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15/06/2016

KR'TNT ! ¤ 286 : LEGENDARY SHACK SHAKERS / BLUES STORY / LAURENT CHALUMEAU

KR'TNT !

KEEP ROCKIN' TILL NEXT TIME

, Legendary Schack Shakers, Le Blues - Mike Evans, LAURENT CHALUMEAU

LIVRAISON 286

A ROCKLIT PRODUCTION

LITTERA.INCITATUS@GMAIL.COM

16 / 06 / 2016

LEGENDARY SHACK SHAKERS

BLUES STORY / LAURENT CHALUMEAU

BOURGES – 06 / 05 /2016
WILD AND CRAZY COSMIC TRIP FESTIVAL

LEGENDARY SHACK SHAKERS

CHAQUE SHACK SHAKER CHOQUE

, Legendary Schack Shakers, Le Blues - Mike Evans, LAURENT CHALUMEAU

 


Le colonel J.D. Wilkes ne se rendra jamais. Ses amis ont beau lui répéter que la guerre est finie depuis longtemps, ça ne sert à rien.
Observez bien son visage. Vous y lirez toute la détermination du monde. Dans son regard brûle encore la haine du Yankee et la rage de vaincre. Quand on croise ce regard dur, on pense bien sûr à Vincent Van Gogh qui lui aussi ne voulait pas lâcher prise. Ces personnages au caractère trempé échappent au jugement des hommes et de Dieu.

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Son groupe s’appelle The Legendary Shack Shakers. Ils viennent régulièrement en France. On les a vus jouer à la Boule Noire devant dix personnes, mais ça n’empêchait pas le colonel de stormer le show, c’est-à-dire de sauter en l’air, faire la danse du ventre, mimer le pédalage du cycliste et même danser le kazatchok. Il peut faire tout ça sans problème, car il est léger comme une plume. Le colonel est une authentique bête de scène, un genre de Lux Interior hillbilly, see what I mean ? Il ne recule devant aucune obscénité mimique. Il souffle aussi dans son harmo comme un démon. Pour un peu, il ridiculiserait Walter Daniels.

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C’est un showman fantastique qui repousse les limites du genre. Il est de la race des couennes sudistes que rien ne perce, de la race des increvables. Il mime ses paroles, fait le pitre, sue, chante, saute, il fait de son corps un propulseur de relances rythmiques, il est à la fois dans la transe, dans le conglomérat et dans la rockab madness. Il va même faire la grande roue. Il est exact à tous les rendez-vous. Il crie dans les virages. Il n’y a personne dans la salle, mais ils font quand même trois rappels de pur sweat-soaked whisky-stinking cowpunk bourré de country, de blues et de rockab.

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Les voilà au Cosmic pour de nouvelles aventures. On voit de nouvelles têtes dans les rangs des Shakers. Le stand-up boss Mark Robertson n’est plus là, ni d’ailleurs le guitariste David Lee, remplacé par Rod Hamdallah, prodigieux blues-rocker en herbe et en casquette de marin qui mouline sa mélasse en continu. Le colonel semble devenu encore plus incontrôlable qu’avant. On le voit sauter sur les retours comme un singe et plonger la main dans son jean pour se masser les organes. Il cultive l’excès comme d’autres cultivent les betteraves.

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T’as voulu voir du southern gothic ? Eh bien voilà du southern gothic ! Got it ? Le colonel J.D. Wilkes est certainement l’un des meilleurs showmen d’Amérique. Il emmène son groupe à l’assaut d’un public avec une énergie hors du commun. Il est de loin le plus sauvage de tous, il profite d’avoir les mains libres pour s’adonner à toutes les exactions. Il rampe, il saute, il hurle, il ne laisse pas une seule seconde de répit et derrière lui, son groupe sonne comme une véritable machine de guerre.

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Avec eux, c’est l’explosion permanente. On est au bord du chaos, c’est au-delà du garage tel qu’on l’entend généralement, mais loin au devant des attentes. Sur scène, ces mecs font le show. On plaint ceux qui suivent.

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Prenez n’importe album des Legendary Shack Shakers et vous danserez à coup sûr la polka du diable au rythme effréné d’une jigue d’hommes des bois redevenus sauvages. Vous pouvez prendre n’importe quel album des Shakers au hasard, c’est une épouvantable pétaudière qui vous sautera à la gueule.

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Allez, tiens, «Believe», avec sa main percée en forme de stigmate de crucifié. Là-dessus tout est monstrueux de présence et d’Americana sauvage. C’est sur ce disque que se niche l’un des trucs les plus dingues de toute l’histoire du rock : une version de «Help Me» déjà visitée par Alvin Lee sur le premier album des Ten Years After, mais là, le colonel dépasse les bornes. Il le bouffe tout cru à coups de dents élimées. Il l’explose. Alors Alvin peut aller se rhabiller. On savait qu’il y avait anguille sous roche avec le colonel, mais là, il dépasse toutes les attentes. Cette explosion de violence atteint un niveau jusque là inconnu. Wrrrrrrjjjghhhh ! Les hurlements du colonel foutent la trouille. On croirait entendre hurler un zombie sorti des tranchées confédérées. Le colonel a lui aussi pigé l’esprit de démence qui hante ce vieux cut de Sonny Boy Williamson. Pur génie ! Avec «Creek Cats», il tape dans le rockab joyeux de l’Arkansas, du temps où allait danser le soir devant les tentes des prospecteurs. Quelle énergie dévoyée ! Ces gens-là sont les gardiens du temple et ils ne sont pas avares de montées de fièvre. Puis le colonel se demande où est le diable quand on a besoin de lui, dans «Where’s The Devil», et c’est joué au battage d’envergure et stompé avec une incroyable brutalité. Dans «All My Life To Kill», il raconte l’histoire d’un serial killer. Le boogie rappelle le «I’m Going Down» de Don Nix. Pèlerins, soyez prudents avec «Bible Cyst» car les Shakers jouent comme des démons et les voix métalliques résonnent dans le bénitier. Ils finissent avec l’incroyable «Misery Train» digne de Tony Gatlif. On est complètement dépaysé, car on se croirait revenu à l’aube des temps chez les Romanos. Incroyable que des rednecks sachent jouer dans la roulotte !

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Comme Doug Sahm avant lui, le colonel s’intéresse à tous les genres musicaux qui font la richesse du Deep South. Comme il le confie à David West dans The Blues magazine, il peut jouer la polka et le Tex-Mex du Texas, le cajun, les funeral dirges et la swamp music de la Louisiane, le barroom blues et l’Americana, le bluegrass du Kentucky et le rockab du Tennessee. Le colonel décrit son groupe comme «a good mix tape on a great road trip across the south». Il rappelle aussi qu’il plonge ses racines dans le blues et qu’il admirait Little Walter et le North Mississippi Hill Country Blues - Before Jon Spencer ever discovered him, I saw RLBurnside when I was a teenager playing here in Kentucky with his family band - Oui, gamin, le colonel a vu jouer Rural Burnside accompagné de sa famille - It was transcendentig, this droning almost African-sounding blues. It put me in a trance - Le colonel n’eut plus qu’un seul but dans la vie : reproduire cet effet de transe. Il y parvient avec son Southern Gothic punk country blues.

