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11/01/2017

KR'TNT ! ¤ 311 : OTIS SHOW / HOT CHICKENS / GILLES DALBIS / TONY SHERIDAN + BEATLES / WOODSTOCK / POPPY Z BRITE

 

KR'TNT !

KEEP ROCKIN' TILL NEXT TIME

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LIVRAISON 311

A ROCKLIT PRODUCTION

LITTERA.INCITATUS@GMAIL.COM

12 / 01 / 2016

OTIS SHOW ( MUDIBU + OTIS REDDING )

HOT CHICKENS / GILLES DALBIS /

TONY SHERIDAN + BEATLES / WOODSTOCK

POPPY Z BRITTE

L'Otis show est bien loti

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On se doutait bien que ces Anglais allaient faire un carton. Jeunes, sapés sur leur trente-et-un, orgue Hammond, section de cuivres, jazzbass et petite cerise sur le gâteau, un jeune chanteur black investi d’une sacrée mission : rallumer la flamme d’Otis. Quelle équipe et quel bon choix !

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Bon choix de la part de l’organisateur qui les a repérés dans un club londonien, et bon choix de leur part, puisque le répertoire d’Otis compte quand même parmi les plus prestigieux de l’histoire de la Soul américaine. Le jeune chanteur black s’appelle Mudibu et il vient du Burundi. Il fait le show, pas de problème.

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Ce mec est visité par la grâce : sa façon de danser, sa façon de poser sa voix, sa prestance naturelle, tout est absolument parfait. On a en plus de vraies chansons, des tubes complètement imparables, depuis «Mr Pitiful» jusqu’à «Fa Fa Fa» en passant par «Satisfaction», une reprise fantastique d’«A Change Is Gonna Come» et le grandiose final, l’immense «Try A Little Tenderness», l’un des hits les plus parfaits du XXe siècle. Ce sont eux qui bouclent les festivités du samedi au Vintage Weekender et Mudibu n’en finit plus d’exhorter le public a danser avec lui.

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On voit rarement des sets d’une telle intensité. On pense bien sûr au set exceptionnel que donne encore Vigon au Méridien. Ou encore à Lee Fields, cette espèce de bombe atomique à deux pattes.

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Voilà donc l’occasion rêvée de revisiter l’œuvre d’Otis. Le seul reproche qu’on pouvait lui adresser était sans doute d’être trop parfait, et trop collant dans ses slows frotteurs. Mais il reste néanmoins un géant de la Soul, au même titre que Wilson Pickett, Solomon Burke et Clarence Carter. De son vivant, le pauvre Otis n’a eu le temps de sortir que six albums, tous enregistrés chez Stax avec les surdoués habituels, Steve Cropper, Donald Duck Dunn, Al Jackson, Booker T. Jones et le trompettiste Wayne Jackson qui vient de mourir, Isaac Hayes, Charles Packy Axton, le fils d’Estelle Axton, co-fondatrice de Stax avec Jim Stewart, en gros, les musiciens qui ont le plus contribué à rendre la Soul légendaire.

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Pain In My Heart est le premier album d’Otis paru en 1964. Deux hits s’y nichent : «I Need Your Lovin’» et «Security». Need Your Lovin’ sonne comme un boogie de soul, Otis le chauffe à coups de wow wow wow. Comme il est le seul sur terre à savoir chauffer ainsi un gros popotin, il se rend indispensable. C’est comme si on assistait à une procession de gros culs blacks sous la lune, mais quelle rigolade. Avec «Security», Otis fait danser la planète entière. Il gère sa soul avec une classe infernale, avec un délié qui en impose férocement. On aurait tendance à confondre «Security» avec le «Stupidity» de Solomon Burke. Otis le soul master ne lâche rien, il relance à coups de one more time. Il tape dans d’autres classiques, comme par exemple «Lucille» de Little Richard. Ne touche pas à ça, malheureux ! Il transforme «Louie Louie» en soul garage et le mambotte à la botte. Et puis, il met en route ce qui va devenir son fonds de commerce : le balladif chanté à l’éplorée. «These Arms Of Mine» est cousu de fil blanc comme neige et «Something Worrying Me» semble tiré à quatre épingles : Otis le chante à la continence de la suffisance.

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On trouve un gros standard de r’n’b sur The Great Otis Redding Sings Soul Ballads paru l’année suivante : «Here In Your Heart». On se demande ce qu’il fout là, car l’album est essentiellement rempli de balladifs. Otis en profite pour gotta-gotter comme une bête. Mais pas mal de balladifs restent d’une pénibilité sans nom, comme par exemple «Chained And Bound» ou encore «For Your Precious Love» qui ouvre le bal de la B. On dirait qu’il passe son temps à pleurnicher. On a envie de lui dire : fuck, Otis, redresse-toi au lieu de te morfondre dans tes cuts à la con qui ne sont pas dignes d’un Soulman qui se respecte. Mais il insiste et «Come To Me» rampe comme une limace atroce. Heureusement, «Mr Pitiful» sauve l’honneur de cet album. La légende dit qu’on surnommait Otis Mr Pitiful à cause de son côté pleurnichard et Steve Cropper eut l’idée d’en faire une chanson. Duck Dunn y joue une bassline historique. Quel fabuleux backslider !

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Paru la même année, Otis Blue est ans doute son album le plus connu. En tous les cas, on y retrouve trois de ses hits fondamentaux, à commencer par le fameux «Respect» que va reprendre Aretha. «Respect» est encore une pierre blanche dans la gueule de Dieu. Quelle merveille pulsatrice ! Ça hey-hey-heyte et ça grouille d’évolutions intestines. En B, il claque le beignet de «Shake». Otis adore ça, il jerke dans le foutraque de Stax. C’est d’une vitalité exceptionnelle. Et puis on trouve plus loin sa brillante version de «Satisfaction» dont Mudibu va se régaler sur la scène du Vintage. Otis l’explose et derrière, les mecs de Stax la chauffent à blanc. On trouve très peu de choses au-dessus d’un truc pareil. C’est tendu et cuivré à l’extrême. Et quand Otis s’énerve, c’est dingue ce qu’il est bon. Attention, ce disque réserve d’autres surprises extraordinaires, comme cette version de «Rock Me Baby» jouée au meilleur blues-rock de Memphis. Otis la chauffe à la criarde du marché de Naples, keep on rocking babe ! Encore un fantastique hommage à Sam Cooke avec une version de «Change Is Gonna Come». Otis la travaille au corps, c’est un teigneux. On sent sa vigueur prisonnière du petit costume serré en tergal. Ce n’est pas fini, car il tape aussi une version de rêve du «My Girl» de Smokey. Otis la travaille à la criarde plaintive et suintante, c’est spécial, âcre et hot, hip et apte. Il s’agit là sans nul doute de son meilleur album.

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Encore un très bel album avec The Soul Album paru l’année suivante. Le pauvre Otis ne figure toujours pas sur la pochette. On y met des femmes à sa place. Si on aime le r’n’b gros popotin, alors on est gâté avec «It’s Growing». Ça se danse à sec, sur le beat. Otis épouse bien le serpent de la légende et son ami Steve gratte ça aux accords bien clairs. Quand on écoute «Nobody Knows You», on comprend à quoi sert Otis : à rapprocher les couples désireux d’être rapprochés. Otis incarne mieux que personne la fabuleuse frotterie des sixties, un temps où les ventres se frottaient dans la pénombre des caves surchauffées, pour le bonheur de tous. Otis a vraiment servi à ça, à rendre les ventres heureux. Les esprits, c’est autre chose. Mais il faut bien commencer par le commencement, n’est-il pas vrai ? Et ça continue en B avec «Good To Me». Comme Otis ne porte que des pantalons serrés, il est vite en émoi. Il sait que chez Stax, le beat gonfle dans l’air chaud. Mais ça ne l’empêche nullement d’en rajouter. Bel hommage à Slim Harpo avec une sulfureuse version de «Scratch My Back». C’est d’une sensualité extraordinaire. Du pur sexe - You know what to do ! - Il enchaîne avec un fantastique «Treat Me Right», joué au vieux boogie stomp de juke. C’est un hit, et pas des plus connus, hélas. Otis le ponctue comme un dieu. Il est dessus, il faut voir avec quelle hargne. Otis est un amour. On l’adore.

