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14/06/2017

KR'TNT ! ¤ 333 : WELL SUSPECT RECORDS / DENIZ TEK / KING RIDERS / DIDIER BOURLON / ROCKABILLY GENERATION / BIG PUNK STORY / DJANGO

 

KR'TNT !

KEEP ROCKIN' TILL NEXT TIME

LIVRAISON 333

A ROCKLIT PRODUCTION

LITTERA.INCITATUS@GMAIL.COM

15 / 06 / 2017

WELL SUSPECT RECORDS / DENIZ TEK

KING RIDERS / DIDIER BOURLON

ROCKABILLY GENERATION / BIG PUNK STORY /

DJANGO

TEXTES + PHOTOS SUR :

  http://chroniquesdepourpre.hautetfort.com/

 

Well Suspect device

 

Incroyable mais vrai : dans son numéro 43, Vive le Rock publie une interview d’Eddie Piller, boss d’Acid Jazz, et de son bras droit Richard Searle. Deux pages pour annoncer le redémarrage du label Well Suspect Records. Nous voilà donc de retour chez les Mods anglais.
Et paf, Ed rappelle que sa mère Fran était la secrétaire du fan club des Small Faces. Steve Marriott lui achetait des jouets et Kenney Jones débarquait au volant de sa Rolls Corniche Convertible. Ed a cette chance invraisemblable d’avoir eu pour parents des Mods des sixties qui prirent le temps de lui expliquer que le Mods Sound System ne s’arrêtait pas aux Jam, mais qu’il s’étendait beaucoup plus loin, jusqu’à Art Blakey et Curtis Mayfield. Grâce à eux, le jeune Ed put se goinfrer de jazz, de jazz funk et de soul. Et comme tous ceux qui finissent par monter des labels, Ed lança un fanzine, le fameux Extraordinary Sensations qui tirait alors à 12.000 exemplaires et qu’il distribuait partout en Europe et aux États-Unis. Ed participa donc au fameux Mod Revival qui dura cinq ans, entre 1980 et 1985 et créa Well Suspect Records en 1982 pour lancer ce groupe qu’il appréciait particulièrement, The Untouchables. Dans l’interview, il cite aussi les noms des Makin’ Time et des Prisoners, puis du James Taylor Quartet qu’il lança. On s’en souvient, le groupe de James Taylor finit par faire un carton en Angleterre, grâce à John Peel qui flasha sur l’imparable Mission Impossible, allant même jusqu’à le maintenir cinq ans de suite dans son mythique Festive Fifty. Et là Ed entre dans le croustillant du détail, expliquant que les Prisoners misaient tout sur une certaine éthique du son, comme d’ailleurs Billy Childish, et qu’ils voulaient tout enregistrer sur un quatre pistes, sans faire d’overdubs. Sur Mission Impossible, on retrouve Allan Crockford, le bassman des Prisoners qui est aujourd’hui chanteur-guitariste de Galileo 7. Et comme Ed vendait ses Mission Impossible comme des petits pains, il put financer le lancement d’Acid Jazz.
C’est donc Richard Searle qui reprend les rênes de Well Suspect. Richard joue aussi de la basse dans Curdoroy, un Mod band de Londres sacrément réputé. Pour lui, Well Suspect se démarque d’Acid Jazz par un son plus musclé - a harder edge - Il relance donc le label avec la réédition de Dirty Mod, une compile datant des origines et dotée d’une belle pochette : un rocker et un Mod papotent au bord de la baie, installés sur leurs bécanes à l’arrêt. Les groupes qu’on trouve sur cette compile excitante sont parfaitement inconnus, mais ça ne les empêche pas de faire mouche. Rien ne vaut un Mod band quand il est bon. On se souvient des Who, des Makin’ Time et des Prisoners. Eh bien, les Beatnicks décrochent le pompon avec un «CC(Love Surprise)» noyé d’orgue et monté sur un bon beat Mod bien turgescent. Quand les Anglais pulsent du beat, ça s’entend. L’autre bonne surprise de cette compile est un cut de Bully Boy intitulé «Eight Rounds Rapid» et doté d’un violent parfum cockney. On note la bonne santé du mouvement. Tous les cuts de cette compile sont bons, mais ils se noient bien sûr dans l’océan des bons cuts qui comme chacun sait s’étend à perte de vue. On se régale aussi du «Toxic» des Third Degree, solide, infectueux et bâti comme un pilier droit. Si on écoute attentivement le fantastique «Did You See Her» des Fallen Leaves, on y débusquera des relents de hargne Whoish. Dans ses notes laconiques, Richard Searle ramène tout le vocabulaire idoine, le gritty rock’n’roll, le under the influence et le pounding twelve bars. Oui, tout y est. On a même en ouverture de B un «Rockin’ Girl» chanté par the Get Go et monté sur les accords de «Gloria». Eh bien figurez-vous que ce pompage ostentatoire passe comme une lettre à la poste. On le sait, les Anglais sont friands d’excentricités.
D’ailleurs, on retrouve the Get Go sur l’autre compile Well Suspect parue le mois dernier : Generation Mod, une véritable pétaudière. Cette fois, the Get Go reprend «Nutbush City Limits», mais avec le niaque des early Slade et ça donne de l’East-ending of it all ! Stupéfiant ! On note aussi sur cette compile magique la présence des Men Of North Country avec «They Don’t Know». Ce groupe basé à Tel Aviv semble extrêmement concerné par le mythe Mod. Un petit conseil : chopez leur album The North paru sur Acid Jazz. Quant aux Mads, ce sont des revivalistes espagnols un peu plus laborieux, mais leur «What I Need» vaut quelques encouragements. Le «Let Me Go» de Samuel S. Parkes qui ouvre le bal de l’A vaut son pesant d’or, car ça sonne tout simplement comme le plus obscur des hits secrets de la Northern Soul. Avec son «Falling», le Dave’s Doors Of Perception tape dans le garage psych. Leur South London Sound of it all fait feu de tout l’All the rage qu’on peut imaginer. En fin d’A on tombe sur un groupe de morpions, Dogtooth, moyenne d’âge 15 ans, et un «Get In Get Out» à se damner pour l’éternité : pur Mod rock plein de verve, d’aplomb et de classe, visité par un solo liquide absolument exemplaire. Tiens, encore deux bombes de B : «Be Somebody» par New Street Adventure, vrai stomp de Mod jerk monté au mad mid-tempo et ça s’en va groover au pont de la rivière Kwai. Encore un coup de génie ! Et ce «Raw» par les Soldiers Of Soul, terrifiquement bon, construit au groove de jazz-club de square, mélodique et brillant, encore un cut de rêve. On garde les meilleurs pour la fin : Aunt Nelly et Andy Lewis, oui, car ici, on monte encore d’un cran, comme si c’était possible. Mais oui, ça l’est ! Le «So Sad» d’Aunt Nelly relève aussi du pur génie : elle s’appelle Ruth Ling et cette blackette de Londres jerke le Mod rock le plus brillant de l’histoire du mad Mod myth. Tout aussi stupéfiant, voilà Andy Lewis avec «The Best Days», véritable événement mélodique, conçu dans l’envol, brillant et magique, le genre de cut qu’on ne croise qu’une seule fois dans la vie et dont on se rappelle jusqu’à la mort. Alors du coup, on ressort les albums, et pouf pouf pouf et colegramme, voilà les deux albums d’Aunt Nelly sur le label Mod allemand Time For Action ! Attention aux reprises qu’on trouve sur ces disques, car elles modishent bien le maddening, à commencer par l’infernale version de «Day Tripper», you take an easy way out, baby et Gavin Davies, eh bien il find out ! On s’extasie devant cette cover fraîche et bonne comme le pain blanc du petit matin de la rue Saint-Jean. Encore un merveille auntique en fin d’A avec «Rescue Me», chanté avec bravado et je vous garantis qu’on peut danser là-dessus jusqu’au bout de la nuit célinienne, la plus longue qui soit ici bas. Par contre, tout explose en B, avec la voix de Ruth Ling qui n’est même pas créditée sur la pochette ! C’est atroce, car Ruth chante comme une vraie Soul Sister. Elle casse si bien sa voix qu’elle ramène tout le pathos de Patmos. Et ça continue avec «Knocking At My Back Door». Alors que la basse roule et que l’harmo chatoie, elle groove le jerk au mad mood Modish et ça continue, car elle nous allume encore avec «The Faker». Elle chante d’une voix profonde et bien timbrée qui pourrait évoquer celle de Chrissie Hynde. Elle jerke son affaire jusqu’à plus soif. Le deuxième album d’Aunt Nelly s’appelle Shades Of Orange. Il est bardé d’énormités vivaces, comme cet «Helena» qui ouvre le bal des Laze. On a là un haut de gamme en matière de garage Mod féroce et finement teinté d’orgue, relancé au riff d’attaque éclair. C’est toute la hargne du Graham Bong ORGANization qui rejaillit. Ils enchaînent avec une reprise moddish du vieux «Satisfaction» des Stones, puis avec le morceau titre qui sonne comme un gros slab de pop Mod bien juteux et swingué à l’orgue. En B, on tombe sur une reprise de «Purple Haze». Excellente initiative, d’autant qu’ils nous brassent ça à l’orgue de club et que Gavin chante à l’inspiratoire nocturne. Ils bouclent cet excellent album avec «Landslide», encore un mook de Mod pop traité à l’insistance riffale classique, avec le soin du son que l’on sait, en tous les cas, c’est toujours à Londres que se joue le destin du mythe Mod.
L’album d’Andy Lewis paru sur Acid Jazz et annoté par Ed Piller s’appelle Billion Pound Project. C’est un chef d’œuvre. Andy Lewis y invite tous les gens qu’il admire. Ed Pillar dit d’Andy qu’il porte son cœur sur sa pochette - this creator and composer wears its heart on its sleeve - Pour Ed, Andy est le gentleman quintessentiel - the quintessential English gentleman - Quand on entend le groove magique de «100 Oxford Street», c’est un peu comme si on se retrouvait à l’angle de Wardour Street at midnight. La température monte violemment avec «(Love is) Alive In My Heart», car Andy fit chanter Keni Burke - a Curtis Mayfield prodigy - Il plane sur le cut un parfum de strong groovy magic. Mais ce qui suit est bien pire : Andy confie «Laughter Ever After» à Bettye LaVette et tout bascule dans la monstruosité, d’autant que Bettye attaque ça à la manière d’Esther Phillips, en chuintant légèrement. Le cut tourne à la dinguerie et ça groove tellement dans l’os de l’art qu’on se retrouve au sommet du genre. Stupéfiant ! En réalité, c’est Bettye qui rend hommage au quintessential gentleman et non l’inverse. La fête se poursuit avec une autre idole d’Andy, Reg King, qui comme chacun sait fut le chanteur des Action. Le cut s’appelle «Since I Lost My Baby», une fière reprise de Smokey. On a là un fantastique condensé de rock Action définitif. Nous voilà une fois de plus au cœur du mood de myth Mod, dans une sorte de perfection absolue, à l’équilibre parfait entre la classe Soul et l’élégance pop britannique. Encore un coup d’éclat avec «See You There» chanté par l’extraordinaire Lynda Laurence. Elle gueule comme Aretha et vrille son me-eeeeh. Encore une révélation un peu plus loin avec «Devastated», un cut de funk allumé au white heat et que chante Loleatta Holloway. C’est tout simplement le white funk de Sloane Square par un soir glacé et foggy, violonné et saxé, effarant de modernisme déterminé. Andy tend le micro à un autre héros, Andy Ellison, qui ramène sa morgue pour chanter «Heather Lane». C’est toujours un plaisir que d’entendre chanter ce fabuleux glammer métastaseur. Il reste encore une merveille au bout de cette B fatidique : «One By One» que chante Fonchi, une autre reine de la nuit londonienne. Andy lui fournit des chœurs de rêve, c’est-a-dire des chœurs Tamla. Et là, on re-décolle, une fois encore. Impossible de rester assis quand on écoute ce disque.
On ne remerciera jamais assez Ed Piller.

