17/01/2013

KR'TNT ! ¤ 127. BB KING

 

KR'TNT ! ¤ 127

 

KEEP ROCKIN' TIL NEXT TIME

 

A ROCK LIT PRODUCTION

 

17 / 01 / 2013

 

 

 

KING OF THE BLUES

 

 

B.B. KING / SEBASTIAN DANCHIN

 

 

( Editions du LIMON / 1993 )

 

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Fallait pas hésiter, c'était écrit en gros : Eddy Mitchell présente Les Rois du Rock, y avait déjà eu Chuck Berry et Bo Diddley dans la série, j'étais mineau mais dans le dictionnaire du jazz que je possédais B.B. King était bien répertorié parmi les neuf grands rockers du siècle avec Bill Haley, Elvis, Gene, Buddy, Eddie, les deux susnommés et cette grande folle de petit Richard. Mes économies du trimestre y passèrent mais ce n'était rien à côté de ce qui m'attendait.

 

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B. B. King, je ne connaissais que de nom. A l'époque pouvais pas confondre avec Albert King ou Freddie King, le blues était un continent noir où je n'avais guère eu l'occasion de traîner les pieds. Un tout petit peu dans le Delta avec la séquence blues du Pop Club de José Arthur, mais Pierre Lattès qui présentait ne montait jamais jusqu'à Chicago. Bref j'étais aussi innocent que l'enfant qui vient de naître et que Seigneur s'apprête à plonger dans notre monde de turpitudes.

 

 

Méfiant, j'avais attendu d'être seul avant de poser la chère galette sur le pick up. Rien de plus malvenu que des commentaires parentaux et insidieux sur la musique de sauvages que je me mettais à écouter. Surtout que, à franchement parler, le sourire en coin de l'artiste sur la pochette n'était pas des plus honnêtes, vous regardait un peu trop par en dessous. Photo en noir et blanc des plus classiques, rien de délirant, col de chemise et veste de velours côtelé des plus insignifiants, mais comme disent les grand-mères, à mauvais chic, mauvais genre. Ce qui n'était pas du tout pour me déplaire.

 

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J'avais fait coup double, deux disques pour le prix d'un. M'a fallu réécouter plusieurs fois pour entendre la version subliminale. Enregistrement public, je supposai au pire des claquements de mains polis à la fin des morceaux ou au mieux un frénétique bruit de fond tout le long de la prestation. Je n'y étais pas. Un truc hallucinant. Le disque était monophonique mais me sauta aux oreilles l'évidence de deux enregistrements concomitants. Au fond il y avait bien un gars qui chantait et qui jouait de la guitare, plutôt bien d'ailleurs, mais ce n'était pas cela le plus important.

 

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Devant il y avait le blues. Je ne l'ai compris qu'après. Ce n'est que quelques jours plus tard que j'ai mentalement enlevé la mention rock et apposé l'étiquette Blues sur B. B. King. Incroyable, B. B. jouait et chantait et le public donnait l'impression de n'en avoir rien à foutre. Semblait se passionner pour autre chose. Gueulait, hurlait, criaillait, applaudissait de manière fort impromptue sans compter les vociférations de trois ou quatre femelles en rut qui s'égosillaient sans fin. Avec en plus cette évidente certitude, cette foule n'était nullement hostile ou vindicative, mais y prenait au contraire un plaisir jubilatoire pour ne pas dire éjaculatoire, et idolâtrait le chanteur dont elle semblait ne pas faire fi. Un comportement déstabilisant. C'était le blues. Aujourd'hui quand quelqu'un me parle des racines noires du rock'n'roll, je sais ce que l'expression signifie.

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Différente, une musique différente, à part, le blues. Quelque part il existait une réalité objectivement séparée de mon vécu de petit blanc européen, une culture hors de moi, mais une frontière ouverte qu'il suffisait de vouloir franchir pour se retrouver aussitôt dans un ailleurs aussi accueillant que chaleureux.