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Tiens encore un album au hasard : «Swampland» avec Lincoln sur un drapeau confédéré, l’injure suprême ! Voilà encore un disque bardé d’énormités, à commencer par l’incroyable «Old Spur Line», du pur jus de slap. Comme le slap est devant, ça sonne les cloches ! - The devil is in the detail/ And your reverend into retail - Il faut noter que la langue du colonel est d’une richesse telle qu’il faut écouter plusieurs fois les morceaux pour tenter de comprendre ce qu’il baragouine, et le plus souvent, c’est impossible. Le colonel ne chante pas dans un Anglais courant, c’est une littérature du Deep South. Avec «The Deadenin’», il décrit une forêt d’arbres morts. Il parle des arbres comme s’il évoquait des spectres. Il raconte même que si on s’y perd une nuit, en fait, on s’y perd un an. Retour à la fantastique énergie avec «Down And Out». Cette énorme ambiance, c’est le génie des Shakers. Ils jouent en cinémascope et avec «Jimblyleg Man», il retapent dans l’Americana des familles. Le colonel chante comme un malade mental et c’est bardé de yodel et de jew harp. Un petit coup de slap de rockab pour «He Ain’t Right» et ils enchaînent avec un infernal «Angel Lust». L’Angel Lust, c’est l’érection posthume du pendu. On reste dans les thèmes bien morbides.

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Ils jouent pas mal de rockab sur leur premier album, «Hunkerdown» paru en 1998. «Go Hog Wild» est de la pure rockab madness, on entend claquer les notes comme si on était à côté du slappeur. Même chose avec «Tickle You Innards». Le son est au rendez-vous, le bop brille en plein et ça solote à la véritable allégresse. Ces mecs savent jouer ! Encore un stab de rockab avec «Pitchnin’ A Fit», c’est slappé à discrétion et soloté maladivement, avec des notes claquées à la fatale. Ah les vaches ! On reste dans le meilleur rockab qui soit avec «Love Bug Crawl». Pure énormité de wilderness, sans fioritures, chauffé à l’harmo, impérial. Une vraie merveille d’expertise rockab jouée à l’élégance suprême. Le morceau titre de l’album est un heavy groove du Kentucky, joué au rampant swampy et coloré à l’harmo. Le colonel croque la nuit et ses dangers, il mène bien son quarteron à travers la brume électrique. Ce qui frappe le plus chez eux, c’est l’authenticité. On a encore une autre merveille : «The Kentucky Song», un country rock emmené à l’harmo et doté d’un solo de guitare de rêve, joué à la revoyure missourique, puis on entend des coups de stand-up, ah ils savent jouer ! Avec «Is’ Wanee», ils nous font le coup du hillbilly sauvage. Le colonel en avale toutes ses syllabes. Il chante avec l’énergie d’un fou dangereux.

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Fantastique album que ce «Cockadoodledon’t» paru en 2003. Dès «Pinetree Boogie», ça slappe à la vie à la mort. On a là le vrai boogie de rockab, une énormité chantée dans la gloire de l’expressionnisme. «Shakerag Holler» est un hillbilly qui sonne comme pas deux, mais à train d’enfer, avec tous les bruits de la basse-cour. Et rien de pire que la folie hillbilly de «Clodhopper» - An old devil pumpin’ down the railroad line - On a le yodel assorti. Sur cette face traînent d’autres merveilles, comme «CB Song», un heavy blues de sous-bois à l’écho malsain, ou encore «Help Me From My Brain», où le colonel raconte tout ce qui se passe dans sa cervelle, 20.000 bouilloires qui sifflent en même temps et Mephisto y pond des œufs qui feront des araignées avec des millions de pattes. En B, on retrouve le slap dans «Bullfrog Blues» et la cavalcade rockab dans «Wild Wild Lover». Ils font aussi un festival avec «Shake Your Hips», joué au slap, mais comme le «Baby Please Don’t Go» des Amboy Dukes, c’est propice aux explosions.

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Sur la pochette de «Pandelirium», on voit un cochon à tête humaine avec une trompette dans le cul. On trouve sur ce disque un coup de génie intitulé «Bible Candle And Skull». Voilà le groove ultime du Deep South, joué avec l’énergie rockab. C’est absolument monstrueux, car on y retrouve le pur esprit rockab des gens du Sud. «Ichaboo!» qui fait l’ouverture du bal vaut aussi le détour. C’est effarant, car on a déjà trop de son. C’est tout simplement explosif. Imprudents, ne restez pas dans le passage de ces mecs-là. C’est une usine à pounding. Ils jutent de la polka et du punk des enfers, ils sont beaucoup trop puissants. On croirait entendre jouer l’orchestre du diable, avec des chœurs qui s’adressent au zones inconscientes du cerveau, vous savez ces petit airs perfides originaires de l’Asie mineure. On retrouve cette énergie dévastatrice dans «South Electric Eyes». Ces gens là auraient pu s’emparer de Rome et de l’Empire romain. Ils ne respectent aucune autorité. C’est une horreur de dévastation. Ils sont encore pires que les Mad Sin - Don’t believe the lies/ Wake up and rise - «Iron Lung Oompah» flirte avec la valse, mais c’est battu par un fou dangereux. Oh il est certain que ça dépasse les connaissances des médecins spécialistes. Le mec tape vraiment très fort. Vous devriez l’écouter. Il fout la trouille. Le colonel explose «Turn The Head» à l’harmo. Quand on dit que ces gens sont des diables, c’est très sérieux. Ils vont trop vite pour être humains. Le beat s’emballe. C’est trop punk pour être honnête. Ils sont réellement d’une autre trempe. Ici on ne parle plus de petit garage à la mode et de baby rockers à la mormoille. On parle de monstres géniaux. Ils traitent «Monkey On The Doghouse» au plus effroyable des sons de traîne. Ils sont même effarants de délinquance et le colonel va chercher des tonalités épouvantablement malsaines. Du coup, on se régale. On pourrait appeler ça du voodoo irritable. Donc, veillez à garder vos distances.

