06/12/2012

KR'TNT ! ¤ 121 THE JALLIES / PUNK ROCK 1969-1978

 

KR'TNT ! ¤ 121

 

KEEP ROCKIN' TIL NEXT TIME

 

A ROCK LIT PRODUCTION

 

06 / 12 / 2012

 

 

THE JALLIES / PUNK 1969-1978

 

 

MONTEREAU SUR YONNE / 01 / 12 / 12

 

PUB LE BE BOP / THE JALLIES

 

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La teuf-teuf mobile rigole. Un concert à trente kilomètres, qui plus est en Seine & Marne, une paille. Le temps de dire ouf, se jouant des radars et autres pièges diaboliquement administratifs disposés au bord des routes comme cette chaussée coupée juste à l'entrée de la ville, elle nous dépose à quinze mètres du Be Bop, à nous de jouer. Le bar est loin d'être plein, sont dedans aussi nombreux que nous deux au-dehors, mais le patron qui vient nous accueillir est des plus sereins : «  Les Jallies, c'est bien ici, mais le concert commence à 10 heures ! »

 

 

Sommes rejoints par une figure connue, même s'il la cache la plupart du temps derrière son appareil photo, Jacques Fatras. Nous avons emprunté quelques unes de ces images pour illustrer notre article. En attendant que ça commence faites un tour sur son Facebook, plus de 9000 photos de concerts... tous trois, vite rejoints par Mumu et Billy, nous discutons et sirotons un café en attendant la suite des évènements...

 

 

L'on n'a pas fait gaffe mais le pub est maintenant remplie comme un oeuf d'alligator. Pas spécialement le public rock habituel, mais la jeunesse locale, joyeuse et festive... L'on ne va pas le cacher, l'on n'est pas venu poussés par un enthousiasme délirant, la vidéo du groupe ne nous a pas convaincus, mais l'appel du rock les soirs de pleine lune est toujours irrésistible. En plus c'est un groupe de filles, alors comment voudriez-vous que la légendaire courtoisie des rockers ne soit pas au-rendez-vous ?

 

 

PREMIER SET

 

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D'ailleurs les voici. Sont face à nous, la scène est un peu exiguë mais possède l'avantage insigne de rendre quasiment invisible le contrebassiste. Car c'est un groupe de filles, avec un mec. Rien n'est parfait en cette vallée de larmes et il y a toujours des privilégiés qui sont plus vernis que les autres. En plus l'on ne va même pas pouvoir faire semblant de l'ignorer car sa big mama il va la faire méchamment swinguer durant tout le show et Julien nous régalera de quelques solis pas dégueux du tout.

 

 

Mais passons aux choses sérieuses – je sais que ce mot choses est des plus mal-venues, mais j'ai déjà biffé la malheureuse expression morceaux de choix – disons des trois demoiselles qui occupent le devant de la scène. Sur notre gauche Vanessa, jupe rouge moulante, baguettes entre les doigts, ses cheveux blonds à la coupe audacieuse aussi clairs que son unique caisse, au centre la même, Céline, autant de grâce, mais la chevelure sombre coupée encore plus haut, guitare rythmique à la main. Enfin à droite Ady, Gretch rouge collée au corps comme pour souligner un décolleté propice aux rêves. Pas touche ! Très vite elles nous avertissent : These boots are made for walking and One of these days these boots are gonna walk over you. Pas bégueule pour un quart de cent mais toute la gent masculine s'abstiendra de remarques grivoises et déplacées.

 

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Pas du genre à se contenter d'être belles et à se taire. Ouvrent la bouche toutes les trois pour nous balancer une ritournelle à la Andrews Sisters qui mêle leurs timbres à ravir. D'emblée la salle est conquise. Certes les amis sont là mais la plus grande partie du public n'est pas composée d'adeptes fifties purs et durs. Elles ont un charme indéniable et elles dégagent. Pas froid aux yeux non plus. Elles osent : Adeline se lance tête baissée dans un Be Bop A Lula, une interprétation pas du tout servile, aux lyrics appuyés, qu'elle recrée de l'intérieur en l'adaptant à sa voix plus bluesy.

