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11/02/2015

KR'TNT ! ¤ 222. ERVIN TRAVIS / KIM FOWLEY / PULSE LAG / MARIANNE / K-RYB / RAMBLIN MEN / MR WHITE / HANK WILLIAMS

 

KR'TNT ! ¤ 222

 

KEEP ROCKIN' TIL NEXT TIME

 

A ROCK LIT PRODUCTION

 

LITTERA.INCITATUS@GMAIL.COM

 

12 / 02 / 2015

 

 

ERVIN TRAVIS / KIM FOWLEY / PULSE LAG / MARIANNE /

K-RYB / RAMBLIN' MEN / MR WHITE / HANK WILLIAMS

 

 

 

NEWS FROM ERVIN TRAVIS

 

La solidarité s'organise autour d'Ervin. : la journée solidarité du 08 février 2015 à Graulhet a été un franc succès. Merci aux organisateurs et aux musiciens : Something Else - Nashville - Taxman - Dr Pick Up - Young Wild Boars qui ont permis de récolter près de 1700 euros. Photos et compte-rendu sur le FB Lyme – Solidarité Ervin Travis. Ervin n'a pu résister au plaisir de passer derrière le micro... La rage de revivre rock qui revient ! C'est bon signe !

 

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FEU FOWLEY

 

(Part one)

 

 

— Tu dors pas ?

 

— Non...

 

— Prends-moi dans tes bras...

 

— Tais-toi, bitch !

 

— Ça va pas non ? Faut aller te faire soigner, mon p’tit gars !

 

— Oh Rox, c’était pour rire, tu sais bien. Tu sais qui parlait comme ça aux filles ?

 

— Les mufles ne m’intéressent pas.

 

— Kim Fowley ! L’autre jour, au salon du Molay, un pote m’a dit que Kim Fowley venait de casser sa pipe alors forcément je pense à lui. J’essaie toujours de reprendre contact avec les morts...

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— Tu me fais le coup à chaque fois. Une nuit entière sur Jack Bruce, une autre sur le petit organiste des Small Faces, me souviens pas de son nom, et une autre sur Paul Revere. Là j’imagine que c’est parti pour le restant de la nuit... Oh ce n’est pas grave, il est déjà trois heures, et demain, c’est samedi... Tu veux un verre de rhum ?

 

— Bonne idée ma puce.

 

— Tu l’aimes bien, ce fameux Kim Fowley. Souvent, quand on reçoit du monde à dîner, tu racontes des épisodes de son histoire. C’est vraiment vrai ce que tu racontais l’autre soir quand La Bloque et Tina étaient là ?

 

— L’histoire des Hollywood Stars ? Belle histoire, pas vrai ? Kim Fowley savait tout faire : enregistrer des albums solo, produire des groupes de surf, tirer des filles, et surtout monter des projets extraordinaires. Il se demandait quel était le groupe dont rêvaient les kids de Los Angeles et il le fabriquait. Kim Fowley fabriquait principalement du rêve, c’est pour ça qu’on l’admirait. En 1973, il avait eu la vision de New York Dolls californiens. Pour monter ce projet ambitieux, il avait comme seul point de départ son chauffeur, un certain Mark Anthony, un type qui avait déjà une gueule de rockstar puisqu’il ressemblait à Anthony Hopkins, et qui savait chanter et jouer de la guitare. Puis il est allé chercher les autres un par un : Terry Rae, un batteur et sosie de Paul McCartney, Ruben de Fuentes, Bobby Drier et Michael Rum...

 

— Oui d’accord, mais l’histoire du pacha, tu l’as inventée, n’est-ce pas ?

 

— Rox, ma puce, pourquoi me demandes-tu ça ? Tu ne me fais pas confiance ?

 

— Bien sûr que si, mais il t’arrive parfois de mordre le trait et de travestir la réalité quand ça t’arrange...

 

— Il n’y a pourtant rien d’extravagant dans le fait que Kim Fowley soit allé demander conseil à son ami Ali Pacha au Yémen ! Les Hollywood Stars ne décollaient pas, et Kim Fowley ne comprenait pas pourquoi. Le groupe disposait pourtant de tout l’arsenal nécessaire à l’explosion : le look, le son et surtout les chansons, des compos de Kim Fowley, donc des hits. La machine à rêve s’était enrayée et Kim était désemparé. Son ami Ali Pacha était le seul à pouvoir l’aider...

 

— Tu me fais rire avec ton Ali Pacha... Pourquoi pas Ali Baba, tant que tu y es ?

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— Ce n’est pas du tout la même histoire. Tu mélanges tout... Bon, bref, Kim saute dans un avion et va au Yémen. Il fait écouter «All The Kids In The Street» à son ami Ali Pacha et forcément, Ali Pacha trouve ça très bien. Les filles du harem aussi, puisqu’elles viennent danser ! Mais tu vois, ce qui est intéressant dans cette histoire, c’est le fait qu’Ali Pacha soit le maître spirituel de Kim Fowley. Il lui apprend à rester modeste dans le processus d’élaboration des rêves ainsi que dans le négoce du plaisir. Quand Kim se plaint que la réalité a dévoré son rêve des Hollywood Stars, tu sais ce qu’Ali Pacha lui répond ?

 

— Non...

 

— En aucun cas la réalité ne peut agir sur un rêve que tu as décidé de bâtir... Et il ajoute même qu’à sa connaissance, c’est impossible. Tu vois, on croise des êtres exceptionnels au cœur de la mythologie de Kim Fowley ! Attends, ce n’est pas fini ! Ali Pacha lui redit ce qu’il avait déjà dit plusieurs fois : ne vois que les solutions, et c’était d’autant plus courageux de sa part qu’il détestait l’usage du mot solution.

 

— Oui, mon p’tit cœur, c’est impressionnant, mais ton histoire de lampe magique ne tient pas la route une seule seconde ! La lampe magique que Pacha offre à Kim, c’est ça ta fameuse solution ?

 

— Rox, la lampe, c’est à la fois la solution d’Ali Pacha et une métaphore, évidemment. Pour faire redémarrer un rêve, il faut bien utiliser une métaphore, sinon, c’est impossible, voyons, tu le sais bien. Kim Fowley est rentré à Los Angeles avec sa Solution et donc les Hollywood Stars ont décollé et sont devenus un groupe culte. Et culte, tu sais ce que ça veut dire : les disques restent à moisir dans les bacs parce que personne n’en veut, même à neuf euros. Mais à l’époque de la parution de leur seul et unique album sur Arista, les Hollywood Stars sont devenus énormes pour tous les lecteurs de Bomp, forcément. Et ce génie de Kim Fowley n’a fait que ça toute sa vie, monter des groupes de rêve comme les Runaways ou encore Venus & the Razorblades, attends la liste est longue !

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Il a aussi enregistré et produit les pires singles de l’histoire du rock, ceux que Norton a commencé à compiler sur quatre volumes, et puis il y a tous ses albums, et puis il y a aussi toute sa littérature, des textes fabuleux publiés par Mike Stax dans Ugly Things, on en trouve aussi sur les pochettes de quasiment tous ses albums, et puis tu as son livre, publié chez Norton, enfin, il y en a partout, dans tous les coins, il a produit tout au long de sa vie, son œuvre est considérable, ça donne un peu le vertige...

 

— Moi je préfère le vertige de l’amour...

 

— Rox, tu crois que c’est vraiment le moment de me tripoter ? Je te parle de Kim Fowley !

 

— Justement, tu m’as expliqué qu’il méprisait toutes les drogues sauf le sexe. Je trouve ce genre d’homme intéressant... Mmmm... Et l’histoire que tu racontais l’autre soir, quand tes copains de la musique sont venus manger, celle des bites chez Proby... Je n’en crois pas un mot, bien sûr, mais j’aime bien l’entendre quand tu la racontes...

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— Je savais bien que cette histoire allait te plaire. Toi, dès qu’on voit des bites en vadrouille, ça t’intéresse. Cette histoire, c’est du pur Fowley. Figure-toi que ce mec débarque à Londres en 1964 et qu’il s’installe chez PJ Proby, son compatriote californien envoyé là pour remplacer Elvis qui n’est jamais allé en Angleterre, tu vois un peu le travail ? Et dans la maison où vit Proby se trouvent aussi Vivian Prince, le premier batteur fou des Pretty Things et Phelge, un proche des Rolling Stones. Ils partouzent tous les jours et Kim raconte qu’il se balade dans un slip de gonzesse et qu’il y a découpé un trou devant pour faire passer sa bite. Quand on sonne à la porte, c’est lui qui va ouvrir, tu vois le tableau, ha ha ha ! Sex & drugs & rock’n’roll, baby ! Et qui sonne à la porte ? Vince Taylor qui voulait rencontrer PJ Proby ! Oui car c’est l’époque où les artistes étaient curieux les uns des autres et ils cherchaient tous à se rencontrer pour échanger des idées. Quand Vince s’installe à côté de PJ et de Kim dans la banquette, les autres sont en train de baiser Anna The Potato Girl sur le tapis du salon. Je te passe le détail.

 

— Mais l’histoire de la bite à Proby qui traverse Anna, c’est vraiment n’importe quoi... C’est l’un de tes fantasmes !

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— Rox, arrête de toujours vouloir tout rationaliser ! Putain, on est à au cœur du mythe ! Tu comprends ce que ça signifie d’avoir deux titans comme Kim Fowley et Vince Taylor dans une banquette ? Même dans tes rêves les plus fous, tu ne verrais jamais ça. Et pourtant, cette rencontre eut lieu dans la vraie vie, à Londres, en 1964. Quand Vince a dit à Kim qu’il n’avait pas besoin d’aller à Vegas pour détrôner Elvis parce qu’il était Dieu, c’est tout à fait logique que Kim lui ait demandé de prouver qu’il était Dieu ! Grave erreur que de mettre Vince Taylor au défi ! Alors Vince a tendu un doigt ganté de noir et les portes d’un placard se sont ouvertes toutes seules. Ça ne suffisait pas à Kim, alors Vince a tendu le doigt vers le mur et, crrrrrrac, une grosse lézarde est apparue, du sol au plafond. Il faut comprendre à travers ces phénomènes que TOUT est possible dans ce genre de contexte, tu comprends ? Mais Kim était un peu comme toi, il pensait qu’il y avait un truc ou que la maison était un peu ancienne. Et donc c’était normal que les murs se lézardent. Il rappela à Vince que Dieu ne s’amusait pas à ouvrir des portes de placard mais qu’il avait créé les animaux. Piqué au vif, Vince pointa son doigt ganté de noir sur les fesses de PJ qui était en train de tirer Anna et il créa le Probytosaurus Rex, la bête à deux dos.