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Encore un album dément, au sens médical du terme, «Agri-Dustrial», paru en 2012, avec une scie et un silo à l’ancienne sur la pochette. Bien du plaisir en perspective ! On tombe très vite sur un «Sin Eater» extrêmement martelé et violent - Feed the ego and you slave the soul - Le colonel donne des leçons de morale. Mais il les hurle dans le néant. Le colonel ne cache pas son goût prononcé pour les causes perdues. Encore une énormité de son claqué avec «Nightride». On se croirait dans l’enfer de Savannah, sous les boulets de l’Union. Le colonel nous barde ça d’harmo rouillé, comme chez les nègres - Well the law is like sausage/ They both are great - Et il décrit des cavaliers d’apocalypse - Horseback riders like headless hounds/ They’re burning down the barn burley barn - Le colonel nous fait le coup du stomp de la ferme avec «God Fearing People» et l’harmo fait sa cocotte de basse-cour. «Greasy Creek» est une horrible monstruosité jouée au beat ferroviaire et Jesus Christ is the Dixie jew ! Pour «Hog Eyed Man», ils battent des tambours africains, de quoi faire trembler le diable en personne. Le hit du disque est probablement «Dump Road Yodel», car voilà encore une grosse giclée de pure Americana. Le colonel fait sa crise de yodel et il invente la cosmic sonic Amaricana, avec le banjo et les pipos du diable derrière. C’est imbattable, terrible et profondément intriguant. Un son jusque-là inconnu. On reconnaît la mort au seul son du fifre. Chacun des morceaux de ce disque est différent et richement coloré, joué jusqu’à l’os et frappeur d’imagination. On imagine aisément que «The Hills Of Hell» bat tous les records de boogaloo, et le colonel y raconte l’histoire du corps d’une homme retrouvé enfermé dans la carcasse d’un cheval mort. Il entonne ensuite une valse macabre intitulée «The Lost Cause» - We’re the losers who chose the lost cause», histoire de gratter sous la peau de l’histoire, qui comme la vie, ne peut plus être modifiée. Quand on est baisé, on est baisé.

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Le colonel et ses amis troupiers viennent de sortir leur nouvel album, «The Southern Surreal». Observez bien la pochette. Vous voyez ce pont abandonné ? Eh bien c’est un pont pour lequel le colonel a tenu pendant des mois, empêchant l’armée Yankee du général Crook de passer. Et comme le colonel Wilkes a passé le plus clair de sa vie dans les sous-bois, forcément, sa musique s’en ressent. «Miss America» est typique de l’esprit des sous-bois de l’Arkansas. Dans le Deep South, tout est histoire de sous-bois. On trouve un véritable chef-d’œuvre sur cet album. Il s’agit bien sûr de «Cold», joué dans une extraordinaire ambiance de beat sourd - Hey hey/ Don’t leave me cold/ Take my hand - C’est le cut hanté qu’a toujours rêvé de faire Bruce Joyner. On trouve pas mal de curiosités sur cet album étrange, comme «The One That Got Away», élégante pièce de country-rock, ou encore «Young Heart Old Soul» joué au vieux rock balloche des Appalaches. On a aussi un «Down To The Bone» assez vénéneux dans l’approche guitaristique, et dans «Christ Almighty», on sent un volonté rockab terriblement sudiste. On revient au beat sourd avec «The Buzzard And The Bell». On voit le colonel confédéré et ses hommes avancer dans la brume électrique. Un banjo vient même chatouiller les consciences. Ce genre de beat peut vous hanter jusqu’à la fin des temps. Nos vénérables amis bouclent avec une reprise étrange de «Born Under A Bad Sign». Ils la veulent épaisse et bien sûr perdue dans les sous-bois.
Le colonel publie aussi des livres. On pouvait en choper deux au Cosmic, sur la grande table de marchandises installée dans la grande salle : un recueil d’illustrations sous une couverture imprimée en sérigraphie, The ABCs Of American Cults, et le récit d’une virée dans les salles de bal du Kentucky, Barn Dances & Jamborees Across Kentucky, paru en 2013. Quand on connaît la teneur des textes que chante le colonel, on s’intéresse forcément à ses livres. Comme Tav Falco, JD Wilkes a le souffle d’un écrivain.

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Avec Barn Dances, le colonel poursuit une quête : celle des racines de la musique populaire américaine, «the heart and spirit of rural country music as it existed and exists today». L’autre aspect de sa démarche rejoint celle de tous les nostalgiques d’époques révolues : il s’intéresse aux vieilles traditions «that set us apart from a world gone mad», oui, ce regard tourné vers le passé et les valeurs du passé nous épargne le spectacle d’un monde devenu fou. Et quand le colonel parle de madness, il parle aussi très certainement de cette médiocrité qui finira par tous nous dévorer, via nos ordinateurs on-line et vos télévisions.
L’auteur définit bien ces styles distincts que sont la old-time music (acou, banjo et violon), le bluegrass (Bill Monroe), le hillbilly (générique du old-time, du bluegrass et du rockab), le square dance (folk dance pour les couples), et le contra dance (modern western square dance). Et comme Tav Falco, le colonel jette sur le présent un éclairage historique, le seul qui puisse redonner du sens aux choses. Il retrace par exemple l’histoire de Paducah qui selon lui aurait dû devenir l’une des plus grandes villes d’Amérique, puisqu’elle le devint dans le passé, après sa création par Lewis (de Lewis et Clarke, les deux premiers explorateurs du continent américain). Le colonel visite toutes les salles de bal une par une et tombe parfois sur des personnages de légende comme le guitariste Stanley Walker qui accompagnait Ray Smith (originaire de Paducah) au temps où il enregistrait chez Sun. Ray fut fasciné par le finger-picking de Stanley et le colonel ajoute que ce son permit de définir le «new rockabilly genre of the 1950s». Chaque année au mois de mai, se tient le Stanley Walker Day au Grand Rivers Community Center. Plus loin, le colonel brosse un excellent portrait de Bill Monroe, l’instigateur du bluegrass, qui sut injecter du blues dans sa country pour la rendre plus accessible. Si vous voulez savoir quel est le groupe préféré du colonel - my favourite group in all of Kentucky - ce sont les Tillers, qui combinent le jug-band sound de Louisville et la musique des montagnes du Kentucky : banjos, harmo et kazoo. Il recommande particulièrement certains endroits, comme Rabbit Hash, Kentucky, «it has the best music AND souvenirs». Il s’en prend aussi à Hollywood qui a dépeint les Appalaches comme une région inhospitalière, hantée par des hillbillies dégénérés et des Klansmen - All’ I’ve ever encountered were good folks and a musican tradition that captivates me as a Kentuckian - Oui, dans sa virée, le colonel n’a rencontré que des gens biens et une tradition musicale qui l’a captivé. Et il rend un hommage fulgurant au joueur de banjo Lee Sexton et son «trademark two-fingers picking style».