 

 

N'ont pas fait trois titres que déjà elles changent de rôle. Si Julien reste cantonné à sa contrebasse, nos trois nanas se livrent à un incessant ballet échangiste; et que je prends ta place, et que je m'empare du micro, et que je te refile la lead guitar, et que je sors ma strato toute blanche. Ne sont pas interchangeables, chacune a tout de même son instrument de prédilection, par exemple Vanessa plus performante sur la caisse claire mais extrêmement à l'aise sur les parties vocales.

 

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Le plus agréable c'est que l'on ne sent pas chez elle un stérile esprit de compétition. Ne cherchent pas à évincer l'autre. Ont compris que chacune apporte sa touche personnelle et que ce sont les différences qui enrichissent un groupe. Elles invitent même un copain à les rejoindre sur scène avec sa trompette. Une première intervention trop timide, trop en retrait avec mini solo trop discret mais dès sa deuxième prestation se lance presque à contrechamp dans un monologue aux ondulations mexicaines, un truc à la Willy de Ville, qui arrache des suffocations de plaisir au public qui applaudira à tout rompre.

 

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C'est que la fièvre monte salement à El paso. Le saloon grogne de mécontentement quand elles annoncent la fin du premier set. Promettent de revenir. Ont intérêt. Pas question de filer à l'anglaise. De toutes les manières l'on sent bien qu'elles n'en ont pas envie.

 

 

DEUXIEME SET

 

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Parce que vous pensez qu'il y a eu un deuxième set. Non. Erreur sur toute la ligne. Juste un long tourbillon de folie. Ce sont les Jallies les fautives. Ont débuté en balançant un Jailhouse Rock de derrière les fagots. Une grêle presleysienne qui a tout de suite élevé le débat. Ensuite c'est parti dans tous les sens. Du rock, du swing, du jump. Du Setzer, du Imelda May, du Brenda Lee, du Janis Martin, du tout ce que vous voulez jusqu'à Amy Winehouse. De l'ancien, du moderne. Mais le tout dans une ambiance indescriptible.

 

 

Charivari dans la salle. Applaudissements nourris, cris d'encouragements, faces épanouies, un de ces moments de joie où tout le monde confie son contentement au premier qui passe devant lui. Billy se lance avec une jeune parisienne dans un numéro de rock-danse des plus jouissifs. Faut voir ses mines de poisson-chat en bretelles qui minaudent les yeux fermées devant sa souris endiablées. Plus personne n'est assis. Trémoussements généralisés. Jérôme qui a rejoint les filles ne quitte plus sa trompette et feule comme un tigre en liberté dans une jungle ellingtonienne. Toujours à propos, sans pesanteur. Derrière Julios – comme elles le surnomment – s'activent sur ses cordes. Il en a perdu sa casquette.

 

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C'est fini. Un dernier petit morceau vite emballé pour la route. Croient s'en tirer comme cela. Pas question. Jusqu'à un choeur de footeux euphoriques qui les réclame à sa manière. So you wanna be a rock'n'roll star ! Faut assumer. Un rappel. Deux rappels. Pensent en être quittes avec un troisième. Mais des acharnés leur barrent le chemin et les remettent au turbin. Sont crevées. Au bout de leur répertoire. Refont Johnny got a boom boom d'Imelda. Très belle version. Mais ça ne suffit pas. Cinquième rappel. Au sixième c'est Julien qui vient sauver ses poulettes aux oeufs d'or. Si l'on continue, elles vont lui clamser entre les doigts. Nous octroie une sixième aumône mais nous avertit que ce sera la dernière. Partiront sur un dernier swing les jambes flageolantes.

 

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Sont assaillies de félicitations au bar. Ne peuvent pas avaler deux gorgées de suite sans être pressées de questions. Sourient, répondent, sans aucune marque d'impatience, heureuses d'un accueil si chaleureux. Faut dire qu'en rock et dans la vie l'on ne reçoit que ce que l'on a donné.