Signé : Cazengler, trip à la Mod de Caen

Well Suspect Records. Vive le Rock #43. Interview d’Eddie Piller et Richard Searle.
Generation Mod. Well Suspect Records 2016
Dirty Mod. Selected Finds For Filthy Minds. Well Suspect Records 2016
Aunt Nelly. ST. Time For Action 2011
Aunt Nelly. Shades Of Orange. Time For Action 2013
Andy Lewis. Billion Pound Project. Acid Jazz Records 2005

 

Tek c’est pas du toc - Part Two

 

À votre avis, qui est le grand voleur de tous les temps ? Arsène Lupin ? Fantômas ? Thomas Crown ? Jesse James ? Ronald Biggs ? Barbe Noire ? Rocambole ? Eh bien non. À côté de Keith Streng, tous ces gens-là sont des amateurs. Voici pourquoi.
Par un beau soir d’avril dernier, le Kalif proposait l’un de ces concerts dont on se régale à l’avance : Deniz Tek, épaulé par cette fabuleuse section rythmique que constituent les jumeaux Steve et Art Godoy, et par un guitariste qu’on ne présente plus, Keith Streng des Fleshtones. Oui, le gentil Keith, avec sa bouille de Pierrot lunaire et sa guitare à paillettes, la parfaite incarnation du mythe de l’ado qui refuse de vieillir. Aussitôt grimpés sur scène, ils mirent leur pétaudière en route avec un bon vieux coup de Birdman, un «Breaks My Heart» tiré de Living Eyes, et comme le savent tous ceux qui ont déjà eu la chance de voir Radio Birdman et le Deniz Tek Band en trio, c’était du tout cuit, du straight high energy rock’n’roll digne du temps des Hydromatics, une vraie petite blasterie jouée ventre à terre, sans la moindre concession pour les canards boiteux. Ils jouaient ça avec une telle conviction qu’on voyait déjà des gouttes perler sur les fronts. Deniz était tellement concentré sur la conduite de sa pétaudière qu’il en oubliait de rigoler. Il écrasait son champignon avec une hargne non dissimulée et pilotait son bolide avec la poigne de fer d’un Sterling Moss. On sentait en lui le crack du Michigan, l’indestructible vétéran de toutes les guerres, l’instigateur du rock qui fume, le chef de meute. Mais à sa droite, Keith commençait à tourbillonner comme une étoile du Bolchoï, il multipliait les virevoltes ascensionnelles et les doubles toupies giratoires. Il se recevait au millimètre près sur la pointe du pied et claquait l’un de ces fulgurants accords dont il a le secret. Personne ne se serait étonné de le voir faire un triple saut périlleux arrière. Grâce à sa minceur proverbiale, il pouvait vraiment tout se permettre. Il passait même plus de temps en l’air qu’au sol. Avait-on déjà vu un guitariste aussi volatile ? Non. On ne redoutait plus qu’une chose : qu’il descende de scène pour aller jusqu’au bar et s’y hisser pour danser le French Cancan, comme au temps du Nouveau Casino. Par miracle, il nous épargna cet éprouvant spectacle. Ouf ! Mais il n’en multipliait pas moins les figures de style, il finissait même par donner le vertige. Comme le patineur de Verlaine, il zigzaguait merveilleusement et revenait juste à temps se poster derrière le micro pour participer au festin des chœurs.
Occupé à serrer les virages, Deniz ne se rendait compte de rien. Il se mit soudain à taper dans la crème des cuts, comme ce fringant «Can Of Soup» tiré de son précédent album, un modèle de marche-ou-crève digne des légions romaines, au temps où elles traversaient les Alpes d’une seule traite et en sandalettes. Le groupe tournait à plein régime et Keith se sentait pousser des ailes. Il virevoltait de plus en plus et monopolisait petit à petit toute l’attention du public. On ne voyait plus un Fleshtone mais un fabuleux ectoplasme sonique devenu incontrôlable. Il bondissait, moulinait, il hennissait et grimaçait, il redonnait au rock la vitalité de sa jeunesse, il ramalamatait, il faisait tout ce qu’il était humainement possible de faire sur scène, et Deniz, l’œil rivé sur l’horizon, continuait de foncer, sans se douter de rien. Comme si ça ne suffisait pas, Keith passa en lead pour chanter «Accumulator», un vieux hit des Fleshtones, histoire de remettre quelques pendules à l’heure et la tension monta encore d’un cran avec l’excellent «Prison Mouse» tiré du tout nouvel album solo de Deniz, Mean Old Twister, dont il a décoré la pochette de l’une de ses toiles abstraites. Avec sa belle attaque riffale de front, la petite souris mit le public dans sa poche. Deniz shootait tout le hard time du Montana dans le vieux mayem du Michigan - Dead man walking - et fit basculer le Kalif dans le meilleur chaos de Cap Horn qu’on ait vu depuis le grand retour des Birdmen à la Maroquinerie - He never whispers/ never speak - Deniz tapait dans la meilleure niaque des bas-fonds. Ils enchaînèrent avec «Comanche», un instro tiré lui aussi du dernier album, et qui sonnait comme du Link Wray, mais hélas sans la démesure shawnee. Avec «New York Confidential», Deniz adressa un clin d’œil appuyé aux Dolls - David’s Looking for a kiss - et bien sûr, Keih profita de l’occasion pour claquer ses claquemures riffales à la volée, réinventant au passage la notion même de festival du moulinet. L’œil toujours rivé sur l’horizon, Deniz chantait ça d’une voix profonde de mineur cancéreux, shootant ainsi une violente dose de pathos dans le cul du cut. Et soudain, le set bascula dans la poche de Keith. Il prit «Never Grew Up» au chant et entraîna la petite assistance directement au firmament. Franchement, on ne pouvait rien espérer de mieux en matière de garage-mâchoires serrées-rivières de sueur. Ce mec semblait vouloir jouer une sorte de garage définitif, presque sans le faire exprès. Quand il ne danse pas le French Cancan, Keith Streng peut être l’un des meilleurs garagistes de notre époque. En trois couplets, il enfonça les clous du cercueil, scellant ainsi le destin du set, et redonna surtout envie de réécouter les albums des Fleshtones. La fin de set se mit à friser la formalité. Par miracle, personne n’osa demander à Keith de chanter d’autres hits des Fleshtones. Et pourtant, ce n’était pas l’envie qui manquait. Ils firent encore quelques belles reprises de Birdman, comme ce vieux «Love Kills» tiré de Radio Appear et un coup de «Snake» à la suite. Ils firent un petit retour au nouvel album avec un «Crossroads» étrange car monté sur le beat turgescent de Plastic Bertrand. Ça donnait presque envie de danser le pogo avec les copains. Nous n’étions pas au bout de nos surprises, car ils se mirent à taper dans l’intapable, c’est-à-dire l’antique «Shot By Both Sides» jadis offert par Pete Shelley à Howard Devoto qui allait en faire l’un des singles magiques des années de braise. Deniz jouait le thème et Keith l’étoffait. On les sentait investis d’une mission divine. Peu de gens se seraient lancés dans une telle entreprise. Le pire, c’est que Keith ne semblait produire aucun effort. Il jouait ça comme s’il grattait «Santiano» au coin du feu, dans un campement de louveteaux. Il jouait en rigolant et tournoyait comme un derviche. Ils revinrent en rappel rendre un bel hommage à Iggy avec une reprise d’«I Need Somebody» et enchaînèrent avec l’imparable «Hand Of Law», ce vieux hit de Birdman aussi fédérateur qu’un hymne national. Mais le mal était fait.
Après le concert, le Professor et le Loser sifflaient un godet au bar. Ils ne parvenaient pas à dissimuler leur consternation.
— Vous avez vu ça, Professor ?
— Yurk ! Keith stole the show !
— Quel voleur, ce Keith ! Il n’a pourtant pas l’air vicieux.
— Vous avez raison, Loser, on pourrait même lui donner le bon Dieu sans confession...

Signé : Cazengler, complètement Tok


Deniz Tek. Le Kalif. Rouen (76) 14 avril 2017

 

10 / 06 / 2017TROYES
3 B
THE KING RIDERS



En route pour le 3 B au travers de la campagne verdoyante et ensoleillée vers ce qui sera certainement pour nous le dernier concert de la saison dans cet antre dévolu au rock'n'roll qu'est le 3 B. Un autre est prévu avec les Ghost Highway le quatorze juillet – un peu de fanfare rock'n'roll vous changera de la musique militaire - mais normalement nous voguerons alors sous d'autres cieux étésiens.
Un peu réservé, les tribute groups ne sont pas ma tasse de thé favorite, mais Béatrice la patronne me rassure et DJ Fab Rockin' qui veille sur la sono -s'est chargé dans l'après-midi du sound check - me confirme, ça arrache. Deux oiseaux de bon augure qui seront plus que confirmés par les trois chevauchées successives des King Riders.