 

 

Mais sur le deuxième sillon de cette fausse stéréo il y avait du monde aussi. Une guitare qui prenait toute la place, à tel point que d'abord j'ai pensé que B. B. King chantait mal. A ma décharge il est important de préciser que la voix n'est que le contrepoint de la note délivrée par les cordes, chant et guitare sont à écouter ensemble, comme un binôme inexpugnable. L'atome originel que personne ne parviendra à couper. L'une parle et l'autre répond, l'une dit et l'autre souligne. Chacune comme le contrefort arc-bouté sur la paroi de l'autre. Toute l'énergie contenue dans ce duo intarissable. Avec ce mystère tremblé qui fait que quand l'une prend la parole, l'autre ne se tait pas, même si elle laisse tout l'espace à l'autre, on ne l'entend plus mais toute sa présence réside en son attente, en notre attente. Car c'est nous qui sommes le manque et puis le réceptacle de cette absence qui se solidifie dans le cocon de notre désespoir, car toute attente est par essence désespérée, même si l'on est sûr qu'elle sera, l'espace d'une seconde séculaire, comblée. C'est ainsi que le blues nous parle, que nous entrons en communication avec lui et que nous nous posons en plein milieu de la conversation.

 

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Passionnante. Tellement pris par le feu roulant des réponses sans questions que l'on en oublie, tout le reste. L'orchestre, la batterie, la basse, les deux saxophones, sont là, font partie du paysage, le ponctuent et le délimitent mais se fondent tellement en lui qu'on ne les perçoit pas. L'on en revient toujours sur le timbre du B.B., il crie, notre blues-shouter, mais la voix ne force jamais, elle est comme étranglée, porteuse et porte d'angoisse et en même temps soupape de sécurité. Qui laisse échapper le trop plein d'énergie mais qui détient et retient l'incertitude avérante de l'explosion, pour mieux la guider vers sa concentration maximale.

 

 

Alors que le jazz s'applique à maintenir celle-ci en une sempiternelle instabilité, le rock'n'roll s'empresse d'allumer la mèche pour en hâter la libération. C'est en cela que le rock procède du blues. Alors que le jazz qui fait son malin y remonte. N'avaient pas tout à fait tort Barclay and Eddy de classer B.B. King parmi les rois du rock. Ces deux musiques, la brune et la blonde, la bleue et la blanche, sont des soeurs incestueuses.

 

 

SEBASTIEN DANCHIN

 

 

Après cette petite intro, il serait peut-être temps de passer au bouquin de Sébastian Danchin. N'ai que l'édition originale de 1993, l'a retiré en 2003 en version augmentée. C'est que B. B. King est carrément increvable, aujourd'hui âgé de quatre-vingt sept ans il parcourt le monde en donnant des dizaines de concerts, peut-être que l'année prochaine en 2013 Sébastian Danchin nous offrira une deuxième réactualisation.

 

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Question blues Sébastian Danchin n'est pas – si j'ose employer cette expression – un bleu. Passionné de musique noire, il a vécu à Chicago, guitare à la main, réussissant à jouer avec Son Seals dont le père fut musicien de Bessie Smith. Façon transmission et compagnonnage vous trouverez difficilement mieux. A commis plusieurs livres sur des musiciens noirs, d'Earl Hooker – guitariste slide hors-pair, cousin de John Lee, copain de Bo Diddley – dont on ne parle jamais assez, à Prince dont on cause trop. Son Encyclopédie du Rythm & Blues et de la Soul parue chez Fayard reste un must. Pas monomaniaque pour deux ronds de frites il a aussi consacré deux livres à Elvis Presley.

 

 

LES DEUX ROIS

 

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C'est l'autre roi. Car il y en a deux. Celui du rock'n'roll et celui du blues. Ce qui tombe bien, puisque c'est le premier qui écouta le second sur la radio. Retraçant les racines noires du rock'n'roll blanc nous en avons déjà parlé, le jeune Elvis écoutant à la radio le disc-jockey noir sur WDIA. Le livre révèle la face cachée de l'iceberg.