 

L'on discute encore dans le compartiment fumeur – dans la froidure hivernale du devant de porte...

 

 

LES JALLIES !

 

 

Bien sûr le groupe n'est pas exempt de défauts de jeunesse. N'a pas encore fait de véritables concerts devant un public de connaisseurs. Mais il est bien armé pour passer cet écueil sans encombre. Les guitares ne sont pas mis assez en avant. Le rockabilly les théâtralise toujours. Le riff toujours en avant et la passe à la rythmique tout de suite après. Mais elles proviennent d'horizons divers et ont en quelque sorte sauté dans le mystery train en marche. Mais elles possèdent l'essentiel, l'envie de progresser, la grâce et l'énergie. Et puis quel concert !

 

 

Dans la voiture l'on est contents. L'on fredonne l'hymne féministe du rock'n'roll français «  Oh les filles ! Oh les filles ! Elles nous rendent marteau ! »L'on avait déjà retenu la date du mois de janvier pour leur passage au Saint Vincent, à Saint Maximin. Sans les avoir vues. Flair de rockers.

 

Damie Chad.

 

 

PIERRE MIKAÏLOFF

 

KICK OUT THE JAMS, MOTHERFUCKERS !

 

PUNK ROCK, 1969 – 1978

 

Camion Blanc / Mai 2012

 

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Avec un tel titre référence au premier album du MC 5 j'ai cru ( mais dans la vie il ne faut pas croire, il faut savoir ) que l'on pataugerait dans les coulisses du punk américain, j'ai commandé le book sans plus attendre. A réception me suis aperçu que ça clochait. Un air de déjà vu, mais oui c'est la reprise du Dictionnaire raisonné du Punk sorti chez Scali en 2007. C'est dans la maison sous des strates de bouquins qui demanderaient de vastes explorations... très bonne idée de le rééditer, Scali a fait faillite et beaucoup de son rayon rock n'est plus disponible chez les soldeurs. Et puis j'aurais dû dresser l'oreille au nom de Pierre Mikaïloff.

 

 

PIERRE MIKAÏLOFF

 

 

Un chieur d'encre comme aurait dit Jean Lorrain. A pondu une trentaine d'ouvrages. Mais avec l'excuse de savoir de quoi il parle. Pas du tout l'intellectuel cloîtré dans sa tour d'ivoire qui vient ramener sa fraise et rajouter la cerise sur le gâteau pour voler la gloire à ceux qui se sont décarcassés à le fabriquer. A fait partie intégrante des Désaxés. En 1982. J'accorde que c'est davantage post-punk que pile en plein punk, mais le groupe a tout de même joué en première partie de Sylvain Sylvain, au Gibus. Pour une caution punk, c'est une sacrée caution. A fait aussi partie de la mouvance Metal Urbain et Stinky Toys.

 

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Avec un tel curriculum vitae il est facile de comprendre pourquoi le livre fait la part belle au punk français. N'en déduisez pas pour autant qu'il traite le punk des amerloques et des tommies par-dessus la jambe en quatrième vitesse. Plus de 450 pages d'entrées sont réservées aux artistes toutes nationalités confondues et vous qui êtes sûrs de tout savoir sur l'histoire des punks américain et anglais, vous vous apercevrez vite que vos lacunes sont nombreuses.

 

 

Pour les cinquante pages d'interviewes finales nous ne serons pas aussi élogieux. N'apportent pas grand-chose de neuf. De dix non plus d'ailleurs. Par contre l'intro du début ( mais les intros sont souvent au début ) intitulée I Can't Explain ne tient pas les promesses de son intitulé. Elle explique tout et de main de maître. Elle expose en une soixantaine de pages d'une clarté absolue les enjeux sociologiques, politiques et musicaux du mouvement punk.