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Quant à the ABCs, il s’agit d’une autre paire de manches. Notre ami le colonel sait dessiner et rien de tel qu’un petit abécédaire pour s’en convaincre. Il dessine dans un style très réaliste, et crayonne bien ses ombrés. Cet abécédaire concerne les cultes américains, au sens païen du terme, c’est-à-dire les sectes qui pullulent aux États-Unis. Il brosse des portraits, dont celui d’un visionnaire du nom d’Edgar Cayce, une sorte de Nostradamus américain qui vit l’arrivée d’Hitler au pouvoir, la bombe atomique et l’assassinat de Kennedy. Autre portrait fantastique, celui d’Emanuel Bronner et de son savon magique. Le colonel cite l’épouvantable épisode de la secte de Jim Jones, en Guyanne, et consacre une planche au KKK. Avec leurs cagoules, ces mecs font toujours peur. On imagine la tête des pauvres nègres quand ils voyaient surgir ça devant eux en pleine nuit... Le colonel indique que les membres du KKK sont devenus membres de la secte Christian Identity et qu’ils sont toujours actifs dans l’Indiana, l’Ohio et le Pacific Northwest. Il fait aussi loucher Charles Manson. Pour sa planche intitulée Palmistry, il dessine la main percée du stigmate qu’on trouve sur la pochette de l’album Believe. Il cite les Quakers, dont les représentants les plus connus furent William Penn et Nixon. On trouve évidemment une planche consacrée au fameux Snakes handlers - charismatic Holiness Pentecostalism - qu’on trouve au plus profond des Appalaches, en Virginie du Sud et dans le Tennessee. Le colonel indique aussi qu’une loi au Kentucky vient d’interdire ce culte dangereux, car il arrive parfois aux serpents de mordre.

Signé : Cazengler, shaké sans préavis

Legendary Shack Shakers. Wild And Crazy Cosmic Trip Festival. Bourges. 6 mai 2016

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Legendary Shack Shakers. Hunkerdown With. Spinout Records 1998
Legendary Shack Shakers. Cockadoodledon’t. Bloodshot Records 2003
Legendary Shack Shakers. Believe. Yep Roc Records 2004
Legendary Shack Shakers. Pandelirium. Yep Roc Records 2005
Legendary Shack Shakers. Swampblood. Yep Roc Records 2007
Legendary Shack Shakers. Agri-Dustrial. Colonel Knowledge 2012
Legendary Shack Shakers. The Southern Surreal. Alternative tentacles 2015
David West. The Art Of Darkness. The Blues Magazine #24 . Septembre 2015
J.D. Wilkes. Barn Dances & Jamborees Across Kentucky. Hystory Press 2013
Col. J.D. Wilkes. The ABCs of American Cults. Black Owl Trading Comany

LE BLUES
UN SIECLE D'Histoire
EN IMAGES

MIKE EVANS
+ ROBERT gORDON as Consultant Editorial )


( Editions Chronique / 2015 )

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Le toubib est formel. Interdiction de sortir. Privé de concert. De quoi attraper le blues. Ce que je me suis hâté de faire. Des deux mains. Le genre d'encombrant difficile à caser dans une bibliothèque. Plus de deux cents cinquante pages, beaucoup de photos rares mais pas mal de texte tout de même. En prime une introduction de Marshall Chess. Une bafouille de quelques lignes bâclée par une secrétaire mais on lui pardonne. L'est l'héritier des frères Chess, l'a un peu dilapidé le bien de la famille, peut-être pas tout à fait de sa faute, il se murmure que depuis qu'il a été le directeur de la tournée STP des Stones en 1972, l'en a été un peu tourneboulé. S'est par la suite dépêché de démissionner de son poste de président de Rolling Stones Records. Quant à ses tâches de maître de labels divers et de producteur, l'a fait comme tout le monde. S'est adapté, l'a diversifié, comme mon marchand de cigares qui refourgue des assiettes industriellement-décorées-main et autres babioles touristiques pour garder son chiffre d'affaire au top niveau.

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L'est tout laid. Je parle du bouquin, pas de Marshall même s'il flirte avec les soixante-quinze ( dust my broom ! ) balais. Mais la couve paraît encore plus décatie que le fils de Léonard ( pas Vinci, Chess ), z'ont intuité comme pour les jeans tout neufs que l'on use exprès pour les meufs qui trouvent cela adorablement vintage. Imaginez une pochette de papier de 78 tours abandonnées aux rats et aux tuiles disjointes dans le grenier d'une maison en ruine. Couleur bleu ( baisse des cours du ) pétrole.

ZOORIGINES


Le blues c'est comme le singe, descend de l'arbre mais l'on ne sait pas trop lequel. Un peu de celui du jardin de l'Eden, car les africains débarqués en masse pour servir d'esclaves dans les plantations du Sud se sont empêtrés dans les cantiques religieux importés d'Europe. Les ont méchamment salopégés certes, mais la trace blanchâtre subsiste encore. Heureusement que dans les champs les maîtres les ont menés tambour battant. Fallait filer doux dans les pieds de coton. Comme ils n'étaient pas pressés de travailler, laissaient toujours passer le premier poum ! – autant de gagné à ne rien faire – ne s'attelaient, les faignasses, à la tâche qu'au second coup. C'est comme cela qu'ils ont se sont distingués de la musique européenne et inventé l'afro-beat, ce deuxième temps toujours plus appuyé que le premier. Travaillaient en groupes, chantaient pour se distraire et ne pas perdre le rythme imposé, l'un qui lançait et les autres qui répétaient ou répondaient en choeur. Plus tard lorsque les tâches furent plus individualisées, le travailleur isolé brayait un holler pour que ses camarades ne l'oublient point. Certains lui répondaient. La trame si caractéristique du blues provient de cette tension extrême – cette seconde de silence qui existe entre l'appel et la réponse. Entre l'angoisse de la solitude et le partage de la peine.

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Le premier blues c'est comme le premier homme. N'est pas arrivé sur terre avec son certificat authentifié. Perso je pencherais pour plusieurs rameaux entre 1820 et 1870, mais je n'en ai aucune preuve historiale. Pour ceux qui aiment les trucs certifiés conformes, l'on parle de He Done Me Wrong de Hughie Cannon copyrighté en 1904... Un peu trop enlevé pour du blues à mon goût, très folkleux si vous voyez ce que je veux dire. 1908, c'est Antonio Maggio qui s'y colle avec I got the blues, une partition qui flirte ( de près ) avec le ragtime. Hart Wand arrive en troisième position en 1908. Nous possédons l'enregistrement : entre jazz et fanfare de cirque, pas du tout le truc à vous faire verser de chaudes larmes à l'écoute. Mais si les musicologues appellent cela du blues, je n'oserais jamais aller à leur encontre. C'est que voyez-vous, vous y trouvez les fameuses douze mesures de base. J'aime bien quand Muddy Waters raconte que parfois il joue et chante en treize ou quatorze mesures, juste parce qu'il en a envie... Le blues ne serait-il pas essentiellement une musique de démesure ?

