices. L’été fut merveilleux. La population accueillit sans déplaisir cette jeunesse aux habits colorés qui squattèrent la quartier Haight-Ashbury Park. Pas méchants pour un cent. Sourires aux lèvres, vous offraient dès fleurs dès que vous risquiez une réflexion déplaisante, passaient leur temps à bavarder sur les pelouses. Dans les hauts lieux gouvernementaux l’on s’inquiétait. Cette jeunesse qui refusait d’entrer dans le moule social, qui dédaignait de participer à la guerre du Vietnam et puis cette drogue qui catalysait ces refus d’obéissance anarchisante… Inquiétant d’autant plus que les media amplifiaient le mouvement…

MICHEL LANCELOT

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L’arrive un peu après la bataille. Tout est foutu. Le mouvement essaie de faire face. Pas à Dieu mais aux hommes. Les purs et durs fuient la nouvelle Babylone. Fondent des communautés à la campagne. Dans des coins perdus où l’on essaie d’inventer de nouveaux paradigmes existentiels. En 1968, il est trop tôt pour tirer un bilan sur ces expérimentations utopiales. Lancelot rentre en France, bien décidé à témoigner de ce qu’il a vu. N’est pas idiot, c’est qu’il écrit sur la corde raide. Aborde un sujet dangereux : celui de la drogue.
Comment n’en pas parler ? Et comment rester crédible ? N’est pas comme ces savants qui vous décrivent et dessinent par le menu les fameux dinosaures que personne n’a jamais vus. L’est un malin. Non, il n’a pas vu Dieu en face, ni de profil, mais il a pris du LSD. Le raconte dans les annexes. N’est pas un consommateur. Un expérimentateur. Un cobaye scientifique qui livre ses impressions mais aussi le rapport objectif des accompagnateurs qui ont programmé ces expériences. Peu affriolant. Ne se rappelle pas de grand-chose. Le paquet de lessive que vous avez acheté sur la fois des pubs à la télé et qui ne lave pas plus blanc que les autres. Fait suivre son récit de quatre exemples de very bad trips… des témoignages médicalisés qui ne sont guère incitatifs.
Se raccroche aux petites branches. Evoque l’art hippie. Pas vraiment emballé. Les fameuses affiches des annonces de concerts ne séduisent pas notre homme qui est un spécialiste de la peinture européenne. Pour la musique, l’est plutôt un aficionado du classique… L’est beaucoup plus intéressé par le détachement quasi monastique de ceux qui sont attirés par la spiritualité des pays d’Orient. Ceux qui partent pour l’Inde et qui en 1968 ne sont pas encore revenus… Les promesses n’engagent que ceux qui veulent y croire.
Le titre du bouquin est un peu tape-à-l’œil mais il n’en est pas moins intéressant. L’était difficile de faire mieux à l’époque me semble-t-il. Un document à chaud qui ouvrait bien des perspectives. Lancelot avait voulu comprendre son époque. Au plus près. Le livre démarre comme un essai, l’a été pensé avec le sérieux d’un pape hérétique, cinquante ans après il reste un document sans égal, rédigé au cœur même du désastre.


Damie Chad.

NEGUS N°2

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Ce qui s'appelle arriver après la bataille. Cette recension paraîtra alors que le ce numéro 2 de la revue devrait être retiré des kiosques en ce début d'année. Pour, espérons-le la mise en place de la troisième livraison. Nous avions présenté le premier fascicule ( voir KR'TNT ! 296 du 29 / 09 / 2016 ) et puis lassé d'attendre la deuxième parution, nous l'avons quelque peu oubliée. A notre décharge, elle n'a pas été vraiment mise en évidence dans les points presses que nous fréquentons. C'est en passant devant le bureau de tabac où je m'étais procuré le premier que l'idée m'est subitement venue de m'enquérir de son éventuelle parution. Sont allés me le chercher dans l'arrière-boutique. Ont peut-être trouvé la couve gênante : ce drapeau français qui vous arrache les yeux et le titre sans concession : Silence on tue les noirs. Pas étonnant si sur son facebook Negus invite systématiquement à chacun de leur post à s'abonner.
Negus ne pouvait pas passer sous silence le décès d'Adama Traoré suite à son interpellation par la police – tout le monde la déteste – donne la parole à sa soeur Assa Traoré qui mène un épuisant combat pour savoir enfin les conditions exactes de la mort de son frère. Police, Justice et Autorité sont bien embarrassées de ce cadavre de plus en plus encombrant. Une affaire à suivre.
Nous retrouvons la suite des aventures de notre couple suicidaire décidé à traverser l'Afrique du Sud en stop. On leur promet le viol et la mort dès qu'ils aborderont les townships grouillants de noirs assassins. Hélas, les prophéties se révélèrent vaines. Ne cachent point que parfois l'appréhension leur serre les fesses et qu'ils s'endorment sous la protection d'un couteau, mais même invités chez les autochtones tout se passe au mieux. Même pas étranglés en pleine nuit dans leur sommeil. De quoi désespérer de la noirceur humaine. Nos deux héros tirent la leçon de leur odyssée : les communautés blanches et noires qui vivent séparées, phantasment leurs peurs et leurs passés...
Retour en France, pardon en Guadeloupe, regard noir sur les méfaits de la colonisation passée et de la post-colonisation actuelle... L'on enfonce davantage le couteau dans la plaie avec la reproduction du discours de Thomas Sankara prononcé le 29 juillet 1987 au sommet de l'Organisation de l'Union Africaine. Une autre vision de l'Afrique libre et indépendante débarrassée de la tutelle de l'Occident. Des réalités et une vision si dérangeantes que trois mois plus tard ce président du Burkina Faso si politiquement incorrect fut promptement liquidé...
Passons sur les deux bandes dessinées qui accaparent trop de pages. La revue s'achève sur un long article consacré à 2pac. L'était déjà présent dans le premier numéro, mais cette fois-ci, l'on s'intéresse moins à sa musique et davantage à l'aspect politique de sa démarche. Negus poursuit sa marche en avant. Sont conscients - du moins nous le leur souhaitons - que l'expression laudative de la fierté noire tournera vite à vide, autant que les jérémiades victimaires, le salut réside en un projet politique qui n'est pas évident à définir. Pour le moment la revue s'enferme un peu trop dans le communautarisme. Ne s'agit pas de nier l'oppression subie par les peuples noirs, les pauvres et les opprimés sont de toutes les couleurs. Les riches et les oppresseurs aussi. Le racisme est un ferment de division des luttes des masses populaires savamment entretenue par la main-mise capitaliste sur les richesses et l'esprit corruptible des hommes.


Damie Chad.

 

13/12/2016

KR'TNT ! ¤ 307 : PIXIES / EL CRAMPED / CULTURE LUTTE / NO HIT MAKERS / RUST / ROCK'N'BONES / LES CHAMPIONS / PRESIDENT ROSKO / POGO CAR CRASH CONTOL / SIDNEY BECHET /

 

KR'TNT !

KEEP ROCKIN' TILL NEXT TIME

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LIVRAISON 307

A ROCKLIT PRODUCTION

LITTERA.INCITATUS@GMAIL.COM

15 / 12 / 2016

PIXIES / EL CRAMPED /

CULTURE LUTTE / NO HIT MAKERS / RUST

ROCK'N'BONES / LES CHAMPIONS / PRESIDENT ROSKO

POGO CAR CASH CONTROL

SYDNEY BECHET

Have you seen the little
Pixies crawling in the dirt ?

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En apparence, les Pixies n’ont pas vraiment de lien direct avec les Beatles qui, rappelez-vous, nous chantaient «Piggies» sur l’Album Blanc. Il s’agissait d’un subtil hommage aux petits cochons qui se vautrent dans la bouillasse. Mais si on y regarde de plus près, le parallèle devient vite évident. Prenons justement l’Album Blanc comme point de repère. Les Pixies sont à l’image des Beatles de l’Album Blanc : divers, c’est-à-dire pop, rock et surtout novateurs, parfois exotiques, toujours fascinants, parfois diablement raunchy, mélodiques et surtout capables de miracles. Pour ceux qui ont grandi en écoutant l’Album Blanc, le souvenir des moments d’écoute quasi-religieuse reste très présent. Avec les Pixies, c’est exactement la même chose. Leur reprise de «Head On» vaut bien le carnage d’«Helter Skelter». La magie de «Letter To Memphis» vaut bien celle de «Why My Guitar Gently Weeps». On se pelotonnait à l’époque dans le confort de ce double album magique, de la même façon qu’on se pelotonnait dans les années 90 dans le confort de Trompe Le Monde. Car c’est l’un des chefs-d’œuvre absolus de l’histoire du rock.

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On ne compte pas moins de quatre coup de génie sur cet album, notamment cette version vertigineuse du «Head On» des Mary Chain. Le gros donne libre cours à sa folie - I’ll take myself to the dirty part of town/ Where all my troubles can’t be found - et s’en va valser dans les orties. Tous ceux qui ont joué «Head On» dans un groupe ont vite laissé tomber la version originale des Mary Chain - trop balloche - pour revenir à celle-ci, à condition bien sûr de disposer du chanteur qui allait avec. S’ensuit un «U-Mass» aussi fatal - Oh kiss the sky/ Oh kiss my ass - joué au stomp pixique, qui est l’une des spécialités du gros - It’s educational ! - On ne se rendait pas compte à l’époque comme le gros nous gâtait. C’est souvent comme ça, quand on traverse une tranche de vie heureuse, on ne sait pas mesurer la chance qu’on a. Et puis bien sûr, on finit par tomber sur «Letter To Memphis» qui reste certainement l’un des sommets de l’art pixique. On y vit en direct une descente dans l’enfer du paradis des guitares de rêve. C’est une aubaine inégalable. Frank Black devient ici une sorte de visionnaire du rock comme le fut Dylan en 1965, et le trying to get to you se fond dans l’épiderme du cortex qu’aiguillonnent encore les tortillettes de Joey Santiago. On a là du pur génie sonique. Le gros nous embarque au-delà des modes, au-delà du temps et des choses. Comme savait si bien le faire John Lennon. On a encore des merveilles à savourer sur ce disque, comme «Palace Of The Brine», hit admirable d’I saw the crawling of the famous family et les infra-sons gorgent la peau de frissons. Le gros nous saccage «Planet Of Sound» à coups de riffs vengeurs et nous chante ça à la niaque des cavernes. En B, on tombe dans les bras de «Bird Dreams Of The Olympus Mons», une belle pop de caractère, comme tendue vers l’horizon. Mais avec le gros, ça se déploie et ça tourne au vertige. Et puis on a ce «Space» amené aussi comme un hit avec son Jeffrey with one f, et ça vire au classique dans l’instant. Le gros n’en finit plus d’emmener sa horde à l’assaut des hit-parades. Quand on écoute «Distance Equals Rate Times Time», on sent bien l’absolutiste, le tenace qui ne cédera jamais à la médiocrité. Il reste encore un cut magique sur cet album, «Motorway To Roswell» qui sonne d’emblée comme un hit planétaire - Last night he coundn’t make it/ he tried hard but he couldn’t make it - Le gros fait un hit d’un aveu d’impuissance et bascule dans le grandiose. On entend tout simplement chanter un géant radieux.

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Trompe Le Monde fut leur dernier album, et Come On Pilgrim le premier. Mis à part «Caribou», on s’y ennuie comme un rat mort. Le gros chante son Caribou à la dégueulade angélique. Jon Dolan : «Le chant de Francis dans ‘Caribou’ est la meilleure punk rock physical comedy depuis Johnny Rotten.». Toutes les caractéristiques de son génie s’y bousculent déjà au portillon. En réalité, Come On Pilgrim fut un mini-album tiré d’une démo intitulée The Purple Tape enregistrée à Fort Apache. Paul Kolderie affirme que tous les grands hits des Pixies existaient déjà à cette époque : «Subbacultcha», «Dig For Fire» et «Here Comes Your Man» que Frank et les autres appelaient le Tom Petty song, car trop poppy. C’est en écoutant The Purple Tape qu’Ivo Watts-Russell, le boss de 4AD à Londres, craqua pour les Pixies et qu’il les signa sur son label. C’est donc un Anglais qui mesura aussitôt le potentiel du gros. Les labels américains n’avaient rien compris, à l’époque.

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Dans leur recueil de témoignages intitulé Fool The World - The Oral History Of A Band Called Pixies, Josh Frank & Caryn Ganz vont même très loin en affirmant que les Pixies sont le groupe quintessentiel de l’époque et que leur son à base de hurlements, de textes surréalistes, d’alternances de calme et de tempête, de guitare surf, de délicates basslines et de pilonnage de caisse claire est tout simplement resté inégalé. Sans les Pixies, pas de Nirvana. James Iha, le guitariste des Smashing Pumkins, ajoute que Nirvana et les Pixies avaient en commun ce goût de la demented pop, mais Nirvana était beaucoup plus commercial que les Pixies. Il faut savoir que le gros avait une sainte horreur des vidéos commerciales et qu’il refusait de mimer le chant devant une caméra. No way !
Tout le monde sait que Buñuel le fascinait. Mais David Lynch aussi. L’art libre de Frank Black ne sort pas de nulle part, et surtout pas de la cuisse de Jupiter. Il cite David Lynch comme l’une de ses principales influences : «Il te montre quelque chose, sans avoir à l’expliquer.». Tanya Donelly raconte qu’une nuit à Berlin, le gros n’avait pas envie de dormir. Alors, il lui fit une proposition : «Roulons dans Berlin toute la nuit en écoutant ‘The Passenger’ d’Iggy.». Ce qu’ils firent. «The Passenger» over and over and over again. Tanya fut enchantée : «It was just a really nice night !»

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C’est avec «Where Is My Mind» qu’il attaque son set au Zénith de la porte de Pantin, par ce beau soir de novembre. Revoir les Pixies sur scène, c’est un peu comme aller au cirque quand on est gosse : on sait d’avance qu’on va bien s’amuser et qu’on va bien se régaler.

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Adulte, on sait qu’on va voir un génie à l’œuvre, un gentil géant descendu de sa montagne pour nous faire passer une bonne soirée. Les concerts des Pixies ont toujours été des concerts exceptionnels, au moins autant que ceux des Stooges et du Velvet. Les Pixies font partie des groupes qui atteignent le sommet de ce qu’on pourrait appeler l’art rock, ce singulier mélange d’invention, de puissance, de son et de mélodie.

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Frank Black a toujours su diversifier ses chansons et créer de l’émotion. L’amie qui m’accompagnait ce soir-là ne connaissait pas très bien les Pixies, et pourtant, elle a dansé pendant presque deux heures, comme ballottée par une marée de son. Frank Black remue les esprits et les corps, et lorsqu’il hurle, il crée une sorte d’osmose cathartique à laquelle personne ne peut se soustraire. Avec le temps, son art atteint de nouveaux sommets. On pense à un capharnaüm grandiose imaginé par Piranese, on pense à une tour de Babel dressée dans le monde moderne par ce Breughel du rock qu’est Frank Black On le sait depuis longtemps, cet homme ne se connaît pas de limites, et il nous offre ce sentiment d’infinitude en partage. Il a créé son monde pour le partager avec nous, comme s’il cuisinait un gâteau extraordinaire et qu’il nous conviait à venir le déguster. Chez lui, on se sent en sécurité. On va même chez lui les yeux fermés.