 

 

UNE MUSIQUE MINORITAIRE

 

 

Facile de résumer le rock'n'roll en une ligne et demie. D'abord les pionniers, ensuite le british boom, et enfin le punk. Ne cherchez pas la suite, il n'y en a pas. Faut maintenant en rabattre. Les pionniers n'ont pas fait long feu, en trois ans ils sont renvoyés chez eux. Plein succès hégémonique pour la seconde éclosion. Mais l'on a mis un peu trop étourdiment tous les oeufs dans le même panier. A partir de 1975, c'est la décrue, lente mais inexorable. Le punk ne fut qu'un feu de paille. Un maximum de vacarmes et de fureurs mais à l'arrivée pas grand chose. Commence en 1976 et se termine en 1977. Comparée à l'ère des dinosaurocks qui s'étirent longuement, lentement, la période punk s'avère maigrelette.

 

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On a vécu le punk comme un tsunami, mais lorsque la déferlante s'est retirée il a fallu se rendre compte qu'il y a eu plus de peur que de mal. Pierre Mikaïloff y revient à plusieurs fois. Sans doute beaucoup de bruit pour rien. Soyons un peu moins shakespearien et davantage gentils, nous dirons donc : pour pas grand chose. Les journaux ne parlaient que de punk – étrangement pas tellement que cela les revues spécialisées comme Rock'n'Folk et Best, plutôt les quotidiens conservateurs et populistes, mais les foules sentimentales insensibles aux rebelles effulgences achetaient du disco.

 

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Voudrais pas vous gâter le reste de la journée mais en France l'immense majorité des jeunes ne se ruent pas sur le single Anarchy in the UK des Pistols. Les minets – c'est ainsi qu'on les surnommait ces freluquets de l'oreille sapés comme des garçons coiffeurs - se ruent sur les deux premiers 33 tours de Cerrone qui se vendront à près de vingt millions d'exemplaires in the world ! Lorsque l'on compare aux cinq cents exemplaires du premier single d'Asphalt Jungle, l'on ressent comme un petit frisson de dépit dans le dos.

 

 

Faut avouer que le disco venu des USA a trouvé une magnifique caisse de résonance dans la cervelle creuse des beaufs de notre douce France toujours un peu molle des trompes d'Eustache. Pour une fois qu'ils comprenaient comment ça marchait ils n'ont pas manqué l'occasion de se faire remarquer. Facile : plum-plum avec la basse, boum-boum avec la batterie, répétés ad libitum jusques ad nauseam. Pour égayer la chose vous enregistrez des feulements de jeunes femmes qui se caressent sauvagement la chatte, et c'est fini, n'y a plus qu'à emballer et à servir chaud.

 

 

AFTER PUNK

 

 

Concept minimaliste qui peut plaire à tout le monde. Mais que sont devenus les punks après 1977 ? Se sont mariés, ont fait des enfants. Ceux que le no future matrimonial ne tentait pas se sont pliés au goût du public. Se sont mis au dance-punk. Z'ont appliqué le fameux slogan punk Do It Yourself au disco. Que chacun se fabrique son petit disco chez soi, tranquille, à la maison. C'est ainsi que naquit la House-Music. Une bénédiction pour les labels, ça se bétonne au mètre et ça ne coûte rien à enregistrer. Suffit de programmer les boîtes à rythme.

 

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Le malheur c'est que de tels agissement ont reçu de subtiles cautions, celle de David Bowie par exemple qui tente avec Station To Station dès 1976 une OPA sur les charts rhythm'n'blues américains et qui décomplexe les musiciens blancs avec sa trilogie moderniste Low-Heroes-Lodger... sous prétexte de hype musicale l'on finit dans un simple beat métronimisé ( et même métrominimisé ) qui écrase tout sur son passage... Mais les dégâts les plus terribles auront lieu à la Tamla Motown. L'on abandonne le bon vieux rhythm and blues des familles pour de la ballade grand spectacle sophistiquée. Avec rasades de violons épicées au choix ou de stridences de guitares répétitives ou de wonderiens claviers pompeux but chics. L'instrumentation se perd dans les errements du funk pour mieux retomber dans la mélasse de la pop sucrée d'un Mickael Jackson. Mouvement de masse, à la fin des années 80, les noirs se sont coupés des racines blues de la musique. Une catastrophe dont nous ne sommes pas encore sortis. Parfois il vaut mieux rester inconscient que de prendre l'exacte mesure des dégâts.