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— C’est là où la bite de Proby traverse Anna et ressort pas sa bouche. C’est presque du Alien ton histoire. Tu veux bien essayer pour voir si ça marche avec moi ?

 

— Reverse-moi d’abord un verre... Et quand je passe un disque de Kim Fowley, tu aimes bien ?

 

— Oui, il y des morceaux qui me font penser à ton autre héros, Captain Beefheart...

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— Ah oui, c’est l’époque «Outrageous» et «I’m Bad», des disques qu’on écoutait tout le temps quand on était encore au lycée. Qu’est-ce qu’on pouvait adorer ça avec le frangin, des trucs comme «Animal Man» - I’m vulgar ! I’m mean yeah ! - et t’avais une fille qui arrivait dans la chanson et qui disait d’une voix de nympho humide - Man you’re so rough and so big - et Kim éjaculait ! «Outrageous» était le premier album trash-punk de l’histoire du rock. «Nightrider» en était le chef-d’œuvre, il hurlait pendant tout un couplet - aooouhhh ouahhhhh aouhhhhh ouahhhhh - et il se forçait même à vomir - arrrrrglllhhhh arrghlhhhh - ah le con ! Depuis, personne n’a jamais réussi à faire mieux ! Il rotait dans «Barefoot Country Boy» et il se remettait à vomir - argghhh - il en toussait, le con, et dans un spasme ultime il lâchait : rock’n’roll ! Pure auto-dérision d’un génie en herbe ! Là où tous les autres faisaient ça sérieusement, même Captain Beefheart, Kim Fowley tournait tout en dérision. Quelle rigolade ! Il se faisait photographier dans un trou d’eau ligoté avec des chaînes, tu vois le délire ? Et sur la pochette de «I’m Bad», il ressemblait à un homme de Cromagnon, alors qu’en réalité il était très beau. Ah, l’album «I’m Bad», c’est tout un poème ! C’est là-dessus qu’il sonne comme Beafheart, dans «Gotta Get Close To You» - closeeeer arghhhh - il était complètement barré et sur ce disque tout était joué à la slide. Dans «Queen Of Stars», il draguait une fille - Look out look at my eyes/ Touch my skin see my hair - et il poussait des cris d’orfraie, il avait de la bave, un vrai psychopathe ! Et dans «Fobidden Love», on avait un numéro de basse dément signé Pete Sears. Quand j’écoutais «I’m Bad», le morceau titre de l’album, j’avais toujours l’impression d’assister à la naissance d’un mythe, car Kim s’annonçait ainsi - Here I come rockin’ down the lane/ wild as a sunshine, gentle as a pain - Figure-toi qu’on appelle ça des vers classique, ma puce...

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— Il a fait beaucoup de disques ?

 

— Oh oui ! Disons une petite trentaine en son nom, mais tu le retrouves partout dans l’histoire du rock, en tant qu’auteur, manager ou producteur. Son curriculum donne le vertige et aujourd’hui, si tu veux tout savoir de son curriculum, c’est dans Wiki. Pas la peine de te fatiguer à chercher dans les vieux fanzines pour retrouver les infos. Tu cliques dans Kim et tu as tout tout tout et le reste, comme on disait avant dans SLC. C’est vrai que j’ai toujours admiré Kim Fowley, et ça, depuis l’origine des temps. Ses premiers albums n’étaient pourtant pas très spectaculaires. Il faisait comme tous les autres, du bon rock californien formaté pour les radios. De mémoire, son premier album s’appelait «Love Is Alive And Well». Tu y trouvais trois petites merveilles : «Flower Dum Dum», petit groove West Coast soutenu aux clap-hands sur lequel il jivait et ça allait devenir l’une de ses spécialités, par la suite, ces longues impros sur lesquelles il récitait des textes d’une musicalité extraordinaire, du type de celle que tu trouves dans les bons disques de rap. Il y avait aussi «This Planet Love», monté sur un pur Diddley beat. Mais il y avait surtout «Reincarnation» qui sonnait comme un hit des Seeds et qui avait déjà ce parfum d’éternité propre à Kim Fowley. C’est surtout dans le garage que s’est exprimé le génie de Kim Fowley, tu comprends. Il savait brûler comme l’homme de la Mancha, tu sais brûle encore...

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— Oui, brûle encore, même trop, même mal... Je commence à m’assoupir, mon p’tit cœur... Tes litanies m’assomment...

 

— Je réponds à ta question, c’est bien toi qui m’as demandé s’il a fait beaucoup de disques, pas le pape !

 

— Oui, mais tu ne vas pas me raconter les trente albums, tout de même ?

 

— Faudrait savoir ce que tu veux. Ou alors tu m’accuses de raconter des histoires à dormir debout, ou alors tu me reproches de t’endormir avec mes considérations critiques. J’essaye simplement de te donner les éléments qui vont de permettre de comprendre pourquoi cet homme a joué un rôle si capital dans l’histoire du rock. Au passage, je te rappelle que l’histoire du rock est aussi l’histoire artistique la plus riche de ce dernier demi-siècle. En tous les cas, je suis persuadé que le rock a touché beaucoup plus de gens que m’importe quel autre phénomène culturel, politique ou religieux, et John Lennon, même s’il le disait par pure provocation, avait bien raison de dire que les Beatles étaient plus populaires que le Christ. C’était hélas mathématiquement vrai. Et Kim Fowley a joué un rôle prépondérant dans cette aventure extraordinaire, car c’était un visionnaire, au même titre que Jeffrey Lee Pierce, Lux Interior, Sam Phillips ou Phil Spector. Il a su créer tout un monde, avec ses héros et ses légendes, ses disques et ses destins. Et ce mec m’accompagne depuis 1964, t’as qu’a faire le compte, ça fait cinquante ans ! Alors, tu comprends, ça ne relève pas de la petite anecdote. Et je vais même te dire encore mieux : il a toujours su rester dans le groove, c’est-à-dire qu’il a su traverser les époques et les modes en restant Kim Fowley le visionnaire, et il a fait comme Jerry Lee, au lieu de se faire bouffer par les tendances, c’est lui qui les a bouffées toutes crues !

 

— Puisque tu parles de Jerry Lee, il me semble me souvenir d’une autre histoire que tu racontais avec Gene Vincent...

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— Oui, c’est l’époque où Gene Vincent n’avait plus de contrat, donc plus de blé. Quand John Peel a appris ça, il a proposé à Gene Vincent d’enregistrer un album sur le label qu’il venait de créer avec son agent et complice Clive Selwood, Dandelion Records. Gene Vincent était l’un des héros de John Peel. Pour être sûr du coup, Peely demanda à Kim de produire le disque. Mais apparemment, ça ne s’est pas bien passé dans le studio, même si on voit aujourd’hui des photos des sessions où tout le monde a l’air de bien s’entendre. Kim aurait interdit la boisson dans le studio, ce qu’il faisait systématiquement avec les autres musiciens, quand il produisait un enregistrement. Pire encore, il aurait dit à Gene : «Hey toi, tu vas me chier une de tes grosses merdes pour teenagers» et bien sûr Gene l’aurait pris complètement de travers. Pour Gene Vincent, c’était l’album de la dernière chance. Ici en Europe, on attendait cet album comme le messie. On partait du principe que ça allait rester dans la veine de «Bird Dogin’» qui était le meilleur titre de Gene Vincent. Manque de pot, quand l’album est arrivé, ce fut une atroce déception. Toute la niaque de «Bird Doggin’» avait disparu. Pffff ! Volatilisée ! Plus rien ! Avec les copains, à l’époque, on a vécu ça comme une tragédie. Dans cet album, ça se barrait dans tous les sens, il y avait de la country et des balades... Tiens ressers-moi un glass, ma puce.

 

— Il n’a jamais joué dans un groupe, ton fabuleux visionnaire ?

 

— Non, Kim Fowley a toujours préféré faire cavalier seul. Comme il avait eu un succès d’estime avec ses premiers albums, il a continué de la jouer à l’Américaine, en artiste solo, tu vois, comme Elvis, Dylan ou Jerry Lee. Pas besoin d’être dans un groupe. Dans sa première époque, il a fait deux autres albums relativement intéressants, «Good Clean Fun» et ««The Day The Earth Stood Still». Il a fait chanter son ami Rodney Bigenheimer sur «Search For A Teenage Woman» et le résultat est stupéfiant, car Rodney n’a pas de voix, il chante même un peu faux, mais la balade est si tendre et si féerique qu’on se fait avoir - Oh teenage woman wof wof I love you I want you - On les voit tous les deux, Kim et Rodney, à la fin de ce fantastique film qu’est «The Mayor Of Sunset Strip». Ils sont attablés sur une terrasse, à Los Angeles, Kim porte un costard rouge et il dit : Eh oui, on est encore là ! Puis il fait un doigt de fuck à la caméra. Et dans «Motorcycle», on entend Kim faire la moto - rrrrrum-ba-ba-ba-ba ba-ba - Et tu sais d’où ça vient ?

 

— Quoi, la moto ?