 

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L'iddée était venue à B. B. King en entendant Sony Boy Williamson sur KKFA. Un malin ce Rice Miller, l'avait volé son appellation incontrôlée à... Sonny Boy Williamson, harmoniciste du delta qui l'aurait volontiers trucidé pour ce vol de propriété intellectuelle et de célébrité musicale... Mais surtout bien avant les agences modernes de publicité il avait tout compris de la future société de consommation et de communication. Avait réussi dès 1941 à entrer dans les émissions sponsorisées par le fabricant de farine King Biscuit. B.B. qui criait alors famine dans les rues de Memphis en discuta avec Sonny l'embrouille et pigea très vite la combine. Jouer en direct live sur l'antenne ou présenter quelques disques, c'était l'occasion inespérée d'annoncer jour après jour ses propres concerts et ses propres engagements. Ce qui ne pouvait que l'aider à toucher un large public et surtout ce qui assurait aux bars ou aux salles qui le programmaient une publicité gratuite...

 

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Nous sommes en 1948 et B. B. King travaillera jusqu'en 1953 sur WDIA. C'est ainsi qu'apparaît notre deuxième monarque : Elvis qui a pris l'habitude d'écouter un certain disc-jockey surnommé Beale Street Blues Boy qu'il ne tardera pas à rencontrer dans les clubs de l'artère maudite de Memphis City. B.B. fréquente aussi les studios d'un certain Sam Phillips qui sur sa marque Sun n'enregistre que des artistes de couleur.

 

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Magnifiques symboles, alors qu'Elvis travaille déjà sans en être conscient à la future éclosion du rock'n'roll, son chemin croise celui qui apportera le blues à un large public, et qui comme en une ultime révérence aux lointains débuts du blues se fait sponsoriser par Peptikon une sorte de fortifian miracle qui n'est pas s'en rappeler les voitures itinérantes des medecine shows...

 

 

MAUVAIS DEPARTS

 

 

B.B. a désormais les deux pieds dans les starting blocs du succès. Mais ne croyez pas pas que ce fut une partie de plaisir pour en arriver là. Né en 1925, Riley B King élevé par sa grand-mère, orphelin à neuf ans, la vie de celui que l'on appellera B et plus tard B. B. n'a pas été facile. L'a tout de même pu apprendre à lire et à écrire, écoutera les disques de sa tante, de Blind Lemon Jefferson à Robert Johnson, et sera initié au blues par son oncle, ouvrier agricole qui n'arrête pas d'en chantonner. Ajoutez à cela le gospel à l'église pentecôtiste du coin et le travail dans les champs pour le compte d'Henderson, un propriétaire blanc comme il se doit, et vous aurez la panoplie parfaite de l'enfance d'un roi du blues dans le Mississippi profond.

 

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A la mort de sa grand-mère – il a quatorze ans – il ira travailler chez Flake Cartledge, petit fermier, un oncle des Henderson, qui le traitera avec humanité. Le travail est dur, mais relativement bien payé... B.B. peut s'acheter une guitare, et superbe promotion sociale, à dix-huit ans son nouveau patron chez qui il effectue un service civil – nous sommes en 1943 - lui confie la conduite d'un tracteur... C'est là aussi qu'il entendra pour sur KFFA l'émission King Biscuit Time avec Sony Boy Williamson et Robert Junior, le beau-fils de Robert Johnson...