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Dans l’univers de Frank Black, il n’existe pas la moindre petite trace de médiocrité. Il veille à ce que tout reste bien baudelairien, au sens du calme, du luxe, de la volupté, et du scream. Sur scène, il enfile tous ses hits comme des perles, les «Break My Body», les «Gouge Away», les «Monkey Gone To Heaven» et là, juste à côté de nous pauvres pêcheurs, deux filles dansent mollement et entrent en transe, avec les yeux blancs, et puis «Caribou» justement, un véritable enchantement, la magie de gros se répand sur Paris qui redevient l’espace de deux minutes la ville lumière, et «Wave of Mutilation» que tout le monde semble connaître par cœur, et «Tame», hurlé à la vie à la mort, et bien sûr l’immensément immense «Debaser» et tout autour jaillissent des chiens/ andalou/sia, et puis voilà l’it’s educational de «U-Mass» qui nous tombe sur la tête comme le ciel au temps des Gaulois. Ah ça ne finira donc jamais, comme disait Moloudji au temps de l’album communard ? Ils reviennent pour deux titres, le «Vamos» des débuts, et nous envoient rôtir en enfer avec «Into The White».

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Le deuxième album des Pixies parut en 1988. Bientôt trente ans ! Il s’appelait Surfer Rosa. Ivo Watts-Russell recommanda Steve Albini pour produire l’album. Mais il se trouve qu’Albini n’aimait pas la musique des Pixies. Il était à l’époque une sorte de radicaliste au crâne rasé, amateur de hardcore, de Pistols et de Ramones. Mais il trouvait Kim Deal très douée et le gros assez unique. Dès «Bone Machine», les Pixies donnaient libre cours à leur groove têtu. On avait même l’impression que l’affreux Frank Black tordait le bras de son groove pour le faire grimacer. Il poussait des petits cris de hyène andalouse. C’est dingue ce qu’à l’époque il pouvait adorer Buñuel. Et ça virait à l’excellence, avec ce chant à deux voix. Bienvenue au twisted world des Pixies ! Les compos du gros ont une sacrée particularité : elles sonnent souvent dès les premières mesures comme des hits. Exemple : «Break My Body», monté sur un riff impérieux. Le gros a l’art et la manière d’allumer un hit comme on allume un spliff. L’autre bombe de l’A, c’est bien sûr le «Gigantic» que chante Kim Deal, «Gigantic» d’autant plus énorme qu’elle chante ça à l’ingénue édulcorée et que Joey Santiago y place un spectaculaire solo ambiancier. En B, on tombe tout de suite sur l’un des grands hits pixiques, «Where Is My Mind», une traînarderie insidieuse. Le gros s’amuse à torturer la fille des muses, il lui fait subir les pires outrages sur fond de beat bass-drum très ralenti. Au travers de ces morceaux, les Pixies bâtissent un nouveau monde.

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Les hits pullulent sur Doolilttle qui parut l’année suivante. Coup de génie d’entrée de jeu avec «Debaser», hit universel. Ce qui fait sa grandeur, c’est le décalage entre la folie du gros - chien andalousia - et la pureté du thème mélodique. Le gros fut le seul à l’époque à réussir un coup pareil. Le festival se poursuit avec «Tame», un savant mélange de démence dans la partance et de beat poppy. La force du gros, c’est de savoir ouvrir un abîme et de s’y jeter avec tout son orchestre. S’ensuit «Wave Of Mutilation», un autre hit universel monté sur un thème glorieux et pulsé comme il se doit. Kim Deal joue une bassline de rêve et le gros chante à l’éclat du temps. Fucking genius ! À l’époque, on appelait ça de la pop indé, mais c’est probablement ce qui s’est fait de mieux depuis l’âge d’or des Beatles. Il reste encore un hit puissant et bien martelé sur cette face : «Monkey Gone To Heaven». On y assiste à une magnifique progression vers le firmament. Rien ne pouvait alors résister aux Pixies. On trouve d’autres hits, de l’autre côté, comme «Crackety Jones», ou un «Gouge Away» chanté une nouvelle fois au bord de l’abîme, mais la démesure de l’A fait défaut.

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Avec les Pixies, on s’habitue vite aux coups de génie. Bossanova qui parut un an plus tard en proposait au moins trois, à commencer par «Rock Music» qui bat tous les records d’insanité. Il faut entendre le gros hurler comme un porc - My brain ! - C’est un pur chef-d’œuvre d’insanité pulsative. En B, se niche l’effarant «Down To The Well», écarlate de puissance, oh qui dira l’immensité du don ? Qui dira la démesure du scream par delà les frontières du réel, qui dira la puissance du gros et la portée de sa vision ? Il achève son hit à coups de screamadelica. Tout aussi énorme, voilà «The Happening», joué au heavy beat sur une progression bien lourde. Voilà un joli poids jeté dans la balance du rock sempiternel. «Hang Wire» sonne aussi comme un hit profond et généreux qui s’adresse à la terre entière. Ces albums révèlent une profonde humanité, une épaisseur de la chair, à l’image du gros. «Velouria» sonne comme un hit pop. Comme ceux des Beatles, ce hit entre dans l’inconscient collectif. Le monde entier connaît l’air de «Velouria». Le gros amène aussi «Is She Weird» au beat de la menace. Grâce à la basse de Kim Deal, on a une profondeur de son extraordinaire. Le gros met ses dynamiques en route pour mieux broyer le cortex du contexte. Voilà la grande force des popsters de haut vol : il savent imposer un thème pour qu’il sonne comme un hit. Même chose avec «All Over The World», doté de la même puissance mélodique. Si ce n’est pas un hit, alors qu’est-ce que c’est ? Le gros finit l’album avec «Havalina» qui est le chant du paradis. Celui qu’on entend lorsqu’on meurt enfin.
Dans la presse anglaise, un nommé Mat Snow qualifia les Pixies de maîtres de l’incongruité calculée. Et Ian Gittins dans feu le Melody Maker affirmait bien haut que les Pixies étaient le meilleur groupe de la planète. Here we go !
Oh et puis vint le split. Le gros vira Kim Deal qui, pétée, avait raconté des conneries dans une interview. Le gros annonça la fin du groupe par fax : «Je ne voulais pas de confrontation avec les autres. Je ne voulais pas qu’on discute de ça dans une réunion. Je n’étais pas heureux dans ce groupe et je l’ai quitté.». En fait, il fit bien d’arrêter le groupe à temps. Comme dirait J. Mascis : «J’imagine qu’on peut rester dans une groupe jusqu’au bout et, comme les Ramones, tous mourir d’un petit cancer.»

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On n’y croyait plus, et pourtant le miracle a fini par s’accomplir : les Pixies sont retournés ensemble en studio pour y enregistrer un nouvel album, l’excellentissime Indie Cindy. Deux cuts sortent du lot, «Blue Eyed Hexe» et «Andro Queen». Hexe parce que ça sonne tout de suite comme une extravagance riffale à la «U-Mass», avec en prime des paroles aventureuses. Le gros nous fait même un couplet entier à la hurlette, comme au temps béni du concert à l’Olympia, quand il passait la tête sous le micro pour hurler comme un goret qu’on tire par les oreilles pour le hisser jusqu’au croc. Andro parce que joué à la reverb magique - Have you ever seen Andro Queen/ Wandering all for her ruby - Voilà ce dont est capable cet immense poète surréaliste qu’est Frank Black. Il perpétue une essence perdue depuis l’éviction d’Artaud du Groupe Surréaliste. Ce cut est joué aux infra-basses dans une extraordinaire tension poétique. Vous ne trouverez pas ça ailleurs. Les bons cuts pullulent sur ce double album qui se joue en 45 tours. Le gros retape dans sa belle veine mélodique avec «What Goes Boom» et provoque quelques belles montées de fièvre - Grace in her face - C’est l’un des songwriters les plus doués d’Amérique. On reste dans l’excellence mélodique pour «Greens And Blues» qu’il chante d’une voix apaisée, presque duveteuse. Mais cette fois, il laisse la démesure au vestiaire. Retour aux vieux accents colériques pour le morceau titre - Indie Cindy be in love with me/ I beg for you to carry me - On retrouve la belle colère de «Subbacultcha». Puis on l’entend enflammer la fin de «Bagboy», un cut joué au bass-drum de hip hop et on tombe en bout de B sur une autre merveille, un «Silver Snail» en trois dimensions : poétique, dramatique et mélodique - I could sleep with a loaded gun/ In a room with a lightbulb sun - Pure magie qui vaut bien le «Happiness Is A Warm Gun» de John Lennon, n’est-il pas vrai ? Il faut hélas bien se rendre à l’évidence : tous les cuts sont bons sur ce disque. On est une fois encore confronté à un problème d’une extrême densité. Trop d’oxygène, comme dans les textes de Picabia. Écoutez la belle pop lumineuse de «Ring The Bell» ou encore celle de «Snakes». Tout ce qu’il compose passionne profondément. Il finit cet album éprouvant pour les sens avec «Jaime Bravo», une mélodie fusionnelle qui flirte dangereusement avec le firmament. Mais chez le gros, c’est une spécialité.

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Et pouf, voilà que tombe du ciel Head Carrier, un nouvel album des Pixies. C’est inespéré. Pourquoi inespéré ? Parce qu’on y trouve deux nouvelles preuves de l’existence de Dieu : «Bel Esprit» et «All I Think About Now» chanté par Paz Lenchantin, la petite brune qui a remplacé Kim Deal. Les Pixies ont joué ces deux merveilles au Zénith, et je vous prie de croire que les frissons nombreux étaient au rendez-vous. Sur «Bel Esprit», le gros partage le chant avec Paz. Ils renouent avec l’ambiance magique de «Letter To Memphis». Joey crée l’ambiance avec son titillement mélodique et le gros suinte le chant qui en réalité est un chef d’œuvre d’auto-dérision - He’s not much of a bel esprit/ She can’t seem to understand him/ A bit more like a chimpanzeee - Et il ajoute, stoïque - That’s the way of this man - Oui, il faut le prendre comme il est, pas très bien dégrossi. On reste dans la magie pure avec «All I Think About Now». Paz chante au filet de voix comme Kim - If I could go to the begin/ ing/ I would be another way - Devant un tel chef d’œuvre de délicatesse mélodique, on pense bien sûr à John Lennon qui après avoir composé des merveilles comme «Dear Prudence» ou «Sexie Sadie» était capable de revenir quelques années plus tard avec «Jealous Guy». C’est la raison pour laquelle il faut suivre le gros à la trace. C’est l’un des derniers artistes capable de faire des miracles, en Occident. Et quand on entend un truc comme «All I Think About Now» dans la fosse du Zénith, on pense bien sûr à un miracle. Le reste de l’album se tient à un très bon niveau pixique, ne serait-ce que par le morceau titre qui fait l’ouverture, monté sur un heavy beat finement teinté d’harmonies à la Roswell. Quel magnifique chanteur que ce gros lard. Encore typique de l’attaque pixique, voici «Classic Masher». On y voit le gros affronter la mélodie comme il sait si bien le faire. Il envoie sa chanson papillonner par dessus les toits, avec la grâce d’un Paul Verlaine du rock moderne, suprêmement dopé à la fantastica. Puis il revient à sa chère folie dévastatrice dans «Ball’s Back». On retrouve cette hurlette vacharde qu’on aime tant. Wow, quel merveilleux mécontent, quelle belle boule de pus colérique ! Le gros fait ce qu’il veut du rock, depuis toujours, et sans produire le moindre effort, comme le souligne Bowie dans Gouge. «Talent» glisse tout seul, comme huilé, c’est un rock oblong qui file à travers les étoiles. Ils terminent cet album fascinant avec «All The Saints» monté sur une merveilleuse bassline dodue et bien douce. Paz sait jouer, c’est une bath du bassmatic.

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Les fans des Pixies sont gâtés : il existe un DVD paru en 2004 qui propose un concert des early Pixies à Londres et Gouge, un documentaire racontant leur histoire. Le concert vaut bien sûr le détour, car Frank Black est encore très jeune, il a tous ses cheveux et porte un T-shirt trempé de sueur. Kim chante en rigolant et Joey joue sur une Les Paul en or. Ils sont tout simplement fascinants, car ils ont déjà les chansons. Dès «Levitate Me», les cuts se mettent à sonner comme des hymnes et «Caribou» vire à la magie pure. Le moment le plus intense de ce vieux concert est certainement celui du cut de Kim, «Gigantic». Elle est poignante, et ça marche à tous les coups. Chaque fois qu’elle attaquait «Gigantic» en concert, le public chantait avec elle. Puis le gros revient faire des siennes avec «In Heaven». L’ancienne définition de la puissance était la suivante : se tenir au coin d’une rue et n’attendre personne. La nouvelle : Frank Black chantant «In Heaven». Et ils terminent avec un hommage mythique aux Beatles, avec «Wild Honey Pie», comme par hasard. Frank Black : «‘Wild Honey Pie’ n’est pas ‘Hey Jude’ ni ‘Revolution’, c’est juste un truc bizarre qu’ils ont enregistré un jour sur une cassette.». C’est une façon de dire qu’il aime bien travailler ainsi. Sur ce DVD on voit aussi un docu intitulé On The Road, mais il ne s’y passe rien de très intéressant. C’est Gouge qui emporte la palme, car les Pixies et des gens comme Bowie, Tim Wheeler, les mecs de Blur et de Radiohead, Bono et PJ Harvey racontent l’histoire de ce groupe hors du temps - A band incredibly clever - Oui incroyablement intelligent, tout est dit ! PJ avoue que Surfer Rosa est son album préféré, elle se dit fascinée par Charles, c’est-à-dire le gros, à travers les paroles qu’il écrit. Et Bowie n’en finit plus de rendre hommage au génie des Pixies - It’s done so effortlessly - Il a tout compris, les Pixies ne font aucun effort, c’est dans leur nature d’être géniaux, et il ajoute : One of the strongest songs I’ve heard is «Debaser» - et il conclut avec un dernier hommage au gros : On stage, he’s a mass of screaming flesh - Nouvelle définition de la puissance.
Bowie ne croit pas si bien dire, car le gros écrit ses paroles sur une nappe en papier cinq minutes avant de les enregistrer : «Des fois c’est bon, des fois c’est pas bon. That’s just the nature of that songwriting.»

 

Signé : Cazengler, pixé de la ruche


Pixies. Zénith. Paris XIXe. 23 novembre 2016
Pixies. Come On Pilgrim. 4AD 1987
Pixies. Surfer Rosa. 4AD 1988
Pixies. Doolilttle. 4AD 1989
Pixies. Bossanova. 4AD 1990
Pixies. Trompe Le Monde. 4AD 1991
Pixies. Indie City. Pixiesmusic 2014
Pixies. Head Carrier. Pixiesmusic 2016

Josh Frank & Caryn Ganz. Fool The World - The Oral History Of A Band Called Pixies. Virgin Books 2008
Pixies. DVD 2004


Viva El Cramped

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La scène se déroule en 2037, dans l’une des loges du Budokan, à Tokyo. Au terme de vingt ans de tournées dans le monde entier, El Cramped, célèbre cover-band des Cramps, y donnait son concert d’adieu. Ah c’est sûr, le Professor et le Loser ont pris un sacré coup de vieux, mais ils n’ont rien perdu de leur manie de vouloir s’amuser coûte que coûte. Ils sifflent une dernière bouteille au goulot avant d’aller coucher au panier.