 

— Ben oui, le rrrrrum-ba-ba-ba-ba ba-ba ! Ça vient des Rivingtons, l’aube de la sauvagerie ! C’est Kim qui a produit le fameux hit des Rivingtons, «Papa Ouh Maw-Maw» qui allait devenir le «Surfing Bird» des Trashmen et que tu as entendu quand on est allés voir les Cramps à l’Élysée Montmartre. Et sur Stood Still, il balançait sa première mouture de «Night Of The Hunter», une vraie pop de jerk à la Fowley ! Il écrivait alors des morceaux avec son copain Skip Battin qu’on allait retrouver dans les Byrds ! C’est sur cet album qu’on trouvait l’énorme «The Man Without A Country», bien tortillé à la tortillette, quasiment hypnotique, il poussait des awite awite d’aliéné et il laissait planer pendant tout le morceau l’immense doute d’un beat hypno. Ah ma puce, quel chef-d’œuvre ! Tu sais, il a bouclé ce que j’appelle son époque classique sixties avec l’un des plus beaux albums de rock de tous les temps, «International Heroes». Tu vois, j’ai tellement adoré cet album et le morceau «International Heroes» en particulier que j’ai encore le refrain en tête - International heroes, International heroes, we got the teenage blues/ The change has got to come soon/ Else we’re going to lose - Une merveille absolue, ça aurait dû être un hit planétaire. Oui, ça sonnait comme un hymne, comme «Like A Rolling Stone» ou «All You Need Is Love». On était en plein glam et Kim s’était maquillé pour faire la pochette. Charlie McCraken de Taste jouait sur cet album, tu te rends compte ? Il y avait aussi un folk-rock digne des Byrds sur cet album faramineux : «Somethning New», une chanson incroyablement mélodique digne du Dylan de 65 - Looking for something to do/ Looking for something to say/ Something new it’s probably true/ It’s the shiny new way !

 

— C’est vraiment dommage que tu chantes faux. Mais pourquoi il n’est pas devenu aussi célèbre que Madonna, Michael Jackson ou Sting ?

 

— Je t’en prie, ne me parle pas de ces gens-là et surtout pas de Stong !

 

— C’était pour te taquiner, mon p’tit cœur. Mais tu sais, ton fantastique visionnaire extraordinaire et bli-bli-bli et bla-bla-bla, il n’est pas très connu. Avant de te rencontrer, et avant que tu m’offres ses albums pour mes anniversaires sans jamais te poser la question se savoir si ça va vraiment me plaire, je n’avais jamais entendu parler de lui ! Et pourtant, je faisais comme toutes les filles de mon âge, j’écoutais les chansons du hit-parade à la radio. Alors oui les Rolling Stones et les Beatles, je connais. Les Bee Gees aussi. Mais Kim Fowley ? Jamais entendu une seule chanson de ce charmant monsieur !

 

— Attends attends, je reviens sur ce que tu disais avant. Les albums que je t’ai offerts ne te plaisaient pas ?

 

— Oh tu exagères ! Je n’ai pas dit ça ! Figure-toi que je les ai bien écoutés, mon p’tit père ! C’est pas difficile, ça fait quatre ans qu’on vit ensemble et tu m’en as offert quatre, tu vois !

 

— Et ça t’a vraiment plu ? Tu saurais m’en parler un peu sérieusement, parce qu’à chaque fois que je t’ai demandé si ça te plaisait, tu m’as répondu oui, mais tu ne m’as jamais dit pourquoi ces disques te plaisaient...

 

— Parce que je ne suis pas comme vous, monsieur Raymond la Science, je n’ai pas besoin d’éplucher les cuts comme tu dis à longueur de temps. Ça me plait parce que ça me plait et puis voilà, on ne va pas en faire une toute une histoire !

 

— Tu pourrais au moins me dire quels sont les morceaux qui t’ont plu !

 

— Oh je ne sais pas, moi, attends j’essaye de me rappeler... Celui où il tient un nounours rouge...

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— Ah oui, «Bad News From The Underworld» ! C’est un album un peu post-punk. Kim Fowley y fait sa petite gouape des bas-fonds. Tu te souviens des titres ?

 

— «Factory» ?

 

— Oui, «Face On The Factory Floor», c’est bien speegdy gonzales. Tu avais aussi «Zero/Zero», et «Invasion Of The Polaroid People», où il faisait le con. Et «Wormculture», l’album où il croise les bras, tu sais il porte une écharpe blanche...

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— Ah oui, avec ses copines ils s’amusent à faire les vampires de Dusseldorf. Sa copine Andrea chante vraiment bien. J’ai vraiment adoré cet album. Il parle beaucoup de sexe avec ses amies...

 

— Il disait souvent qu’il partouzait dans des décapotables avec des couples de lesbiennes. Sur cet album, tu devrais te souvenir de «Rubbertown Freak», tu sais il chantait comme ça - Rubberton freak ! Rubberton freak !

 

— Ah oui, le gros jerk !

 

— Un vrai garage pouilleux à la Kim Fowley, bardé de guitares grasses et qui sent bon la fosse à vidange et l’huile saumâtre ! Et ces chœurs de volontaires ! Quelle fantastique excavation de cave de fosse ! Quel tempo combattant ! Tu avais aussi «Momma’s Got A Shotgun» - I put the gun in your mouth and I want to see your smile ! - À la fin, Andrea se marrait, c’était encore du Grand Guignol signé Fowley ! Puis il y avait une autre énormité, «Bad Radiation Day», un pur chef-d’œuvre de dépravation garage - I can’t move and I can’t talk aaah aaaah aaah aaah - et ce travail de guitares grasses derrière ! Encore un garage à la ramasse ! Encore un coup de génie de Kim Fowley ! Ça sonnait comme tout ce qu’on aimait - Bad radiation day ! - Il chantait ça à la bonne franquette d’accords violents et de chœurs d’affranchis ! Et «Let The Madness In», tu l’as bien aimé ?

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— C’est lequel ?

 

— Sur la pochette, on voit la moitié de son visage en noir et blanc...

 

— Ah oui ! C’est un peu électro... J’aime bien «Sex On Television». Une fille entre dans la voix basse du chanteur, c’est un truc qui me plait beaucoup. Très sensuel...

 

— Sur cet album, tu as surtout «Midnight Tragedy» - it’s okay ! - Ça démarre dans le marais des sons, tu sais, et ça devient vite monstrueux, comme s’il sortait une statue des marais, on sent l’énergie fondamentale de Kim Fowley qui s’arrache à la glaise des concepts avec une mélodie ! Quel génie ! En fait avec cet album, il s’est enfoncé dans l’électro avec la force d’un mousquetaire. Mais quelle puissance ! Tu te souviens de cette chanson où il parle de la mère d’Orson Welles qui jouait du piano, avec sa double pulsion électro et piano ?

 

— Vaguement... Il chante aussi deux chansons à propos de Tori Amos, non ?

 

— Oui, «Tori Amos Drinks Teardrops In The Twilight Zone» ! Dément ! Il s’enfonce dans l’enfer électro et il fonde le temple de la compréhension percussive ! C’est surhumain. Il y a aussi «Ride», dans le même genre, où il drive le beat électro. Il est fantastique, l’ambiance est faite de clameurs électro. Il finit avec un autre coup de génie, «Lipstick Lesbians», un pur délire, il balaye tout le cirque des Primal Scream, on entend des voix de Vampirellas, c’est furieux, énorme, complètement dévastateur ! À tomber dans le coma des cons !

 

— Mais le dernier, je ne l’ai pas aimé du tout. Le rouge, avec les gouttes de mercure sur la pochette ! Trop de machines et trop d’effets. En plus, tu sais que je n’aime pas cette musique violente. Je me suis vraiment demandée si tu n’avais pas profité de mon annive pour pouvoir écouter ce disque...

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— Tu plaisantes ? «The Trip of A Lifetime» est pourtant un bon album, même s’il est électro. Kim Fowley crée des ambiance pour se livrer à son sport favori qui est le talking jive, voilà, c’est tout. Il s’amuse à pulser le beat des machines. C’est l’époque où il fréquente les Écossais et «Here Comes Norman» n’a rien d’électro, c’est gratté à la sèche et même drôlement mélodique. Il y a aussi un cut qui sonne comme du garage arabe de Rachid Taha, «Susan Walks», un vrai prodige, il déclame, parle de trash et de cash - Nobody’s reading in the 21st century - voilà ce qu’il prédit. Il sait poser sa voix dans les ambiances électro, comme Alan Vega. C’est parce que tu aimes bien Alan Vega que je t’ai offert ce disque. Un truc comme «Smokescreen», c’est excitant au possible. Et puis il y a ce voyage dans l’espace avec des femelles extraverties qui s’appelle «Future Pilot Excursion». Et il reprend aussi son vieux hit, «The Trip». Sur le deuxième disque, tu as une pièce de génie, «Festival Of Sun Reading» avec ses amis de Teenage Fanclub. On se demande d’ailleurs ce que ça fout sur cet album, tu ne crois pas ? Puisqu’on parle de ça, Kim Fowley s’est mis très vite à faire des albums en collaboration avec les Écossais de BMX Bandits. «Hidden Agenda At The 13th Note» est un album live un peu étrange, parce qu’on croirait entendre Jim Morrison. On sent que Kim Fowley est dans la résurgence des vieux mythes de la scène californienne. Il pose des conditions, exactement comme le faisait Jim Morrison sur scène. Les BMX créent des ambiances de groove et Kim se livre au talking jive. Il peut broder comme ça pendant des heures avec rien, crabmeat baby c’mon, c’est un sacré baratineur. Il fait aussi monter des filles sur scène pour dialoguer avec elle, il y a une qui fait «suicide !» et Kim fait «teenage !» Il fait aussi régulièrement du recyclage de «Gloria», comme dans «The Secret», et ça reste toujours incroyablement vivant. «Volcano», c’est du pur Morrison ! C’mon ! yeah yeah ! C’est monté sur les accords de «Mona». On trouve aussi sur cet album une version complètement trash de «Do You Want To Dance», du vrai trah-punk embarqué en enfer - Are we having a party or what ? - Il a aussi fait avec Chris Wilson un disque enregistré live à Berlin, «White Negroes In Deutschaland». Il y présentait Chris comme un survivant et un vieil ami qui est devenu son Keith Richards sans prévenir. Kim dit aussi qu’il avait fait ce disque «pour la seule joie de paraître stupide en public, pour rester non commercial, bien garage, Monsieur Mauvais Goût/Qui S’y Croit à un niveau horrible». Puis il revenait à sa passion pour les éclairs de génie - Sometimes I hear the guitar of Arthur Lee ! - Et il soignait sa réputation d’empereur du trash avec «Rockin’ in The Balkans» en pétant dans le micro - Serbs ! Slovacs ! Muslims ! You’ll die in your sleep ! Prout ! Prout ! - Il était mort de rire - Slavia ! Before the flood ! - Il a aussi collaboré avec Matthew Sweet d’Outrageous Cherry à Detroit pour un album fantastique, «Michigan Babylon» !