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Il apparaît enfin sur la pochette de The Otis Redding Dictionary Of Soul paru la même année, mais déguisé en prof. Il a l’air d’un clown. Mais l’album n’est pas clownesque, loin de là. «Try A Little Tenderness» se trouve sur cet album, ce qui à l’époque justifiait largement l’emplette. Ce cut légendaire est une sorte d’apothéose de la Soul des sixties. C’est l’universalisme absolu. C’est là que s’exprime le génie d’Otis et ça part à la baguette d’Al Jackson, en bord de caisse. Otis semble joyeux, il mouille bien les syllabes de sa quête, on sent l’homme déterminé et les MGs se mettent en route, alors ça grimpe très vite en température, squeeze her, et Otis devient violent, un sale punk, you gotta too et ça explose, gotta gotta nah anh nah ! Après ça il ne reste plus qu’une seule chose à faire : aller se coucher. Oh, on peut quand même écouter sa belle version de «Day Tripper». Il en fait quelque chose d’infernal, il found out, c’est un monstre, un véritable démon des enfers de la Soul. Quelle leçon ! C’est «Fa Fa Fa Fa (Sad Song)» qui ouvre le bal de cet album et le cut sonne bien sûr comme un classique. Otis règne sans partage sur l’empire du popotin. Avec «I’m Sick Y’all», il passe au heavy groove et monte comme la marée. Il devient inexorable. Otis est vraiment un phénomène à part, une sorte de force tranquille, comme Wendy Rene. En B, il tape un fabuleux heavy blues, «Hawg For You». C’est une façon d’échapper aux deux diktats, celui du slow baveux et celui du beat gros popotin. Otis se révèle un bluesman extraordinaire. C’est là qu’il monte dans l’estime de ses fans, en surgissant là où on l’attend pas. Belle fin de non recevoir avec «Love Have Mercy», un autre hit de r’n’b. Otis remplit le dancefloor quand il veut. C’est un conquérant, un ami fidèle, un homme chaleureux, le meilleur des hommes.

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En 1967, il enregistre King & Queen avec Carla Thomas. Alors attention, car une fois de plus, c’est un album indispensable. Il s’agit là d’un des albums les plus sensuels de l’histoire de la Soul. Ils attaquent avec une version torride de «Knock On Wood». Duck Dunn joue en bas de son manche pendant qu’Otis ta-ta-tate et que Carla fait sa chaudasse de voix fêlée. C’est absolument terrifiant de sensualité. Ils retapent dans le mille avec une version magique de «Tramp». Otis et Carla dansent le jerk et se frottent contre le pied de micro. Ils tapent ensuite dans l’intapable, c’est-à-dire «Tell It Like It Is» d’Aaron Neville, le slow super-frotteur par excellence. Otis en bave car il est serré dans son pantalon. Et Carla n’arrange rien, car elle sort sa meilleure voix de nympho. Il faut avoir entendu ça au moins une fois dans sa vie. Avec «Lovey Dovey», ils se tapent un bon blast de r’n’b. C’est inespéré, les voilà tous les deux lancés dans le meilleur beat popotin du monde. Encore un hit de juke en B avec «It Take Two». Carla l’attaque sans détour. Elle adore jerker dans sa mini-jupe, elle connaît les mecs de Stax, ils assurent bien et Otis ramène sa fraise très vite, dégoulinant de sueur. Ils rendent hommage à Sam Cooke avec une version hot de «Bring It On Home To Me». Tout sur cet album est prodigieusement inspiré. Ils terminent avec «Ooh Carla Ooh Otis», monté une fois encore au beat popotin, mais il s’agit là du meilleur beat de l’histoire du popotin. Ils sont tous les deux en émoi, Carla fait sa mijaurée, ça trompette dans tous les coins et Otis revient, tous instincts devant. Ce mec génère du sexe, c’est de sa faute.
Après la disparition tragique d’Otis en 1967, Steve Cropper prendra l’initiative de publier cinq albums posthumes et un live, histoire d’alimenter la légende d’Otis.

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Rien de tel qu’un album live pour restituer la ferveur d’Otis. Live In Europe est du même niveau que le tribute show de Roubaix : un brouet d’excellence. Et pouf Otis démarre avec une version explosive de «Respect», bien cisaillée par le popotin de la rythmique. Les trompettes sonnent la charge, ça sent la peau noire dégoulinante de sueur, l’énergie vitale du grand peuple noir. C’est chaque fois une révélation divine, une douche écossaise, un choc d’élixir parégorique, un don du ciel, un coup du sort, une dégelée de pâté en gelée et Otis gotta-gotte comme un dingue. Ça repart de plus belle avec «Can’t Turn You Loose», encore plus popotiné du coccyx, c’est même une véritable pulsation du bas-ventre, Otis lâche sa purée à jets continus, il enfonce ses clous de giroffle dans le gigot du mythe de la Soul du Sud, c’est tendu à l’extrême, en vertu d’une science experte de l’hypertension, voilà le wild Stax System à l’œuvre, rien d’aussi hot que ce hit de hutte. Comme Mudibu, Otis reprend «My Girl» avec un immense respect et opère un beautiful retour sur le hey hey hey que tout le monde attend au virage. Retour à la barbarie avec «Shake». Exploser, c’est son truc, Otis ne vivait que pour ça. Et en B, une nouvelle déflagration se produit avec «Satisfaction», évidemment, l’hommage du peuple noir aux Stones, c’est d’une violence incroyable, celle d’un nègre qui se débat dans les chaînes de la soute, même chose avec «Day Tripper», Otis envoie les Beatles danser au paradis de la Soul, et là, on perd tous les repères, Otis explose tout, il dévore le hit d’une seule bouchée, c’est l’ogre noir shakespearien par excellence, le nègre rendu fou par la peur et qui creuse le bois des soutes avec ses dents pour s’évader du vaisseau négrier, Otis shake les chains avec l’énergie de la survie, il suit le mot d’ordre de Malcolm X : la violence est la seule réponse à la violence des blancs. Et puis on finit par tomber sur Tenderness. Otis est épuisé, bien sûr, et pourtant il va réussir à provoquer un dernier orgasme dans les pantalons des petits blancs dégénérés. Otis le géant s’élève doucement sur le fil mélodique d’une belle relation amoureuse, celle d’une homme noir pour une femme noire. Il chaloupe sa tenderness avec une grâce animale. Il entre en territoire humide avec l’aisance du bassin, il sait manœuvrer dans la baie humide d’une femme offerte. Voilà bien la plus belle chanson d’amour physique de tous les temps, et le tempo monte comme dans la réalité, il lime et elle s’émeut, la température monte encore et le public claque des mains, le plaisir arrive, il attend sa compagne, c’mon, gotta-gotta nah nah nah, tenderness yeah yeah, il lui tient les cheveux et il semble que le bonheur explose dans un bouquet final de yeah yeah. S’il faut écouter une version de Tenderness, c’est celle-ci.