 

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B. B. a trouvé sa vocation, commence à courir les Juke Joints du coin pour entendre ses idoles radiophoniques mais aussi Muddy Waters et bien d'autres... En 1945, n'y tenant plus c'est la première anabase du King sur Memphis. Trouvera refuge chez Bukka White, un lointain cousin, surtout connu pour être aussi – comme le grand monde du blues est petit ! - le cousin de John Lee Hooker. BB a beaucoup joué dans les rues, y a appris des dizaines et des dizaines de morceaux – du blues le plus noir à la chansonnette de variété la plus pâlichonne, mais la fortune n'a pas été au rendez-vous. En 1947, il rentre à la maison, et passe l'été à ramasser du coton. Economies en poche, il repart à Memphis, nous sommes en 1948...

 

 

LA MONTEE EN FLECHE

 

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Ce coup-ci sera le bon. Doucement mais sûrement... dès 1950 il enregistre au studio Sun son premier single pour RPM des frères Bihari... Three O'Clock Blues entre au Billboard dans les derniers jours de l'année 1951. En quelques mois B.B. King devient la grande vedette du blues. Et l'âge d'or durera dix ans.

 

 

Mais B. B. King est-il un véritable bluesman ? L'histoire officielle affirme qu'il en est le plus talentueux et le plus digne de ses représentants. Ce qui est indiscutable. Mais monté à Memphis, B.B. King n'est plus un coureur de route. Avant de s'électrocuter à Chicago le blues du delta va connaître à Memphis, big city d'étape, sous l'impulsion de B. B. une première transformation. Très modestement notre guitar-hero ne la revendique pas. L'argent qui vient lui permet de recruter et de payer quelques musiciens d'accompagnement. Ce n'est plus B.B. et sa guitare mais B. B. et son orchestre, jusqu'à onze personnes !

 

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L'a pu le faire car il en a eu les moyens financiers. Si tous les premiers bluesmen se sont contentés d'un ou deux accompagnateurs la plupart du temps, ce n'est pas de leur faute. Auraient bien eu envie de s'adjoindre eux aussi une section de cuivre. Z'ont fait ce qu'ils ont pu avec leurs petites mains et leurs vilaines guitares. L'occasion fait le larron. L'on a des témoignages oraux et incertains qui affirment que dans les derniers mois de se vie Robert Johnson avait un backin'group de six musicos...

 

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B. B. King n'est-il pas de fait un des promoteurs du rhythm'n'blues ? N'est-il pas de fait l'inspirateur de Bobby Blue Band qui débuta dans le métier comme son homme à tout faire et son chauffeur. ? Joue sur tous les tableaux, du blues le plus pur à des thèmes beaucoup plus populaireS, ce qui lui permet aussi de mordre peu à peu sur une petite frange du public blanc. Mais aussi de perdre de vue son public de couleur.

 

 

BLUES EN BERNE

 

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Les noirs ne se reconnaissent plus dans les orchestration jazzizantes de B.B. King. A priori ce serait une bonne nouvelle. N'aurait plus qu'à revenir au bon vieux blues d'antan. Mais le problème c'est que justement les noirs qui luttent pour les droits civiques entendent renvoyer aux oubliettes le souvenir des temps maudits et honteux de l'esclavage. Phénomène qui s'accroîtra avec le temps. Aujourd'hui le public du blues est plutôt blanc et européen...

 

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Au début des années 60, B.B. entame une longue traversée du désert. Comme par hasard les meilleurs disques de cette époque furent les lives At the Regal et The Blues is King, il suffit que vous relisiez ci-dessus l'évocation du trésor présenté par le grand Schmall pour comprendre. Le Live At The Regal est considéré par beaucoup comme le plus grand disque de blues jamais enregistré. Ce genre de titre un peu pompeux ne veut peut-être rien dire, mais il faut avouer que le 33 Tour est un chef d'oeuvre absolu. Mais qui vient trop tard, qui ne peut plaire qu'au noyau dur des fans les plus intransigeants de la musique bleue. Pour la petite histoire B.B. King ne partagea jamais l'enthousiasme de ses fans quant à cet enregistrement.

 

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La galette du roi, si succulente fût-elle ne lui permit pas de rebondir...