RIDE 1


Clair et net au bout d'une minute et demie, nous ne sommes pas en présence de demi-sel ou de quatre portions de vache qui rit. Rien de pire que le Pelvis. Inimitable. Vous écoutez, ça semble facile, l'évidence même. Avec le King, le rock'n'roll coule de source. Et s'il n'y avait que le rock, filez-lui un sirop pur sucre synthétisé et il se débrouille pour y distiller une morsure alligatorienne qui vous requinque la pochade en deux tours de langue, chez Elvis quand le rocker est aux abonnés absents, l'Artiste est toujours là. En attendant les King Riders entreprennent de nous fourguer en douce My Baby Left Me, un des premiers joyaux de RCA. En douce pas vraiment, à leur manière, en rythme accéléré, attention ce ne sont pas des punks qui déménagent le buffet de Tante Agathe en le jetant par la fenêtre du vingtième étage, non, z'ont trouvé l'angle idéal pour le faire glisser sur les marches et slalomer sur les paliers avec une habileté diabolique. Premier coupable, Mick et sa batterie, rythmique, ne mollit jamais, un métronome atomique, ne défaillira pas d'une seconde de tout le set, file la cadence et les autres suivent. Pour la guitare rythmique de Jess Wade et la basse d'Alain Philippe, c'est facile suffit de se couler dans le moule et de suivre le mouvement. Toutefois surveillez-les comme le lait sur le feu. Moins évident pour Didier Bourlon, mettez-vous à sa place, comment arriveriez-vous à insérer au milieu de ce galop implacable ces petits soli de dix secondes qui sont tout l'intérêt du rockabilly ? Oui, mais Didier Bourlon ne vous ressemble pas, fait un demi-pas en avant et hop, il y parvient, comme le magicien qui vous tire une collection de lapins de son chapeau, à croire qu'il contient dans son modeste couvre-chef une garenne entière. Soyez plus attentifs, écoutez ces minuscules inflexions de la basse et de la rythmique, une épaisseur d'un millième de poil de chat des collines et ils vous ouvrent un boulevard dont Bourlon s'empresse de brûler tous les feux rouges. Je vous entends vous impatienter, oui Elvis c'est avant tout une voix ! Jess Wade est chargé de l'impossible mission. L'est sûr que de temps en temps l'on perçoit des inflexions presleysienne dans son vocal, mais sans effort d'imitation. Mise plutôt sur l'acquisition du phrasé si particulier du Sud cette façon de ralentir les syllabes tout en maintenant une vitesse élocutoire des plus rapides. Ne joue pas au clone. Le Presley de Mystery Train était avant tout un déhanché sublime, un jeu de jambe et de bras époustouflant, Jess Wade dans sa chemise bleue reste immobile, les lèvres collées au micro qui repose sur son pied. L'est impressionnant par la facilité avec laquelle il vous débite les titres les uns après les autres – catalogue Sun et premiers mois chez RCA – sans prendre le temps – ne serait-ce que quelques secondes – de les mentaliser, d'en visionner à l'avance les difficultés dans sa tête, non il vous les sort naturellement comme quand vous ouvrez votre frigidaire pour attraper une bière fraîche. Du grand art, au 3 B tout le monde connaît les versions originales, vous ne faites pas qu'écouter, vous comparez au fur et à mesure, et vous vous dîtes, il s'en tire bien, il évite tous les pièges, il vous surprend, il vous arrache des sourires de satisfaction et à chaque fois les applaudissements et les cris fusent. Avouons qu'au 3 B Elvis possède un fan club, l'est le totem propitiatoire de toute une partie de l'assistance. Z'oui, mais ce soir, entre attirée par le bruit, toute une famille américaine qui se rendait en son hôtel juste en face, vont-ils se moquer de ces frenchies coassant qui se la jouent amerloque de traviole, point du tout, sont tout esbaudis, ravis, aux anges, notamment la grand-mère qui se met à remuer comme une insupportable gamine de quinze ans qui veut se faire remarquer lors de sa première surprise-party, retrouve sa jeunesse, euphorique, interrompt le show pour demander un hommage à Chuck Berry, et se remet à jerker comme une folle. Seraient-ce des petzoules perdus du fond du Montana jamais sortis de chez eux, mais non, viennent de Chicago, un endroit où les groupes de rock prolifèrent à tous les coins de rue. A la fin du set faut leur montrer une affiche des King Riders ( parce que notre prononciation apparemment n'est pas parfaite ), sont tout émus, et la fille de la grand-ma vient me remercier les larmes aux yeux comme si je lui avais sauvé la vie. Je n'ai rien fait, mais avec ce premier set les King Riders viennent de cartonner jusqu'aux States !

RIDE 2


Le premier set s'était terminé sur Devil in Disguise. De la daube affirment les puristes, qui ne lui ont jamais pardonné d'avoir abandonné the pure rock'n'roll... N'entrons point dans la polémique, le King était le roi dans sa musique... Inquiétons-nous de l'étrange phénomène dont nos riders sont le vecteur. Métamorphosés ! Certes physiquement ils n'ont pas changé, mais le deuxième set n'a rien à voir avec le premier. Formation identique, musique différente. Exit la rythmique endiablée et sulfureuse de la première partie. Jess Wade nous a prévenu, nous partons pour Las Vegas, de C. C. Rider à Burning Love. Bye-bye le son rêche du sud, bonjour la puissance. Mick écrase sa batterie, en démultiplie l'ampleur sonore, la basse d'Alain bourdonne comme un essaim de frelons, vous trace de ces lignes au crayon gras dignes d'un calligraphe japonais, tout dans l'épaisseur du trait et la guitare de Didier Bourlon s'impose d'une manière explosive. A croire que jusqu'à maintenant ils ont joué les amplis éteints. Jess a délaissé sa gratte, et s'avance vers le public micro en main. Autant il était resté immobile l'heure précédente, autant maintenant il bouge avec prestance tel un guépard bleu. Un set de fous qui dynamite le public. La grand-ma au premier plan dont les cheveux blonds tournoient autour de sa tête comme des pales d'hélicoptère. Le désert du Nevada n'a jamais été aussi brûlant. Comment s'y prennent-ils à trois musicos pour produire une telle tornade ? Mystère incompréhensible. Plus la voix de Jess qui survole le carnage comme un vol de vautours après la bataille. Un moment magique. Qui se termine par une erreur dramatique. L'annonce du dernier morceau. N'auraient jamais dû. Sont illico pris en otage par une foule vociférante, Béatrice la patronne leur rappelle l'étrange coutume du 3 B, ici les sets marchent par trois. ( C'est la sainte-trinité des rockers troyens ). Demandent une pause qui leur est généreusement accordée, faut dire que vu la chaleur ambiante une réhydratation généralisée est nécessaire.


RIDE 3


Une vive discussion agite the american family, heure avancée, départ aux aurores, fatigue, chaleur, la grand-ma a besoin d'un repos. Réussissent à l'entraîner à son corps défendant. Vingt minutes plus tard, la revoici qui se glisse incognito dans le bar comme une voleuse, pas question pour elle de rater le troisième set. Surtout que Jess Wade est tout seul, avec sa guitare, de sa voix de miel il entonne coup sur coup Love Me Tender et Are you lonesome to-night ? genre de question malhonnête à laquelle la gent féminine ne saurait résister. L'est rejoint par ses trois acolytes pour un moment spécial. S'est déjà glissé plusieurs fois au micro pour les choeurs dans le gig précédent, mais en l'honneur de son anniversaire les Riders offrent à Duduche son morceau fétiche, un Whole Lotta Shakin' Goin On d'anthologie. Encore quelques titres d'Elvis et Jess laisse ses cavaliers poursuivre la besogne. C'est Alain qui se charge, excellemment, du vocal, des classiques à la pelle, un Twenty Flight Rock détonnant et un Blue Jean Bop qui m'est spécialement dédicacé... mais ce n'est pas fini, un dernier chef d'oeuvre de maître Beef à la guitare, une entrée flamenco à soulever une arène suivi d'un rumble plein pot, pointe de vitesse terminale et vingt cinq fois le tour du circuit, une espèce d'ouragan qui n'en finit pas de souffler... Et tout s'arrête sous les hurlements de plaisir... Pas une seconde de trêve, la grand ma' s'empare aussitôt des King Riders...