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Son plus grand hit, sorti sur l’album du même nom, The Dock Of The Bay, fut donc un hit posthume. Pas de chance. Pauvre Otis. Quand on pense au blé que les Thénardiers du disque ont pu se faire sur son dos ! Pour cet album, Steve Cropper a rassemblé des fonds de tiroirs pour le moins extraordinaires, comme cette version magistrale de «Don’t Mess With Cupid». Seul Otis sait marteler le r’n’b avec autant de violence. On a là la meilleure Soul du temps d’avant. Otis semblait même un peu trop doué. On se régalera aussi de «Let Me Come On Home», un fantastique groove du Deep South, joué aux guitares infectueuses. C’est une exception otissienne - Girl I love you honey - L’immense Otis recherchait la modernité, mais avec une vraie chaleur de ton. Et quand on écoute Sittin’, on pense évidemment à Blowfly qui avait transformé ce hit planétaire en Shittin’. En B se niche la version studio de «Tramp», ce vieux classique de Salut les Copains, cette émission de radio qu’on écoutait religieusement dans les années soixante. Encore un coup de maître avec «The Huckle Buck», joué à la good time music du Deep South. Otis y refait son numéro de popotin. Et il termine avec un «Ole Man Trouble» dégoulinant de feeling et gluant de cuivres.

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On reste dans la veine posthume avec The Immortal Otis Redding paru aussi en 1968. Nous voilà de retour dans l’Otisserie de la Reine Pédauque. Le hit de cet album pourrait bien être «Hard To Handle», un r’n’b sauvage à la Otis. Il rappe bien son texte. Encore un joli classique avec «The Happy Song», chanté à la glotte fêlée. Bien qu’il soit mort et enterré, Otis reste un modèle du genre. Mais l’album propose surtout des balladifs plaintifs. Otis les chante à la sueur de son front. Comme Sisyphe, il pousse son rocher sur la pente d’une montagne. Avec ce disque, on sent une très nette baise d’intensité.

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En 1968, l’Otisserie de la Reine Pédauque tournait à plein régime. In Person At The Whisky A Go Go se présentait comme une nouvelle invitation au voyage. Comment le fan de base pouvait-il résister à ça ? On y retrouvait de belles versions de «Can’t Turn You Loose», «Mr Pitiful», «Satisfaction», et c’est là où les charognards du disque sont malins, on trouvait en B une version de «Papa’s Got A Brand New Bag» qui n’existait pas sur les autres disques et qui à elle seule justifiait l’emplette. Otis y piétine les plate-bandes du grand James Brown. En a-t-il les moyens ? Quel en est l’intérêt ? Force est d’admettre que Mr Dynamite fait ça bien mieux. Otis s’épuise, il ne tient pas la distance, il got-it got-itte comme un dératé, mais ça ne va pas. Un sax vole à son secours. Ne touche pas à ça, malheureux !

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L’année suivante paraît Love Man. Encore un album qui vaut le détour pour un titre en particulier : «Look At That Girl». Il s’agit là d’une sorte de mambo, une pièce de Soul magique. Otis la chauffe à l’énergie pure. Il redevient l’espace de trois minutes le géant de la légende, celui qui fascina tant Janis Joplin. En fait ce disque regorge de merveilles, à commencer par l’«I’m A Changed Man» d’ouverture, un beau groove tapageur. On y retrouve l’Otis impérial et combatif qu’on a tant admiré. Il finit son cut en insistant lourdement sur les nah nah nah, comme il sait si bien le faire. Tout aussi attachant, voici «(Your Love Has Lifted Me) Higher And Higher», softé à la basse alerte, dansant et plein d’avenir. Cette fois, la basse donne la respiration. Oh il faut aussi écouter le morceau titre qui est un fabuleux hit de juke - I’m a love man/ Call me a love man - Otis avait une qualité de Soul qui lui était propre. Le «Groovin’ Time» qui ouvre le bal de la B concasse bien le beat. On retrouve cette Soul ramassée sur elle-même, qui est un peu la marque de fabrique d’Otis. Encore du r’n’b de haute volée avec «Got To Get Myself Together» cuivré de frais. Otis nous ramène au cœur de l’empire de la Soul avec ce hit teigneux. Et puis avec «A Lover’s Question», on comprend qu’Otis ait voulu se battre jusqu’au bout. Il recherchait la clé de la Soul la plus frénétique et il y mettait toute son énergie.

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Sur Tell The Truth, vous trouverez un autre coup de génie intitulé «I Got The Will», pris à l’angle d’une pop de Soul. Otis travaille toujours à la dure, mais cette fois, il le fait en mélodie. Il trouve enfin le moyen de sortir du popotin. D’autres très beaux cuts guettent l’imprudent visiteur, comme par exemple «Demonstration». Otis n’y cherche ni l’éclat ni l’esclandre, il veut juste gotta-gotter la mama. Avec «Out Of Sight», il tortille sa petite Soul des enfers. Otis ne renonce jamais et le côté rampant du cut vient de la petite guitare infectueuse de Steve Cropper. Puis il commence à s’énerver avec «Give Away None Of My Love». Il revient à sa chère vieille âpreté, puis il passe au boogie joyeux pour «Wholesale Love». Il vise l’unisson de la Soul à trompettes. Voilà encore un cut passionnant. On sent le chercheur à l’action. Otis sentait qu’il devait trouver une voie pour évoluer. Ce disque ressemble à un laboratoire. Et les résultats de ses recherches étaient réellement prometteurs. On n’ose même pas imaginer ce que des mecs comme lui ou comme Jimi Hendrix auraient produit s’ils avaient pu continuer à vivre. En B, on tombe sur un «Little Time» surchauffé et tenace, vraie perle de petite Soul exacerbée. Otis est comme ce boxeur qui ne veut pas se coucher, il va se battre jusqu’à la mort. Avec «Swinging On A String», il lutte jusqu’à son dernier souffle.


Signé : Cazengler, Otiste

Otis Show. Vintage Weekender. Roubaix (59). 12 novembre 2016
Otis Redding. Pain In My Heart. ATCO Records 1964
Otis Redding. The Great otis Redding Sings Soul Ballads. Volt 1965
Otis Redding. Otis Blue. Volt 1965
Otis Redding. The Soul Album. Volt 1966
Otis Redding. The Otis Redding Dictionary Of Soul. Volt 1966
Otis Redding & Carla Thomas. King & Queen. Stax 1967
Otis Redding. Live In Europe. Volt 1967
Otis Redding. The Dock Of The Bay. Volt 1967
Otis Redding. The Immortal Otis Redding. ATCO Records 1968
Otis Redding. In Person At The Whisky A Go Go. ATCO Records 1968
Otis Redding. Love Man. ATCO Records 1969
Otis Redding. Tell The Truth. ATCO Records 1970

TROYES / 06 – 01 – 2017
LE 3B
HOT CHICKENS

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Pas question d'attendre que les poulets vous tombent tout rôtis dans la bouche. Mais il y a la grande offensive verglacée du Général Hiver prévue pour la nuit du retour par le communiqué d'alerte de la Météo Nationale. Brr and Grr ! Vision d'horreur de la teuf-teuf- mobile dérapant sur la route verglacée... J'étudie les prévisions avec soin, la route entre Provins et Troyes devrait être libre de toute froidure jusqu'au petit matin. Ce qui s'appelle jouer avec le feu. Bon, la dernière glaciation remontant à huit milliers d'années, l'on peut raisonnablement escompter que la suivante attendra bien un jour de plus. Mais il est des exigences impérieuses qui font fi des plus élémentaires et prudentiales conduites. Voici un mois que j'ai décidé de profiter du concert des Hot Chickens dans la bonne ville de Troyes pour ramener à la maison la réédition de CD Play Gene, avec la version de Bird Doggin'. Pourrait pleuvoir des icebergs que j'irais quand même.
Ce ne sont pas de sinistres et stupides prédictions météoriales qui seraient capables d'arrêter un rocker ! En plus, non d'une chaussette d'archiduchesse, chaussée aussi sèche que la vieille mue d'un crotale gisant depuis vingt ans dans le sable aride de la Vallée de la Mort ! La foule des grands jours au 3 B, plein comme un oeuf de crocodile. Toute cette noble assistance a eu raison de se déplacer car foutredieu et foutrevierge ( jurons préférés des moins cénobites ) quel concert !