— À la vôtre, Professor !
— C’est dommage qu’on arrête le groupe, Loser, on s’amusait drôlement bien...
— Oui, c’est vrai, mais regardez-vous, Professor, vous ressemblez au Père Noël, maintenant, et moi aussi d’ailleurs. On a vraiment l’air cons tous les deux avec nos grandes barbes blanches ! Même si on aime bien Lux et jouer les vieux cuts des Cramps, je crois qu’il faut se faire une raison et lâcher l’affaire... Mais n’ayons aucun regret, car si vous y réfléchissez bien, vous constaterez que nous n’avons que des bons souvenirs !
— Ça paraît logique, Loser, puisque nous n’avons joué que dans des Lux Lives. Ça nous a comme qui dirait immunisé contre la médiocrité. No sell out ! Ahhh quand j’y repense, qu’est-ce que j’ai pu adorer notre premier Lux Lives à Glasgow ! Putain, les boîtes de bière qui volaient partout, les mecs nous balançaient des chaises, vous vous souvenez comment j’ai failli prendre une brique en pleine gueule ? Yurk !
— C’était chaud mais quelle rigolade ! Ah les Écossais y savent faire la fête !
— Et la hache qui s’est plantée dans l’ampli basse, comme au concert de Suicide ! On se serait cru dans un western, quand les Indiens attaquent Fort Navajo !
— Vous avez raison Professor, c’est l’un de nos meilleurs souvenirs !
— Sean m’avait prévenu : s’ils sont contents, ils vont lancer des haches ! C’est comme ça à Glasgow. Et il avait ajouté : essaye de ne pas te trouver dans la trajectoire ! ha ha ha !
— Franchement, Professor, je préfère voir arriver une hache plutôt que d’entendre hurler toutes ces dingues de Japonaises ! Elle m’ont pété les oreilles, enfin ce qu’il en reste !
— J’aime bien ces gamines japonaises en uniformes, elles me font penser à la collégienne-killer de choc de Kill Bill. Puisqu’on parle de chair fraîche, vous souvenez-vous de ces belles gonzesses à poil qui dansaient au premier rang, au Lux Lives de Miami, sur la plage ? J’avais même pas besoin de leur faire l’article en leur chantant Naked Girl, ha ha ha ! Dommage que le vieux Marcel n’ait pas pu voir ça !
— Vous saviez que Duchamp avait du mal à pisser ?
— C’est pour ça qu’il a exposé un urinoir ?
— Oui, il adorait uriner sur le rat nu d’Uranus !
— Revenons aux choses sérieuses, Loser ! Vous souvenez-vous du Lux Lives qu’on a fait à Munich, et de ce mec qui nous a balancé des tas de têtes de chat ?
— Ah votre copain Michael ! Lui au moins, il avait tout compris ! Crampologue averti, teenage tiger éternel, aussi goo-goo que vous, Professor. Quelle rigolade ! Si seulement la SPA avait pu voir ça, oh la tronche qu’ils auraient tiré, les béni-oui-oui !
— Et le Lux Lives de Boston, Loser ! Quand on a tout cassé sur scène, la basse, la Gretsch, tout y est passé, un concert fabuleux ! Franchement digne des Who en 1966 !
— Et vous savez qui a ramassé les morceaux ?
— Yep ! Kogar ! Il a même fait plusieurs voyages pour tout récupérer, y compris le pied de micro que j’ai réussi à tordre en huit, ce que Lux n’avait jamais réussi à faire. Oh et puis le Lux Lives de Bangui ! Vous vous souvenez, ce dingue de blackos qui l’organisait m’avait offert un boa constricteur et me l’avait installé autour du cou, là comme ça, splouch ! Il m’a confondu avec Alice Cooper, cet abruti ! Pendant tout le début du set, ce putain de boa n’a pas bougé, et en plein New Kind Of Kick il a commencé à me serrer le kiki ! Yurk ! Méchante saloperie ! Il a bien failli m’étrangler ! Ahhh la vache ! Je ne pouvais plus m’en débarrasser ! Et personne n’est venu à mon secours ! Personne n’a bougé le petit doigt ! Ah elle est belle la solidarité dans les groupes ! On peut crever et tout le monde s’en bat les couilles, hein ?
— Mais il fallait bien continuer à jouer, Professor ! Mais vous étiez fantastique, car c’est la seule fois où vous avez vraiment hurlé kiiiiiiiiiiiiick et que vous vous êtes roulé par terre ! Vous sembliez vraiment possédé par le voodoo des Cramps ! C’était absolument fa-bu-leux ! C’est un guide de brousse présent au concert qui vous a sauvé la vie. Il a sorti sa machette de l’étui et tranché la tête du boa d’un seul coup. Tchak ! Le concert devait l’intéresser et il voulait sans doute voir la fin.
— C’est vrai qu’un tribute aux Cramps doit sortir de l’ordinaire, Loser, au fond, vous avez raison. Ce n’est pas la même chose qu’un tribute à Stong, hein ? Oh et le Lux Lives de Madrid que mon vieux pote Lindsay avait organisé ! Vous vous en souvenez Loser ? On était tous déguisés en minotaures, encore une de vos idées à la con, on a failli crever sous ces grosses têtes de carnaval !
— C’était un double hommage à Picasso et à Fellini. Vous verrez un minotaure en chair et en os dans le Satyricon. J’ai toujours pensé que Lux naviguait au même niveau que Picasso et Fellini. Au commencement, ces gens-là ont une vision, Professor, et sans vision, on ne va pas très loin.
— Bon, vous n’allez pas me refaire votre Raymond la Science à l’heure qu’il est, après un concert au Budokan ! Vous me fatiguez. Oh mince ! La bouteille est vide, Loser !
— Attendez, je crois qu’il en reste une dans mon sac... Vous vous souvenez du premier Lux Lives qu’on a fait, Professor ?
— Attendez voir... Où c’était déjà... J’ai la mémoire qui flanche, j’me souviens plus très bien...
— Faut manger du poisson, Professor ! Notre premier Lux Lives, figurez-vous que c’était à Évreux, dans la ville où vous viviez, en ce temps-là... Vous vous rappelez la petite maison, avec le portail de traviole...

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— Ahhhh oui ! On avait joué dans une salle toute neuve ! Ouiiii, vous avez raison, ça me revient tout à coup, une petite salle encaissée, bien dimensionnée, sans doute dessinée par un architecte... Ah oui, quelle rigolade ! Avec toute une ribambelle de groupes qui passaient avant nous ! Ahhh oui...
— Les groupes étaient contents de jouer, rappelez-vous, c’était plutôt bon esprit. Et comme nous montions sur scène pour la première fois, on avait joué la sécurité avec une set-list ultra-courte...
— On démarrait avec «I’m Cramped», puis «Goo Goo Muck», si mes souvenirs sont bons...
— Exact, on avait aussi des trucs comme «Human Fly», «Naked Girl» et des choix à vous, Professor, «Walked All Nite», «Lonesome Town» et «Get In Your Pants». On finissait avec «New Kind Of Kick» et «Can’t Find My Mind».
— Ah on peut dire que depuis, la set-list a bien évolué ! On a dû jouer tout ce que les Cramps ont joué en leur temps !
— Et dans tout ce tas de hits, lequel est votre préféré, Professor ?
— «Ain’t Nothing But A Gorehound !»
— Vous vous foutez encore de ma gueule ? Parfois, vous avez parfois un humour dévastateur, Professor. Comme le jour où vous m’annonciez que vous aviez transmis une photo de répète à un torchon local.
— Et vous, Loser... What’s the loser’s fave ?
— Depuis la première fois où je l’ai entendu, c’est «Garbage Man» avec son petit bruit de moteur à l’intro et cette manière infiniment subtile de rendre hommage à cet art suprême qu’est le rockabilly. Et puis «Human Fly» bien sûr, car c’est du Wolf schtroumphé à la fuzz. On vendrait son père et sa mère pour un son comme celui-là. En ce temps-là, les Cramps créaient un monde.
— Pour revenir au premier Lux Lives, vous ne paraissiez pas bien concentré, ce soir-là, Loser...
— Outta my mind on a saturday night !
— Sauf que là, c’était un vendredi, mon pauvre Loser !
— Ah vous adorez couper les cheveux en quatre ! Mais au fond, vous avez raison, il faut savoir rester précis en toute chose...
— Vous ne l’étiez pas sur «I’m Cramped», en tous les cas !
— Comme dit Will Carruthers dans son livre, j’avais l’impression de jouer avec trois mains gauches. Fantastique ! Ça permet de faire plein de choses qu’on ne fait pas habituellement, mais à un moment donné, on ne sait plus quelle est la vraie main.
— Quelqu’un m’avait dit à l’époque qu’il vous avait vu repartir d’un pas hésitant et qu’en cherchant votre bagnole, vous étiez tombé dans l’Iton.
— Aucun souvenir. Ah si, attendez voir, une scène me revient : trois ou quatre mecs absolument extraordinaires qui sont restés pour discuter et boire un dernier coup sur le trottoir, devant la salle. Ils avaient bien aimé le trash d’El Cramped. Celui qui portait du cuir noir et des chaînes était encore plus défoncé que moi. Tellement défoncé qu’il nous proposait d’aller boire un coup chez lui et de faire tourner sa copine.

Signé : Cazengler le loser


El Cramped. Lux Lives In Evreux #1 (27). 9 décembre 20

 

MONTREUIL / LA COMEDIA
SURIMI PARTY / 09 – 12 – 16
CULTURE LUTTE / NO HIT MAKERS
RUST / ROCK 'N' BONES

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Ne vois-tu rien venir, petite teuf-teuf d'amour ? Que nenni, my dear Damie, ni route, ni bas-côté, ne serait-il pas plus prudent de retourner ? Teuf-teuf, tu le sais, un rocker n'a pas le droit de reculer quand il part en concert, tel un spartiate au combat de l'antique Hellade ! Entre parenthèses, je ne suis pas fier de moi, la brume Seins-et-Marnaise est un fléau plus redoutable qu'un album de Genesis, mais en contrepartie le blues végétatif de la terre plate et infinie ne peut vous atteindre. Z'ont eu beau de ne plus être à côté de la plaque paire ou impaire, et lever cette gesticulation écologique pour le weekend, les autorités nationales ont raté leur coup, peu de monde devant le centre commercial où je gare sans difficulté la voiture, les consommateurs désargentés sont restés terrés chez eux. J'aie une pensée émue pour toutes les multinationales qui n'auront pas fait les bénéfices escomptés des achats de Noël. Pour un peu j'en pleurerai. Des larmes de crocodile.
Retour à Montreuil. A la Comédia, pas divine, mais presque. Le paradis des rockers. Surimi Party sur deux jours, Vendredi et samedi. En mon âme et conscience, après avoir longuement pesé le pour et le contre des deux programmation, j'ai opté lors d'une interminable traversée intérieure des douloureuses et cruelles affres de l'incertitude, pour le samedi. Pas du tout, le choix s'est imposé de lui-même, en moins d'une seconde, aucune hésitation, les No Hit Makers sont en ville !

CULTURE LUTTE

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L'est des semi-minutes qui résument tout un projet. N'ont pas encore commencé, l'on vient de tester en un tour de main les instrus un par un, quand la sono, demande une vue d'ensemble. Se regardent comme embarrassés, mais J-hell dissipe cet instant de doute après avoir jeté un coup d'oeil à la set-list – une espèce de rouleau d'un bon mètre de long qui gît à terre comme le serpent tentateur de la Genèse, au pied du fameux pommier de la connaissance du Bien et du Mal. Ce sera Police, juste l'intro. Assez pour nous faire comprendre que nous ne sommes pas en présence d'un groupe de folkleux acoustiques, une giclée de sève qui tombe sur vous comme les pavés sur les rangs des CRS au joli mois de mai. Eux la pomme pourrie du Mal, ils l'ont identifiée, l'est suspendue du mauvais côté des barricades policières et mentales qui triquent et étriquent nos existences de paisibles citoyens. Devenus enragés. Bref, le Police de Culture Lutte ce n'est pas le J'ai Embrassé un Flic des imbéciles.

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Nous le font savoir très fort. Charge de batterie de pOOp, molotovs de guitare de Loïc, et enfonçage des lignes de la basse de Heil Nönö. Bien en place, cohésif et superbement bien envoyé, le tout magnifié par J-hell au micro. Encore un qui déchire les slogans de la révolte. L'a adopté, par rapport à nous sur le devant de la scène, la position de profil, peut-être pour être face à la majorité du public massé, vu l'implantation des lieux, sur la largeur de l'estrade. Se définissent en tant que Trash de pneu, un peu à l'image de ces traces noir-anar de pneumatiques qui empiètent sur toutes les parties interdites des chaussées. Pas une fusion, sont à l'endroit le plus dangereux du carrefour où se croisent les sentiers perdus du rock'n'roll, du trash, du hardcore, du punk, tous ces courants jusqu'au-boutistes du rock qui refusent de respecter les panneaux de limitation de vitesse. Superbe prestation de J-hell, s'appuie sur les braises qu'alimentent ses compagnons derrière lui, leur souffle dessus de sa voix puissante, se courbe et recule au début de chaque morceau, comme s'il rentrait en lui-même avant de faire cracher le lance-flamme, des mouvements de bras étonnants qu'il allonge comme s'il cherchait un appui sur l'air afin de propulser avec encore une plus grande violence ses lyrics de feu.
Un set impeccable qui paraît bien court, dommage que le public ne sera pas encore au complet lors de leur passage, s'est privé d'une des deux meilleures parts du gâteau amphétaminé de la soirée.

NO HIT MAKERS

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No Hit Makers, un de mes groupes préférés de la mouvance rockabilly actuelle. Les puristes leur reprocheront leurs accointances psychobilly. Querelles d'initiés qui refusent de mettre un seul pied hors de leur chapelle. Mais c'est vraisemblablement cette ouverture qui leur permet de faire un tabac au milieu de cette programmation hardcore. Une leçon de savoir-faire. La différence entre le rockabilly et le rock de toute énergétique brutalité professée par les autres groupes de la soirée, est facile à définir pour ceux qui auraient envie d'y participer. Ce n'est pas une superficielle question d'instrument, comme la contrebasse de Lardi imposant sa masse volumineuse à l'entrée de la réponse. L'énergie est commune. La même hargne, la même urgence à la faire mousser dès les premières secondes. Mais le rockabilly ne vous bourre pas le mou par la soudaine et irréversible implantation d'un unique instrument chargé de vectoriser tout le reste de l'instrumentation sur la véhémence de son implantation souveraine dans une coulée de lave sonore. L'essence rockabilly réside en une intrication empreinte d'une plus grande subtilité, le jeu se joue au minimum à deux et l'idéal est que chacun y assume son rôle à part égale. Dans le hardcore, c'est un peu toujours la même passe qui revient, la trapéziste s'est élancé dans les airs et vous êtes sûr que là-haut son partenaire la réceptionne d'une prise solide. Accrochage sans défaut. Parfaitement bien huilé. En rockab, vous vivez, pour ceux qui savent entendre, des moments d'angoisse. La trapéziste vole au-devant de son partenaire qui tend des bras accueillants et salvateurs... qui refuseront la prise salvatrice. La loi de la gravité entraîne notre ballerine céleste vers la terre, l'est quasi certain qu'il ne lui reste plus qu'à s'écraser sur le sol. Tout est foutu. On l'a dans le Q de l'angoisse. Mais voici qu'au moment que l'on n'attend plus, un doigt se glisse sous la bretelle du soutien-gorge de la miss et lui influe le retour d'équilibre énergisant dont elle avait besoin pour rejoindre son perchoir. Sauvetage non dépourvu d'un discret et envahissant parfum d'érotisme qui crayonne exactement cette ligne de démarcation qui sépare l'essence du rock de l'appuyé pornographique du blues. Distinction affirmée qui explique que les No Hit Makers se définissent aussi comme un groupe de rockin'blues.
Et cela les No Hit Makers le mettent en pratique dans la majorité de leurs morceaux. Une rythmique d'ensemble qui filoche à cinq mille noeuds et soudain la brisure. Tout s'arrête, accident funéraire d'infinie perdition. Mais c'est Vincent qui relance la machine, deux notes de Gretsch, dans la seule fraction de seconde qui précède le naufrage inéluctable déjà programmé dans la tête du spectateur, et hop la truite arc-en-ciel du rockab rebondit de ses mille luisances diaprées par le soleil et le combo repart dans le vif du courant. Ou alors c'est Jerôme qui bat de deux coups de caisse claire le rappel décisif qui vous rejette sur la crête de la vague. Faut entendre le murmure de plaisir qui monte de la foule massée devant la scène. Le soulagement de l'extase comblée. Non pas la catharsis finale du dégonflement cessatif du désir mais l'acmé de sa complétude jouissive.