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Tu trouveras très peu d’albums de ce niveau dans l’histoire du rock, ma puce ! Là on entre dans le pur Detroit sound et on retrouve le groove épais dont les Stooges ont fait leur fonds de commerce. Il règne dans ce disque une ambiance terrible, un côté théâtral à base de sacrifices humains. «Questions Answers», c’est à la fois malade et babylonien, fabuleusement cadavérique. J’appelais ça à l’époque le génie malade de Kim Fowley. Pour ce disque, il s’était complètement renouvelé, tu te rends compte ? «Lions In The Street» est aussi une pure énormité, grattée par Matthew Smith, un mec qui va au wha-wha des bas-fonds ! C’est le fils spirituel de Ron Asheton et comme Kim sonne comme Iggy, alors tu comprends ça devient gravement exceptionnel ! «Lions In The Street» est typiquement un hit d’Iggy post-stoogien, sauf que Kim sonne la charge avec un dégueulis de distorse comme on n’en avait encore jamais vu ! Terrifiant d’allure dégommatoire ! Figure-toi que par le génie du son, Kim Fowley parvenait au même résultat que Mick Farren ! Il n’y a pas de hasard, ma cocotte. À ce niveau, on ne croise que des génies. Son «Skin Deep Electric Green» est superbe d’intention malveillante, voilà le groove malsain par excellence. Fantastique ! «Sex With Strangers» est encore un truc à se relever la nuit - wild and anonymous there’s no problem being alone - Il lance ça avec des revoyures de garage flamboyant, et ça nous fait une extraordinaire envolée de garage punk mélodique. Attention, Kim met les pieds dans le génie sonique de Matthew Smith, alors ça prend une tournure spectaculaire. Dans «Palace Of Ice», Kim se laisse couler dans le ruisseau comme le Christ, pour sauver le rock. Il sauve le monde avec son talking jive dans une ambiance profondément atmosphérique et plombée au beurre, et c’est jivé derrière avec tellement de violence ! Ça joue, mais c’est une horreur ! Le pauvre Kim Fowley n’a même pas idée de ce qui se trame derrière lui ! C’est de la démence pure, on est là dans l’explosivité maximale, énorme et catastrophique ! Sur un autre morceau, tu as Mary Respreto des Detroit Cobras qui vient lui donner la réplique. Et dans «Detroit 2000», il chante exactement comme Bob Dylan ! Incroyable, avec la pince à linge sur le nez ! Il a aussi travaillé avec Ben Vaughn, enfin, c’est un peu plus compliqué que ça. Ben Vaughn qui l’admirait lui a envoyé une cassette avec des carcasses de morceaux et Kim est allé en studio mettre des voix dessus, et c’est devenu l’album «Kings Of The Saturday Night».

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Il voulait mélanger Slim Harpo, John Fogerty et les Standells et faire des versions cajun de chansons de Déesses Espagnoles. Il voyait Ben Vaughn comme un Nick Lowe américain avec le cerveau de Sam Phillips et il appréciait sa musique qu’il qualifiait de mélange de rockabilly et de folk-rock. Cet album est du pur Kim Fowley, tout en ambiances et chanté au prêche psychédélique, presque monocorde - Who can I trust in a city in shock - demande-t-il dans un «Cities In Shock» posé sur le riff de «Gloria». La plupart des morceaux pré-enregistrés étaient des structures classiques garage - Action and Satisfaction - et Kim Fowley se livrait à ses extravagances habituelles, à son délire imprécateur. De grosses lampées de fuzz nappaient «Bad Man Bangin’» et on trouvait aussi sur cet album des grooves à la Suicide comme «Livin’ On The Edge». Mais le plus souvent, le doom tentaculaire revenait avec des morceaux comme «Dark & Empty Rooms». Fantastique album, si tu savais ! L’autre grand disque collaboratif de Kim est plus récent. Il date de 2003, si mes souvenirs sont exacts et il s’appelle «The West Is Best». Kim l’a enregistré avec Roy Swedeen. Tu vois qui c’est ?

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— ....

 

— Rox ? Tu dors ?

 

— ...

 

— Tu sais, Roy Swedeen, c’était le batteur des Misunderstood ! Kim et lui se partagent les morceaux. Kim attaque «Underground garage» à l’édentée. Il dit que «Road To Hollywood» lui fut inspiré par le gant noir du mec de Music Machine, tu sais, Bonniwell ! Il y a des morceaux de Swedeen qui sonnent comme du pur Billy Gibbons, sur cet album. Kim Fowley revient avec «Trailer Parks After Dark», où il traite d’une notion fondamentale de sa mythologie, les white trash roots, c’est-à-dire ses racines white trash. Il rappelle que son père Douglas Fowley était un B-movie actor et il en profite pour balancer une sacrée country de malheur ! Rox tu dors ?

 

— ....

 

— Tu sais, dans les seventies et les eighties, il s’est enfoncé dans une sorte d’underground et il a continué d’enregistrer des albums sur des petits labels qui avaient pour vocation d’être charitables avec les losers. Car on considérait alors notre héros comme un loser, alors que les albums restaient d’un très bon niveau. J’ai toujours fait l’effort de les rechercher et de les écouter. Ce mec ne m’a jamais déçu. Il a toujours su maintenir son cap, qui est celui d’un novateur. J’aime bien les novateurs...

 

— Oh non... Pitié ! Je te vois venir... Tu ne vas pas recommencer avec Apollinaire !

 

— Ah tu ne dormais pas, je m’en doutais... Rassure-toi, ma cocotte, je te redirai le Pont Mirabeau une autre fois, car on est loin d’en avoir terminé avec Kim Fowley.

 

— Quoi ? C’est pas encore fini ?

 

— Non mais tu rigoles ? Je ne t’ai pas dit pourquoi les albums des années de vaches maigres étaient importants ! C’est important que tu le saches, si tu ne veux pas mourir idiote !

 

— Merci !

 

— Tu sais bien, chaque fois que je le peux, j’essaye de te rendre service !

 

— Arrête de me prendre pour une conne !

 

— Ce que tu peux être susceptible, quand même ! Ressers-moi un verre, s’il te plaît...

 

— La bouteille est vide. Tu n’as qu’à bouger ton cul et aller en chercher une autre dans la buanderie. Et puis arrête un peu de boire, tu vas passer la journée à dormir et moi je vais devoir attendre que monsieur se réveille pour aller faire un tour !

 

— On ferait mieux d’aller boire un café, le jour se lève. Ce n’est pas maintenant qu’on va se rendormir...

 

— Vas-y si tu veux, moi je reste au lit, bien au chaud, mmmm...

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— D’accord, alors je reprends... Les années de vaches maigres et les labels improbables. Là dedans on trouve «Animal God Of The Street», paru sur Skydog, que j’avais été chercher à l’Open Market, rue des Lombards. C’était une sorte de sanctuaire tout bétonné et Marc Zermati portait une moustache rasée au milieu, ce qui veut dire qu’il ne lui restait plus que les deux crocs de chaque côté de la bouche. Ce disque est devenu un objet cultissime, mais ce n’est pas le meilleur album de Kim Fowley. J’adorais «Ain’t Got No Transportation» qui était une sacrée leçon de tatapoum, Kim jouait son va-tout au tape-cul de la rue Lepic ! Il faisait une fausse fin et un redémarrage terrifiant - Get my voodoo magic ! - Il était déjà complètement allumé puisqu’il poussait ses onomatopées.

«Living In The Street» est un album nettement supérieur et sur la pochette il commençait à développer son image de Dorian Gray du rock’n’roll. Il attaquait avec «Motorboat», un truc énorme tapé à l’outrance du son, on aurait dit un cut produit par Phil Spector. C’est l’époque où il travaillait avec Michael Lloyd qui allait fonder The West Coast Pop Art Experimental Band, un groupe devenu culte avec trois albums psyché. Avec «25 Hours A Day», Kim se prenait pour Gary Glitter et Ian Hunter ! Il respectait toutes les règles de l’art suprême. «Big Bad Cadillac» était une énormité démoniaque. Kim faisait la Cadillac en rotant - My baby threw up in a big bad Cadillac - C’était le rock de la gerbe, extrême, sonnant et trébuchant. Tout était bon sur ce disque, on n’en revenait pas à l’époque. Avec «Hollywood Nights», il disait vouloir imiter les New York Dolls ! C’était encore une énormité, un pâté de basse au croupion, un truc de fou, chanté à la décoincée et pulsé au pouet pouet de la désaille. Quelle énergie démente ! Le booting courait après le chant - Don’t cry bye bye - Puis il revenait à son cher Diddley beat avec «Thunder Road», qu’il chantait à l’arrache de la montée, et encore une fois, c’était à tomber. Vers la fin, il revenait à Dylan avec le morceau titre. On retrouvait un peu de sa passion pour Dylan dans l’album «Sunset Boulevard», paru à la fin des seventies et produit par Earle Mankey qui fit partie de la première mouture des Sparks avec son frère. Kim chante «In My Garage» exactement comme Dylan chante ses rengaines, en tirant certaines syllabes. Ah oui, on a aussi ce qu’il appelle du white trash on fire, «North American Man», un cut monté sur un beat r’n’b vraiment raunchy et suivi à la petite nappe d’orgue. Il y a aussi sur cet album un véritable radio hit, «Control», mais ça, peu de gens le savent. Dommage. «Control» sonnait comme un vieux hit bubblegum.

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Sur «Snake Document Masquerade», Kim s’amusait avec la disco, eh oui, il n’y a pas de sot métier ! Il s’amusait aussi avec le raggamuffin, mais quand il revenait au garage, alors je te prie de croire que ça faisait des étincelles ! «Snake Document Masquerade» est un authentique classique garage. On ne sait pas d’où sortait cet album, «Automatic», une sorte de compile avec sur la pochette une photo de Kim le glamster, comme sur «International Heroes», avec son manteau de fourrure et son T-shirt Space Age. Il s’agissait d’une sorte de compile où on retrouvait notamment «Shine Like A Radio» qu’il avait composé pour les Hollywood Stars et que Blue Cheer jouait sur scène. C’était un heavy groove californien tapé au drumbeat des contreforts de Topanga, tu peux me croire ! En tous les cas, c’était un vrai hit, ma cocotte ! C’était drumbeaté comme dans un rêve ! Il y avait un autre morceau de batteur sur ce disque, «Vision Of The Future». Cette compile était louche, mais les morceaux ne l’étaient pas ! Le dernier album de cette période bizarre était «Hotel Insomnia», il y proposait du groove nocturne et un peu de country traînarde. Tous les morceaux de la face B étaient grattés à l’acou au coin du feu et révélaient son côté intimiste. Mais je peux bien te le dire, je ne l’ai pas écouté souvent, car il est un peu ennuyeux.