FIRST SMACK

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Gene à l'honneur ! I flipped et cette sale Race with the Devil, d'entrée de jeu, Christophe Gillet qui agite le damier de son sweat-shirt pour mettre le feu aux poudres, Thierry Sellier en chemise hawaï-aï-aïe qui se livre à des dérapages incontrôlés sur sa batterie et Hervé dans sa veste saumon rose bondissant dans les torrents qui encrasse le moteur de la contrebasse, le public répond au quart de tour, mais pas la mécanique qui n'en peut déjà plus après deux morceaux, Loison change la bougie du micro, rien à voir, la panne serait-elle sérieuse, la salle rit aussi jaune qu'un taxi new-yorkais, pas d'affolement, pas la peine d'en péter un, c'est le câble le coupable qui nous accable. Ordre et méthode, Hervé tire de derrière les amplis un imbroglio de fils et le secoue vertement pour en tirer le cordon salvateur qui consent à la refaire circuler la dive électricité sans laquelle le rocker recule d'un cran dans l'histoire de l'évolution des espèces en redevenant un misérable folkleux.

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Skinny Jim et Jenny Jenny, pur jus cochranesque, Hervé module les nodules timbriques, la grosse voix, et la méchante, la vicieuse et la menaçante, la tragique et la clownique, un festival en deux fois trois minutes, le rock des pionniers réside dans l'intonation, Shakespeare drames et comédies en cent vingt secondes, du grand art, pas à la portée de tout le monde, faut d'abord capter l'esprit pour le restituer, surtout si à côté de vous, vous avez un Christophe

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Gillet qui profite de la moindre de vos respirations pour envoyer une giclée de guitare, juste pour vous pousser dans vos retranchements.

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Ce soir Thierry est facétieux, joue au cat qui se lave les oreilles avec sa patte, lui c'est avec la baguette qu'il fait mine de se peigner d'un geste ample et emphatique, pourquoi ne pas prendre le chemin le plus long puisque au final il arrive pile poil à la seconde pour baisser la barrière du passage à niveau juste à temps pour vous éviter d'être happé par le rapide de 10 h 15 en partance pour Lubbock. Rave on, de Buddy Holly, ce n'est pas de la rave have dans le potager du rock and roll, plutôt de la mauvaise herbe qui moutonne dans votre gorge, impossible d'entendre cette pépite, de Sonny West à l'origine, sans avoir envie de faire les choeurs par derrière, et toute la salle pousse des aums dignes d'anachorètes bouddhistes en transe vocale, je ne vais pas vous faire toute la set-list, d'abord vous la connaissez tellement que vous ne vous en souvenez plus, bien sûr Les Hot Chickens y joignent quelques compositions originales comme ce Downtown Memphis, je préfère voir et écouter.

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Hervé qui jette sa veste, Hervé qui se vautre par terre, couché sur sa contrebasse, puis dessous – je vous en prie éloignez les enfants qu'ils n'assistent pas ce sexpectale – Christophe qui hurle le contrechant dans le micro, et puis se plante devant et vous envoie de ces soli style commandos de la mort qui vous détruisent les dernières parties de votre cerveau en marche et Thierry par derrière qui transforme sa grosse caisse en kolossal Bertha et qui vous arrose méchamment ( mais fort systématiquement ) d'obus dans le seul but d'effondrer vos cartilages et désamorcer les canaux par lequel passe votre influx nerveux.

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Il y a un problème avec les Hot Chickens. C'est qu'ils ne savent pas mettre un terme aux ouragans qu'ils ont déclenchés. En une heure, ils vous ont donné la correction que vous méritez. Normalement l'arbitre devrait arrêter le combat. Mais ce diable de combo vous a transformé en victimes consentante. Vous file le double dessert, le plateau à fromages, le café, le digestif, la triple remorque et la petite gâterie finale. Et évidemment comme les enfants mal-élevés, gâtés et pourris jusqu'à l'os à moelle que êtes, vous trouvez cela normal, et  tout à fait évident qu'Hervé vous propose de boire un verre parce qu'ils vont recommencer dans un quart d'heure.

SECOND SMACK

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Finies les choses sérieuses. Serait temps de passe au crazy roll. Jusqu'à maintenant nous n'avons eu droit qu'à une innocente partie sur les plages de la baie de Baïes. Premières scènes insouciantes et souriantes. Soleil, amour et beauté. Nous abordons la deuxième partie du scénario. L'éruption du Vésuve, la mort de Pompéi, filmée en gros plans, la panique dans les rues, la foule qui hurle rattrapée par les torrents de lave sans pitié qui s'enroulent autour des corps comme des serpents de feu. Petit problème dans le casting, le volcan cruel ce sont les Chickens fous, et les figurants anonymes destinés à vous tordre de douleur c'est vous. La contrebasse d'Hervé a disparu, l'a récupéré une simple guitare qu'il tient comme une hache d'abordage. Tout à l'heure l'a déjà sorti ses harmonicas, mais le show débute d'abord par trois secousses telluriques, coup sur coup séquence Gene Vincent – Hervé totalement fou qui nous offre un Rocky Road Blues dévastateur, en position arquée, les yeux levés vers le ciel, la jambe passée par-dessus le micro – séquence Johnny Burnette – juste le temps que Christophe Gillet nous montre tout ce que nous ne saurons jamais faire avec une guitare - séquence Little Richard – Thierry Sellier nous dévoile un de ces secrets, baoum ! un coup de marteau je marque le temps, facile, c'est après ou plutôt exactement dans la même frappe, je drope vers le haut et j'insuffle l'énergie nécessaire pour que le rebond passe entre les poteaux, plus difficile.

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Qui a eu dans le public l'idée géniale de réclamer un Bo Diddley, je ne sais pas, mais là le genre de proposition que le Hot ne saurait refuser, Thierry nous donne le tempo sauvage style lourdeur africaine d'un troupeau de rhinoféroces qui fonce sur vous et vous piétine allègrement just for fun, Christophe vous ménage de ces breaks de guitare façon dentition de tigre qui se referme sur votre jambe ( la droite ), mais vous n'avez que faire de ces innocentes bestioles, vous êtes une tribu de pygmées en transe au fond de la forêt équatoriale qui reprend en choeur la parole sacrée et envoutante du grand sorcier, Hey Bo Didley, un chant primitif pour aiguiser la colère des éléphants. Et puis au loin, retentit les douces fragrances d'un harmonica, oui c'est dans le public, et Hervé lui donne le micro et c'est parti pour un safari sauvage à la Animals.