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En plus les choses se compliquent rapidement. Le blues ne s'est pas encore sorti de sa gangue de chansons populaires que tout de suite après – et peut-être même au même moment – le ragtime et le jass éclosent d'on ne sait trop où, dans les bordels, les rues et les arrière-cours de la Nouvelle-Orleans. Si vous ne voulez pas mon avis je vais tout le même vous le donner : le ragtime c'est du jass joué au piano qui en fait un max pour se faire remarquer et le jass c'est du ragtime joué à plusieurs par des musicos qui essaient de faire attention à ne pas trop marcher sur les pieds de leurs complices.
Très vite le jazz possède ses vedettes, Jerry Roll Morton, Armstrong, Ellington, ce sont les cadors qui parviennent à jouer dans les clubs de blancs interdits aux noirs. Un étage au-dessous vous avez les jug-bands, qui jouent un jazz plus rudimentaire, plus enlevé, plus accessible, soufflent dans des cruches de terre, pincent les cordes de leurs banjos, apprivoisent les guitares, se produisent en ville mais ils ont sillonné les campagnes et sont imprégnés de ces chants paysans, surgis de tout un chacun, comme l'eau du Mississippi qui déborde portée par d'étranges et incompressibles courants intérieurs...

ET LE BLUES CREA LES FEMMES

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Ne sortent pas du Delta. S'appellent Mamie Smith, Ma Rainey, Ida Cox, Victoria Spivey, Ethel Waters, Bessie Smith, Bertha Hill, Alberta Hunter, Lucille Bogan... sont issues des troupes de Minstrels. A l'origine des artistes blancs qui se grimaient pour imiter les noirs, le style sera récupéré par les blacks eux-mêmes qui s'amusent comme des fous, chant, danse, théâtre, mime, entre numéros de cabaret de qualité et chansonnettes insipides, jusqu'à ce que ces dames – le cul et l'âme aussi chauds que la braise – se mettent à interpréter des airs de blues qui se vendent comme des petits pains. La crise de 29 brisera leur carrière, mais grâce à elles le blues devient une spécialité noire que prisent de plus en plus de blancs.
Les homme d'affaires ne s'y trompent pas, les disques des artistes colorés – remplaceront vite ce mot trop discriminatoire par l'expression plus bravache de race series - bénéficient d'un public attentif et se vendent par dizaine de milliers d'exemplaires. Okeh, Victor, Vocalion, Columbia, Paramount découvrent l'or noir.

VERS LES MARAIS

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Un dernier citadin: Leroy Carr, sa manière de chanter, sa voix relativement fluette et traînante mais posée en un merveilleux équilibre sur une rythmique encore marquée par le ragtime, n'est pas un joueur de piano pour rien, inspirera Nat King Cole et Ray Charles et jusqu'à Eric Clapton. Et maintenant direction la cambrousse. Les zones humides disent les écolos rigolos.
L'escalier qui descend dans les environs du delta se nomme Papa Charlie Jackson, un parcours qui n'est pas sans évoquer celui d'Ida Cox ou de Ma Rainey qu'il accompagnera. Banjoïste de talent issu des minstrels qui a roulé sa bosse un peu partout, chante et joue une musique marquée par le ragtime presque guillerette mais dans sa voix résonne comme une décantation comme s'il se débarrassait des joyeusetés pour retrouver un fond de gravité existentielle.

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Johnny Watson – cherchez à Daddy Stovepipe - né en 1867, mort centenaire en 1969, le plus ancien des bluesmen jamais enregistré, une belle gueule qui rappelle d'Edgar Poe, l'on sent l'artiste de rue, un titre comme Spasm ( 1924 ) tire davantage vers le country peut-être que vers le chant profond du blues, les interventions de sa femme Mississippi Sarah n'y sont pas pour rien, lon précisera que son harmonica n'a pas l'air de s'attarder dans les blue-notes...
Ed Andrews guitare simpliste et monotone qui sent davantage le songster que le bluesman mais la voix est déjà du blues, traînante et quelque part entraînante. L'on ne connaît pas grand-chose de lui, une ombre bleue qui passe trop vite.

COUNTRY BLUES


Les grands noms, les figures mythiques. Blind Lemon Jefferson, aveugle et chanteur itinérant. Le véritable premier bluesman au sens où nous l'entendons. Sort tout droit de la cambrousse. N'est pas un produit dérivé du vaudeville, puise directement dans la tradition musicale des chants de campagne, une guitare et une voix. Aucune recherche d'effets, il ne chante pas, mugit et moane tour à tour, exprime une solitude, une détresse, la nuit.
Charley Patton, la première star, le premier rock and roller serait-on tenté d'écrire. Ne travaille pas, joue dans les fêtes, les gamins l'admirent et l'imitent, un homme rude, pas un outlaw mais un marginal qui fonde le royaume du blues. L'a tout inventé le jeu de guitare et cette façon de poser la voix. Inimitable.
Son House, l'autre cheval fou du bige. L'a beaucoup appris de Patton et lui-même a transmis à Robert Johnson et méchamment influencé Muddy Waters. Une guitare qui déchire et qui quelque part affine les bases posées par Patton, une voix chaude qui chantonne d'amères promesses. Rajoute un fond de gospel dédaigné par Patton.

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Willie Brown, guitariste et chanteur dont il ne subsiste pratiquement rien. Sauf qu'il accompagnait Patton, Son House et Robert Johnson. Vous excuserez du peu. Les deux morceaux qui nous restent sont à la hauteur des trois précédents.
Les amateurs d'Elvis Presley et d'Eddie Cochran ne manqueront pas de jeter une oreille attentive au Milk Cow blues ( 1926 ) enregistré par Freddie Spruel, une guitare peu inspirante mais une vache qui pue la bouse et le lait chaud comme si elle venait de sortir de l'étable. Pas de trayeuse électrique mais son Let's go Riding ouvre la voix à tous les futurs roadrunners.

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Son père n'était pas pasteur pour rien, la guitare est grave et la voix larmoyante comme s'il oscillait entre Jésus et le diable. Skip James n'a pas su choisir, je ne sais lequel des deux lui avait enseigné cette science du pickin' que Robert Johnson a intégrée...
Sleepy John Estes de Memphis, la plainte à l'état pur, la guitare accompagne sans fioriture, la voix vous cloue tremblante mais pleine de dignité.
Robert Johnson, on ne présente plus. On écoute.
Sont une flopée, nous nous contenterons de citer les noms, Bukka White, Arthur Crudup, Johnny Shines, mais que personne n'oublie que sous chaque nomination se cache un continent. Le blues dans la plénitude de sa frustration existentielle qui oscille entre l'essentiel du vécu et l'absolu de l'être. Un jour ou l'autre nous attarderons sur leurs parcours et leurs enregistrements.
Le Sud ne se résume pas au delta, l'est d'autres zones géographiques : le blues se diversifie : à l'est : le Piedmont blues, qui recoupe les modestes collines qui courent de la Virginie à la Georgie, offre un blues dont les jeux des guitares d'un Blind Blake ou d'un Blind Willie Mc Tell se complexifient. Au sud : le Texas blues qui effectue la passation entre guitare sèche et guitare électrique, Lighning Hopkins effectuera cette transition sans renier la brutalité gambadante qui le caractérise. Son évolution est celle du blues lui-même. Plus au nord : Memphis : le blues est en ville, frappe un peu à toutes les portes de la musique populaire, devient plus enlevé, plus fluide, serait-ce une infamie de dire qu'il atteint avec Frank Stokes ou Memphis Minnie une dimension un peu plus policée, plus commerciale... L'est prêt pour l'envol vers le grand nord.