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Lardi descend ses deux mains jointes le long de son manche. Masturbe sa basse me théorisera un spectateur enthousiasmé par ce lien éminemment érotique qui traduit gestuellement l'osmose parfaite qui devrait exister entre l'instrumentiste et son instrument. Je lui laisse la responsabilité de sa vision. Le désir est trop souvent une projection individuelle qui rend difficile toute analyse objectale. L'est une autre marque de fabrique des No Hit Makers. Rajoutent un plus à leur rythmique effrénée. Pas le swing, mais quelque chose qu'il est plus difficile d'entremêler aux rythmes des balancements binaires ou ternaires. Le serpent d'une mélodie qui glisse entre les branches épineuses sans jamais s'écorcher la peau. La mélodie, un fin collier de perles prêt à se briser au moindre heurt, c'est Eric au chant qui se charge de ce reptile de verre. Faut un timbre d'or pour cette délicate tâche, pas question d'amoindrir ou d'adoucir, voire d'affadir la sauce, au contraire cette note sucrée est destinée avant tout à faire ressortir les aigreurs du rock and roll. Une voix tour à tour pleine ou nasale qui rampe et qui crampse, flexible, qui se coule autant dans la moindre des anfractuosités qu'elle épouse la forme des protubérances les plus aiguisées.
Un set impeccable qui emporta l'adhésion de la salle mais surtout des quatre prestations de cette soirée, la plus accomplie. Ne font peut-être pas des hits, mais quoi qu'ils touchent lui font subir des transmutations alchimiques de rêve. Un Frenzy à faire sortir Screamin' James Hawkins de sa tombe, un Long Black Shiny Car rutilant qui vous permet de comprendre pourquoi la petite amie de Mike Page l'a laissé tomber comme une vieille chaussette au profit de l'heureux propriétaire de cette bagnole que les Makers pilotent comme un hot Rod on the evil Road et une vingtaine d'autres merveilles du même tonneau.

RUST

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L'on dirait une vitrine de Noël pour enfants turbulents qui cassent tout ce qu'on leur offre et qui chourrent dans les rayons interdits tout ce qui leur plaît sans rien demander à personne car dans la vie, on n'est jamais mieux servi que par soi-même. Deux guitaristes, un très grand au visage tout embroussaillé de poils à droite, à la guitare un peu noisy, l'autre chétif au caillou largement déserté à gauche, aussi à la guitare davantage riffeur, au milieu Marine placide et discrète, genre rousse incendiaire à la basse, à ses côtés Rachel, un bisped à l'indéniable présence scénique, micro en main, langue bien sortie de la poche du silence, charismatique, et au fond, au centre le batteur. C'est lui qui tient le groupe. Avec ses épaules carrées et sa frappe solide il est à la fois la base et le moteur du groupe. En retrait mais essentiel. Irremplaçable. L'est la proue de la frégate qui trace le sillon et emmène l'assaut. D'une efficacité sans bornes.

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Des punks mais pas des nihilisto-destroys à mort avec des chiens enragés prêts à vous mordre à la moindre caresse. Défendent des causes nobles et sans appel. Rachel les énumère sans discours, sont un groupe tendance dit-elle non sans humour. Vaudrait mieux dire tendancieux. Conjugue véganisme, incestophobie et féminisme. Deux compositions personnelles qui ne jurent pas avec leurs reprises des Hives, des Pixies, de 999, de Billy Idol... une manne pour le public qui reprend en cheour. Rust est manifestement bien aimé, connu et apprécié de tous, contraindront Rachel et ses sbires à un rappel alors que l'heure fatidique approche et qu'il reste encore un groupe à passer.
Devant la scène, beaucoup de garçons gondolent leurs corps à la manière des tôles ondulées des abris de jardin. Sûr que Rachel a un ascendant. Dont elle ne joue nullement d'ailleurs. Un set bien enlevé, de mieux en mieux en place au fur et à mesure de son déroulement, qui déclenche la ferveur partisane de l'assistance. Rien de nouveau, mais le soleil qui réchauffe et vous fortifie l'âme.

ROCK 'N' BONES

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Apparemment le clou de la soirée. L'on n'attend qu'eux. Attaquent dès que la scène est dégagée. Des costauds. Une fille parmi eux, Nath à la basse, deux guitares, Paddy à la batterie. Riko au micro. Arbore une crête à faire crever de jalousie une colonie de porc-épics. Les indianologues affirment que ces pics de cheveux dressés tout droit figuraient pour les indiens la représentation de silhouettes de bisons se profilant sur l'horizon de la verte prairie... Peut-être, mais les Rock'n'Bones pourchassent d'autres gibiers. Appartiennent à la mouvance des Antifas et le font savoir autrement. Leurs titres le proclament sans ambages, A Wind of Revolt, General Strike, Engagé, et pour ne pas se tromper de cible The Real Enemy. Une meute punk prête à toute émeute. Si je vous racontais que leur set s'assimilait à la cérémonie zen du thé, ce serait un mensonge. Là encore c'est la batterie de Paddy qui emporte le tout, les autres embrayant aussi sec, mais très ramassés et étroitement compactés autour de ce monstrueux galop initial. Riko ne screame guère, micro en main il assène les lyrics avec force vigueur et rude rigueur. Sont un peu atteints du complexe Ramones, des morceaux courts, très courts, expédiés les uns à la suite des autres, comme une vedette qui jette méthodiquement ses grenades sous-marines afin de torpiller les idées incapacitantes qui paralysent en catimini votre cerveau. Pas de temps à perdre. Les titres se suivent et se ressemblent, engendrent une certaine monotonie, notre esprit se prend à rêver de changement, mais non à chaque fois c'est le retour du duplicata à l'identique qui revient. Ont la pêche qu'ils vous écrasent sans ménagement sur la trogne, prenez-vous cela en pleine poire, idéal pour vous plonger en une rogne salutaire ! Comment le set aurait-il évolué, sont tout justes arrivés à la moitié de leur set-list lorsque Riko remercie tout le monde et nous annonce que c'est le dernier morceau. Et en effet à la surprise générale, ils entreprennent de quitter la scène non sans ranger les guitares dans leur étuis. Amplis débranchés, pogos terminés, rien ne va plus dans le monde du rock and roll. Nous avaient prévenus dès le début. Le fachisme est partout. Même dans les règlements qui interdisent de faire trop de bruit dans les parties surimiennes. Pas de regrets, la lutte continue.

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( Photos : FB : Constance Ludès )


Damie Chad.

FRENCH SIXTIES

Apache, sans doute la plus grande victoire des tribus indiennes remportée sur notre territoire. Par procuration. Sous forme phantasmatique. Tout cela par la faute de quatre ombres menées par la diabolique et anglaise guitare d'Hank Marvin. En France, ce fut une véritable commotion. Un son nouveau venu d'ailleurs. L'électricité transformée en esthétique. Certes Johnny Hallyday, Dick Rivers qui exhibaient ses Chats Sauvages en liberté sans grille de protection, Eddy Mitchell qui enfilaient ses Chaussettes Noires encore plus puantes que nos camemberts, monopolisaient le devant de la scène, fascinaient les foules, mais c'était si neuf, si troublant, que les oreilles n'en croyaient pas leurs yeux, derrière eux y avaient des musicos qui proposaient quelque chose d'inhabituel. Le rock balbutiait de par chez nous et des milliers d'adolescents s'achetèrent illico une Eko – les plus chanceux s'en adjugeaient une dans les loteries des fêtes foraines - et s'escrimaient à reproduire l'inimitable. Ce fut la grande vogue des groupes instrumentaux. Les maisons de disques ne laissèrent pas passer la poule aux oeufs d'or. Lui arrachèrent jusqu'aux plumes du croupion. C'était aussi une manière de recycler les musiciens anonymes de studio en stars, et puis faut l'avouer aussi des gars capables de chanter rock en notre langue en 1962 y en avait moins que les doigts d'une main. Surtout qu'avec ce diable de Vince Taylor qui vous coulait les bielles en anglais, vous étiez hors-circuit avant d'ouvrir la bouche...
Histoire ancienne. Rien ne se démode plus vite que la mode. Y eut des dizaines de groupes qui accédèrent au studio. Trop, sans doute. Des guitaristes à la pelle mais peu d'expérimentateurs. On interprétait un morceau – plus ou moins bien – parfois l'on avait une idée originale, vite recopiée par les voisins, mais l'on pensait, que l'on sache ou pas lire la musique, encore sous forme de partition, l'on n'avait pas la démarche globale de construire un son. Cinquante ans après, l'est facile de compatir sur ces malheureux, ils enchantèrent en leur temps bien des adolescents et préparèrent les pistes d'atterrissage de la réception des premiers groupes de l'invasion british, furent des pionniers, au sens plein du terme.
Sur les brocantes vous exhumez sans trop de mal d'anciens EP au prix dérisoire d'un euro et le vendeur vous remercie de le débarrasser de ces rossignols qui encombrent depuis dix ans ses cageots...

 

LES CHAMPIONS
Bel Air : 221192
LA LONGUE MARCHE / 1647 METRES G. O.
1293 METRES G. O. / RENDEZ-VOUS AU GOLF DROUOT

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Furent d'abord un groupe vocal formé autour de Willy Lewis transfuge des Chats Sauvages et de l'injustement oublié Jaky Chane ( échappé du château des Fantômes ) au chant, mais en 1963 une nouvelle mouture du groupe, devenu et resté célèbre en tant que combo instrumental regroupe Claude Ciari à la guitare solo, Alain Santamaria à la guitare d'accompagnement, Yvan Ouazana à la batterie, et Benoît Kaufman à la basse. Enregistreront pas moins de onze 45 tours et un vingt-cinq centimètres dix titres. Ont leur titre de gloire inscrit en lettres d'or sur le fronton du rock'n'roll puisqu'ils accompagnèrent Gene Vincent en 1962 au Théâtre de l'Etoile. Furent aussi aux côtés de Vince Taylor et de Danyel Gérard. Le groupe s'éteindra aux abords de l'année 1965. Une page de l'histoire du rock qui se tourne. Définitivement. La mer de l'oubli a englouti l'antique raffut de ces rafiots. L'est bon de plonger sur les lieux de ces surfin naufrage. D'en ramener pépites et pacotilles.

La longue marche : du tout doux du tout lent, pour ballade romantique au bord de la plage. Des gouttes d'eau qui ruissellent sur le dos de la donzelle. Pas de mélancolie vous l'oublierez aussitôt les vacances finies. Pseudo nostalgique. L' « original » français est d'Eddy Mitchell. Vous pouvez mourir tranquille si vous ne l'avez jamais entendu. Par contre le son de ce vieux sillon sonne étonnement bien. 1647 mètres G. O. : beaucoup mieux, un groove bien balancé à la batterie, magistralement repris par Claude Ciari, on regrettera les deux interventions des choeurs qui dénaturent un peu l'ensemble. Nous l'apparenterons à de la triche, ouïr les poissons rouges des guitares qui tournent en rond dans le bocal instrumental n'est pas obligatoirement ennuyant. Rappelons que 1647 go était la longueur d'onde d'Europe 1, la station de radio qui fut un des vecteurs d'introduction du rock and roll en France. 1293 mètres G. O. : L'on passe à la station concurrente : Radio-Luxembourg. Introduction à la batterie plus tribale cette fois-ci et la guitare qui filoche comme une Floride sur le macadam, l'on amuse par deux fois l'auditeur par des claquements de main Rendez-vous au Golf Drouot : ça commence bien mais ça se poursuit par un riff passepartout vaguement parfumé de relents jazzy. Ciari essaie de nous faire comprendre qu'il n'est pas une brelle, mais on l'avait déjà intuité. Un titre ô combien emblématiquement frenchy rock, mais qui diffuse une vieille musique.


Damie Chad.


PRESIDENT ROSKO
FRENCH CONNECTION / C. B. WRAPPER
Magnet 1981. Diffusé par Polydor

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Me suis rappelé en écrivant la chro sur le 45 tour des Champions que j'avais récupéré ce single – à vue de nez une dizaine d'années – chez Emmaüs. L'avais pris d'office. Ne savais même pas qu'il L'avait enregistré. J'en avais remis l'audition jusqu'à aujourd'hui. M'y suis risqué pour vous. Ne me remerciez pas, c'est inutile. Il est temps de parfaire votre éducation politique. L'année électorale s'approche, s'il vous plaît ne me fendez pas le coeur en me faisant part de votre choix. Quel qu'il soit, il sera mauvais. La France n'a eu qu'un seul président digne de ce nom. S'est exfiltré de lui-même de notre pays en plein milieu des évènements de Mai 1968. L'aurait pris pris peur. Notre citoyen américain n'était pas habitué à ces grands soubresauts populaires et tumultueux des gentils froggies... Venait d'un milieu amerloque aisé et artistique. N'aurait pas supporté la remise en cause des privilèges. En 1790, de nombreux nobles français choisirent l'immigration en terre étrangère, lui il s'exila en son propre pays.
L'avait déjà déchu de statut lorsque Radio Luxembourg lui confia les rênes de sa nouvelle émission censée attirer les adolescents, tous les jours hors week end de seize heures trente à dix-huit heures. Sur Radio Caroline, la fameuse pirate, l'était Emperor Rosco, mais en notre pays de moeurs farouchement républicaines il consentit à s'octroyer le titre de Président Rosko. Le seul Président à qui j'ai jamais consenti à prêter allégeance, fallait lever la main droite devant le transistor et répéter tout fort après lui je jure de n'avoir pour président et pour seul Président que le Président Rosko. A ma connaissance l'unique seul chef d'état qui ne prélevait pas d'impôt et qui vous déversait le contenu de la corne d'abondance du rock and roll sans compter. Minimax c'était un maximum de titres anglais et américains, pour les français tapait beaucoup dans le plus électrique de nos rockers, Ronnie Bird. L'avait l'art et la manière de vous infuser le rock and roll et le rhythm and blues le Président Rosko, un accent à couper au sabre d'abordage, un débit à faire pâlir de honte les flots boueux de l'Amazone, des jingles criards à vous tailler les oreilles en pointe toutes les trois minutes, bref un grand moment quotidien de fébrilité rock and rollienne. N'est même pas resté deux ans en place, mais après lui, la radio française est devenue une morne plaine... L'existe une autre version de son départ plus glamour que nous préférons de loin, l'aurait été remercié quod corrumpet juventum, certains officiels mettant en relation les houleuses fièvres de son émission avec les turbulences effrénées des constructeurs de barricades dans les rues de notre capitale...