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Jusque là tout va bien. Vous ne savez plus très bien qui vous êtes mais vous avez encore la sensation d'être vivant. C'est sur True Fine Mama que votre monde bascule. Hervé se déleste de sa basse, nous fait un looping arrière sur la grosse caisse, avec les jambes en l'air et dont il ressort tout fier et ensanglanté, l'est devenu sorcier vaudou, nous fait répéter après lui des mantras diaboliques qui empêchent l'oxygénation de votre cervelle. Plus vite, plus fort, plus rapide tu meurs, et nous voici transformés en morts vivants, personne ne sait plus ce qu'il fait, ça danse par devant, ça ondule contre les murs, et ça hurle par derrière. Stop clap de fin. Plus d'une heure de folie collective. La récréation est terminée. C'est alors que surgit le mur d'incompréhension. Pas un mot, pas un cri. Tout le monde immobile en plein milieu d'un mouvement brutalement interrompu. Les Hot Chikens eux-mêmes ne comprennent plus. Subitement ils se rendent compte qu'ils ont cessé de jouer. Quelqu'un a arrêté l'appareil de projection. Serait-ce la fin du monde ? Le film coupé en plein épisode. Trop tôt, bien trop tôt. Trop bête. Et alors la machine se remet en branle pour une bonne demi-heure de folie. Vous reprendrez bien un peu d'épilepsie ? Elvis, Jerry Lou et Duduche impérial qui s'adjuge le micro pour That's All Righ Mama.

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Un petit country issu de Father and Sons, d'Hervé dédié à ses petits-enfants pour redescendre sur terre et rentrer doucement dans notre chair d'être humain, nous anges déchus, mauvais mâles et femelles charnelles, qui étions si haut dans le ciel du rock and roll, poussés au cul par les rafales cinglantes de Mister Gillet, tamponnés par les bordées de mitraille de Mister Sellier, marchant sous l'égide des imprécations gospelliques de Mister Loison, presque arrivés aux portes du paradis.


Damie Chad.

P. S. : Retour route sèche.

( Photos : FB Christophe Banjac et Béatrice Berlot )


HOT CHICKENS
PLAY GENE


RACE WITH THE DEVIL / LOTTA LOVIN / BLUES STAY AWAY FROM ME / SAY MAMA / I FLIPPED / HOLD ME, HUG ME, ROCK ME / TEENAGE PARTNER / BLUE JEAN BOP / AIN'T THAT TOO MUCH / BABY BLUE / CRAZY LEGS / I'M GOING HOME / + STILL BOP ( 2002 ) + AIN'T THAT TOO MUCH ( 2012 ) / + RIGHT NOW / BIRD DOGGIN' / ROCKY ROAD BLUES / I'VE GOT MY EYES ON YOU / ( 15 / 11 / 2016 ).

15 / 11 / 2016 : Hervé Loison : chant / Christophe Gillet : guitare / Thierry Sellier : batterie / Fabice Mailly : Harmonica / Hubert Letombe : Basse + son

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Longtemps j'me suis pieuté pas très tard. Va falloir attendre les gars j'ai décidé de réécrire à ma manière La Recherche du Temps Perdu du petit Marcel. Huit mille pages, vous parlez d'un boulot ! Ah ! vous jugez ma tentative condamnée d'avance à l'échec et me conseillez-vous d'arrêter au plus vite. Vous avez peut-être raison, je reviens à mon projet de chronique initial. Remarquez que c'est un peu le même genre de tentative prométhéenne, des fous furieux qui décident de donner leur version de quelques morceaux de Gene Vincent, il n'en manque pas. Le cristal sauvage de la voix de Gene, la guitare galopante de Cliff Gallup et les glissendi de Dickie Harrell, faut oser. C'est comme l'intro d'Albertine disparue, difficile de proposer et de proser aussi bien. Nous ne parlons pas de mieux. Pour Gene, prenons par exemple Crazy Legs de Jeff Beck à la guitare et Mike Sanchez au guitare, z'ont tout fait pour la reproduction à l'identique, pourtant voici plus de deux mille ans que les philosophes grecs nous avaient prévenus, le Même n'est qu'une incertaine figure mouvante de l'Autre projetée sur le mur de nos cavernes mentales. Alors si vous jugez ce disque à son modèle inspiratif vous risquez d'être déçus.
N'empêche que les Hot Chickens, doivent en être assez fiers, puisqu'ils rééditent. En rajoutent même une demi-ration pour vous faire comprendre qu'ils ne regrettent rien. En plus sont des récidivistes, n'avaient pas terminé leur opus qu'aussi sec ils avaient recommencé avec Johnny Burnette et Little Richard. Des gars qui n'hésitent pas à repeindre les statues vénérées de leurs idoles à leurs couleurs. Bonheur par qui le scandale arrive, est-il écrit dans l'Evangile du Diable. Pas besoin de s'agenouiller pour témoigner son respect hommagial. Alexandre le Grand n'a-t-il pas fait élever des colonnes pour borner et marquer son avancée sur les traces de Dionysos ?

Race with the Devil : plus près du mal vous ne trouvez pas, la descente cordique qui taille des marches dans les falaises de marbre et Loison qui exige des pizzicati au burin. Lotta Lovin : Le combo à fond et Hervé qui contient la charge pour mieux lancer l'attaque au grand galop. Attention les gars, c'est moi qui commande. Blues Stay Away from Me : pas de chance le blues n'écoute pas, le suit à la trace, lui colle à la peau. Comment transformer une chansonnette en truc poisseux. Zut, disait Moaravagine, en claudiquant sur une merde de chien, j'ai marché sur la face de dieu. Une petite vérole des plus sympathiques. Say Mama : un de ces titres que nous frenchies adorons plus que tous les autres peuples du monde. Les Chickens vous l'enlèvent comme les hussards la redoute de Borodino. I Flipped : Encore un truc nauséeux, genre cancer qui vous ronge le larynx, ce qui vous oblige à vous arracher des morceaux d'oesophage, juste pour survivre. Merci de l'ordonnance doctor Gene. Hervé chante comme un grand. Hold me, Hug me, Rock me : une interprétation somme toute pré-sixties en ses quinze premières secondes, ensuite c'est le charivari, vocal, guitares et choeurs lèvent les guiboles au plus haut comme les filles du Moulin Rouge. Pour stopper la prise on a certainement dû les arrêter à la chevrotine. Teenage Partner : adorable ballade post-nubile mais la petite garce s'est barrée, la chasse s'organise, la batterie entonne le chant de la nostalgie à coups de merlin. Blue Jean Bop : encore une romance à l'eau de rose en ces débuts, rassurez-vous les Hot n'ont pas oublié de rajouter les épines au bouquet. Plus ça pique et plus ça entre, plus c'est bon. Ain't that too Much : vachard, un régal vocal, ça monte et ça descend comme sur le grand huit de la mort, interminable, ne ressemble en rien à la version de Gene mais la plus proche de toute celles entendues à ce jour. Baby Blue : un must, le premier morceau de hard rock jamais enregistré, Hervé et ses Hot vous le déclinent comme à la scène, une espèce d'offertoire religieux païen, un hymne sacré qu'ils assènent comme le grand Thor sa philosophie à coups de marteau. Crazy Legs : une guirlande de guitares, la voix n'est qu'un jeu pour mettre le combo, qui ne rate pas l'occasion, en valeur. La plus géniale partie de jambes en l'air de l'histoire du rock and roll. I'm going Home : encore une des sucreries préférées des froggies. Précédé d'un brouillonnement de guitare qui bondit comme un isard qui dévale une montagne de rocher en rocher et Hervé qui saute sans parachute pour lui montrer le chemin. Still Bop : un original qui s'amuse à recopier le style du maître, ses tics et ses manières, et qui pour les paroles jongle avec les titres. Bien enlevé, ne jure en rien avec tout ce qui précède. Ain't That too Much : on prend la même et l'on ne recommence pas. C'est bon comme une barbe à papa à l'acide. En plus, une pointe de colorant interdit à la vente. Right Now : à toute vitesse la voix qui file, l'orchestre qui s'enfile dans la trouée et les choeurs qui surfilent le patchwork, en dix ans la voix d'Hervé en gagné en taquine flexibilité. Bird Doggin' : la moiteur des nuits vides et solitaires. Très beaux éclats d'harmonica, la basse qui gronde et la guitare qui strille, le genre de titre que l'on ne surpasse pas, Hervé suit Gene à la trace. Ne s'en écarte pas. Hommagial. Rocky Road Blues : tout le contraire, Hervé hoquette et le band pulse à mort. L'on mise sur la rapidité. Avec une affinité country plus marquée. Une réussite. I've Got my Eyes on You : une esthétique de la légèreté. La voix qui survole et l'accompagnement qui dévale, mais dans le pont l'orchestre alourdit la mise en rase-mottes pour définitivement s'envoler sous l'impulsion d'Hervé.