 

 

LE BLUES DES BLANCS

 

 

Comme toujours le succès vint d'où B. B. ne l'attendait pas. Avant de casser sa pipe en 1965, Sonny Boy Williamson avait trouvé la solution. S'en était allé chez les rosbeefs qui avec les premiers disques des Stones découvraient le blues. Avait tourné avec comme orchestre d'accompagnement les Animals et les Yardbirds. Mais la mort lui avait interdit de capitaliser son succès.

 

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B.B. King mit plus de temps pour comprendre. Ce n'est qu'en 1970 qu'il se risque sur la scène du Fillmore West à San Francisco, en quelques accords notre bluesman est adopté comme leur père spirituel par des milliers de jeunes blancs qui lui font un triomphe. B. B. King devient une icône de la génération rock des années 70. Il jouera avec Jimi Hendrix et se voit offrir la première partie de la prochaine tournée des Rolling Stones... C'est parti, et quarante ans après la pression n'est pas retombée.

 

 

LE ROI DU BLUES

 

 

B.B. King n'est ni un guitariste, ni un chanteur de blues. Il est devenu une légende vivante, l'ambassadeur du blues aux quatre coins de la planète du Canada au Japon, sur tous les continents. Des centaines de concerts, tous les ans sans s'arrêter. A reçu les plus grands honneurs, professeur émérite de plusieurs universités, Dieu en personne, Eric Clapton, l'a reconnu comme son maître, et plus personne n'ose dire du mal de lui...

 

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Du haut de ses quatre-vingt sept ans il assure comme une bête, faut voir comment chaque soir il astique la petite Lucille, sa guitare lui arrachant des miaulements de chatte en chaleur. Son public de rocker a vieilli, s'est fatigué – alors que lui pète une forme d'enfer – mais se renouvelle sans cesse. Aujourd'hui l'on y trouve l'arrière-garde des cultureux qui arrivent longtemps après la bataille, faire amende honorable et s'agenouiller béatement devant le maître. N'écoutent pas le blues, révèrent l'institution.

 

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Mais tout cela n'est que de la foutaise. Seuls les imbéciles se laissent prendre au piège de la renommée. Il suffit de l'écouter jouer, chanter ou même parler trois minutes pour s'apercevoir que chaque matin, lorsqu'il se lève B. B. King, infiniment simple, infiniment modeste, à près de quatre-vingt dix ans, a encore le blues.

 

 

Damie Chad.

 

 

 

URGENT, CA PRESSE !

 

 

ROLLING STONE N° 50.

 

Janvier 2013.

 

Aux USA ce n'est plus un magazine mais une institution. Presque aussi vieille que les Rolling Stones. A ses débuts en 1967, la revue tente de courir après le mouvement hippie. Elle en propose une version acceptable par le grand public progressiste. Cocktail-molotov pour les tièdes, pétard mouillé pour les militants. S'est constituée à l'ombre du rock des seventies. A toujours soutenu les aspirations les plus libérables de la petite-bourgeoisie américaine. Comprenez qu'elle s'inscrit plutôt dans le camp démocrate que républicain.

 

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Dans ses heures de gloire elle accueilli la crème des journalistes rock comme Lester Bang ou Greil Marcus. Par la suite son premier lectorat vieillissant lui faisant quelques infidélités, elle a tenté de séduire les nouvelles couches de la jeunesse beaucoup plus intéressée par les acteurs des séries télés et du cinéma... Vivant sur son prestige la revue a essaimé, en Europe et notamment en France.

 

 

Le concept est simple : la version indigène repose sur les archives de la maison mère tout en collant le plus possible à la réalité sociologique et la mentalité culturelle du pays colonisé, ce qui se traduit par un mix plus ou moins réussi d'articles traduits ou écrits par des locaux. Comme un fait exprès alors que je m'apprêtais à mettre en ligne l'article sur BB King, Rolling Stone, version française nous offre la traduction d'un papier paru dans the Guardian le six novembre 2012 d'Ed Vulliamy honorable correspondant de The Observer et de The Guardian dans la bonne pomme de New York.