Donc ce disque sur Magnet. Une compagnie dont le catalogue comporte des artistes comme Alvin Stardust, Chris Rea, Silver Convention et Matchbox. Si vous ne l'avez pas, inutile de vous défenestrer, ce n'est pas du rock and roll. De la musique de boîte, un bon bon groove, des choeurs féminins à la voix prometteuses d'affriolantes cabrioles, et le flew du President sans défaut, suffirait qu'il ralentisse un peu et s'amuse à syncoper les syllabes pour être un des premiers rappers. Deux titres interchangeables que je n'écouterai plus jamais. Aujourd'hui l'Emperor président devrait écrire ses mémoires. Sous le nom de Mike Prescott l'a tourné dans le milieu discographique français notamment chez Barclay au milieu des années soixante... Je l'avais écouté voici quatre ans, sur sa radio internet, l'avait inversé sa formule – ou je suis mal tombé – c'était un minimum de music et un maximum de blabla à toute blinde totalement incompréhensible pour moi petit frenchie... L'avait encore encore la frite. Même si par chez nous ses carottes étaient cuites depuis longtemps...
Un personnage du rock français dont peu ( je suis très optimiste ) se souviennent lorsque je l'évoque au hasard de conversations informelles...


Damie Chad.


POGO CAR CRASH CONTROL

Quand on a un bon groupe en vue faut en parler. N'ai pas eu besoin de chercher bien loin – sur leur FB pour visionner leur dernier clip – et seulement quelques clics pour retrouver la trace de leur premier dérapage discographique. C'est un album CD collectif qui regroupe douze groupes. Sortie en septembre 2014.

LA PEPINIERE 2014 : DIAMOND FIZZ ( Release ) / POGO CAR CRASH CONTROL ( A quoi ça sert ) / CENTRAL STATION ( This morning ) / PSYCHEDELIC GROOVE ( Take off to the unknow ) / BALTO PARRANDA (Paper maze ) / OK ( Sharks ) / ITHAK ( Totem ) SOUL FAKERS ( Explore ) / STRICKAZ ( Devolution ) / JET BANANA ( Kelly ) / THE JONBORROWS ( Club 59 ) / THE EARL GREY ( The Faith ).

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De qualité, bien enregistré. Propre, net sans bavure. Une aubaine pour des artistes qui cherchent à se faire remarquer, dans l'ensemble se sont rués dessus comme la gale sur la tonsure d'un moine syphilitique. En ont profité et mis les rallonges à la table de ce banquet des mendiants, Z'ont choisi les titres les plus longs de leur répertoire, Ithak est celui qui a tiré le plus sur l'élastique, dépasse les six minutes. Ne sont que deux à ne pas atteindre les trois minutes, Jet Banana avec la dénommée Kelly qui ne doit pas être bien grande, et nos Pogo avec leur 2' 35''. L'est sûr que si ça ne sert à rien, ce n'est pas la peine d'insister et de perdre son temps. Faut être en accord avec ses préceptes philosophiques. J'ai tout écouté du début à la fin. Scrupuleusement, vous connaissez l'honnêteté des rockers qui n'aiment que le rock. Comme par hasard les deux meilleurs titres sont les plus courts. Nous rajouterons les Jonborrows qui tirent leur épingle du jeu. Balancent bien et le chanteur a une belle voix. Au moment où j'écris ces lignes sont en concert à Meaux avec les Wahshington Dead Cats. Nous les croiserons un de ces jours. Me suis remis deux ou trois splits de Kelly Banana avant de me tourner vers les Pogo.

A QUOI ÇA SERT ?


Sont en deuxième piste. Font l'effet de l'aspic sur le sein de Cléopâtre. L'instant crucial. Un larsen pour commencer et un autre cinq secondes après pour vous trancher la gorge. Et tout de suite l'assaut des guitares. Plus tard elles s'emballent comme un gigantesque hachoir mécanique. C'est comme l'Enfer de Dante, laissez vos espérances devant la porte d'entrée. Dans le porte-parapluie. Puisqu'il paraît que l'humour est la politesse du désespoir. Dedans ça machette dur. Une demi-seconde de repos et c'est la chute finale. Bref mais intense. Tiens, vous êtes encore vivant ? C'est sûrement une erreur. Vous n'avez pas su répondre à la question subsidiaire que les paroles klaxonnent. Pourquoi y a-t-il quelque chose et pas rien ? Ah ! vous n'avez pas compris. Vous voulez rentrer chez vous vous mettre au chaud. Ce n'est pas grave. Tenez prenez ce bouquin, Oui-Oui et la Voiture Jaune, il vous aidera à vous endormir. A l'impossible nul n'est tenu. Le rock and roll, ça se mérite.

 

PAROLES M'ASSOMMENT

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Vais pas vous raconter le clip. Une véritable histoire avec un début, un milieu et une fin. Vous êtes assez grand pour le regarder par vous même ( F.B. des artistes ou You Tube ). Ce n'est pas le sujet qui est intéressant, c'est la mise en scène. L'esprit. Les Pogo Car Crash Control sont intelligents. Ont pigé que le rock est un art total. Au miroir d'un opéra wagnérien. Les images, bien sûr. Les fixes et celles qui bougent. Le rock, c'est beaucoup plus subtil que trois guitares qui hurlent. Faut mettre en scène. Pas tout à fait la même chose qu'être sur scène. Ne rien laisser au hasard, les affiches, les pochettes, les clips. Les trailers. Il y a ceux qui n'y pensent pas. Tant pis pour eux. Sont comme les trous sans le gruyère. Ceux qui se trompent, donnent dans l'esthétisme, la futilité du beau. Enfin ceux plus rares qui sont motivés par une esthétique. Pas facile, ça se construit. Faut la penser, la mettre au point. Faut savoir s'entourer. Exemple Baptiste Groazil pour la pochette. Les références sont nécessaires, doivent être là mais en profondeur. Les Dieux qui dorment sont ceux qui portent les projets les plus dangereux. Ne s'agit pas de jacasser, mais de signifier. Un minimum de moyens, un peu de savoir faire, de l'idée, pas des idées à l'épate patate, à la mord-moi-le-noeud de ma cravate tous les dimanches matins. Un profilage. Surtout si vous avez choisi comme les Pogo la coïncidence des contraires, hard trash and bad laugh, z'avez intérêt à ce que l'humour prenne la teinte du masque de la mort rouge d'Edgar Poe, mais version grotesque néronien. Léger décalage. En dents de scie. Coupante. Et aussi un but. Toute action doit être téléologique. Sachez inverser les signes, deuxième exemple, le clip de Paroles m'assomment vous repasse les plats du cinoche muet. Vous êtes tout fier, vous avez trouvé cela tout seul, oui mais il se paie votre tête. Un joyau d'or pur. A bon entendeur salut.


Damie Chad.

SIDNEY BECHET MON PERE

DANIEL-SYDNEY BECHET

EDITIONS ALPHEE – JEAN-PAUL BERTRAND

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Le fils qui rend hommage à son père. N'élude pas ses difficultés. A très peu connu son géniteur. Avait avait à peine cinq ans quand il est mort. L'a dû se fier et se défier des témoignages de ceux qui l'ont fréquenté, parfois admiratifs, parfois rongés par l'envie et la jalousie. L'a aussi interrogé les proches, sa mère qui n'avait point la fibre maternelle et s'en est tout de suite débarrassé ( gouvernante, pensions, famille ), et Jacqueline l'ancienne femme de Sydney qui l'a aimé... N'en est pas resté haineux pour autant. A su faire la part du respect et de l'affection. Créole, l'a reçu dans son sang la méfiance instinctive de ceux qui refusent de voir le monde, tout en blanc, ou tout en noir. Un détail qui ne trompe. Est devenu musicien de jazz. Batteur, remarquez que si Kenny Clarke était venu à la maison et m'avait refilé un coup de baguette magique, moi aussi je... Joue aussi du piano. S'est adonné à plusieurs styles de musique, l'a accompagné de grosses pointures, n'a pas dédaigné les musiques subalternes style, fusion, variétoche et même hard rock...

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Sidney Bechet nous l'avons à peine encontré dans KR'TNT ! incidemment lorsqu'il est venu d'Amérique en 1925, avec Joséphine Baker ( Kr'tnt ! 123 du 20 / 12 / 12 ) pour la fameuse Revue Nègre. Aussi dans la biographie de Moustache ( Kr'tnt ! 262 du 30 / 12 / 15 ) qui raconte en de trop épisodiques pages les premières pérégrinations vers le succès de l'artiste. L'a aussi joué avec Mezz Mezzrow ( voir Kr'tnt ! 106 du 12 / 07 /12 ). Mais pour le plus passionnant, la première partie de sa vie, aux Etats-Unis, les documents font défaut. Daniel recopie de longs extraits de l'autobiographie de son père, Treat It Gentle, traduit en Français sous le titre de La Musique c'est ma Vie parue à La Table Ronde en 1977.

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Sidney n'y raconte pas simplement sa vie. L'inscrit dans la saga de l'esclavage noir. Erige son grand-père en personnage mythique, esclave qui tous les dimanches battaient le tambour et menait la danse sur Congo Square ( Kr'tnt ! 143 du 09 / 05 / 13 ). Une histoire mélodramatique et romantique qui finira mal. Accusé par son maître d'avoir violé sa fille, il sera poignardé par un ami qui tenait à recevoir la prime promise. Qui ne lui fut pas remise.

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Histoire peut-être inventée mais nécessaire à l'histoire de la naissance du jazz entreprise au travers de sa biographie par Sidney. Une invention qui ainsi ne sort pas de la famille. C'est des tambourinades d'Omar le grand-père qui renouait avec le legs rythmique africain que naîtra le ragtime, cet entrecroisement de rythmes de plus en plus sophistiqués, de plus en plus complexifiés. C'est ensuite que s'installe la grande dichotomie, le succès des musiciens blancs qui récupèrent cette musique rebaptisée Dixieland et qui en retirent beaucoup d'argent, l'insécurité matérielles des créateurs noirs qui voient à chaque nouvelle avancée leurs trouvailles leur échapper. Bechet se définit plutôt comme un musicien de blues, mais qu'il adapte à sa clarinette et plus tard à son saxophone ténor. A treize ans, l'est déjà reconnu comme un sujet des plus intéressants. En 1924, le voici en Angleterre dans l'Orchestre de Duke Ellington, sera expulsé pour participation à une bagarre. Dans son livre Bechet se présente comme enfant d'une famille pauvre, créole et responsable. Pas question de traîner avec les voyous du quartier dans la Nouvelle-Orléans. L'était peut-être sage comme une image, mais à la fin de son second séjour en Europe, sera mis en prison pour onze mois, par chez nous, pour avoir réglé un différent avec Mike McKendrick, qui s'était mis à marcher un eu trop sur ses plate-bandes musicales, à coups de revolver en pleine rue... Daniel est formel, son père ne sortait jamais sans son revolver... Ce trait de caractère n'est pas sans évoquer la violence qu'entretenaient entre eux les joueurs de blues dans le Delta.

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Reviendra en France en 1949. Y résidera jusqu'à la fin. L'a trouvé toute une brochette de jeunes artistes plein d'enthousiasme à qui il délivrera bien des connaissances. Pas très patient, si vous ne comprenez pas ce qu'il vous explique, il vous montre en vous prenant l'instrument des mains. Une seule fois, ne supporte pas les esprits obtus. Les orchestres de Claude Luter et d'André Réwéliotty seront ses plus fidèles accompagnateurs. Petite Fleurs et Les Oignons lui permettent d'accéder à un succès mondial que les Etats-Unis lui auraient refusé d'acquérir. Z'étaient un de trop, son caractère tempétueux et les circonstances ont fait que ce fut à Louis Armstrong que fut dévolu le titre emblématique de représentant du jazz, aux States et puis dans le monde entier. En manifesta une sourde rancoeur. Le fils n'hésite pas à le classer parmi les quatre fondateurs du jazz avec King Oliver, Jelly Roll Morton et Louis Amrstrong. Insiste sur ses talents de découvreurs, a su s'entourer de musicien destinés à devenir célèbre notamment Kenny Clarke et Max Roach. Comme par hasard l'a toujours préféré les pianistes et les batteurs à tous les souffleurs... L'on n'est jamais mieux ensemble que lorsqu'on est le seul de son espèce.

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L'est un peu passé de mode. Sa figure d'apparence joviale et bonhomme qu'on lui prêta en France, ses frasques et son mariage carnavalesque sous forme d'un défilé monstre, ont aujourd'hui par un étrange retournement d'image quelque peu désacralisé l'icône. Les souvenirs de Moustache n'ont pas aidé à le monter sur un piédestal... On lui reproche parfois son succès européen, trop populaire pour être honnête. L'on en a conclu à un coupable laisser-aller vers la facilité. Daniel explique que la prolifération des groupes de style New Orleans ont codifié les saveurs exubérantes de ce premier jazz par trop séminal. L'est devenu une musique corsetée, froide, morte qui ne donne surtout pas à l'auditeur l'envie d'explorer les fiévreuses éminences des enregistrements originels. Sidney Bechet est mort en 1959. Son oeuvre est à redécouvrir, notamment ses compostions pour ballet qui n'aboutirent pas.


Damie Chad.

Private P.S. : le tableau de Staël est pour Léa & Patrick.

 

07/12/2016

KR'TNT ! ¤ 306 : KADAVAR / AIRPLANE / THE ACCIDENT / POGO CAR CRASH CONTROL / RON HAYDOCK / MYSTERY TRAIN / VIRGINIE DESPENTES / LONGUEUR D'ONDES

KR'TNT !

KEEP ROCKIN' TILL NEXT TIME

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LIVRAISON 306

A ROCKLIT PRODUCTION

LITTERA.INCITATUS@GMAIL.COM

08 / 12 / 2016

KADAVAR / AIRPLANE / THE ACCIDENT

/ POGO CAR CRASH CONTOL /

RON HAYDOCK / MYSTERY TRAIN /

VIRGINIE DESPENTES / LONGUEUR D'ONDES

Kadavar n’est pas avare

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Oh la la ! D’où sortent-ils, ces trois-là ?
Ces trois Allemands pourraient très bien sortir des bois. César et ses légions ont vu exactement les mêmes voici plusieurs siècles, lorsqu’ils tentèrent en vain de pacifier les hordes barbares des frontières du Nord. Miraculeusement, les Allemands et les Scandinaves ont su garder ces dégaines de bêtes sauvages qui remontent à la nuit des temps.

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Les trois Kadavar affichent le look barbare pur et dur, avec ce que les Anglais appellent le big facial hair, c’est-à-dire une barbe de cinquante centimètres et une tignasse qui ne descend pas jusqu’aux genoux, mais presque. Ce look fit pas mal d’adeptes en Angleterre dans les années soixante-dix : rappelez-vous d’Edgar Broughton et de son frère Steve. En France aussi. Ce fut une époque où on aimait bien faire le freak au lycée, histoire de se démarquer des beaufs à lunettes. Une époque où on adorait sentir les mèches de cheveux gras et sales nous fouetter le visage quand on circulait en deux roues. C’était avant les casques et les contrôles d’alcoolémie. Ceux qui avaient les moyens pileux de se laisser pousser une barbe se plaignaient que les filles fussent trop chatouilleuses. On notait aussi la présence de déchets alimentaires dans les barbes, ce qui ne manquait pas de déclencher de fantastiques parties de rigolade.

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Mais quand on a la chance de voir un groupe comme Kadavar sur scène, on oublie vite les misérables histoires de look. Car dès qu’ils commencent à jouer, il se passe quelque chose de spécial. Les appréhensions s’envolent d’un seul coup. Ces trois mecs tapent tout simplement dans la magie noire du premier album de Black Sabbath, l’un des plus beaux albums de l’histoire du rock anglais.
C’est avec cet album qu’Ozzy et ses amis créèrent un monde nouveau. À ce moment-là, il n’existait rien de comparable en Angleterre. Ce fut un coup de maître, car ce disque dégageait une atmosphère capiteuse et ne contenait aucun déchet. Il fut à Sabbath ce que le premier album des Ramones fut aux Ramones : un disque absolument parfait et insurpassable. Sabbath comme les Ramones passeront toute leur vie à tenter d’égaler la perfection de leur premier disque sans jamais y parvenir. Oh ils feront d’autres très bons albums, mais jamais aussi magistraux que leurs premiers coups de Trafalgar. Led Zep connaîtra le même destin : une suite de bons albums, mais rien d’aussi définitif que Led Zep 1, surtout à l’époque où il est paru, en 1968. Cet album rendit dingue plus d’un petit lapin blanc.