RHYTHM'N'BLUES

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Le blues va évoluer vitesse grand V. A Kansas City le blues rencontre les grands orchestres de jazz. Count Basie, Benny Goodman, Duke Ellington ont considérablement élargi la palette musicale. La guitare noyée dans une pâte sonore de plus en plus syncopée et rythmique ne fait plus la loi et peut se faire du souci. Quant au chanteur l'a intérêt à se cramponner au micro et à hurler de toutes ses tripes pour dominer le tumulte instrumental. Big Joe Turner sera l'exemple du blues shouter idéal dont les élans vocaux épousent le swing des cuivres. C'est lui permet la rupture épistémologique, le saut qualitatif, la mue du serpent qui arrête de ramper pour se dresser fièrement. Shake rattle an roll repris en 1954 par Bill Haley ouvre l'ère du rock and roll. En quelques pages, Mike Evans nous projette vingt ans en avant. Désormais l'on comprend mieux le dessein de son livre, ne s'agit pas de passer en revue le blues historial du Delta à Chicago mais de suivre les différentes mutations de la forme blues, les fameuses douze mesures qui vont subir toute une série de métamorphoses des plus brutales.
La précédente étape aura été celle du boogie. Les pianistes reprennent le pouvoir. Le ragtime trop parfait, trop artiste, a fait son temps. Est remplacé par le boogie-woogie, plus violent, plus efficace, davantage rentre dedans, davantage dansant, le style est initié par Clarence Smith, n'en profitera pas, meurt à son clavier d'une balle perdue, preuve que les villes sont des lieux d'intensification. Avec un tel moteur le chanteur a intérêt à assurer. Ce n'est plus du blues, c'est du rhthm and blues. Cet early rock'n'roll noir dont Roy Brown et Wynonnie Harris deviennent les chantres.

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Mais le blues n'a pas dit son dernier. A Los Angeles, T-Bone Walker qui a accompagné sur scène Ida Cox et Ma Rainey dans les années trente, se bat au début des années 40 avec la guitare électrifiée. Gagne la partie, lui fait cracher tout ce qu'elle a dans le ventre, découvre de nouveaux sons, qui deviendront le vocabulaire de toutes les formations de rock and roll notamment du British Blues. En attendant ce blues démultiplié prend le nom de Jump Blues. Chez Specialty, Guitar Slim n'hésite pas à inclure larsens et distorsions dans ses passages sur scène. Les Yardbirds n'auront rien inventé.
Bizarrement l'influence du jeu de T-Bone Walker ouvrira la porte à un style plus doux. Qui s'accélèrera vite. Ce phénomène contradictoire est due à la musicalité des notes détachées que sa sauvagerie détache et envoie fuser comme de longues queues de comètes qui refusent de s'éteindre. Donne naissance à un rythm and blues plus policé quoique parfaitement appuyé dont les principaux interprètes se nommeront Charles Brown, Louis Jordan, Ray Charles.

AUTRES RACINES

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Les noirs ne sont pas les seuls à faire sonner leur guitare. Dans les Appalaches les petits blanc s'y collent aussi. Sur les chantiers ils partagent le même lourd travail et les mêmes salaires de misère que les noirs. Eux aussi écoutent le blues. A côté du country blues se développe le hillbilly blues qui plus tard donnera la country music. Le Honky tonk est la première étape de la formation du country, ramasse tout ce qui passe à sa portée, du Mexique à l'Oklahoma, les influences se croisent et les guitares pleurent. Lefty Frizzel et Hank Williams seront les rois de ce style. Nous sommes au plus près de la gestation d'Elvis Presley.

EXPLOSION BLUES


Le country blues renaît de ses cendres. Un pied qui traîne encore dans le delta et l'autre solidement arrimé dans Chicago. Memphis Slim au piano, John Lee Hooker à la guitare ont augmenté l'intensité hypnotique du blues, le premier par de subtils entremêlements d'accords et le second par une pulsation rythmique effrénée. Muddy Waters, Howlin' Wolf, Elmore James font crépiter l'électricité à un niveau d'incandescence jamais atteint, les harmonicas de Little Walter et de James Cotton produisent l'effet de bombes incendiaires larguées sur un feu de forêt. Est-ce encore du blues ? Souvent on désigne leur style comme du rhythm'n'blues. Comme vous voulez. La querelle sur le sexe des démons n'intéresse que les moines du savoir. Une restriction à leurs succès : ce ne sont plus des légendes, simplement des vedettes. Le dernier grand nom du catalogue Chess sonne aux oreilles de tous les rockers : Chuck Berry. Les Stones ne sont pas loin.

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A l'autre bout de la diagonale du pays, à la New Orleans le blues entre en éruption. Tout se mélange d'un côté le piano de Professor Long Hair et de Huey P Newton de l'autre les cuivres de Smiley Lewis et d'Earl King, avec au milieu les producteurs Dave Bartholomew et Cosimo Matassa qui ouvrent la porte à Fats Domino et à Little Richard. Comme par hasard Elvis Presley reprendra One Night de Smiley Lewis en 1958 et le premier single des Stones sera une reprise d'Earl King : Come On.

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Nous sommes aux lisières du rock, à Memphis Sam Phillips chasseur de têtes pour Chess enregistre Rocket 88 du rhythm and blueser Jackie Brenstown and his Rhythm Cats ( l'appellation elle-même est un passage de flambeau symbolique entre R'n'B et R'n'R ), l'est tenu par certains érudits pour le premier titre titre de rock and roll jamais enregistré. A chacun son éléphant blanc.


RETOUR DE L'HISTOIRE


Le vieux blues des campagnes n'intéresse plus personne. Ce sont de petits blancs, des intellos de gauche, des étudiants qui ont la nostalgie des chansons qui ont accompagné les luttes des humbles, notamment ces vagues d'oakies arrivés en Californie lors de la grande crise qui s'aperçoivent que la Terre Promise est squatté par les compagnies fruitières qui ne leur laisse que les noyaux à ronger. Woody Guthrie est leur figure emblématique. Explorent le passé sûrs d'y retrouver d'autres chantres de la résistance. Reconnaissent très vite que la communauté noire double victime de l'exploitation capitalisme et d'un racisme outrancier a produit en nombre une multitude de chanteurs. Le blues devient sujet d'étude. L'on part à la recherche des vieux bluesmen – ne sont pas si vieux que cela, tournent autour de la cinquantaine, mais ont disparu. Beaucoup ont abandonné le combat, mis leur guitare au clou et sont retournés à leur premier désamour : le boulot sous-payé.