CONCLUSION


1 ° ) Elvis ce n'est pas de la gnognote ! Vous enflamme encore la soirée quarante après sa disparition...
2 ° ) Les King Riders sont au top, ne vous refilent pas du plaqué toc, ces quatre lascars ne sont pas nés de la dernière pluie, connaissent tous les tours et détours du rock'n'roll, et vous en font profiter un max, des orfèvres ! Pour preuve : je ramène Jean-Jacques à la maison, un fan de métal, l'a son billet pour le Hellfest, un amateur de gros tonnage, s'est précipité sur le T-shirt des King Riders...
3 ° ) Si la grand ma' - une trump-la-mort comme vous n'en avez jamais vu - avait eu un demi-siècle de moins... Non n'imaginez pas, vous vous feriez mal.

4 ° ) Sans oublier un merci spécial à DjRockin Cats pour la sono.

 


Damie Chad.

WHERE'S MY HOME ?
Dr BOURLON and Mr JACK


( Jerominus Production / 2011 )

Where's my Home / Sensual Pop'n'roll /Indians / Rock'n'Roll Swing / Spanish Guitar / Viré Ex Abrupto / Jazz Guitar / Santana Blues / Qu'as-tu fait de mes chiens et de mes chats ( mon amour ) / Jungle Love / The blues / No Love for You / Rock'n'Roll Nells / Blues in my Heart / Hard Rock Guitar / We don't Care.
Compositions originales de Didier Bourlon.

Certains vous pondent un album tous les ans, ils ont un plan de carrière, ils l'appliquent avec méthode. Existe aussi une seconde race, ceux qui ne s'expriment que lorsque la nécessité s'en fait ressentir. En période de crise. Quand ils n'ont rien à dire ils se taisent. L'universel bavardage ne les concerne pas. Ne ramènent pas leur fraise toutes les semaines à heure fixe. Ne mouftent que quand la situation est grave. C'est le genre Rimbaud qui nous délivre Une Saison en Enfer, laisse en chantier ses Illuminations et puis bye-bye, j'en ai déjà trop dit, vous avez l'essentiel, s'en va se promener dans les solitudes africaines. Didier Bourlon est un de ces oiseaux migrateurs.
Where's My Home ? est le récit musical d'une crise existentielle que traverse Didier Bourlon après plusieurs années d'une vie particulièrement déjantée dans le tohu-bohu du rock'n'roll. Point de message, point de paroles, à l'auditeur de lire entre les notes les confessions de Dr Bourlon et Mr Jack. Pour Miter Jack regardez du côté de la dive bouteille rabelaisienne version Tennessee. La couleur du serpent, le goût du reptile, le véritable venin du crotale. Plongée dans l'abîme. Pour mieux en ressortir.
Where's my home : la bonne question. Gauguin se la posait aussi dans son chef d'oeuvre, D'où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? Notre guitariste commence par répondre à la première, sans l'ombre d'une hésitation, sans bavure, provient tout droit du rock'n'roll ! Vous balance la réponse sur la transe électrique avec ces surajoutances de tuyauteries de riffs d'or purpural, qui sonnent quelque peu comme des refrains nostalgiques d'un passé éblouissant. Sensual Pop'n'Roll : au cas où vous n'auriez pas compris ou que vous ignoriez tout du rock'n'roll vous met quelques double points sur les i. La même chose, mais avec des douceurs musardines, des frissons coquins comme des appels faunesques à la volupté. Indians : tout se paye en se bas-monde. Vous qui êtes ivres de liberté l'on vous déclare la guerre et vous voici sur le sentier sanglant, beaucoup plus fureur qu'Apache, tout se précipite, en route pour le grand désastre, riffs épiques pour rappeler les combats menés. La guitare miaule comme une portée de bébés tigres affamés dont la mère qui a été abattue ne reviendra pas. Rock'n'Roll swing : toujours en savoir plus sur ses origines, en route vers la guitare swing, des Shadows l'on passe à certaines parties instrumentales que l'on retrouve sur les plages moins connues d'Eddie Cochran. Spanish guitar : ne pas prendre les rockers pour des sombres brutes qui ne connaissent que le rock et ses œillères. Bourlon adopte un jeu de virtuose brode sur une rythmique sambaïque, vous intercale les notes entre les battements avec la précision d'un mosaïste antique de Pompéï. Viré ex abrupto : same player shoots again, l'identique retour du même mais ici faut faufiler les doigts dans les barbelés de la vie, tout va plus vite et vous n'avez plus droit à l'erreur puisque vous êtes en train d'en payer les conséquences, l'argumentation vaseuse induit un jeu encore plus rapide, encore plus précis, encore plus subtil. Jazz Guitar : l'on se console comme on peut, chez son ami Charlie Christian, ne vous fait de cadeau le bougre, est d'une grande exigence mais vous connaissez votre plaidoyer par cœur et vous vous en tirez comme un chef. Santana Blues : l'est temps de faire chauffer la colle et d'allonger les notes comme des pleurs le tout sur une rythmique vaudou, quand on ne sait plus qui on est l'on essaie tous les exorcismes. Qu'as-tu fait de mes chiens et de mes chats ( mon amour ) : la grande explication, le riff mélodrame et les accusations sans concession. L'on vise à l'essentiel, avant la femme et les enfants l'on sauve d'abord le chat et le chien, l'on pense à ceux qui vous ont aimé sans arrière-pensée et qui ne vous reprochent rien de vos errements. Musique vindicative. Jungle Love : l'amour est une jungle luxuriante, un opéra phantasmatique avec grand orchestre, les singes jacassent, le serpent python mesure votre approche, le tigre aiguise ses dents, la femme halète sous la morsure du sexe que vous lui infligez, torpeurs fétides, voyage jusqu'au bout des nuits humides. The blues : tombe sur vous poisseux comme des épines empoisonnées qui mordillent vos cordes, frustrations, violences rentrées qui ne demandent qu'à s'épanouir en flaques de sang. Qui a dit que le blues était une musique désespérée ? Un imbécile qui ne connaît pas la puissance dévastatrice de la haine. Not Love for You : l'ambiguïté la plus terrible. L'absence du désir se manifeste-t-il à votre encontre ou comme la cautérisation d'une séparation définitive ? La guitare colmate les trous de vos blessures. Commence par hacher menu et rapide les chairs pourries de votre âme atteintes de gangrène. Aux grands maux les grands remèdes. Rock'n'roll nels : la mauvaise fièvre est tombée le rock'n'roll revient en force, pas encore la guérison définitive Mais la guitare chante beaucoup plus qu'elle se lamente. Blues in my heart : retour de fièvre, mais jugulée et maîtrisée, le blues gémit avec cette indolence caractéristique qui trahit la fierté de voir le bout du marécage. Les alligators ont eu tort. Gisent dans leurs sang, n'auraient pas dû vous attaquer, votre guitare est un couteau tranchant que vous enfoncez bien profond. A coups redoublés. Hard rock guitar : guitar on the highway triomphante, avale le bitume comme une Harley, dévore la route et les kilomètres, grands espaces et perspectives infinies. Notes en cascades. We don't care : la guitare sonne comme les cuivres qui annoncent la victoire finale. Elle tinte de tous les côtés et glapit de savoureux défis au monde entier. La crise est surmontée. Ce qui ne nous a pas tué nous rend plus fort. Avertissements sans frais. Sang frais dans les veines de la vie conquérante.