 

 

BEFORE PUNK

 

 

1969, les Rolling Stones sont au faite de leur plénitude, viennent de sortir coup sur coup Beggar's Banquet et Let it Bleed, ils sont en train de concocter le somptueux Sticky Fingers. Led Zeppelin – les forgerons du fracas et de la fureur - s'est déjà imposé avec ses deux premiers albums éponymes. Qui oserait remettre en cause de telles suprématies ? Et surtout pourquoi et au nom de quoi ? Ce sont les années fastes et de flamboyances du rock'n'roll. Qui aurait la suffisance de douter de la suprématie des saigneurs du blues électriques ?

 

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C'est pourtant en cette haute période de rêves et de merveilles que là-bas, outre-Atlantique, les créatures cauchemardesques et démoniaques sortent des marécages et déferlent sur les villes. Le Velvet Underground a déjà braqué son projecteur livide sur la face du monde. Qui ne s'en est pas aperçu. Mais White Light White Heat, disque noir à la lumière aveuglante irradie un malaise souterrain et diffus. Le violon fou et vénéneux de John Cale et la voix duvetée et ouateuse de Lou Reed mènent la danse. Vous enseignent que l'on peut faire du rock avec n'importe quoi, au diable l'harmonie instrumentales et les timbres ambrés des barytons, ce qui compte c'est le feu de la morsure, et le poison poisseux du dard.

 

 

Le Velvet c'est aussi le monde de l'Art qui entre dans le rock'n'roll. Les bûcherons défricheurs de la première vague pionnière et prolétariennes sont supplantés par les fils de la petite-bourgeoisie convenablement éduquée. Ce sont les cancres de la classe ceux qui batifolent dans les Art Schools britanniques qui comprendront le message secret du velours noir. Malgré tout ce que vous avez pu entendre sur la sauvageonnerie des punks, n'oubliez jamais que le mouvement sera chaotiquement arty, même s'il a furieusement tiré au bazooka sur tous les canons des représentations artistiques habituellement reçues comme telles.

 

 

BACK IN THE USA

 

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1969, c'est aussi la sortie de l'album séminal Kick Out The Jams du MC 5. MC 5 c'est le blanc et le noir non pas mêlés mais associés. A deux l'on est nettement plus fort. MC 5 c'est le rock blanc des adolescents en colère plus le noir du free jazz. Pour le rock blanc je suppose que vous n'avez pas besoin de dessin ; guitares, basse, batterie à fond la caisse plus un chanteur qui s'égosille. L'originelle formation des Blue Caps de Gene Vincent mais comme l'on est moins doué question syncopes et rythmes l'on jouera très vite et très fort. Pour le jazz, ne faites pas la tête à la pensée que vous allez vous ennuyer dans des envolées technicistes hyperchiadées. Non c'est la liberté du free qui les intéresse. La remise en cause de toutes les acceptances mentales. Le Free est la bande son des ghettos qui flambent, de la radicalité d'un Malcom X, l'idée que l'on peut tout bousculer à coups de pieds et de musique. Crocktail Molotov.

 

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1969, premier Stooge. 1970, Fun House. Et tout est dit. La même chose que le MC 5, avec un son plus lourd. Moins rock'n'roll des débuts, beaucoup plus hot electricity. Référence au jazz-act ( sexuel ). Le désir que la musique ne soit plus simplement de la musique que l'on écoute mais un acte qui par son ampleur métaphysique bouscule l'ordre du monde pour en signifier la violence primale et originaire. A love suprême, comme disait Coltrane. Mais des ados qui ne pensent qu'à s'amuser. Fun House et son tapis de pourpre c'est aussi la maison du jouir. Sans entraves.