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Leadbelly, Josh White, Big Bill Bronzy, Sonny Terry, Brownie Mc Ghee profiteront de ce revival inespéré. Aux USA, le nom de Bob Dylan commence à circuler mais l'étincelle qui déclenche le phénomène folk proviendra d'Angleterre. S'appelle Donnie Lonnegan, interprète du skiffle, ce blues frustre qui fut le moyen d'expression des noirs des campagnes en proie à la crise de 29. Son influence sera immense, galvanise le mouvement folk aux States, précipite toute une génération de jeunes anglais vers la guitare électrique certains porteront des noms illustre : Jimmy Page, Eric Clapton... En France, Johnny Hallyday reconnaîtra que Lonnie Donnegan fut aussi déterminant qu'Elvis quant à son désir de devenir chanteur de rock...

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Les tournées de l'American Folk Blues Festival en Europe qui démarrent en 1962 et se qui se poursuivront jusqu'en 1970, permettent à un large public de voir et d'entendre en direct les légendes du blues : Magic Sam, Sonny Boy Williamson, Hubert Sumlin', Etta James, J. B. Lenoir, Fred McDowell, Jimmy Reed, Champion Jack Dupree, Willie Dickson...
B. B. King thésaurisera jusqu'à sa mort ( 2015 ) sur cette vague de renouveau du blues dont il deviendra le héros symbolique. Peut-être sa récente disparition marque-t-elle définitivement que The Thrill is Gone...


BLUES 'N' ROCK


La suite est connue : Rolling Stones, Animals, Yardbirds, Bluesbreaker, le blues nourrit le rock anglais. Groupes et guitaristes se livrent à une inflation mutuelle, Who, Cream, Led Zeppelin édifient les contreforts du Heavy Metal qui se transformera en Metal.
Le même mouvement est en marche aux Etats-Unis : Paul Butterfield Blues Band, Canned Heat, Janis Joplin, Jimi Hendrix, Johnny Winter, le blues s'électrifie à mort et bientôt tonitrue dans des groupes comme Aerosmith et Blue Öyster Cult... Les générations successives du Heavy Metal se détourneront de leurs origines musicale, essaient primairement de jouer plus fort, plus vite, plus violemment que les groupes qui précèdent. Surenchère sonore qui n'est pas pour me déplaire.

LE BLUES AUJOURD'HUI

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C'est le titre du chapitre mais me semble reprendre le blues d'avant-hier. N'ai rien contre, suis même tout à fait admiratif, Ry Cooder, Taj Mahal, Stevie Ray Vaughan, Keb' Mo' et Robert Cray. C'est déjà de l'histoire ancienne si j'ose dire et terminer en cinq lignes avec The John Spencer Blues Explosion, et the White Stripes c'est un peu court. Même si on y accole dans un deux pages intitulées Le Mississippi Hill Country Blues consacrées à Mississippi Fred McDowell et R. L. Burnside.
Après un quatre pages pour rappeler que le blues parlé que l'on retrouve chez John Lee Hooker, Bo Diddley, Ray Charles, préfigure le flow du rap, le livre se termine sur de jeunes musiciens : Corey Harris, Gary Clark, JR, Sue Foley et Joe Bonamassa. Lapothéose finale : une photo d'Obama chantant Sweet Home Chicago en compagnie de Jeff Beck et de B.B. King... En quittant les misérables cabanes du Mississippi pour les marbres officiels de la Maison Blanche, le blues ne se serait-il pas décoloré aux entournures ?

Le livre n'en est pas moins une somme passionnante. J'ai laissé bien de ses aperçus de côtés essayant plutôt de respecter son armature intérieure, qui n'est pas toujours évidente car le sujet est touffu.

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Maintenant si vous voulez écouter un disque de blues actuel vitaminé, tout chaud brûlant, enregistré au mois de mars dernier ( 2016 ) procurez-vous le CD Vance, Mississippi / JAKE CALYPSO – ARCHIE LEE HOOKER, que voulez-vous, le blues de demain, c'est ça !


Damie Chad.

PS : Vu l'ampleur du sujet nous sommes passés très rapidement sur certaines figures pour la simple et bonne raison que nous les avons déjà évoquées dans KR'TNT ! Je suis méchant, je vous laisse chercher dans le labyrinthe du blogue. Je suis aussi gentil, je vous file deux adresses précises, deux articles de notre Cat Cinglé national : sur Cosimo Matassa : KR'TNT ! 241 du 25 / 06 / 2015 et sur J. B. Lenoir et Skip James in KR'TNT ! 179 du 06 / 03 / 2014. Pourquoi ce subit accès de gentillesse que vous ne méritez pas ? Parce que sur ces sujets vous ne trouverez pas mieux ailleurs.

EN AMERIQUE / CHRONIQUES

LAURENT CHALUMEAU

( GRASSET / 2009 )

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Journaliste à Rock & Folk à partir de 1981 et durant sept ans, une carte de visite qui vous ouvre le coeur de tous les rockers de l'ancienne génération. Par après s'est diversifié, télévision avec Antoine de Caunes, paroliers pour chanteurs de variété français, et romancier. Nous avons chroniqué in KR'TNT 89 du 09 / 12 / 12, cet éclat de rire aussi tranchant qu'un fil à couper le beurre amoureusement pressé par un serial killer incisif sur la gorge d'une innocente victime que sont les 400 pages de Bonus. Un livre qui fera tilt dans votre mémoire. Mais comme il était écrit Same Player Shoots Again, nous avons récidivé le 06 / 06 / 2014 in KR'TNT 192 avec Uptown, paru chez Florent Massot, dans la lignée duquel s'inscrit En Amérique. Contrairement à beaucoup de fans de rock, Laurent Chalumeau s'en est allé tâter de la bête au plus près. Correspondant de Rock 'n' Folk aux States durant plusieurs années. Le livre préfacé par Virginie Despentes est un recueil d'articles parus principalement entre 1984 et 1990 dans l'Echo des Savanes et Rock & Folk.