Un roman. Passionnant. Traversée de l'ombre la plus noire à l'aurore la plus radieuse. Soyons francs un disque de rock'n'roll sans chanteur est souvent rapidement ennuyant. J'écoutais Jo Satriani l'autre jour quand je me suis aperçu que le CD était terminé depuis une bonne demi-heure et que mon esprit vaquait à mille lieues... Mais ici, ne s'agit pas d'aligner les plans les plus virtuoses à la queue leu leu. Un guitariste voyage dans la musique populaire américaine, not just for fun, pas de visite muséale, mais un malaise existentiel à exprimer. Un homme perd et retrouve le chemin de sa maison, rien de plus, rien de moins. Un itinéraire des plus classiques du rock'n'roll. Et de l'existence. Encore faut-il être capable de l'exprimer avec une guitare. Très bonne médecine dispensée par le docteur Bourlon. Vous reprendrez bien une gorgée de Mister Jack ?


Damie Chad.

 

ROCKABILLY GENERATION. N° 1
Mai / Juin / Juillet 2017

Une nouvelle revue éditée par l'Association Rockabilly Generation News ( 7 hameau Saint-Eloi / 35 290 Saint-Méen-Le Grand ), 32 pages, 3, 50 Euros + 3, 40 de frais de port pour 1 ou 2 numéros, abonnement 4 numéros : 25 Euros, chèque à Lecoultre Maryse 1A Avenue du Canal 91 700 Ste Geneviève-des-bois ou paiement Paypal maryse.lecoutre@gmail.com. FB : Rockabilly Generation News. Excusez toutes ces données administratives mais the money ( that's what I want ) étant le nerf de la guerre et de la survie de toutes les revues...

Beau papier, impression couleur, un bel objet. Sergio Kazh, photographe et amateur de rockabilly cornaque le projet, Rockabilly Generation News entend mettre en lumière les trois générations successives du Rockabilly tout en mettant l'accent sur les jeunes formations. Le sommaire de la revue décline parfaitement ce projet : hommage à Chuck Berry, suivi d'articles sur les Spunyboys, Miss Victoria Crown, Barny and The Rhythm All Stars. Le rockabilly est avant tout une musique vivante, la parole est donnée à Béatrice Berlot la patronne du 3 B qui en quatre ans est parvenue à faire du 3 B son café, sis au coeur de la ville de Troyes, un des lieux de prestations incontournables pour nombre de formations tant françaises qu'internationales, dans lequel KR'TNT ! vous invite souvent, d'ailleurs l'article se termine sur des extraits de notre compte-rendu du concert des Wise Guys. Présentation aussi du Eight o' Clock Jump # 7 ( Crazy Dogs, Jack Baymore, Foggy Mountain ) organisé par l'association Fishes and Swallows de Villeneuve Saint Georges qui depuis 2003 s'emploie à introduire de nombreux artistes étrangers sur le sol national, des défricheurs.
Big Sandy en couverture. Grosse pointure, des enregistrements qui semblent sortis tout droit des années cinquante et qui ravissent le coeur de bien des fans, une étonnante résurgence du son originel du rockabilly en plein vingt-et-unième siècle, l'a retrouvé le secret perdu que bien des formations cherchent encore...
Un agenda concerts avec reproduction des flyers termine la revue, même procédé pour les disques, suivis de simples indications et dépourvus de la moindre chronique de leur contenu ce qui est un peu dommage.
Belle maquette – due en partie à Gilles Vignal, batteur émérite et infatigable activiste du rockabilly français – superbes photos de Sergio Kazh – nous lui en empruntons quelquefois lors de nos articles – beaucoup d'interviews, bref une revue vivante, d'amateurs et de fans, une véritable aventure éditoriale, qui ne demande qu'à grandir et à se développer, parions que les lecteurs seront au rendez-vous.


Damie Chad.


NO FUTURE
UNE HISTOIRE DU PUNK

CAROLINE DE KERGARIOU

( PERRIN / Juin 2017 )