 

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Trait d'union avec le punk, les New York Dolls. Le groupe est officiellement dissous en 1977, mais dès la sortie du deuxième trente-trois, les jeux sont faits. Les Dolls sont venus trop tôt. Toutes les cartes dans leurs mains. Mais personne n'a voulu organisé la partie. Jouer aussi bien que les Dolls sera un idéal indépassable pour la plupart des groupes punks, mais la leçon des Dolls est post-musicale. Les Dolls ont essayé de se propulser d'une manière très convenue. Le bon label, le bon producteur, la bonne promotion. N'ont jamais accédé à leurs propres désidératas. Y sont pour beaucoup de leur faute. Des mecs incontrôlables qui veulent rentrer dans la boîte à cubes du show-business. Un certain McLaren qui sera leur producteur observera le manège. Il en tirera les bonnes leçons : c'est pas le show-bizz qu'il faut viser mais le show-buzz. Prévoir toujours un coup d'avance. Planifier ses propres parties. Ne jamais se coucher. Empocher toujours la mise. Le punk sera foncièrement amoral. Et immoral aussi. Tout lui est permis. Tout lui est dû.

 

 

ESTHETIQUE PUNK

 

 

Tous les condiments sont en place. Ne reste plus qu'à craquer l'allumette. Mèche courte. Pierre Mikaïloff raconte l'épopée d'une manière magistrale. London-City is burning. Paris s'enflamme à son tour. L'Amérique n'est pas en reste. Nous avons déjà abordé tout cela dans KR'TNT, le lecteur peut se rapporter à nos livraisons 31, 38, 39, 73, 87, 94.

 

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C'est un marronnier qui traîne dans les journaux. Elvis Presley aurait été le premier Punk. L'on ne prête qu'aux rois. Tout ce qu'il vous reste à faire est de vous inscrire sur la liste des prétendants au titre du dernier des punks, mais y tiendrez-vous encore après la lecture de ce paragraphe ? Cette légende presleysienne sort tout droit du livre d'Albert Goldman consacré à Elvis. Voir notre chronique 113 du 11 / 10 / 12. Ce n'est pas du tout un compliment dans la bouche de l'auteur, du genre le petit gars de Tupelo était un prophète qui possédait vingt ans d'avance sur son temps. Faisait référence à un des films les moins mauvais du King. Dans le Rock du Bagne, Elvis tient le rôle de Vince Everett qui se retrouve en prison pour meurtre. Une malheureuse bagarre qui tourne mal. Très vite il reçoit la protection de Hank son compagnon de cellule qui lui apprend à jouer de la guitare. Un peu d'étymologie s'il vous plaît : en argot américain le punk désigne le jeune prisonnier sur qui le caïd épanche sa sexualité débordante. Lourd passif à l'actif de l'idole du rock'n'roll, Albert Goldman noircit un maximum de pages sur le sujet qu'il tient nettement pour un petit trou du cul qui n'aurait jamais dû réussir.

 

 

Punk une appellation peu glorieuse. Que Pierre Mikaïloff n'oublie point de rappeler. Lorsque McLaren change l'orientation de sa boutique de fringues il délaisse sa spécialisation Teddy-boy pour passer à quelque chose de plus in, bondage sado-maso. S'il existe de nombreuses passerelles entre la rébellion-rock et la radicalité-punk, ce retournement esthétique de veste est des plus symboliques. Sado-maso. L'on imagine toujours le pire. Dans le rapport dominant-dominé l'on se met toujours du côté du plus fort. Les punks malgré leurs outrances verbales et vestimentaires et peut-être à cause de celles-ci seraient à classer du côté des victimes. Le punk est par essence masochiste.

 

 

Des fils de bonnes familles qui adoptent les us et coutumes du prolétariat. Auto-dénigrement et reniement de classe. N'y avait pas que des gosses de riches dans le mouvement punk anglais. Pour le français, nettement moins mais ceci est une autre histoire que nous aborderons une autre fois. Le cas Sid Vicious donné à lire à une assistance sociale lui arracherait des torrents larmes. Mais un pauvre qui se prélasse et parade dans ses misérables haillons – autant vestimentaires qu'intellectuels – avec la morgue d'un sénateur romain drapé dans sa toge patricienne, n'est-il pas un prisonnier stupide – stupide parce que prisonnier - qui refuse de quitter sa geôle crasseuse sous prétexte qu'il refuse d'entrer dans la cage dorée de la bourgeoisie ? Dans un cas comme dans l'autre le piège de la lutte de classes se referme sur lui. Une victime inconsciente n'est-elle pas aussi, et surtout, consentante ?