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— Je te signale que tu aussi, tu es ennuyeux. Tu voudrais bien faire une pause ? On pourrait faire un petit calin, mmmm, en plus tu m’as l’air d’être en forme...

 

— Mais Rox, je ne t’ai pas encore parlé des deux plus grands albums de Kim Fowley !

 

— Quoi ? C’est pas encore fini ? Ça fait trois heures que tu me fatigues avec ton Kim Fowley ! Il y a vraiment des moments où je me demande si tu es quelqu’un de normal... Tu verrais ta tête quand tu racontes tes albums et tes histoires à dormir debout ! Si tu veux, je peux donner l’adresse d’une copine qui est psy. Elle s’appelle Christiane. Elle est très bien, elle pourrait t’aider...

 

— Je crois que ce serait plutôt à toi de te faire soigner, ma garce ! Chaque fois qu’on reçoit du monde, tu t’arranges pour que ça tourne en partouze ! Heureusement que nous avons des amis compréhensifs et cultivés !

 

— Oh, tu ferais mieux de te taire, tu es bien content quand tu as d’autres filles à tripoter, hein, mon cochon ! Vous les hommes, vous êtes bien tous les mêmes ! Vous êtes pudibonds quand ça vous arrange, mais dès qu’un sein apparaît, hop ! On remballe toutes les leçons de morale ! Tu crois que je ne t’ai pas observé ? Tu n’es pas le dernier à te mettre à poil ! Surtout quand on joue au strip poker ! Ah là, Môsieur adore perdre ! Môsieur ne fait plus son mauvais joueur !

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— Oui, cause toujours... C’est surtout depuis que je t’ai refilé les romans de Michel Houellebecq que tu te crois tout permis. Je suis certain que ces livres ont eu une influence considérable sur ta libido, et je trouve même ça plutôt bizarre, car c’est écrit du point de vue masculin et souvent ce n’est pas très flatteur pour les femmes...

 

— Mon pauvre ami, tu te fourres le doigt dans l’œil ! Et jusqu’au coude ! J’aime bien ce qu’écrit Houellebecq, il y a un souffle, c’est vrai, mais si un auteur a de l’influence sur ma libido, ce n’est pas lui, ce serait plutôt Catherine Millet... C’est autre chose ! Et quel souffle ! Tu sais qu’à travers elle, j’ai compris que l’extrême sensualité était l’expression de la liberté absolue ?

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— Alors justement, puisque tu parles de souffle, en voilà. «Fantasy World» est l’un des plus grands albums de Kim Fowley. Et tu sais pourquoi ?

 

— M’en fous !

 

— Parce qu’il l’a enregistré avec Francis McDonald des BMX Bandits. Kim dit qu’en McDonald, il y a une part Dave Edmunds, une part Todd Rundgren, une part Brian Wilson et une part Phil Spector pré-Beatles ! Sur ce disque, tout est claqué à l’accord majeur écossais ! À commencer par «Schoolgirl X». Avec «22nd Century Boy», Kim grimpe au faîte de la gloire du glam et du monde situationniste ! Il fait son Ziggy Dracula, the King of Noise, il trempe dans l’excellence juvénile avec la gravité d’un vieux junkie du Hollywood des années vingt !

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  Il ressort même pour cet album des morceaux qu’il avait composés à l’époque des Runaways, comme «My Baby And I» que Joan Jett trouvait trop wimpy. Mais c’est de la pop pimpante, embarquée au vent du Brill par l’invraisemblable Francis, un producteur digne de Jack Nitzsche. C’est claqué aux cloches et Kim chante ça à la démesure ! Encore pire : «Misery Loves Company», un cut gratté à l’insidieuse et balancé au pur jus garage californien. C’est d’une grandeur d’harmonique et de science garage californienne qui dépasse tout ! Kim tape dans la foison de son de Moby Grape et dans l’envergure des Byrds, mais il va beaucoup plus loin que tous les autres, tu sais pourquoi ?

 

— M’en fous !

 

— Parce qu’il a la voix ! Kim dit de «Fantasy World» que c’est un radio-hit et il a raison ! C’est de la power-pop de premier rang et il tient tout à la voix. Il nous ressort un glam magique avec «Children Of The Night» et figure-toi que «Liquid Refreshment For The Soul» fut rejeté par les Byrds qui trouvaient cette chanson trop organique ! Mais Kim Fowley chante mille fois mieux que Roger McGuinn ! C’est important de le rappeler ! Bon puisque je vois à ta tête que tu es complètement fascinée par Kim Fowley, je vais te parler de l’autre grand album, «Adventures In Dreamland» paru assez récemment, enfin quand je dis récemment, c’est une façon de parler, puisqu’il date de dix ans.

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C’est un album important parce que Kim y envoyait des messages à Rodney Bigenheimer, Phil Spector et Gene Vincent. Et à son chien ! En compagnie de Roy Swedeen, il retrouvait les accents dévastés de «Michigan Babylon». Tout le disque est infiniment laid-back. Avec «Ballad Of Phil Spector», il nous ramène au cœur de la légende. Il chante comme Dylan. C’est tout de suite de très haute volée. Il raconte la légende de Phil Spector. Les juke-boxes dansent dans le ciel étoilé. Il n’y a rien de plus dense que ce type de chanson dédiée. Kim Fowley retrouve un fil mélodique pour dire ce qu’il pense du génie de Phil Spector - He’s already been punished by the curse of genius - et il profite de l’occasion pour rappeler qu’il a chanté sur l’album «Phil Spector 1976-1979» avec Cher, Dion et Nilsson. Même chose pour «Ballad Of Gene Vincent» : pur génie et chant dylanesque. «Redlight Runners» est une chanson idéale pour la route, avec un tempo tex-mex. Si Kim ne conduit pas et qu’il fait appel à des chauffeurs, c’est pour ne pas devoir être grossier avec les autres conducteurs. Le tempo est plus énervé et il en profite pour ressortir ses vieilles onomatopées - chapapa ouk mow mow - C’est un vrai carnassier - Oumh pah pah redlight runners/ We’re gonna ride all night long runrun run runrun ! - Et comme je te l’ai dit tout à l’heure, il consacre aussi une chanson à son chien Boxey, «The Dog Next Door», un boxer nain qu’il adore. Il y parle de rubber girls et de lesbian warriors. Fantastique ! «Mrs Bigenheimer» est un clin d’œil à Liz, la femme de Rodney. Kim Fowley raconte ses souvenirs d’une époque complètement révolue, mais il s’accroche, c’est un nostalgique. Qui va s’intéresser à tout ça aujourd’hui ? Kim Fowley se bat avec ses fantômes. Cette chanson est du pur John Cale - When did she go ? Nobody knows - Oh il faudrait aussi que je te parle de Fire Escape, ce projet de dingue qu’il avait monté avec Michael Lloyd, Sky Saxon et Mars Bonfire ! Leur album «Psychotic Reaction» est un album de reprises ! On y trouve du Seeds, du Count Five, du Music Explosion et du Kim Fow...

 

— Je vais préparer le café. Tu viens ?

 

— Ça t’embête si je mets quelques morceaux pendant qu’on déjeune ?

 

— Si c’est un moyen de ne plus t’entendre bavacher, oui, je veux bien. Tu me soûles ! J’ai la tête qui tourne ! On dirait que c’est moi qui ai fini la bouteille de rhum !

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— Regarde, ce sont les albums Norton que Billy Miller a fait paraître depuis quatre ans ! Tu vois, ce sont tous les singles obscurs que Kim a enregistrés ou produits entre 1959 et 1969 !

 

— Tu veux un toast ?

 

— Non, pas tout de suite. Attends, je vais te mettre un morceau... Ça s’appelle «Mocassin» et le groupe s’appelle les Blue Bells !

 

— ...

 

— Pas mal, hein ? Il y a une histoire poilante autour de ce cut. Kim raconte qu’il partageait à l’époque un appart avec Derry Weaver et Mark Lindsay, tu vois qui c’est Mark Lindsay ?

 

— Ton café va refroidir...

 

— C’est le chanteur des Raiders. Bref, ils adorent un dieu nommé Azor. C’est une ampoule rouge qu’ils actionnent discrètement à l’aide d’un fil de pêche. Quand des filles arrivent dans l’appart, Kim et ces copains demandent au dieu Azor s’il veut voir les filles se déshabiller. Alors Azor clignote. Ça veut sire oui. Tu vois, ils s’amusaient bien ! Oh et puis ce truc. Ça s’appelle «Dedication Time» par Althea & The Memories, des doo-wop girls from the ghetto ! Écoute !

 

— Mais elles chantent faux ! C’est atroce !

 

— Mais oui ! Figure-toi que Kim Fowley voulait produire les pires disques de l’histoire du rock ! Il avait même créé le label Rubbish Records pour ça ! Tiens et puis, ça, «Surf Pigs», une démo qu’il avait enregistrée avec Mars Bonfire et que Ron Asheton avait entendue. Ron voulait que Kim chante dans les Stooges après le départ d’Iggy ! Kim a dit non ! Pas mal, hein ? Il a produit pas mal d’instros de surf avec des groupes comme les Renegades ou les Gamblers dont il disait qu’ils étaient GOD, tu vois un peu le travail ?

 

— Non, pas du tout !

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— C’est dingue, sur ces albums Norton, tout est bon, incroyablement inspiré et désuet en même temps, comme si ça appartenait à une autre époque. Tiens il y avait ça, un groupe qui s’appelait les Rituals, avec PJ Proby !

 

— Ton Proby de la bête à deux dos ?