On l'a mis de côté pour vous, Monsieur Damie et le libraire se saisit du bouquin, un pavé, la taille d'un Tupolev, tellement lourd qu'il manque de lui échapper de s'écraser au sol, un livre sur le punk, son regard se fixe sur le nom de l'éditeur. Chez Perrin en plus ! C'est du sérieux, des spécialistes de la biographie historique, pas des rigolos, un gage de qualité, et il termine sur un ton dubitativo-exclamatif, sur le punk, quand même !
En plus il a raison. Un livre sur le punk, vous vous attendez à tous les débordements impossibles et inimaginables, une maquette à l'arrache, des gros mots en lettres majuscules à tous les coins de page, des typographies chancelantes, des traces de sang suspectes sur la couve, des clichés criards, des titres qui claquent comme des coups de revolver, que sais-je ! Et bien non, c'est tiré au cordeau, longs paragraphes et lettres minuscules, tout ce qui existe de plus classique, une présentation quasi-rébarbative, de quoi décourager le lecteur pressé avant la première ligne. De fuite et de suite ! Un truc aussi volumineux que la Recherche du Temps Perdu du divin Marcel, un parti-pris d'anti-punkitude par excellence.
Mais chez KR'TNT ! on n'est pas du genre à abandonner le navire au premier iceberg mastodontique qui se profile à l'horizon. Prudent tout de même on a commencé par la préface, six pages, c'est l'auteure qui s'en est chargée, belle démarche, n'a pas demandé à un rock critic patenté de déposer sa petite crotte convenue, l'a suivi un des préceptes essentiels du Punk, Do It Yourself, elle s'y est collée comme une grande, et ma foi elle nous a scotché, pas tout à fait idiote la Caroline de Kergariou, dirai même qu'elle n'est pas stupide, plutôt fine mouche. Je l'avoue, elle m'a séduit, alors je l'ai suivie – pas à la midnight rambler mon couteau d'éventreur à la main – jusqu'au point final de la cinq cent quarante huitième page - en reste encore une centaine pour les notes et la bibliographie.
Une fille qui ne vous mène pas en bateau, sait de quoi elle parle, elle connaît tout, elle n'oublie rien, et l'on sent qu'elle aurait pu en rajouter encore et encore. Elle a du style, vous prend par la main et vous mène dans tous les couloirs du labyrinthe, une charmeuse, une ensorceleuse, me suis couché tard et levé tôt pour la quitter le moins possible. Faudra que je ressorte mes collections de Rock'n'roll Musique, de Rock en Stock, et de Rock Hebdo puisqu'elle y écrivait déjà à l'époque, in the seventies. En plus ne s'adjuge pas le rôle du témoin irremplaçable qui a tout vu, tout connu, tout vécu, et qui va tout vous expliquer, monsieur le Commissaire.
La fille discrète qui ne se met pas en avant. Pour un peu vous la prendriez pour une petite fille modèle qui a compris les limites du job. Faut perriniser la réputation de la maison. Du sérieux avant tout. De l'ordre et de la méthode. De la racine la plus profonde au faite de l'arbre. L'on explore le tronc, les branches maîtresses et l'on passe en revue les rameaux un par un. Méticuleuse à l'extrême sans que cela ne devienne jamais lourd et indigeste. Z'ont dû exulter chez Perrin quand elle a rendu son boulot, parfait, superbe, rien qui dépasse, une objectivité d'historien breveté, un travail digne d'un chercheur universitaire. Toutes les qualités. Que vous n'appréciez pas. Ce n'est pas de votre faute c'est que – excusez-moi ce jeu de mot à remembrance pink floydienne pour un bouquin sur le punk - le goût du Gini n'est pas le coup de génie.
Z'oui mais. N' y a même pas besoin de lire entre les lignes. Caroline de Kergariou manie le yatagan de l'ironie avec une dextérité inouïe. Vous remet les pendules à l'heure sans avoir besoin de tourner douze fois la grande aiguille. N'a pas l'air d'y toucher, mais elle vous envoie les exocets sous la ligne de flottaison, l'air de rien, avec le sourire malicieux de la gaminette perverse qui caresse le chat pour mieux lui marcher sur les pattes. En plus – c'est pour cela que je l'adore – elle tire sur les mêmes ambulances que moi. Une sœur siamoise, n'aime pas tout ce que je déteste. Mais plus finaude, n'y va pas direct, vous entourloupe la chose mais ne la loupe pas.
Je prends deux exemples. Sex Pistols ou The Clash ? Elle n'introduit pas le sujet avec ma balourdise d'ours mal dégrossi, ne s'agit pas d'une stupide guéguerre du style Chaussettes Noires contre Chats Sauvages. Le genre de préférence dichotomiale personnelle sans aucun enjeu, l'est plus subtile que cela notre Caroline, ce qu'elle cherche à saisir c'est l'essence du punk au-delà de toutes ses métamorphoses qui ont accompagné ces quarante années d'existence. En plus nous sommes-là au cœur sommital de la naissance du punk. Ne se prive pas de mettre le pouce du pied sur les contradiction du Clash – n'a pas été tendre auparavant avec les poutres qui encombrent l'œil crevé des Pistols – bien beau le Clash, mais l'introduction du reggae dans le punk, elle le juge comme un dévoiement intolérable.
S'attaque aussi au punk de par chez nous. Dénonce les traîtres, ceux qui se sont revendiqués de la radicalité punk en 1977 pour tourner – au premier vent mauvais des années suivantes - vers l'eau sucrée et frelatée de la modernité des jeunes gens à la poursuite d'une gloire qui se refusera, les Taxi Girl et les Lili Drop de la pacotille variétoche ( elle ne prononce pas ce mot, je le revendique ) que certains s'obstinent à présenter comme les martyrs du rock'n'roll national.... en passant elle règle son compte à ces faiseurs de Starshooters, le punk france-intérisé, pasteurisé, écrémé et débarrassé de ses agents vomitifs... Même pas capables de remporter le tremplin du Golf-Drouot.
Mais qu'est-ce que le punk ? Ne vous raconterai pas la saga, vous la connaissez sur le bout des doigts. Et si vous êtes néophytes ou que vous ayez besoin de réviser vos fondamentaux, le mieux et le plus utile sera de vous procurer le bouquin et de le lire. Voudrais seulement évoquer quelques points saillants.
Primo : le cas Malcolm McLaren, à l'écouter c'est lui qui a tout fait. Tire toute la couverture à lui, plus les draps, plus l'édredon en plumes d'oies. L'imprésario – m'étonne que l'on n'emploie que très rarement ce vocable, avec tout ce brouillard de factice rodomontade qui caractérise si bien notre Monsieur Loyal du punk, pour le désigner – n'est pas le géniteur, le noyau de ce qui allait devenir les Pistols était déjà en marche lorsqu'il décide de les cornaquer. Applique et improvise sa méthode : celle du rhinocéros dans le magasin de porcelaines sales des médias. Ne chipotons pas : s'il ne réussit pas son coup, le coup réussit. L'écart de la formule réside en ce qui lui appartient en propre et la différence manquante que les autres apporteront. L'on évoquera les accointances situationnistes de Malcolm, Caroline n'y croit guère, vaudrait mieux évoquer ce kairos cher aux sophistes de l'ancienne grecque, cet instant propice, cette fenêtre de tir, cet alignement des planètes, cette opportunité circonstancielle qu'il s'agit de ne pas rater si l'on veut l'inscrire en une historialité signifiante.