 

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Si le mouvement punk ne dura que deux minuscules années c'est aussi parce que les effets de manches trouées finissent par ennuyer les spectateurs. Facilement imitables et récupérables. Ne fallut pas longtemps à Paco Rabanne pour proposer à la gentry occidentale l'épingle à nourrice sertie de diamants. Lorsque les riches commencent à provoquer les pauvres c'est que le drapeau rouge a été recyclé en muleta et que l'heure de la mise à mort a sonné. Facile de le démontrer, suffit de recopier les deux dernières lignes de la chronologie du mouvement punk due à la signifiante plume de Pierre Mikaïloff :

 

 

1979 / Février : overdose de Sid Vicious

 

1979 / Avril : élection de Margaret Thatcher en Grande-Bretagne.

 

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La messe est dite. Nous pouvons décamper. There is no future in english dreams clamait Johnny Rotten. Voulait dire que la Royauté britannique et l'ordre social injuste qu'elle représentait seraient vite balayées par la colère populaire que le punk préfigurait. S'était planté les doigts dans les deux yeux jusqu'aux épaules. C'est le rêve d'un monde meilleur qui n'avait plus d'avenir.

 

 

Le punk ne fut qu'une barricade dérisoire face au déploiement du libéralisme. La dernière. Alors respectez et évitez de vous moquez du cadavre et de glavioter sur sa tombe. Le vent mauvais qui se lève pourrait vous renvoyer votre crachat en pleine gueule.

 

 

Damie Chad.

 

 

 

 

CROCKROCKDISKS

 

 

EMER HACKETT.

 

AIN'T GOT A THING / SHOTGUN BOOGIE

 

Rockabilly Queens Série : volume 2. RR 713.

 

RYDDEL'S RECORDS.

 

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Musiciens : Steve Rydell ( guitare ) / Pascal Freyche ( double bass ) / Jean-Pierre Cardot ( piano ) / Gaëtan Pétetin ( drums ) / Jean-Gatien Pasquier ( Trumpet )

 

 

L'on connaît mieux Emer Hackett sous l'appellation incontrôlée de Emer Rockett and the Giant Affair et beaucoup plus dans le sud de la France que dans le nord. Cette chanteuse venue d'Irlande vit depuis plusieurs années dans la région de Montpellier. N'a pas la réputation d'une chanteuse de rockabilly. Il semble que son groupe The Giant Affair ait longtemps regardé du côté du jazz.

 

 

Cela s'entend dès la face. Emer Hacket swingue plus qu'elle ne rocke. Attention ! Pas la peine de tirer grise mine, elle dégage un sacré punch et une belle énergie. L'a laissé l'Affaire Géante à la maison et a enregistré avec la bande à Ryddell. Se sont amusés comme des fous. Y a eu de l'émulation dans le studio, la fin du morceau avec la poursuite voix-trompette – impossible de savoir qui devance qui tellement le duo est entremêlé - est un régal. Le vieux titre de Jack Clement s'offre une cure de jouvence.

 

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Changement d'ambiance sur la face 2. une reprise de Shotgun Boogie de Tennessee Ernie Ford. Pas de trompette à la chasse à courre ce coup-ci mais un piano boogie bastringue des mieux réussis. La voix est un peu moins percutante, Emer groove plus qu'elle n'envoie. Respiration trop jazzy, pas assez nerveuse. Trop langoureuse. Davantage une ré-interprétation qu'un véritable rockab balancé dans la gueule. De la belle ouvrage tout de même en son genre.

 

 

Steve Rydell nous surprend. Sa série Rockabilly Queens égrène des parfums différents. Et nous ne sommes qu'au numéro 2 ! C'est un explorateur qui ne se contente pas des pistes tracées à l'avance. L'a su aussi se mettre à l'écoute d'Emer Hackett pour lui permettre de développer sa propre sensibilité.