 

— Oui, Kim le connaissait du temps où il s’appelait Jett Powers et qu’il jouait du rockab en Californie, de la même façon qu’il connaissait Sky Saxon du temps où il s’appelait encore Richie Marsh.

 

—On dirait du Chuck Berry, ton machin !

 

— Oui, tu as raison, c’est repompé sur «Johnny B Goode», mais ce n’est pas grave, tout le monde faisait ça à l’époque ! Tiens et ce «Ghost Train» par les Renegades ! Pur génie ! Comme dirait Miriam Linna dans sa présentation, c’est du jaw-dropping assuré. Il produisait aussi un groupe qui sonnait comme les Coasters, les Knights Of The Round Table. Kim voulait qu’ils montent sur scène dans des armures, mais ils n’ont pas voulu. Son idée a été reprise plus tard par les blackos de Parliament/Funkadelic qui montaient sur scène en armures et qui se battaient entre eux à l’épée. Tiens, et ça, «More Marathon» par Skip & Johnny, du garage d’antho - and round and round - qui préfigure l’un des plus gros coups de Kim Fowley, les fabuleux Belfast Gypsies. Alors là, on ne rigole plus. Tu vas trouver «Gloria’s Dream» des Belfast Gypsies sur une compile que tout amateur de rock éclairé devrait posséder, «Impossible But True - The Kim Fowley Story». «Gloria’s Dream», c’est l’heure de gloire de Kim Fowley. Il avait réuni les vestiges des Them après le départ de Van Morrison, c’est-à-dire les frères McAuley, pour enregistrer ce que je considère être le plus gros classique garage après «Gloria». Le problème encore une fois, avec ce genre de compile, c’est que tout est bon. Beaucoup trop bon ! Évidemment, c’est sorti sur Ace. Tiens écoute ça ! «Justine» par The Rangers ! C’est du punk avant l’heure et c’est d’une rare violence, tu ne trouves pas ? Et ça, c’est encore un cut diabolique des Rangers... «Reputation» !

 

— Tu devrais peut-être baisser un peu, parce que les voisins doivent encore dormir !

 

— Quoi ? Tu veux écouter ça en sourdine ? T’es folle ou quoi ? Tiens ! Je le mets à fond ! Fuuuuuck the neighbours !

 

— On sonne à la porte... Démerde-toi avec les voisins et baisse le son, on ne s’entend plus là-dedans !

 

— Si tu y vas, je te fais un bisou, d’accord ?

 

— D’accord. J’y vais...

 

— Attends Rox, tu ne vas pas y aller dans cette tenue, quand même !

 

— Et alors ?

 

— C’est bon, reste assise, j’y vais !

 

Traversé rapide du couloir. Ouverture de la porte. Le voisin docker en robe de chambre, avec un grand sourire aux lèvres.

 

— Bonjour m’sieur, excusez du dérangement, j’ai été réveillé par vot’ musique...

 

— Désolé... Un petit moment d’égarement. Ça ne se reproduira plus.

 

— J’crois que vous avez rien pigé. C’est quoi vot’ musique ?

 

— Les Rangers...

 

— Vache de bien ! C’est un groupe d’où ?

 

— Venez, entrez, on va boire un café et je vais tout vous expliquer ! Vous connaissez Kim Fowley ?

 

— Non.

 

— On va arranger ça.

 

Signé : Cazengler, complètement fowleyssivé

 



 

Disparu le 15 janvier 2015

 

Kim Fowley. Love Is Alive And Well. Tower 1967

 

Kim Fowley. Outrageous. Imperial 1968

 

Kim Fowley. Born To Be Wild. Imperial 1968

 

Kim Fowley. Good Clean Fun. Imeprial 1968

 

Kim Fowley. The Day The Earth Stood Still. MNW Swenden 1970

 

Kim Fowley. I’m Bad. Capitol Records 1972

 

Kim Fowley. International Heroes. Capitol Records 1973

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Kim Fowley. Animal God Of The Street. Skydog 1974

 

Kim Fowley. Living In The Streets. Sonet 1977

 

Kim Fowley. Sunset Boulevard. PVC Records 1978

 

Kim Fowley. Snake Document Masquerade. Antilles 1979

 

Kim Fowley. Automatic (Kim Fowley’s Story part Two). Secret Records 1980

 

Kim Fowley. Son Of Frankenstein. Moxy Records 1981

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Kim Fowley. Hotel Insomnia. Marilyn Records 1992

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Kim Fowley & Chris Wilson. White Negroes in Deutschland. Marilyn Records 1993

 

Kim Fowley & Rubberton Freaks. The Wormculture. Alive Records 1994

 

Kim Fowley. Bad News From The Underworld. Marilyn 1994

 

Kim Fowley & Ben Vaughn. Kings Of Saturday Noght. Sector 2 Records 1995

 

Kim Fowley. Let The Madness In. Receiver Records 1995

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Kim Fowley & The BMX Bandits. Hidden Agenda At The 13th Note. Receiver Records 1997

 

Kim Fowley. Michigan Babylon. Detroit Electric 1998

 

Kim Fowley. The Trip Of A Lifetime. Resurgence 1998

 

Kim Fowley. Sex Cars And God.

 

Kim Fowley & Roy Swedeen. The West Is The Best. Zip Records 2003

 

Kim Fowley. Fantasy World. Shoeshine Records 2003

 

Kim Fowley. Adventures In Dreamland. Weed Records 2004

 

Kim Fowley & John York. West Coast Revelation. Global Recording Artists 2011

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Kim Fowley is Frankenstein And The All-Star Band. Fuel 2000 Records 2013

 

Kim Fowley. Detroit Invasion. The End Is Here 2014

 

Impossible But True. The Kim Fowley Story. Ace Records 2003

 

One Man’s Garbage. Lost Treasures From The Vaults 1959-69 Volume One. Norton records 2009

 

Another Man’s Gold. Lost Treasures From The Vaults 1959-69 Volume Two. Norton Records 2009

 

King Of The Creeps. Lost Treasures From The Vaults 1959-69 Volume Three. Norton Records 2012

 

Technicolor Grease. Lost Treasures From The Vaults 1959-69 Volume Four. Norton Records 2014

 

Kim Fowley. Lord Of Garbage. Kick Books 2012

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MONTEREAU-FAULT-YONNE

 

07 – 02 – 15 / LE BEBOP

 

PULSE LAG / MARIANNE / K-RYB

 

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Ouragan de plaisir sur la maison, trois chats, trois chevaux, trois jeunes filles ont squatté la demeure. Je ne vous raconte pas le ravissant chaos. Une semaine pleine. Du coup je n'ai pas pu me rendre au concert des Howlin' Jaws à Paris la semaine dernière et ce samedi soir maintenant que le calme est revenu il est trop tard pour filer à Troyes au concert des Ringstones. Pas de 3B, ce qui n'empêche pas malgré l'heure tardive d'appliquer le plan B. En un quart d'heure, je puis être à Montereau, suffit que la Teuf-teuf accélère un peu et brûle quelques feux rouges. Fait un froid de loup, la route est déserte et mon fidèle carrocksse file sur l'asphalte gelé comme le démoniaque engin de Robur Le Conquérant. Rien à dire, quatorze minutes dix-sept secondes plus tard, je m'engouffre dans le Bebop. Comme le héros de Jules Verne, je suis le Maître du Monde.

 

Du monde mais pas la foule des grands jours. L'est vrai que la bise est glaciale et vous invite à rester chez vous. C'est pourtant la première soirée du Tremplin des Confluences pour les groupes régionaux, avec à la clef, un passage sur une des scènes du festival Confluences de Montereau. L'y est déjà passé du beau monde, Lou Reed, James Brown et Blue Oyster Cult.

 

PULSE LAG

 

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Déjà rencontré au tremplin de Meaux, il n'y a même pas un mois ( voir KR'TNT 218 ), tellement obnubilé par le jeu des guitaristes et de la chanteuse que j'en ai oublié de parler du batteur. Impossible de le zapper aujourd'hui sur l'étroite scène du Bebop. Surtout qu'il a une belle frappe compacte et ogivale. Par ce dernier adjectif j'entends qu'il délimite avec une extrême précision l'espace musical, l'écrin rockailleux dans lequel ses trois autres complices vont tresser leurs interventions. Coincée entre les deux guitares Margot n'a guère de place. Par contre elle a de la voix. L'en fait ce qu'elle veut. Elle est le centre convergent du groupe, au point focal de la perspective rétinienne, mais elle donne à chacune de ses interventions l'impression de surgir de nulle part. Surprend toujours. Elle l'arrache, un squale qui attaque au moment où on l'attend le moins, alors que l'on le guette et que l'on ne le quitte pas des yeux, un vocal qui resplendit et qui illumine, gorgé de soul et de hargne. N'en profite pas, ne passe pas son temps à discourir, dit ce qu'elle a à dire, et se tait, se colle au micro et laisse à ses acolytes le temps de s'exprimer. Parfois elle pousse l'humilité jusqu'à s'accroupir afin que l'on puisse mieux saisir le fraternel duel de la guitare de Théo et la basse de Thomas. De la belle ouvrage, du piqué-brodé sur doublure. Moins funk qu'à Meaux, plus subtilement rock and roll. Un jeu frotti-frotta, ôte-toi de là que je m'y mette, pousse-toi un peu que je te montre, mais sans aucune animosité, ne se marchent jamais sur les pieds mais s'interpellent amicalement, on laisse au confrère le temps d'être incisif et on répond en doublant la mise. Avec Tristan qui tomme par derrière pour planter les pieux du paddock, c'est un régal de les écouter. Ça tourne à la perfection comme une horloge suisse et ça coupe comme un couteau helvète. Et voici Margot qui vient nous rappeler qu'un combo de rhythm and rock sans lead singer c'est comme un coffre sans trésor. L'a compris quelque chose d'important – il existe une pléthore de soul women dont on peut s'inspirer, mais il ne faut pas se focaliser sur une seule et surtout ne pas chercher à imiter. Construit son propre phrasé, mon larynx et rien d'autre. Une personnalité qui s'affirme et qui rayonne. Se laisse emporter, par elle-même, sur le morceau final elle nous livre un impro-scat délirante qui laisse la salle pantoise. En plus ils jouent leurs propres compos. Pas des trucs informes qui tiennent davantage du recueil de citations, point de ces infâmes miscellanées fourre-tout de forts en thèmes qui recrachent sans âme leurs leçons apprises par coeur. Non de véritables architectures sémantiques, pas des châteaux de cartes prêt à s'écrouler à la moindre brise. Font preuve de maturité, de réflexion, de feeling cérébral. A tel point que le set terminé un de mes voisins se demande s'ils ont pensé à protéger leurs créations par un quelconque copyright. Quarante minutes dont il n'y a pas à jeter une seconde.