En ses germinations, tant américaine qu'anglaise, dans les deux cas, la proto-mouvance punk ne compte pas plus d'une centaine d'individus. C'est peu, mais avec un seul point d'appui Archimède se faisait fort de soulever le monde. L'œuf initial du phénomène possède à chaque fois deux cotylédons, une face prolétarienne et une face arty. Cette partition ne correspond pas exactement à un partage classique du type marxiste mais y participe toutefois. Pour prendre un autre exemple bien de chez nous, les premiers militants de ce qui allait devenir la Gauche Prolétarienne après le joli mois de mai 68, cristallisait en son sein un noyau issu du lumpen-prolétariat et un ovaire qui regroupait une obédience d'intellectuels de très haut niveau. Le punk réalisera un mélange instable, une aile bourrine à mort jusqu'au boutiste, et une seconde beaucoup plus artiste et créatrice. Suffit de quelques gouttes de l'une ou de l'autre, en plus ou en moins, pour que l'explosif se transforme en pétard mouillé. Le punk se désagrègera vite.
Mais nous fera le coup du phénix. Qui renaît de ses cendres. Le punk rend l'âme mais ne meurt pas. De Kergariou se penche avec une précision d'entomologiste sur ces transformations. Le voici Oi ! and Skin, par chez nous d'extrême-droite et antifa, puis glisse à gauche, s'installe dans les squats alternatifs et festif, s'autonomise jusqu'à entretenir des liens avec Action Directe ( évite le sujet ), puis retombe sur une base anarchisante qui s'inscrit dans une tradition séculaire bien française... aux Etats-Unis le punk se durcit, se hérisse, hardcore sera son nom, se décline en de nombreuses saveurs parfois antagonistes, gothique, grunge, straight edge, métallique... Epouse des virages idéologique les plus surprenants, jusqu'à trouver des punks à chien vegans ! Contradictions apparentes ? Beaucoup avancent une thèse selon laquelle le mouvement punk proviendrait de la diaspora hippie. Sous une autre forme, par d'autres moyens pour parler comme Clausewitz. Tout de même ces maudits babas que les premiers punks abhorraient comme la lie de l'humanité ! Caroline ne s'aventure pas en la résolution de cette équation paradoxale.
Vous dissèque le punk amerloque, british et franchouillard de fond en comble, mais la voici insatiable, nous visitons l'Europe de l'Ouest avec elle, et hop en partance pour les pays de l'Est. Plus difficile d'être punk en républiques démocratiques qu'en démocratie libérale. Pas folichon tous les jours. La censure est partout. La police aussi. Le plus terrible c'est que les gouvernements n'aiment pas le punk. Les assimilent aux fachistes. La preuve, photos à l'appui, ils exhibent des croix gammées sur leur T-Shirt. La provocation, l'effet miroir, de l'autre côté du rideau de fer on ne s'embarrasse pas de ces subtilités. Ou vous vous soumettez, et vous adoptez un mode de vie correctement socialiste, ou vous êtes déclaré ennemi public. Pour les concerts, c'est simple, soit vous jouez la musique que l'on vous impose, soit ils sont interdits. En Allemagne de l'Est, on ne se se contente pas de ces arguments massue, l'on en possède un autre bien plus subversif, on vous infiltre, réfléchissez votre chanteur n'est peut-être qu'un agent de sécurité civique qui régulièrement rédige ses rapports sur ses musiciens et les fans du groupe...
Un peu décevant quand on compare les vassaux au grand-frère. En Russie, pardon en Union Soviétique, c'est mieux. La démesure slave. Pas question de vous cacher dans un coin de l'immense territoire. Même au fin fond de la Sibérie, vous restez dans le collimateur. La police vous convoque, prend soin de vous, s'apitoie sur votre santé morale, vous organise un petit séjour gratuit à l'asile psychiatrique. Rien que pour vous changez les idées. M'étendrai pas sur le cas des Pussy Riot, vous le connaissez. Celui d'Ego Letov exige le détour. Un pionnier du punk en son pays et presque un prophète, réussira à enregistrer cinq cents ( ! ) albums dans sa baignoire – magnifique chambre d'écho – les flics sempiternellement au cul, menacé, interné, en fuite, un activiste, un indomptable... Durant un certain temps il rejoindra Limonov, écrivain, exilé, figure mythique et politique de la contre-culture russe. Vous refile un extrait d'un de mes textes consacré à cette haute figure controversée : « … De retour en Russie, Limonov créa son parti politique : national-bolchévique. L'alliance des contraires. Fascisme et communisme dans sa forme originelle la plus révolutionnaire, dans le même verre. Fascisme parce qu'il fallait un pouvoir fort pour redresser le pays, bolchévique parce qu'il fallait redonner aux masses laborieuses la possibilité d'une vie décente ce qui nécessitait le ré-accaparement des richesses au bénéfice des plus pauvres. Politiquement ce fut un échec. Culturellement ce fut une réussite éclatante. Le parti eut jusqu'à dix mille membres. Pas grand-chose. Peu de moscovites. Beaucoup de jeunes provinciaux qui trouvèrent une échappatoire à leur terne quotidien. En exagérant à peine, l'on peut dire que ce fut le regroupement des punks à chiens les plus créatifs de toute la Russie. Le bunker local du parti devint le lieu culturel par excellence de la capitale. Underground artistique à tout va, lors des soirées le corset moral de la société russe fut systématiquement détruit à coups de parties d'avant-garde arty et de groupes de rock. Pensez à la Factory d'Andy Warhol pour trouver un équivalent. Un lieu de vie irremplaçable, les militants vivaient sur place et avaient l'impression de participer à l'émergence d'un monde nouveau.
Gramsci théorisait qu'il fallait d'abord s'emparer de la sphère culturelle pour parvenir au pouvoir. La deuxième partie de la prédiction ne se réalisa pas. En fin de compte, ce fut Poutine qui se retrouva à la tête du pays... Limonov se rendit compte que son mouvement piétinait. Entreprit sa longue marche, avec une poignée de militants, il tenta un soulèvement des républiques Extrême-Orientale. Fiasco total. Se retrouva en prison. En fut libéré au bout de deux ans car sa figure était devenue extrêmement populaire... »
Le punk dans tous ses états métapolitiques, des enjeux beaucoup plus sérieux que la séparation des Sex Pistols quand on y songe... Cette histoire du punk s'avère passionnante. Caroline de Kergariou ne se contente pas de raconter. Même si au passage elle vous ouvre des perspectives absentes de la plupart des documents spécialisés que vous avez pu consulter jusqu'à lors. Elle ne conte pas, elle analyse. Ne révèle une anecdote croustillante que si elle apporte un plus à sa réflexion. Essaie de mettre en relation des phénomènes qui s'interpénètrent beaucoup plus profondément qu'on ne veut l'accroire. Les soubresauts de l'économie capitaliste ne sont pas étrangers à l'apparition du punk. Le monde est en train de changer de face et le masque qu'il adopte est encore pire que le précédent. Le no future de Johnny Rotten se révèle prémonitoire... Par-delà les intuitions et les défaillances des individus qui ont participé à son déploiement, ce courant musical et puis culturel réussit, depuis quarante ans, à rendre compte des violences structurelles qui agissent sur les individus que nous sommes. Le punk s'avère être de par sa sensibilité aux abois le point focal de conscientisation réflexive vers lequel convergent toutes les contradictions de notre monde. En reflète et en traduit toutes les potentialités et toutes les impuissances. Nous ressemble trop pour que l'on ne s'y reconnaisse – à des degrés divers - point en lui. Félicitations, dear Caroline de Kergariou.