A écouter sans fin.

Damie Chad.

POEME POUR GILLES DALBIS


PATRICK GEFFROY YORFREG

( CONCERT à BEDARIEUX ( 34 )
EXPOSITION CLAUDE ABAD )

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Il avance comme un chat autour de ces peaux de métal , et c'est un tigre de feu qui sort de son tambour ....
Il trempe ses doigts dans de l'eau bénite et son corps tout entier épouse une rivière ...
Dans son filet : des poissons harpes , des gongs soleils , une armée de guerriers Mayas ,
un Dieu cristal, des étoiles qui dansent , des pétales de tessons de bouteilles aux sons de stalagmites ,
une caravelle aux quatre mâts ;
Pint , pinta , macatumta , ticata toum ta ticata toum tacata dimi toum mitacatoumta ...
il ferme les yeux :
Anaconda royal , et glisse dans l'impossible voie , la voie royale, celle du sacre de l'improviste ....
On ouvre les portes du palais, ivre de matière sonore ...
il danse une Forlane à la vitesse de nos cœurs...
la fiancée du cymbalier en ombre sur le mur du centre d'art contemporain de Bédarieux ...
Son âme cathédrale rêve d'antique toccatas ....
ouvre un paradis de feu dans l'espace blanc d'une ville d'Occitanie,
lumière, lumière d'or , nos corps se tortillent , se dandinent, se tordent , s'élastiquent ,
se perdent, s'arc-boutent comme ils peuvent...et pourtant, et pourtant , rien
ne bouge dans le désert des barbares ,d'un bord à l'autre rien ne bouge , que la cascade timbalique
du haut de ses baguettes océane...
Car tout bouge au- dedans de soi , au- devant de vous , à la vie qui commence , caravelle au départ ,
en route vers le sublime , l'inouï , l'improbable , à l'extrême du monde de l'extrême-occident ,
à l'extrême limite de la gesticulation spasmodique de la main sur le fût :
syllabes de silences , hiéroglyphes de pattes d'oiseau dans la nuit fiévreuse de l'hiver...
Parfums d'éternité ...
IL offre une corbeille de fruits au royaume des oiseaux de nuit car il ignore le vertige des hauteurs ...
il est le vertige au ventre tambour .
A ces coups de gongs les montagnes noires de l'Espinouse reculent.

Partrick Geffroy Yorfreg ( Mars 2011 )

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Magicien des temps modernes le percussionniste Gilles Dalbis montre la voie, la seule, celle qui lui ressemble . Il chante le monde à l'instant même qu'il le découvre, et le monde tremble et danse avec lui pour sa plus grande joie. Compositeur et concertiste, né en 1953 à Montpellier, Gilles Dalbis joue sa musique, et se consacre à la musique improvisée. Voir FB de l'artiste.


*


N'en ai pas fini avec mes aventures mirapiciennes. Ce coup-ci la scène se passe encore sur le marché du lundi, mais devant le camion du Gibus. La conversation est enflammée. Les passants s'en mêlent et rajoutent leurs kilos de sel. Le sujet est grave, Grandeur et Misère des Rolling Stones, tout cela devant un coffret de cinq 33 tours des Pierres qui roulent. Final repartirai avec un CD des Beatles. La vie est injuste. Mais c'était cela ou un trente-trois de Burt Blanca. Je ne sais pourquoi mais chaque fois que je chine à Mirepoix, tombe toujours sur des gravures de Burt. Devait y avoir un sacré fan-club dans le coin dans les années 60 !
Revenons-en à nos scarabées. Pas une pièce rare. Une réédition, des Editions Atlas ! La discographie du pauvre. Je spécifie, pas exactement nos plus célèbres coléoptères mais cela a été si souvent présenté comme le premier enregistrement des Beatles, en fait se contentaient d'accompagner Tony Sheridan.

 

TONY SHERIDAN ET LES BEATLES

 

WHY ( CAN'T YOU LOVE ME AGAIN ) / CRY FOR A SHADOW / LET'S DANCE / YA YA / WHAT'D I SAY / RUBY BABY / TAKE OUT SOME INDURANCE / SWEET GEORGIA BROWN

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Ce n'est pas la première fois que les Beatles entraient en studio. Avaient déjà mis quinze morceaux en boîte lors de leur audition chez Decca le premier janvier 1962. Un coup pour rien, Brian Epstein ne parviendra pas à fléchir le refus de la maison de disques. Le groupe retourne à Hambourg, reprendre la galère des soirées interminables à jouer dans les clubs. Faute de grives l'on se contente de merles, la deuxième opportunité s'avère moins appétissante : sont choisis en tant que backin'group sous le nom de Beat Brothers par Tony Sheridan. Les enregistrements commenceront le 24 mai 1962. Beaucoup de flou sur l'attribution des pistes instrumentales enregistrées exactement par nos quatre compères, attention Ringo n'a pas encore remplacé Peter Best, prudemment Atlas reprend les titres du cd Charly, intitulé Tony Sheridan and the Beatles – Hambourg 1961. Il existe aussi quelques titres de Sheridan et des Beatles sur scène au Top Ten.

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Sheridan est un des derniers pionniers du rock anglais. Fut submergé par la beatlemania. Fallut attendre sa mort en 2013 pour que Rock'n'Folk lui consacrât un bel article hommagial. A Hambourg l'était aussi reconnu pour sa dextérité de guitariste. Ironiquement sa gloire repose aujourd'hui sur ce groupe qui l'accompagna. Y avait aussi un saxo et un pianiste. La postérité est parfois cruelle. D'autant plus que ce qui ressort de ces huit titres ce n'est pas la folle originalité de l'accompagnement des Beatles – l'instrumental Cry for a Shadow démontre une telle maladresse par rapport à l'aisance  des Shadows si malencontreusement évoqués - mais l'énergie déployée par Tony Sheridan. J'omets évidemment Why, une de ces bluettes typiquement fifty- chansonnettes. Certes Sheridan n'a pas le phrasé rock instinctivement américain d'un Cliff Richard mais il possède cette manière de lancer le morceau en trombe, cette façon si impétueuse de donner à chaque reprise du vocal ce coup de trampoline ascendant dont Lennon a su s'inspirer. A cette différence près que Lennon apprendra vite à flexibiliser son flow, comprenant que parfois il vaut mieux écraser la voix que chercher le passage en force à la Sheridan comme dans Ruby Baby. Tony réussit le mieux quand il essaie d'imiter le timbre Elvis sur Take Out Some Insane. Lui manque cette flexibilité harmonique que les Fab Four auront emprunté à Buddy Holly. Quant à sa version de Sweet Georgia Brown malgré son piano mi-boogie-mi-Jerry Lou, elle est l'exemple parfait de tout ce qui manque à un rock and roll qui aurait oublié ses racines noires. En juin de la même année, dans les studios d'EMI les Beatles essayaient de trouver du nouveau sur Love Me Do. Garderont tout de même le style de cette attaque vocale sheridanienne sur un tempo instrumental enlevé. Pour dépasser le maître, faut d'abord reconnaître et emprunter les meilleurs éléments de son savoir-faire.