 

MARIANNE

 

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Encore un groupe déjà croisé. Ne m'avait pas laissé un souvenir impérissable. C'était en juin dernier au festival de Romilly-sur-Seine ( voir KR'TNT ! 197 ) en première partie de Washington Dead Cats, mais j'ai fini par reconnaître Alex le chanteur. Une voix qui porte ( et fenêtres ) qu'il peut égosiller à volonté. L'est devant et les autres derrière. David et Thom aux guitares, un nouveau bassiste qui donne là son premier concert avec le combo, et Flo le batteur. Tout ce monde se démène comme de beaux diables. Un, deux, trois et c'est parti. Qu'importe si l'on n'arrive jamais. C'est à fond de train et au grand galop. Les effets de style à la Marquise de Sévigné, ce n'est pas le genre de la maison. Le rock and roll ne respecte pas les règles c'est bien connu. Les paroles des morceaux vous mettent les circonflexes sur les e qui en oublient d'être muets. C'est un rock pour malentendants. Toute la gomme dans les sonotones et ça tamponne dans les tympans crevés. N'ai rien contre. Le rock cavale ou crève l'oreille ouverte ne me déplaît pas, mais il faut éviter la monotonie. Alex ne chante pas vraiment, il pousse la loco un peu hors des rails mais sans engendrer les catastrophes espérées, adopte trop souvent un phrasé qui flirte avec le rap. Des lyrics à dominante sociale qui dénoncent le mal-être dans nos têtes. Des textes à la démonte-pneu, qui manquent un peu de finesse. A leur décharge je reconnais que ce n'est pas facile ni d'ajuster la langue de Molière au rock and roll, ni de l'expectorer en la rendant aussi coupante que le coutelas d'abordage de l'anglais. Efficace mais un peu brut de décoffrage. Marianne manque d'un soupçon d'originalité. Doit y avoir trois cents groupes en notre bel hexagone qui atteignent un tel niveau. Mais ce n'est qu'un début, le minimum de qualité requis pour changer de tablature, faudrait viser une subtilité instrumentale plus originale. Sympathique mais pas transcendantal.

 

K-RYB

 

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Il n'est jamais trop tard pour faire des expériences. Première fois que j'assiste à la présentation d'un groupe de hip hop électro. D'habitude j'évite. Le peu que j'entends à la radio ne m'incite guère, à poursuivre plus avant. Mais là, je suis bloqué, si je veux assister à la proclamation des résultats, faut bien que j'écoute le troisième concurrent. Deux gars d'allure sympathique et plutôt timides qui sont longtemps restés assis près de moi. Echangeaient des regards interrogatifs pendant que Marianne faisait pleuvoir ses ondées tempétueuses de guitares électriques. Perso, je pense que le jeu est un peu faussé d'avance, faire concourir un groupe non instrumental avec des combos traditionnels c'est un peu comme participer au Vents des Globes avec une barque à rames. En tout cas nos deux naufragés ne se défilent pas. Eric installe sa platine sur une table et K-Ryb au micro. L'Eric s'active sur ses boutons qu'il manipule à foison. L'en sort une musique un peu aigrelette, je m'attendais à une rythmique implacable, un beat d'enfer suffocant qui vous concasserait la moelle épinière, mais non, c'est tout doux, tout gentil, tout mignon, une quasi imitation de violons synthétisés dans le style variétoche larmoyante. J'entrevoyais déjà le rougeoiement des cités enflammées, mais non, ce sont des tendres, regrettent la laideur du monde et de notre quotidien, pleurent sur la mort de l'épouse bien aimée, toute une partie du public – sont venus pour eux - balance la main pour marquer la mesure, l'on se croirait à l'Eurovision. Pas vraiment très rock. Par contre le K-Ryb vous balance des textes longs de six kilomètres sans hésiter une seule fois. Une performance mémorielle devant laquelle je m'incline. Que voulez-vous que je vous dise ! Je ne fais pas partie de cette mouvance, sont à vingt mille lieues ( sous la mer ) de mes préférences musicales. Je leur souhaite tout le bonheur possible dans leur entreprise...

 

RESULTATS

 

On ne vote pas. Il y a un jury prévu pour cet office. Nous ne saurons jamais de qui il est composé au juste. Vingt minutes d'attente et voici la proclamation des résultats. Troisième position K-Ryb, sage et logique décision. Deuxième : Pulse Lag. Premier : Marianne, pour leur professionnalisme est-il précisé. A ce compte-là j'ai préféré « l'inexpérience » de Puise Lag. Même si Marianne n'a pas totalement démérité. Puisque je n'ai en aucune manière droit au chapitre – et n'aimerais être membre d'aucun petit comité décisionnel de ce genre, tout en étant bien conscient qu'une décision collective puisse s'avérer aussi aberrante – je n'ai plus qu'à retrouver la fringante teuf-teuf mobile qui hennit d'impatience à l'autre bout de la rue. L'a compris que dans la vie il faut que ça pulse. Lag.

 

Damie Chad.

 

HANK WILLIAMS & FRIENDS

 

THE RAMBLIN'MEN

 

MOVE IT ON OVER

 

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HEY GOOD LOOKING / LONE GONE LONESOME BLUES / LOVESICK BLUES / THERE A TEAR IN MY BEER / WHEN THE HOOK OF LIFE IS HEAD / MY SWEET LOVE AIN'T AROUND / KAW LIGA / RAMBLIN MAN / I'M SO LONELY I COULD CRY / YOUR CHEATIN' HEART / ROCKIN' CHAIR MONEY / MOVE IT ON OVER

 

MICHEL BRASSEUR / COLIN PETIT / CHRISTOPHE GILLET / FABRICE MAILLY / GUS / THIERRY SELLIER / GUILLAUME DURIEUX / ETIENNE DOMBRET / JAM JAM / ALAIN CHINA / MARC DESCAMPS / HERVE LOISON

 

Chickens Records / 2014.

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Les cent ans du rock and roll. A Tournai. Ne comptez pas sur vos doigts. N'est pas aussi vieux que cela. Mais toutes les idées qui vous invitent à faire la fête sont bonnes. Tout a commencé lorsque Michel Brasseur et Hervé Loison se sont aperçus qu'ils atteignaient en même temps l'âge canonique de cinquante ans. Ont décidé de fêter leur jubilé ensemble. Presque, avec leurs groupes Smooth And The Bully Boys pour le premier et Hot Chikens pour le second, et quelques invités de marque comme Steve Hooker, Lubos Bena & Bonzo Radvany, Victor Huganet, Charlie Roy & The Black Mountain, douze heures de show ininterrompu... L'occasion était trop belle, se sont retrouvés à douze pour enregistrer un disque, les apôtres se sont trouvés un dieu digne de leur folie : le père putatif du rock and roll : Hank Williams. L'enregistrement s'est déroulé à la bonne franquette, certains étant présents sur quelques titres, d'autres sur beaucoup, chacun selon son instrument, voire sur plusieurs. Au résultat une croustillante galette dont nous nous empressons de goûter toutes les parts.

 

J'avoue avoir imaginé le pire quand Hervé Loison m'a tendu le disque : «  Que des morceaux de Hank Williams, mais pas trop plan-plan tout de même ! » Avec ces énergumènes j'ai une fraction de seconde imaginé le pire. Une course à la mort post-punk pro-garage, genre Never Mind The Bollocks en plus speedé. Le Hank William découpé à la machette, essoré à la machine à laver et passé à la moulinette. Ça ne m'aurait pas déplu, car j'aime pousser les pépés dans les orties, mais alors pourquoi spécialement s'attaquer à l'immortel auteur de I'm So Lonely I Could Cry ?

 

Ben non, ne se sont pas conduit comme des vandales. Pourtant la piste était toute tracée, du yodel de Williams, suffit d'un glissement de glotte pour s'engouffrer dans les gloussements de gorge d'un Charlie Feathers, et hop un hoquètement de plus et nous voici dans les turpitudes vocales et grognassières d'un Jake Calypso. Bien non, nos garçons vachers amateurs d'hillbilly foutraque et de rockabilly épileptique n'ont pas été vaches, ont enfilé leurs habits du dimanche pour descendre en ville chez Uncle Hank. Ont simplement insisté sur l'aspect honky tonk de l'oeuvre. Z'ont laissé le fiddle au grenier et remisé la pédale ( pas la vha-wha, la sting ) à la cave et se sont contentés du minimum vital : contrebasse, guitare and drum. Un coup d'harmonica pour faire plus blues cow-boy que moi tu meurs, un soupçon de washboard pour montrer que l'on n'a aucune prévention contre les antiquités, et hop, c'est parti comme en quarante, pardon comme dans les forties.

 

Appliqués comme des enfants sages. S'agissait pas de se vautrer dans les coins. Total respect pour le grand-père mais pas non plus un job d'embaumeurs de cadavres dans la grande pyramide. Lui passent un sacré coup d'aspirateur sur les côtelettes. Lui font reluire l'osserie au kérosène. Ce n'est pas le grand bal de charité donné par la section des hémiplégiques du canton. En pleine forme les gus. Vous retaillent la charpente à grands coups de hache. Les vieilles poutres ils vous les changent par des poutrelles d'acier nickelés. Quel pied ! L'ancêtre Williams n'avait jamais osé sonner aussi Honky Thank ! Lui ont refait les rotules et changé la visserie. Lui ont retiré ses costumes démodés et bouffés par les mites et les ont remplacés par un perfecto de cuir noir inusable, avec un gros badge I Love Country ( pour ne pas dépayser les visiteurs ), quant au chapeau d'apparat de rodéo l'ont caché sous une meule de foin, et lui ont gominé la calvitie naissante. L'y gagne en prestance le pépère. L'en est le premier content. Tout joyeux. Pour un peu il nous danserait le hully gully, mais non ce n'est qu'une légère touche rock and roll. Imaginez qu'il ait vécu quinze ans de plus et que Hank et Elvis aient enregistré un disque en commun pour relancer leurs carrières respectives, le Williams aurait apporté ses compos et le Presley un peu d'électricité... Vous en rêvez déjà encore ? Ce n'est pas la peine, les Ramblin' Men l'ont fait.