Damie Chad.

DJANGO
Film d'ETIENNE COMAR

 

Si vous pensiez trouver tout ce que vous n'avez jamais osé demander sur Django Reinhardt, c'est raté. Ce n'est pas un biopic. Vous ne suivez pas Django du berceau à la tombe. L'histoire du jazz en France, du Jazz-Hot, la carrière de notre guitariste chéri, tout ça est aux abonnés absents. En fait ce n'est pas un film sur Django. Mais oui il est là superbement interprété par Reda Katek ne paniquez pas, mais juste un épisode de sa vie, trois petites années, mais de celles qui comptent double, triple et quadruple. Un moment peu grandiose de l'histoire de France. Le pays sous la botte allemande. Un temps où il ne fallait pas trop la ramener. Surtout que les boches n'étaient pas commodes. En plus ils détestaient la musique de nègres. Pas assez aryenne. C'est que les noirs sont rarement blonds et n'ont guère les yeux bleus. En plus ils ont la mauvaise habitude de se contorsionner comme des chimpanzés dès qu'ils entendent le moindre rythme. Une race inférieure, trop près du primate pour avoir droit de cité chez les nazis. Pas de chance pour Django, l'était un musicien de jazz et de blues. Mais lui, on lui pardonnait. D'abord il n'était pas noir, ensuite un grand artiste, joue tellement bien que le peuple germain désire l'entendre. L'en est flatté le Django, n'aime pas spécialement Hitler, mais les cachets proposés sont plus qu'alléchants... Préfèrerait rester pénardos à Paris, mais les Allemands insistent lourdement.
Cherchez l'erreur. Faudra un bout de temps à Django pour la trouver, les mésaventures de ses proches l'aiguillent peu à peu vers le vers caché dans le fruit de la tentation. Certes Django n'est pas un nègre, mais dans l'échelle établie dans Mein Kampf, les tziganes ne valent guère mieux. Comprend petit à petit le rôle que l'on veut lui faire jouer, le bois de sa guitare sera l'arbre qui cache la forêt de la déportation de son peuple. C'est fou comme un air de swing peut vous masquer la fumée et l'odeur des crématoires...
Prend la bonne décision, le passage en Suisse, plus difficile à réaliser que prévu. La Résistance a d'autres chats à fouetter que la survie d'un guitariste qui n'a pas fait le choix de la lutte armée... Trouve refuge avec sa femme enceinte et sa mère dans un campement tzigane, la situation se tend car la Gestapo sait qu'il est là... Vous savez qu'il s'en sortira car il mourut en 1953. Pour les tsiganes qui l'ont recueilli, à part les jeunes qui s'engagent dans le maquis, leur sort sera funeste... Un beau film, avec quatre très beaux moments musicaux, qui ne respecte pas la réalité historique, mais qui reste émouvant.
N'y allez pas pour y verser une petite larme de crocodile si la chasse organisée par une police particulièrement haineuse et nos gouvernements successifs dont sont victimes les roms de nos jours vous laisse de marbre. Soyez cohérents avec vous-mêmes.


Damie Chad.

 

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