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Les States, personne ne connaît. Il paraîtrait aux dires évasifs de mes voisins, que j'ai interrogés par acquis de conscience, qu'il s'agirait d'un pays de l'autre côté de la mer surtout connu pour sa puissance économique. Par contre l'Amérique, tout le monde s'y promène régulièrement. Un mythe supérieur à celui de l'Atlantide qui a mystérieusement disparu sous les eaux et que l'on ne peut visiter qu'avec le masque, les palmes et les bouteilles à oxygène du Rêve. Un truc de narval nervalien. Pour l'Amérique, c'est plus simple, accessible en ligne droite en suivant la grève ininterrompue des gros cailloux de la pensée.
N'y ai jamais traîné mes pieds plats en Amérique, je pourrais pourtant vous en pondre illico un volume de cinq cents pages sans effort. Rien de plus disert que les amours platoniques. Parfois même la réalité est beaucoup plus décevante que la légende que l'on se raconte dans sa tête. Vieille supériorité de la poésie enchanteresse sur la prose qui ne sent pas la rose. Chalumeau, l'est comme moi. Avec cet insigne avantage d'être un témoin direct. Que d'argent inutile dépensé par la rédac de R'&'F. Envoyé spécial en Amérique ! et à l'en croire le pays n'est habité que par des rockers, des bluesmen ou autres gens d'un même acabit, pour les décors ne se fatigue pas, emprunte ceux d'un bon vieux western de derrière les épineux qui lui conviennent parfaitement. Chassez le réel et il revient au galop. Une seule fois, mais menaçante. Se promène dans la carte postale des bayous lorsque surgit un bulldozer qui vous arrache les arbres aussi facilement que vous soufflez sur les bougies de votre gâteau d'anniversaire. Je le concède, cette arrivée inopinée de la modernité fait désordre, mais ce n'est qu'un flash, un white flash wasp people, que Chalumeau se hâte d'oublier en se réfugiant sous les ombreuses sylves des mythologies américaines.

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Noir c'est noir. Ne pleurez pas. Rigolez ! Chalumeau commence fort : l'humour noir. Le blues n'est plus ce qu'il était, ma pauvre dame. Aujourd'hui - nous sommes en 1989 – il a changé de casquette. S'appelle le rap. Ice T le rapper remet les pendules à l'heure : le rap, la vieille tradition des dozen remastérisées et remises au goût du jour. Semble bien que le travail poétique de Langston Hughes dans Ask your Mama : 12 Moods for Jazz ( 1961 ) ait agi souterrainement ( voir KR'TNT ! 274 du 24 / 03 / 2016 ), à cette différence près que chez Langston l'on est encore chez le palmipède de Musset qui plonge son bec dans ses propres entrailles alors que dans le rap on a remplacé le tarin nourricier par un poignard offensif. Souriez, vos êtes tué.
Maintenant ne faut pas zygomatiquer. Le blues c'est tout de même un sale mojo workin', tout cela depuis que Robert Johnson a pactisé avec le diable. Une remontée vaudou des anciens ferments africains. N'êtes pas obligé d'y croire à sa Seigneurie, pour en avoir le coeur net, et comme il vaut mieux s'adresser à Dieu qu'à ses saints, ou au Maître qu'à ses démons, à la fin du bouquin Chalumeau s'en vient demander des éclaircissements à ce si sympathique Keith Richards. Un expert en la matière. Qui se marre un bon coup. En rationaliste convaincu. Oui mais enfin, c'est comme le médecin qui vous remet le test du Sida en s'écriant, c'est négatif. Faut qu'il vous explique que c'est bon puisque le dépistage n'est pas positif. Coïncidence des oppositions !

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N'y a pas que des noirs en Amérique avec leurs obscures croyances. Y a aussi des strates entières de saloperies blanches. White Trash People, un euphémisme typiquement américain pour ne point faire acte ségrégatif en stigmatisant ces couches honteuses de la population sous l' infamante appellation de pauvres. N'ont pas d'argent, mais ont du goût : ils aiment la bonne musique : Johnny Cash, George Jones, Kitty Wells, Tammy Wynette, Loretta Lynn, costume de croque-mort pour existences endeuillées par le manque de tendresse.
Heureusement la société sait se protéger de ces hordes misérables, bougez l'oreille droite, dix ans de prison. Agitez la gauche en signe de dénégation, vingt ans de plus. L'on sait mater les fortes têtes in the country. Police partout, justice nulle part. Les portes du pénitencier vont se refermer sur vous. Visite d'Angola aux confins de la Louisiane. Le must du must pour les durs de dur. Signez la pétition, ils ont même une radio qui diffuse de la bonne musique. Un scandale ! Un petit lot de consolation, Elmo Lewis a travaillé pour l'administration du pénitencier. Vous vous en foutez. Pas moi. Pas étonnant que plus tard son fils soit devenu un killer. Notre bien aimé Jerry Lou a vécu aux abords de ces lieux, presque d'aisance, de sa dixième à sa treizième année. Un truc qui vous forge le caractère. Chalumeau en profite pour nous raconter la légende de Leadbelly qui se fit gracier par le gouverneur en visite pour avoir demandé sa libération en chantant.

 

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Un peu d'air pur s'il vous plaît. Nous voici en présence des derniers cowboys. A Cheyenne. Des fous qui s'acharnent à rester assis sur des broncos sauvages et des taureaux colériques. Le plus grand de tous les rodéos. En perte de vitesse : interdiction de boire de l'alcool dans les rues et de se bagarrer. Tous les plaisirs de la vie aseptisée ! Reste les groupies mais une bonne femme, ça ne vaut tout de même pas un bon cheval. L'esprit de l'Ouest recule. Claude Lafayette Dallas, le dernier Outlaw fera vingt ans de prison pour avoir tué deux gardes-forestiers qui auraient pu lui coller une amende maximale de cent dollars. Oui mais la liberté ne s'achète pas. S'évadera, faudra près de quatre ans à la police pour le remettre en cage.
J'ai dit cowboys. Voici les Indiens. Traversée de la réserve des Navajos. Terre rouge inculte et eau de feu. Red trash people. La honte de l'Amérique. Un récit à tirer des larmes au lieutenant Blueberry.
Vous avez entrevu Keith Richards, vous ne couperez pas à Chuck Berry. Tout un chapitre sur le(s) fameux concert(s) des soixante ans de l'idole le 16 octobre 1986 à Saint-Louis. Caractère de cochon du vieux Chuckky et rappel de tout ce qu'il en a bavé ( prison ) pour avoir été noir. Et retour de bien-pensance sur les mots jetés par Jerry Lou à son encontre à sa sortie de scène le 28 mars 1958 à New York : « Follow that, negro ! ». L'a-t-il dit, oui ou non ? Nous n'y étions point. Mais dans le feu de l'action Jerry Lou en aurait été bien capable.L'est capable de tout, c'est pour cela que nous l'aimons.

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La visite est terminée, la mienne parce que Chalumeau il vous montre encore du paysage mythographié. Un régal de lecture pour les fous transis d'Amérique. Ainsi il passe par les salles de billard. A vous de lire. Je ne volerai que cette information : vous connaissez tous ces deux films : L'Arnaqueur ( 1959 ) avec Paul Newman et L'Homme qui venait d'ailleurs ( 1976 ) avec David Bowie, sont à l'origine deux romans du même auteur : Walter Tevis. Décidément en Amérique, où que vous mettiez les pieds, vous marchez sur un filon d'or. Exemple ce bel article consacré à Leiber and Soller. Rien que pour cela, le livre vaut le dérangement.


Damie Chad.

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