 

Damie Chad.

 

THE MEGATONS.

 

WILD MAN / ROLLIN PIN MIN.

 

White Lighting Records.

 

Musiciens : Charlie : chant + guitar / Didac : lead guitar / Steph : basse / Jerry : saxophone / Dom : batterie.

 

 

Wild Man, le saxophone le claironne à la ronde dès l'intro. Reviendra plus tard battre des ailes pour assurer le pont entre les deux couplets débités à toutes allure par Charlie qui bourre le train à fond les ballons. Quand le sax se fait une nouvelle fois c'est trop tard juste le temps de deux brefs aboiements et la voix de Charlie expédie le tout sur le bas côté de la route parcourue à toute vitesse. C'est comme un tour d'auto-tamponneuse, vous êtes en plein boom que c'est déjà fini.

 

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Heureusement que ça repart à l'identique sur la face B, avec en plus des coups de freins brutaux au vibromatic. Rollin Pin Min a tout pour plaire si ce n'est un gros défaut : sa brièveté. On voudrait pas avoir l'air de mendier mais cette petite ramonée de guitare qui sert de solo l'on en aurait bien repris une deuxième fois. Un autre gros problème quand on essaie de garder la tête froide et ne pas se laisser emporter par l'ivresse de la vitesse : mais quel est donc la meilleure face ?

 

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J'ai écouté tout l'après-midi et je ne sais pas encore. Excusez-moi - profitez-en pour reluquer la pochette - mais je crois que je vais encore une fois de plus retourner la galette à la farine bis.

 

Damie Chad.

 

 

BARFLY.

 

BOOM! BOOM ! / FLYIN' IN A BAR

 

Rock'n'Roll Rhythm Records.

 

Musiciens : Charles Daumer : vocal + guitar / Gilles Daumer : Lead Guitar / Manolo Silverstone : double bass / Eric Lulu Lelet : drums.

 

Sound recording : Jull.

 

 

 

Pochette délicieusement rétro sur un papier pseudo kraft, un peu à la mode des groupes doo wop, avec les têtes démunies de leurs corps comme des bustes d'empereurs romains volants. Mais c'est une erreur d'appréciation. Nous sommes sur la frange extérieure du rockabilly. Celle de ces gosses de la petite bourgeoisie blanche qui tapaient le boeuf dans le garage ou le jardin – par beau temps et avec voisins compatissants – à la fin des années cinquante et au début des années 60. Juste pour s'éclater, rameuter les filles et s'amuser comme des petits fous. Pas des virtuoses chevronnés mais des piles survoltées d'énergie. Vous l'avez compris, les Barfly relèvent de la même esthétique que les Megatons, groupe ami. Avec un côté fifty plus prononcé.

 

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Deux compositions de Gilles Daumer, Boom ! Boom ! envoie la musique, une voix comme enroulée sur elle-même qui se fraie obstinément un chemin entre les stridences de la guitare métallisée mais ponctuant les séquences de la rythmique aveugle qui n'écoute rien, ramassée sur elle-même. Se termine trop vite. A peine a-t-on le temps d'apprécier qu'il faut repousser le bras du pick up pour reprendre son plaisir.

 

 

Tempo davantage medium pour Flyin' in a bar, un vocal plus ouvert qui culmine dans un semblant de yoddel que l'on sent chargé d'ironie. La guitare tire la couverture à elle tandis que la basse trémolise par derrière. Très américain. Avec un deuxième solo qui se termine sur la scansion rythmique du couple drums- double bass. On aurait aimé la reprise d'un troisième couplet, mais non il faudra se contenter de si peu. Vraiment bien à la réécoute. Chargé de chausse-trappes un peu partout qu'il faut prendre le temps d'écouter afin de déguster les nuances.

 

 

S'appellent les Barfly. Méchamment on pourrait traduire les à côtés de la plaque, mais ils mis en plein dans le mille. A l'intérieur de la pochette vous trouverez une carte postale à l'effigie des musicos. Une gâterie de plus.

 

Damie Chad.

 

 

 

 

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