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Damie Chad.

 

HÔTEL WOODSTOCK
ELLIOT TIBER


( Editions Alphée / Jean-Paul Bertrand - 2009 )

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Ça m'a rappelé Plom-Plom. Ne cherchez pas, vous ne connaissez pas. L'était facile à trouver Plom Plom, au Café de la Poste, devant le comptoir. L'avait de la descente. C'était la moindre de ses qualités. Un taciturne. Prolo et plâtrier. Rien à voir avec l'intello du coin. Mais quand l'occasion s'y prêtait – une omelette aux champignons des prés cueillis sur la pelouse du terrain de foot municipal et une bouteille de vieux Bourgogne – il déployait une verve d'écrivain. Savait raconter, un peu à la manière de Swift et de Sterne, desquels il ignorait jusqu'à l'existence. Puisait ses anecdotes dans sa propre vie. Les sortait toute crues. Mais avec ce léger décalage, cette position oblique, cet infinitésimal soupçon d'exagération qui vous transmue les lourdeurs du réalisme socialiste en épopée burlesque. La Marine Nationale aurait dû l'embaucher pour remplir les coursives de ses navires de volontaires exaltés. L'avait ses classiques dont on ne se lassait jamais et qu'il répétait complaisamment avec ses minuscules variantes aussi acides que tout le sel de la mer. Pendant que le porte-avions fendait fièrement les flots tumultueux des Océans, Plom Plom fumait les cigares du capitaine à même la cabine du Pacha, autre classique, son plus grand fait d'arme, le déclenchement de l'alerte nucléaire nationale pour avoir par une innocente inadvertance bousculé l'orientation des antennes radars et radio du bâtiment subitement privé de ses précieuses esgourdes...


Idem pour Elliot Tiber. Je ne peux confirmer ses dires, réécrit sûrement l'histoire à son avantage, donne sa version des évènements que les principaux protagonistes ne confirment pas. Mais l'on s'en moque. Ne se prévaut nulle part d'une prétention d'historien. Nous conte sa vision à lui. D'une manière fort joliment troussée. Ce sont les plumes du croupion de l'autruche qui attirent le regard. S'est fait aider par Tom Monte. Célèbre aux Etats-Unis, le gars qui a pondu moult bouquins, juste pour vous apprendre à adopter la positive attitude celle qui vous permet d'éviter le cancer du sein ( ceci pour les dames ) ou du colon ( cela pour les messieurs ) avec tout le baratin écologique à la mode. L'en a vendu des millions, preuve qu'il savait s'y prendre pour entourlouper la crédulité des jeunes cadres dynamiques de l'american way of life.

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Pour la partie strictement musicale du festival de Woodstock, je serais vite traité de plagiaire si je vous dressais la liste des artistes venus pousser la chansonnette sur la vaste scène. C'est qu'Elliot Tiber se contente de recopier le programme. Une demi-page, pas plus. Il y a bien quatre paragraphes sur la prestation de Richie Havens, mais il apparaît clairement pour qui l'a visionné qu'il a commenté les images du film et non rapporté le témoignage personnel de sa participation à l'évènement. De fait dans son bouquin il ne parle exclusivement que de lui. Pas du tout parce qu'il serait atteint d'une melonite aigüe, mais en tant que représentant lambda de sa génération, d'une époque. Aujourd'hui disparue. Point parce que cinquante ans se sont presque écoulés depuis mais parce que les mentalités ont changé. Pensez que la génération Woodstock qui aujourd'hui tourne autour de ses soixante-dix balais est la même qui a voté en masse pour Donald Trump... Rebelle un jour, mais pas toujours. Z'ont perdu leurs cheveux et leurs idées longues...


Elliot Tiber se raconte. L'est né en 1935 – la même année qu'Elvis Preslay et Gene Vincent. Dans une famille pauvre et juive, le père qui se crève au boulot et la mère dominatrice, très peu maternelle, rongée par une stupidité sans faille et une cupidité sans scrupule. Un portrait peu flatteur qui vire à la caricature. Ecrivez cela de nos jours et vous êtes immédiatement traité d'antisémite. En plus, Tibert aggrave son cas, ne manifeste aucun respect pour l'aspect religieux de la judéité. Dénonce l'hypocrisie de la religion sans complexe. La famille acquiert un motel dans la région de Béthel à cent trente kilomètres de New York, un coup de tête de la marâtre qui vire au désastre financier.
Mais Elliot à d'autres chats à fouetter. A commencer par lui-même. Son orientation sexuelle – l'initiation débute très tôt dès l'enfance dans les salles noires des cinémas – se précise, adepte d'une sexualité fortement teintée de masochisme. Homosexuelle, pour rajouter une deuxième couche. Une vie en marge qu'il cache à ses géniteurs. Comprend très vite son intérêt : bien travailler à l'école pour fuir son milieu étouffant. Y parvient, non sans difficulté. Devient artiste, décorateur d'intérieur, professeur d'art, vit à New York, rencontre Tennessee Williams, Truman Capote, Marlon Brando, Rock Hudson, tous pédés comme des phoques, comme des milliers d'autres anonymes, qui se cachent, qui baisent en tapimini, qui subissent injures et insultes quotidiennes, qui sont la proie des flics. N'hésite pas à comparer la situation des homosexuels à celle des noirs. Des parias, des citoyens de seconde zone.

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Apparition d'un personnage que nous avons croisé dans le Just Kids de Patti Smith. L'en dresse un portrait très différent, n'est plus ce jeune homme ultra-sensible des mémoires de la chanteuse, John Mapplethorpe est le photographe célèbre celui par qui le scandale arrive, ses photos trash sur les relations sexuelles des gays scandalisent et ouvrent de force les yeux de ceux qui refusent de voir. Mâle dominant qui soumet ses partenaires à de fortes émotions. Tibert théorise quelque peu cette violence des rapports, il la décrit comme une transcription libératoire des années passées à se cacher, à raser les murs, à faire profil bas pour ne pas se faire remarquer.

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Woodstock oui, mais la fête commence par un autre événement auquel il assure avoir participé. L'intervention de la police dans la discothèque du Stonewall le 28 juin 1969. Mais cette fois les homos ne s'enfuient pas la queue entre les jambes, attaquent les flics, renversent leurs voitures en entonnant le slogan Gay Power ! Une chaude soirée, désormais rien ne sera plus comme avant, le carcan de l'hypocrisie sociale et puritaine prend un sacré coup dans l'aile.
La vie d'Elliot Tribert possède sa face cachée. Régulièrement le week end il rend visite à ses parents, les affaires marchent mal, le bon fils investit ses gains dans le motel à fonds perdu. Fait feu de tout bois, rajoute des chambres, creuse une piscine, un gouffre sans fond. Les pèquenauds du coin le nomment à la tête de ce qui chez nous s'appelle la Chambre du Commerce. L'on compte sur lui pour re-dynamiser les activités locales. L'en profite pour s'octroyer un permis pour son festival culturel qui n'attire personne à part une famélique troupe de théâtre et la demi-douzaine de groupes de rock locaux qui ne drainent aucun public...
C'est là que tout va basculer. Lorsqu'il apprend en lisant le journal que le Festival de Woodstock à quatre-vingt kilomètres de son bled se voit privé de son autorisation légale par une municipalité soucieuse de son électorat, le déclic se fait dans son esprit. Lui, il possède dans sa poche une véritable autorisation en bonne et due forme. Le quinze juillet 1969, il passe un coup de téléphone, très vite suivi par l'atterrissage d'un hélicoptère sur le terrain du motel...