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Et si Kadavar accroche dès les premières mesures du set, c’est tout simplement parce qu’ils viennent de ce manoir hanté qu’on aperçoit derrière les arbres mauves, sur la pochette de Black Sabbath, un album devenu mythique par la force des choses. Les journalistes anglais ont toujours voulu classer cet album dans le hard rock, alors que ça n’avait rien à voir. Ce premier album était un album de heavy rock anglais absolument parfait, comme le sont ceux d’Atomic Rooster et plus tard de Motörhead que ces mêmes journalistes traitaient de hard-rockers, ce qui ne manquait pas d’agacer profondément Lemmy. Il passa sa vie à répéter à ces cloches de journalistes qu’il ne jouait que du rock’n’roll et rien d’autre. Pas d’interprétation hâtive, s’il vous plaît. Commencez par écouter les disques.

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Au-delà des clichés, Kadavar c’est d’abord un son. Et trois mecs qui sont contents de jouer. Ça se sent ! Il suffit de voir le batteur : pendant tout le set, il joue les bras et les cheveux en l’air. Il est à la fois explosé et explosif. Complètement extraverti. C’est un batteur qui nage dans le bonheur du son et qui fournit le plus heavy des fuckin’ beats qu’on ait vu ici bas. Le bonheur d’un musicien est quelque chose de terriblement communicatif, n’avez-vous pas remarqué ? De l’autre côté, le bassman fait son job, et si ses cheveux ne volent pas, c’est sans doute parce qu’il en a moins que ses collègues et qu’il se concentre sur ses drives tarabiscotés. Quant au leader Lupus Lindermann, il chante et joue sur une SG blanche. C’est un mec pas très haut et plutôt fluet, mais il a cette dégaine derrière son micro qui fait un peu penser à Dickie Peterson. Il joue avec une sorte de prestance, une jambe bien raide et l’autre en mouvement pendant les couplets, et puis soudain, il saute en arrière et claque le beignet d’un riff pour faire jaillir un ouragan de son. Très spectaculaire, d’autant que ses cheveux se mettent à flotter comme ceux de son copain batteur. Ces mecs sont dans leur son et ils nous convient tout simplement à partager leur festin de son dyonisiaque. À ce degré d’intensité et de véracité, c’est bien sûr un honneur. Black Sabbath et Blue Cheer, c’est pas mal comme influences, non ?

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Ils sont tellement bons que le set ne traverse pas les points bas habituels, souvent imaginés par les groupes eux-mêmes pour scénariser un final digne de ce nom. Ça ne semble pas être le cas de Kadavar qui n’est pas avare, puisqu’ils maintiennent pendant un peu plus d’une heure un niveau d’incandescence permanent. Mais ils vont en plus terminer avec un final éblouissant : ils tapent dans l’intapable, l’un des rares cuts que personne n’a jamais osé reprendre, à part les Pretty Things : «Helter Skelter». Eh oui, Lupus gratte le motif d’intro, et on retient son souffle... Va-t-il grimper dans la folie comme McCartney ? Oui, il en screame une prodigieuse équivalence, les voilà au sommet de leur art avec une explosion combinée de cheveux et de son, sur l’un des fleurons de l’histoire du rock.
Mais ne cherchez pas cette reprise sur les albums de Kadavar. La petite blonde qui tenait le mersh expliquait que le groupe ne jouait «Helter Skelter» que sur scène.

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Leur premier album sobrement titré Kadavar est paru en 2011. Il est bien sûr destiné aux amateurs de son gras et de psyché à la petite semaine. On y retrouve la lourde mélasse du premier Sab et de jolis départs en solo. C’est le heavy rock des seventies, celui que tout le monde semble redécouvrir aujourd’hui. Lupus Lindermann n’a pas vraiment de voix, mais comme Ozzy, il dispose de l’essentiel : une vraie présence. Les guitaristes se régaleront de «Forgotten Past» monté sur un riffage irrégulier, sans doute parmi les plus difficiles à jouer. On retrouve dans ce cut les échos du morceau titre de ce fatidique premier album de Sab, cette mélodie chant ensorcelante qui peuplait si bien la nuit. «Godness of Dawn» semble aussi sortir de cet ancien disque qui du coup joue le rôle d’un grimoire pour les nouveaux venus. En B se niche «Purple Sage», joliment emmené au beat à cloche, bien pulsé. C’est leur hit. Des spoutnicks traversent le ciel et ça sonne comme du Hawkwind. C’est chanté à deux niveaux de chat perché et ça vire à la mad psyché enchanteresse, constellée de notes étoilées. Envoûtement garanti. Ils dégagent là quelque chose de spécial, un vrai fumet païen, ça sent le corps de garde, le psyché poilu qui sort d’une caverne l’air hagard. En tintant dans le binarisme, le petit rebondi de clochette fait la grandeur du cut.

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On retrouve le même son sur leur deuxième album, l’ineffable Abra Kadavar paru deux ans plus tard. Nos trois amis chevelus s’amusent comme des petits fous, avec leurs riffs et tout le tralala. Nous voilà de retour au manoir hanté du premier Sab. Avec «Eye Of The Storm», ils passent au stomp à l’Anglaise, ce vieux stomp qui nous rappelle de si bons souvenirs. On nage dans le gras. Il faut beaucoup de courage et surtout de l’abnégation pour renouer avec un son vieux de quarante ans. En B, on se régalera d’un très beau «Fire» gorgé de son, comme d’ailleurs tout le reste de l’album. Ils flirtent ici avec Jethro Tull. La dimension épique finit par l’emporter et par convaincre. Et puis avec «Liquid Dream», ils nous proposent un son psyché tourbillonnant de la meilleure catégorie. Mais on sent bien qu’ils cèdent un peu facilement aux tentations qui fomentent le complot du genre. Ils terminent ce bel album avec un morceau titre groové au rock psyché, et on note la permanence de la prestance.

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La petite gonzesse qui orne la pochette du double album Berlin rappelle un peu celle qu’on trouve sur la pochette du Green Mind de Dino. On retrouve l’apanage du gros son dès «Lord Of The Sky». Ces trois mecs sont vraiment restés bloqués en 1972, un temps où le son coulait comme une rivière de miel à travers la vallée enchantée. Lupus joue comme un enragé. Back to Sab avec «Last Living Dinosaur», mêmes accents de voix perchée, même écho du temps, même mélasse progressive de Birmingham, même excellence de la stature. Lupus et ses copains réinventent le vieux monde. En B, Lupus claque «Filthy lllusion» à l’honnête riffing d’Humble Pie de pie d’apple de people together outrageously, oui, c’est solide et bien balancé, voilà encore un cut qui réchauffe le cœur. Et le «Pale Blues Eyes» qui suit n’est pas celui du Velvet, non, ils vont plus sur Hendrix, car ça wha-whate sec dans la marmite de cassoulet. Ces mecs-là ne réinventent pas le fil à couper le beurre, mais ils charbonnent bien la ferronnerie. On retrouve leur fabuleuse énergie scénique dans «Stolen Dreams». Si on les admire, c’est sans doute pour la bienveillance qu’ils montrent à l’égard du vieux rock des seventies. Ils lui redonnent vie. Ils en remplissent leurs trois albums sans jamais céder à la facilité, pas de balade inepte comme chez Aerosmith, pas la moindre trace de filler puant comme sur le deuxième album de Hard Stuff. Lupus se régale quand il part en solo, le plaisir le dévore de l’intérieur, ça se sent, ce mec est un fan de Sab à l’état le plus pur. En donnant une suite au premier Sab, il balance une pierre blanche dans la gueule de Dieu.
Sur le disk 2, «The Old Man» sonne comme un cut de Jethro Tull, dans l’esprit du chant. On croirait vraiment entendre Jon Anderson nous raconter la sombre histoire d’Aqualung. Mais les choses s’étiolent un peu sur la distance, ce qui paraît normal. Il faut un sacré répondant pour remplir un double album. Tout le monde n’est pas Jimi Hendrix, Dylan ou les Beatles. On écoute la dernière face nonchalamment, et certains cuts comme «Into The Night» réveillent les bons souvenirs du concert. C’est déjà pas mal.

Signé : Cazengler, cas dada

Kadavar. au 106. Rouen ( 76 ). 29 octobre 2016.

Kadavar. Kadavar. This Charming Man Records 2011
Kadavar. Abra Kadavar. This Charming Man Records 2013
Kadavar. Berlin. Nuclear Beast 2015

 

03 / 12 / 2016
MAGNY-LE-HONGRE / FILE 7


AIRPLANE / THE ACCIDENT
POGO CAR CRASH CONTROL

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Magnez-vous les eunuques, on file sec, le devoir nous appelle. Personne ne répond à part la teuf-teuf toujours prête à la moindre cavalcade rock'n'rollienne. Pas très joli le paysage, châtré de toute fantaisie, une interminable rue toute droite, qui n'en finit pas, bordée de maisons blanches bêtement unidimensionnelles, des guirlandes de Noël blanches et bleues en accord avec l'atmosphère glacée, l'on a l'impression de traverser un faux paysage de matière plastique. Magny n'est guère magnétique, l'est vrai que le patelin est niché contre Serris, tout près du Parc Walt Disney. Cet abcès putride de sous-culture américaine destinée à pomper le fric des masses populaires abêties par des années de soirées canapés avachies devant les ignominieux borborygmes de la télévision-réalité.
La teuf-teuf déniche une place toute seule comme une grande devant la Maison des Associations, symboliquement coincée entre un supermarché et une Eglise. Une vie à consommer, et un dernier réconfort avant le cimetière. Tout est prévu. Contrairement à que ces amers propos préliminaires le laisseraient présager je ne suis pas en dépression. Point du tout. J'ai le coeur chaud comme de la braise ardente. Ne me suis pas aventuré en cette morne plaine par hasard, Pogo Car Crash Control est de concert, et je suis de cette race impie prête à traverser de long en large les pires ZAD ( Zones Architecturales à Détruire ) pour répondre à l'appel du rock'n'roll.
File 7, c'est d'abord une Association qui fait partie du Réseau Musiques Actuelles (et Amplifiées ), qui gère salle de spectacle, studio d'enregistrement mis à disposition, et programmation large et variée. Un peu trop grand public et à la mode, à notre goût, mais ce soir, c'est la soirée Scène Locale, ce qui explique une sélection relativement axée sur le rock and roll, et cette pépite d'or finale que sont ces pogos incontrôlés.
Belle salle, grande scène, un bar au fond, somptueuses consoles pour le son et les éclairages. Un seul regret, l'altimètre sonore qui affiche le nombre de décibels – cette société hypocrite qui s'inquiète de mes facultés auditives tout en laissant des milliers de personnes dormir dehors par ces temps de glaciales froidures m'horripile...

THE AIRPLANE

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C'est beau comme de la musique classique. Pas pour rien que le guitariste s'en vient de temps en temps taquiner son clavier. N'ai rien contre. Mais rien pour, non plus. C'est le groupe local chouchouté par File 7. Ce n'est pas moi qui l'affirme, c'est écrit sur la présentation du concert. De la belle ouvrage. Des gars sérieux. Me souviens des temps anciens lorsqu'on emmenait les copines dans nos chambres d'étudiants pour leur faire comprendre que Genesis et Yes ce n'étaient pas tout à fait du rock'n'roll. On leur passait Johnny Winter, Canned Heat, Steppenwolf et autres gourmandises par trop juteuses... Mais revenons à notre avion. N'a pas encore décollé. Sont tous les quatre immobiles dans la pénombre, prêts à démarrer sur les chapeaux de roue du train d'atterrissage mais ils attendent le moment idoine. Laissent se dérouler la bande-son, mélodramatique et shakespearienne, vous met tout de suite dans l'ambiance, grandiose et grandiloquente, et hop, comme un seul homme, tous les quatre s'imbriquent dans le générique... envol réussi, aucune secousse ressentie, même pas ce léger et ultra bref malaise qui vous traverse lorsque vous ressentez que la carlingue ne repose plus sur la croûte terrestre mais flotte par le miracle de la technique sur la légèreté de l'air.

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Free World, Walk On, deux grand grands morceaux, deux courtes symphonies, qui vous emportent loin. Vous survolez de paisibles et sereines contrées d'herbes verdoyantes et de rivières méandreuses, mais parfois se présentent de fiers massifs vertigineux aux parois hérissées de glaces et de monstrueuses araignées géantes tentent de précipiter d'un coup de leur horribles pattes votre appareil dans leurs sombres repaires, c'est alors que la musique s'accélère, ou plus exactement qu'elle s'amplifie et gagne en puissance. Mais le danger passé de justesse, la plénitude envahit le coeur des voyageurs. Rien n'arrêtera la course de nos hardis voyageurs. Reçoivent de la terre ces renforts sonores d'ondes porteuses et technologiques qui les entraînent et les poussent en avant. If The Sun, Lazy permettent à Joris de nous emporter toujours plus haut, toujours plus loin, monte vers le haut de sa guitare et émet des notes cristallines de toute splendeur. L'on sent comme du recueillement chez ses collègues qui modulent en sourdine, en veilleuse pour ne pas déranger les spectateurs de leurs songeries intérieures. Visages sérieux de l'assistance – l'on a l'impression que des extra-terrestres sont en train de leur communiquer des nouvelles ultra-importantes sur les secrets de l'Univers – j'en souris, mais point trop, Arthur possède une belle voix qui se fond parfaitement avec l'instrumentation, l'est au diapason de l'ambiance veloutée.

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Nous emmènent loin, Future, Goodbye, sont comme les passagers de 2001 Odyssée de l'Espace, sont à des milliers d'années lumières de nous, sont en train de dépasser les limites du temps, accèdent aux arcanes du passé, du présent et du futur. Astronomy Domine conceptualisait Pink Floyd en ses débuts. Repoussent les frontières, passent les limites du big bang, nous envoient des messages chiffrés, DXHN, difficiles à décrypter, impossibles à comprendre, mais tout de même envoûtants. Silence absolu dans la salle. Tout le monde est ravi d'être submergé et dépassé par la majesté de ces signaux venus des océaniques splendeurs éthériques de l'outre-monde. N'y a que moi, sur mon matelas pneumatique de survie qui avec mon air goguenard doit ressembler au vilain petit canard sur la marre du scepticisme rock and rollien.
Font leurs adieux. Arthur nous présente ses remerciements et annonce le dernier morceau. Malgré son petit chapeau tout plat, l'a l'onction d'un prêtre qui vous apprend que la cérémonie sera d'ici peu terminée, que la divinité déjà s'éloigne, et ne sait quand elle reviendra. Grey accentue la lente lourdeur déclamatoire de sa basse et Alex nous englobe sous de majestueux roulements qui n'en finissent plus de se répercuter sur les murs. Avec leurs casques sur leurs têtes, qui leur donnent un air d'aviateur du temps des pionniers, donnent l'impression d'un équipage fou qui s'enfonce à tout jamais dans la béance de l'ultime trou noir de l'espace temps. Une espèce de remake de Robur le Conquérant en diaporama phonique du meilleur effet.
Ne sont plus là. Ovations triomphales de la salle. Beaucoup sont venus pour eux et disparaîtront dans l'interset, remplacés par une vague de nouveaux arrivants beaucoup plus jeunes. Sympathiques, pas du tout bégueules pour un quart de demi-sou. Propagent une musique que l'on pourrait qualifier de sérieuse sans se prendre pour des cas d'or. Ont réussi leur prestation. Pas tout à fait ma tasse de bourbon. Me manque le scorpion qui nage dans la bouteille...