 

MR WHITE

 

SINGS HANK WILLIAMS

 

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I'M GONNA SING / JAMBALAYA / I CAN'T HELP IT / CALLING YOU / NOBODY'S LONESOME FOR ME / I SAW THE LIGHT / ALONE AND FORSAKEN / HEY GOOD LOOKING / WON'T YOU SOMETIMES THINK OF ME / THERE'S A TEAR IN MY BEER ( live ).

 

2013.

 

Lui, ne s'y est pas mis à douze. L'a fait cela tout seul. Ce n'est pas que personne n'ait voulu l'aider, ce n'est pas qu'il pense qu'il est le meilleur de tous. Non c'est un solitaire. On ne l'a pas souvent aperçu dans le nord de l'hexagone – à ma connaissance il n'a commis que deux rapides apparitions parisiennes – mais c'est un lonesome cow-boy, débarque dans les bars et les saloons avec des bandes pré-enregistrées et ses guitares, et il vous fout à lui tout soul un souk d'enfer. Le lecteur se reportera à notre livraison KR'TNT ! 153 du 28 / 09 / 2013, et nous avons encore un de ses disques à chroniquer...

 

Seul, mais l'a quand même mis une jolie fille sur la pochette, a Lovesick Blue Girl, a Pink True Fine Nostalgia Gal for The Lovesick Blues Boy. L'en remercie deux autres dans les notes et cite quelques amis qui l'ont encouragé et aidé à enregistrer. Sinon il s'est chargé à lui tout seul de tout l'orchestre, guitares, basse, orgue, harmonica, cymbales... n'y a que pour le banjo qu'il a fait appel à Laurent Béteille et à Patrick Constant pour l'accordéon. Rien qu'à lire ce début de paragraphe vous commencez à entrevoir la réalisation du projet qui s'inscrit entre renouvellement et fidélité.

 

L'a bossé les arrangements, l'a redéfini les rythmiques, ne pas cloner, redessiner à son idée. A changé les couleurs musicales, a maté les documents d'époque pour s'inspirer. Ainsi sa version de I Can't Help It en duo avec Catia Ramalho est un clin d'oeil à celle donnée à la télévision ( sur NBC, la séquence est sur You Tube pour les esprits curieux ) par Hank Williams et Anita Carter qui fit partie de la queue de comète de la Carter Family, la formation ultérieure nommée Mother Maybelle And The Carter Sisters... De même son interprétation de Nobody's Lonesome For Me est précédé d'un document d'archive, Hank Williams s'apprêtant à chanter au Grand Ole Opry avec la merveilleuse voix... du speaker qui l'introduit. L'on se croirait sur un champ de course avec Sea Biscuit.

 

Ne reste plus qu'à chanter. Et Mr White s'en tire très bien. Ne nous lasse pas une seconde à jouer à Lassie, Chien Fidèle. N'est pas le vulgaire toutou collé aux basques du Maître. L'accompagne mais ne le suit pas. Chasse pour son propre compte. Suit ses propres pistes, ses siennes intuitions. Ne se colle pas un chewing gum entre les dents pour imiter l'accent du deep south made in Alabama ( sweet home ). Ne nous la fait pas non plus à la Oxford-Cambridge, le cul aussi pointu que le gosier, nous le fait à la Mr White et l'on n'en voit pas de toutes les couleurs. Pas le temps de s'ennuyer. Chaque morceau est un parti-pris et une invention.

 

Iconoclaste parfois. Son I Saw The Light accentue l'aspect aérien que Williams donna à ce gospel. Avec Mr White, l'on donne carrément dans la joyeuseté irrespectueuse, l'on sent le fagot. Tant que l'on aborde ce douloureux problème, je ne voudrais pas attirer les foudres de l'inquisition, mais son autre gospel I'm Gonna Sing, avec son exubérance de nègres dévoyés ne pourrait qu'inquiéter le Klu Klux Klan. Le gumbo de Jambalaya est avalé en une seule goulée qui accentue son typique aspect de fête orléanaise. Dans la même veine le Calling You n'est pas s'en rappeler le traditionnel Colinda. Un appel à la danse, au plaisir païen de secouer son corps, Mr White nous offre un Hank Williams souriant et heureux de vivre. Jusqu'à Nobody's Lonesome For Me qui nous est vaporisé sous une forme quasi guillerette. Et le reste à l'avenant, même si l'harmo sur I Can't Help It tire vers la tristesse du blues.

 

Hank Williams en joyeux drille ? Hank Williams en gai-luron ? Chassez le naturel, il revient au galop. Alone And Forsaken – dont le chant de Williams n'est pas sans préfigurer la violence de Dylan - ici récité comme un poème de Wordsworth étale les plis noirs du désespoir. Encore plus sinistre avec ses nappées d'orgue mortuaire que la version de Williams elle-même. Une parfaite réussite. Une roche noire et solitaire qui projette son ombre funérale sur tout le disque. Retournement de situation. Mr White a compris Hank Williams beaucoup plus profondément qu'il n'y paraît. Derrière le rire, l'angoisse. Au bout de l'existence, le néant de la mort. Mr White a su tirer le rideau noir.

 

HANK WILLIAMS

JAMBALAYA

 

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LOVESICK BLUES / YOU WIN AGAIN / COLD COLD HEART / JAMBALAYA / WEDDING BELLS / ( LAST NIGHT ) I HEARD YOU CRYING / YOUR CHEATIN'HEART / I'LL NEVER GET OUT THIS WORLD ALIVE / HEY GOOD LOOCKIN' / I CAN'T HELP IT ( I'M STILL IN LOVE WITH YOU ) / WHY DON'T LOVE ME / RAMBLIN' MAN / I SAW THE LIGHT / THE LOST HIGHWAY / I'M SO LONELY I COULD CRY.

 

Black Cat 2003.

 

Indépassable. Insurmontable. Inimitable. Et pourtant dès les premières notes l'on entre dans un autre monde. Cette voix nasillarde, cet accent traînant, cette pedal-steel guitar qui pleure en sourdine, ce violon qui gémit, bienvenue au pays des cow boys de pacotille. Il y a longtemps que l'Ouest n'existe plus, l'on est bien après la grande dépression, l'on a même franchi victorieusement la deuxième guerre mondiale. L'Amérique domine le monde. N'y a que dans le cœur des hommes que tout va mal. Hank Williams sera le transcripteur du malaise existentiel de ses contemporains. Les loosers au lonely heart ont leur chantre. Mais le personnage est beaucoup plus ambigu qu'il n'y paraît. Faut entendre en contrepoint comme il se fout des chagrins d'amour dans ses roucoulements yodélisés. N'existe pas de chanteur plus désenchanté que le souriant Hank Williams. Vous écrivait de sublimes chansonnettes à la chaîne. Tout le monde ne peut pas être enfermé à Perchman. Le blues du blanc c'est lui. L'habit ne fait pas plus le moine que le cow-boy d'opérette. Whisky, morphine et os en miette. Le country man était du moule dans lequel on fait les Gene Vincent. Un rocker dans l'âme qui épuisait les chants du possible. Trop lucide pour croire en la possibilité de la révolte. Et Elvis n'avait pas encore ouvert l'hôtel des coeurs brisés. Ses chansons comme un aller-simple sans retour vers nulle part. Pas étonnant que souvent dans les ponts – l'est rusé, aime se la couler douce, donne tout l'espace à ses Drifting Cow-boys - l'on entend le souffle chuintant du shuffle interminable. Comme la locomotive en cavale du père toujours absent... Le premier à faire une carrière. Sans Colonel Parker pour tracer les limites. Son exemple a dû beaucoup faire réfléchir Elvis. N'y a pas que les chansons à succès dans la vie, il y a aussi la vie, et ça c'est beaucoup plus difficile à gérer. Williams n'a pu compter que sur sa famille, sa soeur, sa femme. Pas pour rien qu'il n'était pas mort depuis trois mois que naissait – une rendue pour deux prêtées - sa fille naturelle. Conçue hors mariage. Comme un ultime pied de nez à cette lumière d'absolue moraline qu'il décrétait avoir vue. Le blues est la musique du diable et le honky tonk celui de l'absence de dieu. Malgré son succès, sa position de vedette, Hank fut un solitaire, blessé au plus profond de lui. Essayait de se racheter une conduite sur la banquette arrière de sa voiture. C'était déjà trop tard. L'est arrivé au terminus trop tôt.

 

Nous reste ses chansons. M'ont toujours fait penser à une éponge imbibée de tristesse que l'on presse entre ses mains pour en chasser l'eau croupie. Mais il en reste toujours une dernière goutte. Celle qui s'infiltre dans votre âme et qui vous inocule le bacille du désespoir à la première seconde. Prend bien soin de vous, fait tout ce qu'il peut pour vous dissuader d'y porter la main. Sourire niais et parole à l'eau de rose. Je t'aime, toi non plus. Une savonnette pour glisser dessus et vous enfuir avant d'être pris dans les rets du spleen. Hank Williams c'est comme l'alcool, vous savez qu'à forte dose, cela va vous faire du mal. Mais vous retâtez du goulot sans regret comme le nourrisson qui tête sa mère. Une drogue. Douce. Dure. Comme vous voulez. Tout dépend de la manière dont vous la regardez. Mais l'on y revient. Pas une simple dose, tout un disque entier. Question de mesure. L'on prend tous les risques. Car le grand Hank est au fondement de tout. Un cador de la musique populaire américaine, l'idole d'avant le rock and roll blanc. Celui qui fit la liaison entre le honky tonk et le western swing. Celui qui en quelque sorte coupa les amarres pour que le bateau ivre de ce qui allait devenir le rock and roll puisse prendre sa course dans les torrents. Rafting Williams. En eaux troubles.

 

Damie Chad.

 

 

 

 

 

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