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Trois jours de paix, d'amour et de musique. Et un mois de préparation. Au prix fort. Nous sommes dans les coulisses organisationnelles. Le motel criblé de dettes abrite jusqu'à cinq cents personnes. La fortune familiale est assurée. Mais ce n'est pas le plus important. Certes les organisateurs ne sont pas des philanthropes. Le rapport sur investissement sera fabuleux. Mais Elliott voit pour la première fois de près la puissance de l'argent. Michael Lang et son staff savent frapper aux bonnes portes et le dollar en liasse fait taire bien des oppositions...
Très vite des centaines puis des milliers de jeunes gens affluent, Woodstock ce n'est pas trois jours, mais un mois entier de fête incessante. Situation explosive, un rien suffirait à déclencher un mouvement de foule incontrôlable. Sont réunis des gens de toutes provenances, géographiques, ethniques, sociales, culturelles, mais rien se passe, si ce n'est cette idéologie à l'eau de rose de l'amour universel qui se répand sous ses formes les plus agréables, nudité, sexualité libre, shit et LSD en libre circulation. Les mauvais esprits dépités d'avoir raté évoqueront un baisodrome de cinq cent mille personnes à ciel ouvert. Plus doctement les sociologues parleront de libération des moeurs.

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Elliot Tiber dresse son propre bilan. Sa mère égale à elle-même – jusqu'au jour de sa mort - qui entasse les billets tout en maudissant en son fort intérieur toute cette vermine de hippies si peu respectueuse des commandements de la Thora, son père qui prend un super pied à se retrouver au milieu de ce tohu-bohu organisationnel, les plus belles heures de sa vie, et la fierté de posséder un fils dont il accepte désormais l'homosexualité qui fut l'élément déclencheur du séisme... Woodstock aura permis à Tiber de se transformer intérieurement, de s'accepter pleinement et de s'imposer sereinement aux autres. L'est devenu un être libre dans sa tête. A acquis cette force tranquille que seule permet la réalisation de sa propre autonomie sur laquelle elle repose. Trouvera un compagnon, écrira des livres, voyagera, donnera des cours à l'université, participera à l'élaboration d'un film à succès, publiera en 2007 ce bouquin sous le titre de Taking Woodstock... une vie bien remplie dans cette vallée de joie qui se terminera voici peu, le trois août 2016.


Damie Chad.

SELF MADE MAN
POPPY Z BRITTE


( Editions Au Diable Vauvert / 2008 )

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Z'ont un beau catalogue Au Diable Vauvert – la littérature en marge – l'est sûr que lorsque l'on se place sous l'égide de Gérard de Nerval, il est conseillé d'assurer un minimum – et puis il y a cette dernière nouvelle Elvis, Un Destin Grêle, comment voulez-vous qu'un amateur de rock and roll ne fasse l'acquisition d'un tel bouquin ! Un truc étrange, qui n'apprend rien sur le King. Une carrière parcourue à grands traits des premiers enregistrements chez Sun Records aux derniers concerts de l'obèse poussif qu'il était devenu. Un destin toutefois fabuleux, alors pourquoi le définir en tant que grêle ? Soyez plus attentif. L'est question d'une transsubstantiation. Non pas celle du Christ en hosties farineuses. Celle du python albinos entrevu dans le magasin à fringues zazoutesques de Beale Street. Dont la blancheur se retrouvera dans cette étrange matière blanchâtre qui occupait tout l'intérieur de l'intestin grêle du gars de Tupelo. Elvis victime d'une constipation ingestive métaphorique. Mais pas de beurre de cacahouète comme on s'y attendrait en toute logique. Une thèse étrange. Pas évidente à comprendre. Mais ce qui est le plus troublant dans cette proposition létale c'est la manière dont Poppy Z Britte nous la présente. Comme une évidence. Ne prend même pas la peine d'expliciter la signification du symbole. Le rebelle serait-il devenu un serpent qui ne piquait plus pour avoir trop renoncé à mordre ? Je vous laisse à vos méditations.


Ce premier paragraphe pour le rock. Remarquez, il y en a une seconde dans le recueil. Aborde le problème de la survie lorsque vous êtes au summum de votre carrière. Membre d'un des groupes de rock les plus prestigieux de la planète. Les Stones ont déjà résolu cette problématique. Mais pour les Kydds l'est question de ce que les imbéciles définiront comme une possession vampirique, alors qu'il s'agit en réalité d'une simple transmigration des âmes. Le christianisme évoque cela en parlant de la résurrection onanisante du Christ.


Oui mais pour le sexe faut être au moins deux pour que cela ne devienne point par trop monotone. Poppy Z. Brite, comme chacun de nous possède ses préférences. Est attirée par les graciles corps des jeunes asiatiques. Homosexuels, cela va de soi. Mais il ne faut pas s'arrêter aux apparences. Les doux visages, les fines musculatures, c'est bien beau, mais en amour ce qui compte c'est la beauté intérieure de la personne. Mais quand vous ouvrez – souvent très brutalement – n'y a que la viande rouge à voir. La profession de boucher serait-elle celle qui permet le plus d'ouvertures sur des débouchés inquiétants ? Pas pour tout le monde.


Les premiers écrits de Poppy Z Brite parus dans la dernière décennie du siècle précédent scandalisèrent l'Amérique. Pas pour les horreurs qu'elle racontait. Cela faisait des années que les vampires, les serial killers, les antropophagistes amoureux, et autres pervers libidineux, batifolaient gaiement dans la littérature et les séries télévisées américaines. Le sang, le sexe, les drogues, le rock and roll, les déviances diverses, font partie du décor habituel des normalités d'outre-atlantique. Otez les oripeaux générationels mi-goth / mi-grunge de notre écrivaine et vous vous retrouvez en territoire gore des mieux connus.
Mais Poppy Z Brite apporta sa petite musique personnelle. Amorale. N'était pas du côté du mal. Surtout pas du côté du bien. L'était dans le mal. Le méchant criminel, elle vous le décrivait du dedans. Vous racontait sa démarche phantasmatico-individuelle qui présidait à ses errements prédateurs. Se livrait à ce Balzac appelait des Etudes Psychologiques. Les assassins sont parmi nous, fonctionnent comme ceci, comme cela. N'y peuvent rien, c'est ainsi. Sont comme vous, comme moi. Doués de leur propre sensibilité. Aussi naturel que le chat qui dépiaute les souris. Pas de quoi en faire un drame. Ni des traités de psychanalyse avancée. Plutôt des romans ou des nouvelles. Simplement parce que c'est plus flashy. Sade vous en raconte autant que papa Freud, mais avec le son et l'image en couleur en plus. Le poids des mots et le choc des images mentales. Suprématie de la littérature par rapport à l'écriture théorique à prétention scientifique.

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Ne confondez pas le travail des spécialistes et des universitaires avec les rituels opératoires des sectes gnostiques qui se jouaient de la messe très chrétienne en la transformant en sacrifices foutriques et spermatiques. De saines lectures qui vous donnent tout de suite le goût de l'autre et du coeur à l'ouvrage. D'ailleurs Poppy Z Brite en personne a mis ses idées en pratique. A défaut de changer d'enveloppe charnelle, elle a transmigré de sexe. A aussi écrit une biographie semi-autorisée de Courtney Love.


Damie Chad.

 

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