THE ACCIDENT

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Attention un vélo peut en cacher un autre. Ne l'ai pas vu venir. M'a roulé dessus sans que je m'en aperçoive. Pour ma défense je peux alléguer que ce samedi soir du 26 mars 2016, les larmes d'un effroyable rhume obstruaient quelque peu mon champ de vision et peut-être même embrumaient-elles mon cerveau. J'étais dans le flou artistique. Ce n'est qu'au moment d'écrire cet article que ma raison raisonnante a provoqué le déclic salvateur. Une réminiscence platonicienne. Peut-être n'avez-vous rien compris et vous demandez-vous pourquoi Platon traverse cette épic chronic en bicyclette. Vous explique, permettez-moi d'éclairer votre catadioptre. The Accident est un groupe, et peut-être mieux un projet, formé par Patrick Biyick à la suite d'un accident de vélocipède... ( cf notre livraison 275 ) Et c'est bien lui que j'ai déjà vu ce dernier printemps à la date ci-dessus...
N'ai reconnu personne du groupe. Peut-être ont-ils changé, d'autant plus que le son n'est plus le même. Patrick Biyick lui-même s'est métamorphosé. Ne renfonce point son visage sous une capuche rouge. N'est plus obnubilé par son micro, n'a plus cet effort de verbalisation syncopale de ces textes qui le forçait à une certaine immobilité alors que ce soir entre deux couplets il saute comme un cabri enragé. L'a un méchant guitariste méchamment rock. Filez-lui un riff et il en sculpte une armature de fer irradiante, un cheval de frise en acier chromé que manufacturerait avec joie tout groupe de hard qui se respecte. D'ailleurs le premier morceau APE Living Free opère une salutaire coupure avec The Airplane. Le gros rythme binaire du bon vieux rock revient patauger de ses deux Pataugas en peau d'iguane dans l'antique boue du delta. Mais ça ne durera pas. Dès les deux titres suivants, Cri de Guerre et La loi du Marché, l'on comprend que l'on est dans une autre démarche. Les textes sont aussi importants que la musique. Et celle-ci n'est peut-être que le vecteur nécessaire à leur lancement. Sont comme des crachats à la face du système coercitif qui emprisonne et empoisonne les existences. Ce qui n'exclut pas une certaine jubilation qui s'épanouit en humour noir dévastateur. Jusqu'ici Tout va Bien, ce qui est sûr c'est que ça ne va pas continuer même si l'on est Trop Jeune pour Mourir.

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S'est vite débarrassé de son T-shirt, arbore un sourire ravageur et un torse musculeux qui a dû ravir les demoiselles. Sait communiquer avec le public et le faire réagir au quart de tour. Pose des questions et n'attend la réponse que pour vous renvoyer la balle. Débite ses lyrics à toute vitesse, ne cherche pas l'esbroufe mais une fois terminé rajoute un petit commentaire pour montrer qu'il a encore du souffle et qu'il pourrait continuer. Mais l'instant du déchaînement dionysiaque est venu et il tourne sur la scène de plus en plus vite pendant que derrière l'orchestre accélère. Et puis hip hop ! une deuxième rasade de texte immédiatement suivie d'un tourbillon bondissant. Incarne la joie de Vivre, cette allégresse vertigineuse qui vous saisit pour la simple raison que vous respirez.
L'a la salle dans la main, lui fait entonner le plus insipide des refrains La, La, La et tout le monde s'exécute sans rechigner et reprend en choeur a capella. S'y colle dessus, et le band le suit. Morceau un peu faiblard toutefois, trop facile, avis personnel qui ne semble pas coïncider avec l'ensemble de l'assistance. Le dernier titre remet la pression, la guitare reprend son rôle d'instrument reine du roick and roll, et sonne le la(minoir) des forges incandescentes. Sortent sous une salve d'applaudissements.

POGO CAR CRASH CONTROL

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Noir total. Des guitares qui gisent par terre. Silence et une bande qui tourne. Minimale, une basse qui s'acharne sur une note comme l'insecte en colère qui tente de traverser la vitre qui l'isole de la complétude du monde. Quatre ombres qui entrent, sous les cris, et s'en vont prendre leur place. Eclair de lumière, sont déjà en train de ceindre les sangles et de se poster derrière les fûts. Pas de temps à perdre. L'aprockalypse arrive sans attendre d'être annoncée. Aucune vaticination ne saurait y surseoir. Un râle de caisse claire et c'est parti pour le voyage au bout de la nuit. Celle qui n'est point suivie d'aube lumineuse. Louis tapi, dans l'ombre on ne le verra pratiquement pas, à peine un bras qui surgit tel un geste d'adieu, semblable à celui du Maître inférant le tumulte de l'Océan du fond d'un naufrage mallarméen, indiquant le nombre fatal du chiffre de la démesure outrancière du rock and roll. Simon frotte sa guitare sur le micro, tel le lion qui pousse son mufle sanglant dans l'entrejambe de sa femelle. Le rock est tissé de ses rubans métalliques qui percent les tympans, pris d'une rage soudaine de berserker en furie il monte à l'assaut du piédestal de la batterie et s'écroule dans les toms tandis que ses cordes glapissent comme des cris de haine. Nous n'en sommes qu'au deuxième morceau et déjà les fils du kaos brisent leurs chaînes. Royaume de la douleur, Paroles M'assoment, Hypothèse Mort, se succèdent comme un syllogisme de l'amertume cioranesque. Olivier ne chante pas, il scande les épines de l'adolescence humaine. L'est le fou dans le cabanon, qui tape à poings fermés sur les murs, à qui personne n'ose plus apporter à manger, se nourrit du sang de sa propre colère, il écrase les mots, les uns contre les autres, les mord à pleine bouche, à pleine dents, les brise comme des os pour que la substantifique moelle de la révolte vous abreuve de ses pâles fureurs. Lola, seul photon de lumière noire dans la tourmente, gracile d'apparence, mais la corne de sa basse qui imite la courbe de la hallebarde des lansquenets est engoncée entre ses seins comme une menace d'auto-destruction et ses minimalistes gestes des mains redessinent l'espace sonore pour précipiter le désastre de l'auto-destruction instinctive de ceux qui ne veulent toucher qu'à la beauté sauvage et rimbaldienne du monde. Tout Gâcher, Je Suis un Crétin, il est des dépressions auto-punitives qui se traduisent par une hargne, par une rage, qui vous induit à retourner le couteau du rock contre vous-même pour que la blessure se transforme en exaltation indienne, danse de sioux à l'esprit du soleil noir des alchimistes. Pogo Car Crash ne contrôle plus rien, l'électricité déferle sur vous, vous arrache une par une les écailles de l'expérience de tous vos échecs accumulés. Public tout contre la scène, visages extatiques, vous savez que vous vivez un de ces instants magiques qui vous rapte, vous offre l'accès à un champ infini de condensation énergétique hors du commun. Consensuel, Restons-en là, Je perds mon Temps, le temps du dépit, le monde est trop petit pour ceux qui aspirent aux fièvres purpurales des passions délirantes. Le rythme s'accélère, Conseil, sur quel titre Olivier rompt-il un câble, je ne sais plus, court de jack en jack mais la pression ne décroît pas d'un iota le temps que, retiré au fond de la scène il répare les dégâts, Simon en profite pour envoyer des riffs torpilles tandis que Louis et Lola tracent des gerbes d'écume, ne s'est pas écoulé que deux minutes que la saison en enfer continue, Crash Test, Crève, les deux derniers titres immolés sans pitié, les jouent avec une intensité égale, ni plus vite, ni plus fort, mais davantage en pointe, une horde barbare qui emporte tout sur son passage, roulent à tombeau ouvert en un continuel rictus de jouissance, nous balancent tous les résidus ectoplasmiques du rock'n'roll, le mythe et la présence, le cri qui tue et l'instant qui se détraque, la fulgurance et la jeunesse éternelle qui pousse le chant du cygne éternellement recommencé. Olivier qui scie et strie sa guitare, Lola dans le pâle halo de sa blondeur lacère sa basse, Louis nous éblouit l'ouïe de ses raquèlements reptatifs, Simon déchaîné dans son jus électrique, tout cela s'arrête et quitte la scène sans un mot. Une tornade qui s'éloigne et vous laisse pantelant d'avoir trop crié et hurlé. Va falloir se réhabituer à faire semblant de vivre.

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RETOUR AU REEL


J'étais venu pour Pogo Car Crash Control. Les deux autres groupes n'ont pas été mauvais, mais ils ne s'inscrivent guère dans la généalogie rock que je vénère. Un peu inquiet. Il y a quinze jours j'avais été plus que surpris ( et emballé ) de la qualité de leur set. Etait-ce un coup de chance, un concert exceptionnel comme l'on n' en fait qu'un dans toute sa vie ? Parfois les dieux descendent et vous influent une énergie que vous ne retrouverez plus jamais. J'osais espérer que ce serait aussi bon. Ce fut bien meilleur. Plus sec, plus nerveux, plus intense. Une simplicité classieuse. Du pure electric rock'n'roll. Une merveille. A ne pas quitter des yeux.

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( Photos : FB des artistes, ne correspondent pas à cette soirée )


Damie Chad.

SOUNDS LIKE RON HAYDOCK
99 CHICKS / BE-BOP-A JEAN / ROLLIN' DANNY / CAT MAN
EP -043 / NORTON RECORDS


99 Chiks : sonne un peu comme le Rocky road Bbues de Vincent, un piano fou qui file droit, mais la voix de Ron trop grave n'a pas la flexibilité si particulière qui lui permettrait de rouler aussi vite que le bastringue. Be-Bop-A-Jean : une resucée de ce que vous savez, étrangement dans l'intonation vous retrouvez comme un lointain écho de Buddy Holly. Rollin' Dany : des quatre titres c'est celui qui colle le mieux à son modèle, même si l'orchestration préfigure le son très sixty de l'album Crazy Times. lui manque cette touche de génie que l'on appelle la réappropriation. Cat Man : s'attaque à un gros morceau. Un des titres les plus inquiétants du répertoire. Ron Haydock évite l'erreur de vouloir rendre la violence contenue de l'original. En accélère le tempo, lui donne un petit air de mariachis mexicains – je sens que je vais me faire insulter – les roulements percussifs ne sont pas sans rappeler l'atmosphère de Havana Moon de Chuck Berry.

Pris d'un doute suis parti sur You Tube, j'ai l'impression que les versions sorties d'autres enregistrements que de cet EP sonnent parfois mieux. Un son plus ramassé, plus fort. La version de Cat Man possède en outre l'avantage d'être illustré par des images de comix d'époque. Ne manquez pas non plus son Rock Man ( tribute to Gene Vincent ) dans lequel Ron a su poser le timbre plutôt grave de sa voix sur une orchestration rythmiquement très resserrée.

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L'avais pris pour la pochette, une transposition de Sounds Like Gene Vincent. Je ne connaissais pas, un petit rockabilly man comme il y en a eu des centaines pensai-je – des gars qui ont gravé deux titres géniaux et qui se sont éloignés des radars, l'on ne sait pas trop pourquoi, la faute à pas de chance, à manque de promotion, ou à la jeunesse qui se termine en queue de poisson, mariage, gosses, turbin, exunt les rêves de gloire.
En fait pas du tout. Ron Haydock est à classer entre Gene Vincent et les Cramps, une vie éminent rock'n'roll, au piment de Cayenne du commencement à la fin, un scénario de film. Le début, naît le 17 avril 1940 – vingt ans jour pour jour avant la mort d'Eddie Cochran – et sera enterré en 1977, le jour même de la disparition d'Elvis. Meurt sur une bretelle de sortie de la mythique Road 66, sur laquelle il déambulait à pieds.
Reçut sa première commotion électrique lors de la sortie de La Blonde et Moi en 1956. Dès 1959, à la tête de son groupe Ron Haydock and the Boppers, fondé l'année précédente, il enregistre une poignée de singles chez Cha Cha Records, apparaîtra aussi dans une des émissions culte d'un certain Lux Interior. Le rock'n'roll n'est toutefois qu'une passion adjacente, dévastatrice certes, mais il est avant tout un fan de comics. Désolé, ce n'est pas un adepte de la ligne claire, préfère les noirceurs pulpeuses, l'est attiré par le wild side, les serial killers and the hot erotic practices... après diverses collaborations à plusieurs organes de la presse spécialisée en ses croustillantes matières il finit par monter sa propre revue Fantastic Monsters of the Films. Publie aussi des nouvelles sous le nom de Don Sheppard notamment Scarlet Virgin au titre prometteur. Rédigera sous le pseudonyme de Vin Saxon plusieurs ouvrages pornographiques pour adultes ( que les enfants, allez savoir pourquoi, s'empressent de lire ), Pagan Lesbians, Unatural Desires, Erotic Executives, des titres qui vous mettent l'eau et le foutre à la bouche. Sera aussi un collaborateur de Creepy le magazine de James Waren. S'est adonné au cinéma en tant que scénariste et acteur in Rat Pfink qui eut son heure de gloire.

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Disparaîtra à 37 ans, pratiquement à l'âge de son héros Gene Vincent. Une vie mouvementée. Sex, rock and horror, il semblerait que la folie dépressive s'en soit aussi venue frapper à plusieurs reprises à la porte de l'esprit de cet activiste culturel de haut vol et de basses oeuvres. Un héros populaire.

Damie Chad


P.S. 1 : Merci à Woodyanders et à sa mini-biographie de Ron sur imbd.com
P.S. 2 : l'existe aussi chez Norton un CD : 99 Chicks ( CED 247 ) qui regroupe une grande partie des enregistrements de Ron Haydock, mais les versions des deux derniers morceaux de ce 45 T, sont inédites.

MYSTERY TRAIN


S'agit du premier groupe d'Hervé Loison beaucoup plus connu sous les appellations de Hot Chickens, de Jacke Calypso, et de Wild Boogie Combo. L'on ne présente plus, vous savez tout le bien qu'en pensent les amateurs de rockabilly. Quelqu'un qui bouge les murs de l'intérieur en ressuscitant la folie originelle.

MYSTERY TRAIN
DRIVES UP TO THE MOON / MILKCOW ROCK
LOVELY LOLA / BUTCHER'S STROLL
EAGLES RECORDS EA-R 95051 /1995

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Drives up to the Moon : départ en trombe, éruptif à la Sromboli, après le pont l'a dû être atteint d'une thrombose du cerveau, ricane à lui tout seul comme l'ensemble des pensionnaires de l'asile des fous de la région. Avant de l'enfermer définitivement laissez-le un peu tourner en rond, en toute liberté sur votre pick up. Cela vous fera du bien. Milkcow Rock : les ruminants dans la grande prairie, il y a bien une vache folle qui yodelle comme un cow-boy ivre dans le saloon, mais dans l'ensemble nous classerons cela dans le registre évocation country. Un peu déjantée, nous l'admettons, puisque vous n'insistez pas. Lovely Lola : l'est dans tous états l'Hervé, la miss Lola lui fait un effet boeuf, enfin taureau spermateux au bord de l'embolie sexuelle. Quant aux accompagnateurs sont dans le même état, screament de toutes leurs forces comme sur un disque de Gene Vincent. Butcher's Stroll : instrumental, rien de déchirant mais pour montrer que l'on sait le faire. Vous retrouvez ce son sur certaines démos d'Eddie Cochran.