 

 

Ed Vulliamy rend compte d'une entrevue avec BB King en des circonstances présentées comme exceptionnelles, chez lui – enfin presque – à Indianapolis où il passa son enfance et sa jeunesse à ramasser du coton. A quatre-vingt six ans l'on pardonnera à BB King de ne pas se répandre durant des heures. Mises bout à bout ses réponses ne forment pas un texte bien long, mais Ed Vulliamy les englobe si bien à un article de fonds sur toute sa vie, les consolidant de citations d'autres interviewes ou de livres consacrées à notre héros royal que nous avons l'impression qu'il a causé durant des heures.

 

 

Ne dit pas beaucoup. Mais chaque mot porte. Pas du tout la grosse tête. Reconnaît sans numéro de pseudo-fausse modestie que beaucoup de guitaristes sont meilleurs que lui, surtout chez les blancs. Lui, il se contente de jouer comme BB King. Ne sait pas faire plus, mais c'est ce qu'il fait de mieux que tous les autres. Ne détient pas le savoir universel du blues, un gars comme Clapton lui en a remontré sur certains points. Le blues est un idiome universel à la portée de tous. Mais pas de n'importe qui.

 

 

Le chemin du blues n'est pas terminé indique-t-il. Obama n'est pas le bout de la piste. Une étape. Au milieu du trajet. Reste autant de miles à parcourir que tout ce qui a été déjà effectué. Point trop d'illusion, Mister BB. Si les noirs ne se font plus traiter de sales négros à chaque coin de rue, les mentalités et les progrès sociaux n'évoluent que très lentement. N'en dira pas plus mais n'en pense pas moins. Les honneurs et la gloire ne l'ont pas perverti. BB King n'est pas dupe : les fumées d'encens dont on le recouvre sont aussi un moyen de cacher bien d'autres misères.

 

 

C'est tout de même Jimmy Page qui est en couverture. Une photo du bon vieux temps de Led Zeppelin. Faut reconnaître qu'une photo de hard rocker blanc en pleine jeunesse est est un argument de vente beaucoup plus porteur que le portrait d'un bluesman octogénaire... Jamais vu un titre si menteur : Jimmy Page dit tout ! N'en croyez pas un traître mot. Jimmy Page ne dit rien. Garde son droit de retrait. Devant la connerie ambiante. Sait qu'il est inutile de convaincre les imbéciles. Aussi préfère-t-il se taire que tenter de se justifier. Ne donne pas dans la palinodie. Ne regrette rien. Refuse de présenter ses excuses.

 

 

A fait ce qu'il a fait. Point. Barre. Impossible d'y revenir. La vie n'est pas réversible. Inutile de pleurer sur le Dirigeable. L'on aurait pu rajouter quelques légendes à la saga, mais les évènements et les hommes ne l'ont pas voulu. Est-ce un bien ? Est-ce un mal ? Led Zeppelin était au-delà de si puériles notions. Vous pouvez toujours rêver d'y rajouter l'épisode manquant, ce qui compte c'est que l'on ne peut rien en retrancher. Il n'aborde même pas le sujet, mais l'on ne peut s'empêcher de penser avec lui que notre époque est bien trop étriquée pour autoriser trop longtemps le stationnement du Dirigeable dans les parc-mètres du sociologiquement correct.

 

 

Connaît l'art de renvoyer les tartes à la crème. Lorsque l'interviewer se laisse aller à une évocation d'Aleister Crowley, rétorque qu'on ne l'interroge jamais sur Dante-Gabriel Rossetti qu'il vénère tout autant que la Bête Magick. La perche est tendue, mais David Frike ne sait pas la saisir. Sans doute ne la voit-il pas. Mais Rossetti ne serait-il pas une figure identificatrice de Robert Plant ? En un sourire Page nous dévoile des abysses de songeries réflexives.

 

 

Côté Frenchies, deux doubles page de Pierre Mikaïloff – voir notre Livraison 121 du 08 / 12 /12 Sur sa belle radiographie du punk – sur les vingt ans de Tostaky l'emblématique album de Noir Désir qu'il n'hésite à qualifier de meilleur disque de rock français. L'erreur est humaine. N'est même pas crédité dans les cents premiers de ma liste perso. Elle n'est pas encore établie, mais c'est tout comme.

 

 

Philippe Barbot nous régale d'un article sur Christophe. Nous joue sempiternellement son même numéro depuis vingt ans, le père Christophe : dandy de la nuit, beau bizarre et mots bleus. Sait soigner son look – admirables photographies de Claude Gassian – et sa prose. A tel point qu'on en oublie de poser les questions les plus intéressantes, celle sur sa deuxième période que tout le monde occulte, l'on se demande pourquoi ( mais je l'imagine très bien ), celle de son premier come back au début des seventies en chanteur minet, moustaches blondes et slows romantiques... le décadentisme en personne.

 

 

Plein d'autres choses : n'ai pas lu l'article sur Lou Reed qui me désole depuis qu'il n'est plus accompagné par Steve Hunter et Dick Wagner. Vous recommande celui sur Creedence Clearwater Revival dans lequel John Fogerty n'est pas présenté comme la sympathique victime du méchant P.D.G. de sa maison de disques...

 

 

Damie Chad.

 

 

 

BLUES MAGAZINE. N° 67.

 

Janvier. Février. Mars. 2013

 

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Mini-format mais panorama complet du trimestre blues. Le précédent. Comme les vacances sont terminées depuis longtemps c'est un peu fatigant de se replonger dans la kyrielle des festivals blues de l'été, oublié depuis longtemps sur l'étagère aux accessoires dépassés. Tout le monde est trop bon, trop top, trop trop... Même les Blues Caravan, trois filles, trop jolies, trop classe, top guitare, les ai jamais entendues mais nos trois demoiselles venues d'Angleterre et du Missouri paraissent surtout le produit «  More girls with guitars » sorti tout droit de la tête de leur promoteur Thomas Ruf. Je dis ces méchancetés parce que je n'étais pas au Billy Bob's voici presque un an, sans quoi comme je me connais suis sûr que j'aurais succombé sous les arguments de ce trio de choc.

 

 

Si vous caressez tous les soirs votre guitare en rêvant d'être la future étoile de la six cordes, ne lisez pas l'article Guitaristes de Blues : la relève. Y en a au moins cent cinquante meilleurs que vous déjà nominés dans Blues Magazine. Le truc à vous filer le bourdon pour trois semaines. Faudrait la moitié de l'existence pour parvenir à se faire une idée si l'on voulait les écouter un par un. A croire que le monde est peuplé de guitaristes de blues. Ca pousse comme la chienlit en Mai 68.

 

 

N'essayez pas de m'accuser de tirer la couverture de laine bleue du blues à moi pour mieux vanter le couvre-lit de soie rouge du rock'n'roll mais le meilleur article du zine, le plus fouillé, le plus précis c'est encore celui consacré à un des pionniers du rock'n'roll Billy Lee Riley. Une carrière en demi-teinte. Partie sous les meilleurs auspices. Puisqu'il fait partie de la mythique écurie Sun. Juste un petit problème. Sam Phillips ne l'aime guère. Caractère peut-être un peu inconstant. Et forte tête en même temps. Carrière en quart de teinte. Jusques à sa redécouverte en Europe par les fans de rockabilly. Flying Saucers Rock'n'roll repris par tous les combos rockab de la planète lui donne l'immortalité que la vie lui a refusé le 2 août 2009... Un pionnier. Un vrai. Un grand.

 

 

Damie Chad.

 

 

 

 

 

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