MYSTERY TRAIN
TRENAGERS INVASION
BAD GIRLS PARTY / I LIKE TO ROCK, I LIKE TO BOP
COTTONPICKIN' / TEENAGERS INVASION
EAGLES RECORDS EA-R 95052 / 1996

 

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Bad Girls Party : faudrait lui interdire de s'approcher des filles, vous le propulsent dans un de ces états l'Hervé, on ne le retient plus dès qu'il sent une braise de clitoris clignoter comme une centrale atomique prête à exploser. Et derrière, les autres qui bêlent comme des chacals en manque qui viennent de trouver un cadavre de chair fraîche à dépiauter. I like to rock, I like to bop : ne sont pas encore calmés, Loison manque de s'étrangler à chaque respiration. L'en cocotte même comme un poulet à qui l'on est en train de trancher le cou. Ne vous affolez pas, c'est juste du rock and roll. Cotton Pickin' : un petit instru pour faire passer le poulet au sang. N'oubliez pas les cris de rigueur. Emballez, pesez, n'oubliez pas de servir chaud. Teenagers Invasion : ça devait lui peser de ne pas chanter, se précipite sur L'invasion des teenagers comme un chien affamé sur de craquantes croquettes. Les trois autres mousquetaires le suivent en mettant le feu à leurs guitares.


L'on peut dire que ces disques sont les années d'apprentissage. Etude des tables de multiplications à réciter par coeur. Mais l'on se permet de changer les chiffres de place. De quoi faire sourciller les puristes qui n'aiment pas les petits malins trop doués. Oui mais ils sont créatifs.

MYSTERY TRAIN
IN MEMORY OF ELVIS PRESLEY
ROCKIN' ELVIS ( Medley ) / MYSTERY TRAIN
STROLLIN' ELVIS / GOOD ROCKIN' TONIGHT
EAGLES RECORDS EA-R 9704059 / 1997


Rockin' Elvis : une vieille passion d'Hervé. Tout dernièrement Hervé était aux States avec un mini-magnéto portatif, y enregistrait des voix dans les lieux preleysiens symboliques pour un prochain album sur les chansons douces d'Elvis. Piégeux, l'on vous attend toujours au tournant de ce genre hommagial. Commence bien, imite parfaitement la voix d'Elvis, ne s'en éloigne jamais tout à fait mais se permet d'en accentuer le côté campagnard. Ce côté innocence rurale qui excuse toutes les excursions tendancieuses vers quelque chose un peu plus étrangement trouble. Mystery train : un titre qui s'imposait. A l'origine de Little Junior Parker, un de ces bluesmen que Sam Phillips enregistrait dans la première période Sun. Ceci peut permettre de comprendre l'amour immodéré qu'Hervé Loison porte au blues. Une batterie qui prend trop de place et un Loison qui pour être trop fidèle essaie de passer en force, heureusement que dans la deuxième partie se libère d'un respect par trop encombrant en se mettant à siffler comme une locomotive. N'ira pas jusqu'à joindre une poursuite de peaux-rouges criards. Dommage. Strollin Elvis : un des grands secrets du succès d'Elvis, savait rocker mieux que personne, mais l'avait compris que les filles préféraient l'eau tiède du stroll. Evidemment ces gros bêtas de garçons ont suivi. Ont oublié que les filles les aiment mieux quand ils se la jouent rebelles et qu'il y a beaucoup mieux à faire que d'endosser le rôle de chevalier-servant bien élevé par sa maman. L'êtralité féminine est pleine de contradictions. D'ailleurs l'Hervé nous semble un peu emprunté dans ce costume trop à l'étroit pour lui. Good rockin' tonight : L'essaie de se rattraper sur le morceau suivant, mais c'est un peu comme s'il lui manquait un peu de noir à la nuit. Y en a qui préfère Marylin Monroe dans Bus Stop, mais question cowgirl, elle est bien plus convaincante dans The Misfits. Reste trop près de l'original. Plus attendu. Ne faut pas hésiter à tuer le Maître. Mission accomplie depuis.


Damie Chad.

KING KONG THEORIE
VIRGINIE DESPENTES


( Livre de poche 30904 / 2012 )

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Me faudrait un petit livre, vite lu, pour une chro sur KR'TNT ! Descends au garage, ma seconde bibliothèque, dans lequel j'entasse en un fouillis indescriptible tous les bouquins chinés au hasard des coups de tête chez les bouquinistes. Tiens celui-ci, n'a même pas un centimètre d'épaisseur, je tire de l'amoncellement, main heureuse, King Kong Théorie – serait-ce la théorie du con royal ? -de Virginie Despentes. Parfait, n'ai encore jamais lu une ligne de cette virginienne des pentes fatales. En ai beaucoup entendu parler. Sulfureuse réputation. Amoindrie ces derniers temps par son entrée à l'Académémie Goncourt, en ce début d'année 2016. Sérail littéraire d'élite poissoneuse au service du merchandising culturel. Que voulez-vous, nulle n'est parfaite, moi je préfère les pistes ombreuses. N'êtes en rien obligés de partager mes goûts a-prioriques. En tout cas, Virginie Despentes est un personnage rock, à cent pour cent, une insoumise qui ne marche pas au pas.
L'est née en 1969, année idéale pour avoir quinze ans lors de l'explosion punk. L'en partagera toutes les dérives – au sens situationniste de ce terme – tous les itinéraires tangentiels d'une exploration existentielle du nihilisme contemporain. Si la vie n'a pas de futur, ne reste plus qu'à en repousser les limites, pour tenter de voir ce qu'il y a derrière. Logique et précieux offertoire baudelairien conclusif des Fleurs du Mal. Toutefois l'on n'échappe guère à son implantation charnelle, appartenant à l'espèce humaine Virginie n'en reste pas moins un être féminin, une femme, une femelle. L'avait en gros une chance ( ou une malchance ) sur deux de tomber dans cette case, et le hasard génétique l'a fait naître en une époque historicienne de revendication et révolte féministe. Méfions-nous des tartes à la crème des idées correctement admises par la société. L'est un féminisme revendicatif, bon-chic, bon-genre – BCBG à ne pas confondre avec CBGB – politiquement correct, partagé par toute la bonne pensance de gauche comme de droite, qu'il convient de culbuter dans les sentiers exigus de la moraline. L'en est un autre qui ne se contente pas de bêler dans le sens moutonnier de la sage intégration respectueuse des droits de l'Homme ( et de la Femme ) octroyée comme une charte participative au bon savoir-vivre-ensemble d'un contrat social démocratique qui aurait besoin de quelque dépoussiérage.

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C'est qu'il existe des brebis noires, qu'un esprit pervers pousse à explorer les chemins de traverse que le troupeau réprouve. Au nom de quelque chose, qui n'est jamais nommé, ce vieux fond de christianisme faisandé, puritain, et patriarcal qui enjoint à toute les soeurs de normativement se bien conduire. Chacune à sa place et les oies ( plus ou moins, faut hélas vivre dans son époque ) blanches seront bien auto-gardées. Un peu de liberté, librement auto-consentie à soi-même, mais point trop n'en faut.
Pour celles qui empruntent les pistes dangereuses, qu'elles ne viennent pas se plaindre. Motus et lèvres cousues. Genre de proposition par trop péremptoire qui ne plaît guère à Virginie. L'a l'habitude de les ouvrir toute grandes. Pour son plaisir personnel. Et son déplaisir aussi. Commence donc toute jeune à courir les routes de France. En auto-stop. Pour assister à des concerts punk – une saine occupation qui devrait lui valoir l'absolution pleine et entière de l'Association des Enfants de la Sainte-Vierge – disséminés aux quatre coins du territoire national. Lever le pouce est un moyen de transport économique, mais qui peut coûter cher et chair. Un soir, le scénario tourne mal, elle et sa copine sont frappées et violées par trois jeunes gens. S'en sortent bien, puisqu'elles sont vivantes. Virginie ne se plaint pas. Ne joue pas à l'innocente jouvencelle qui n'avait jamais vu le loup sortir du bois pour entrer dans ses abattis. Un mauvais moment à passer. Un pénible souvenir à oublier.
L'est une affranchie du sexe, ne dit jamais non quand on lui plaît. Reconnaît même que parfois quand on a bu, on ne sait plus trop au matin ce que l'on a fait la veille. Pas de quoi en écrire une tragédie racinienne en cinq actes. Surtout qu'elle ne cache rien. Survit en faisant des petits boulots. ( Perso je pense qu'il n'existe que des boulots mal payés. ) Met en expérience ce que nos chantres – pardon, nos chancres – politiciens nomment flexibilité. Cherche à se sortir de cette précarité financière. Se prostituera occasionnellement. L'assume sans ambages. L'expérience n'est pas si désagréable qu'il n'y paraîtrait. Ne parle pas de plaisir extatique mais de connaissances. Pratiques sexuelles diverses et surprenantes, mais surtout connaissance de soi. C'est au pied du sexe que l'on est capable de savoir jusqu'où l'on peut aller. En ésotérisme tantrique, l'on appelle cela la voie de la main gauche...
L'arrêtera ses pratiques, le succès de Baise-moi lui permet d'être moins dépendante... C'est alors que survient le retour du bâton. Freud aurait dit le retour du phallus, mais Virginie Despentes est trop engagée dans la concrétude du sexe pour se risquer à de telles élucubrations phantasmatiques conceptuelles. Se contente de rédiger sa King Kong Théorie.

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Point de mauvaises et fausses interprétations de cette titulature. Ne signifie pas que les hommes sont de vulgaires primates, d'ignobles orang-dégoûtants prêt à sauter sur tout ce qui possède une mignonnette et innocente chatounette dans le creux de son entrejambe. Référence au film de Peter Jackson. Le méchant gorille géant fait ami-ami avec la belle Ann Darrow, s'installe une relation de confiance et de respect entre le géant et la fragile jeune femme. Au-delà et en-deçà du sexe. Pas de l'amour, pas de l'amitié. Une espèce de lien érotique bâti sur la trop grande disproportion corporelle des protagonistes. Certes ce n'est qu'un film. En monnaie de singe. Peut-être même à l'eau de rose. Mais comme une nouvelle donne proposée pour régir les relations homme / femme, l'absence de sexe n'exclut pas le désir quand le désir ne s'abolit pas dans l'appropriation forcenée du sexe.
Virginie Despentes ne se berce pas d'illusion. Une direction à envisager, entrevue dans un lointain temporel pour lequel elle ne prend même pas la peine d'avancer une date de réalisation hypothétique. Pas mal pour quelqu'un qui provient du No Future punkoozitäl. Retourne vite dans le présent. Appuie sur les idées toute faites. Non, elle ne condamne pas la pornographie. Accepte même que l'on puisse y prendre du plaisir. Brut et sans pruderie. De même pour la prostitution. Beaucoup la pratiquent par raison économique. Un travail pas jojo et pénible. Mais n'est pas le seul dans notre société, si vous croyez que c'est beaucoup mieux d'être rivé à la chaîne chez Peugeot ou humilié toute la journée par la sous-merde arrogante qu'est votre chef de bureau ou de chantier, vous vous mettez le doigt dans l'oeil jusqu'à la clavicule et c'est tout autant désagréable, sinon plus, que le client qui vous enfonce sa pine dans le cul. Reste à savoir quel est le mieux payé.
Vous écarquille les yeux. N'ôte pas ce sexe que vous ne sauriez voir. Nous sommes dans une société marchande. Et libérale. Tout se vend. Tout s'achète. Faut que le client et l'artisan retirent un égal bénéfice de la transaction. Pas d'intermédiaire qui se goinfre au passage. Aujourd'hui la prostitution est rayée de la carte. Exit des centre villes. Est reléguée dans les quartiers périphériques. La police et la morale marchent la main dans la main. Certains diront dans le sac. Hypocrisie sociale. Surtout cacher que les travailleuses du sexe sont pour la plupart des gamines issues des milieux populaires et des malheureuses illégalement entrées sur le territoire national... Tout s'achète et tout se vole.

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Et le viol d'une papillonne a donc engendré ce livre de colère ! Mais le viol lui-même qu'en est-il ? L'a sa théorie là-dessus. Bâtie sur sur sa propre expérience. N'a pas été à la fête. L'a eu la trouille de sa vie. Le cul brûlé aux vits mais dans sa panique, l'a tout de même gardé la tête froide. Toute théorie découle d'une observance, d'une pratique inattaquable. Les mecs qui vous baisent en groupe sont plus intéressés par les performances des copains que par les gigotements de la proie. Le mâle se dévoile, c'est à qui l'aura la plus longue et la plus efficace. L'on se jauge et l'on s'envie, sans fausse honte puisque la témoin est sans importance et qu'elle essaie de se faire oublier, aussi petite que son  trou de souris, dont les gros matous se moquent alors même qu'ils la foutent en coeur. Chose acquise – de gré et à priori de force – perd tout intérêt, les violeurs sont des voyeurs qui ne vous regardent pas, leurs désirs sont ailleurs, sur ces corps d'hommes que leur fierté virile leur interdit de désirer. Le viol en tant que pratique refoulatoire de l'homosexualité. Virginie Despentes n'y va pas pas avec le dos de la ceinture de chasteté outragée, va-te faire foutre ailleurs par tes alter-égos, lance-telle à la gueule de ses pendards. Tu aimerais faire la queue, pas à la fille, mais à l'autre file, celle des mecs, que ton idéologie machiste à la mords-toi le noeud t'interdit. Honte sur celui qui est incapable d'accomplir ses désirs les plus intimes. Ces rêves irréalisés que vous transmettez sous forme d'actes cauchemardesques à celles qui n'y sont pour rien. Un livre qui remet les braguettes en place.
Sex, drugs and rock'n'roll. N'effleure que le premier membre de la trinité. Les deux autres, les mentionne incidemment, ne sont pas le sujet du livre. Même si ces parallèles se croisent – et parfois finissent par s'embrouiller – dans bien des existences. Question sexe vous êtes servi. Mais attention, Virginie ne vous force pas à manger. Si d'autres assiettes vous tentent, ne les dédaignez pas. Sa théorie n'est pas universelle. Rejoint le principe thélémite, fais ce qu'il te plaît, et surtout ne force pas les autres à pratiquer ce qui fait ton bonheur. Bien sûr, tu peux te retrouver vite seul à ce grand jeu du désir de vivre. Mais ce sera toujours mieux que d'être mal accompagné.


Damie Chad.

SUR LA MÊME
LONGUEUR D'ONDES
LE DETONATEUR MUSICAL
N° 79 / AUTOMNE 2016

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Pas cher. C'est gratuit. Se moquent pas du monde. Cinquante-deux pages, photos couleurs, bien écrit. Fondé en 1982 par Serge Beyer, tiré à cent mille exemplaires. Distribué en France, en Belgique, au Québec et en Acadie, principalement dans les lieux à vocation culturelle. Ne me demandez pas comment ils équilibrent les comptes. Tout de même quatorze pages de pub dans ce dernier numéro. Sûr qu'il doit y avoir une nuée de bénévoles qui marnent pour le plaisir. Possèdent aussi un site et un FB que vous devez aller voir si les groupes et les chanteurs dont nous causons dans KR'TNT ! vous paraissent trop bruyants. S'intéressent aux créateurs francophones. Ouvert à tous les styles, chansons, électro, et ce que j'appelle les artistes France-Inter, ils adorent découvrir les inconnus – certains deviennent célèbres comme Dominique A et Noir Désir - mais en règle générale c'est un peu le mainstream des anonymes. Pour résumer et faire court, ce n'est pas très rock and roll. Evitez de confondre avec Sniffin' Glue et Big Beat.


Damie Chad.